IV. ai
conformément à la règle suivie par le siège apostolique. Dans tout le temps qui s'écoule entre Pâques et la Pentecôte, quoique la tradition des Eglises soit de ne pas y pratiquer le jeûne, on ÏÏé doit pas empêcher cependant les moines ou les clercs qui voudraient le faire, puisque nous lisons de saint Antoine, de saint Paul (ermite) et de plusieurs autres pères de ces temps-là, qu'ils jeûnaient même en ces jours, et ne rompaient le jeûne que le dimanche. Et comment blâmer cette ferveur de pénitence, et ne pas plutôt en faire l'éloge? Le jeûne est une chose sainte, une occupation céleste, la porte du royaume des cieux, le type de la vie future; et en l'observant saintement, on s'unit à Dieu, on se sépare du monde, on devient tout spirituel. Le jeûne extermine les vices, humilie la chair, triomphe des pièges du démon. »
Ibidem, c. 43 : « De ces observances, comme de beaucoup d'autres encore, qui se pratiquent dans l'Eglise de Dieu, les unes nous sont recommandées dans les Ecritures canoniques, d'autres ne nous sont connues que par tradition ; avec cette différence, que celles qui sont usitées dans le monde entier doivent avoir été instituées, soit par les apôtres eux-mêmes, soit par l'autorité péremptoire des conciles : telles sont les solennités de la passion de Notre-Seigneur, éB sa résurrection et de son ascension au ciel, et de la descente du Saint-Esprit, qui se célèbrent chaque année à leurs jours marqués, et les autres solennités qui peuvent être d'usage dans toute l'étendue de l'Eglise. Au lieu que les autres pratiques qui ne s'observent que dans certains pays à l'exclusion des autres, telles que le jeûne du samedi , la communion quotidienne, roflfrande journalière du saint sacrifice, qui dans d'autres pays ne se fait que le samedi et le dimanche, et dans d'autres le dimanche seulement, et autres semblables, ont pour auteurs les pasteurs particuliers de certaines Eglises, et la plus sage discipline à observer à cet égard est de se conformer à l'usage établi dans l'Eglise particulière où Ton se trouve pour le moment. Car ce qui n'est ni contre la foi ni contre les mœurs doit être tenu pour indifférent, et par-là même doit être observé par ^rd pour ceux avec qui on vit , de crainte que la diversité d'^servances n'engendre des schismes. »
40. Raban Maur, de imtiluHone clericorum, lib. II, c. 17 : (( Le jeûne est une chose sainte, etc. » C'est le passage du chapitre 42 du livre I de saint Isidore de ecdesiasiicis offieiis, cité plus haut.
Ibidem, c. 18, le saint archevêque marque la distinction àétablir
entre un jeûne et ce qui s'appelait alors une station. « Quelquesuns, dit-il, distinguent entre un jeûne et une station. Car un jeûne est Tabstinence pratiquée un jour quelconque, non en vertu d'une loi, n)ais par notre seule volonté ; une station au contraire est la même abstinence pratiquée dans les jours ou dans les temps fixés par une loi : dans les jours fixés par une loi, disons-nous, comme le. jeûne de la quatrième et de la sixième férié prescrit d'après une loi ancienne, à laquelle font allusion ces paroles que l'Evangile met dans la bouche du pharisien : Je jeûm deux fois la semaine (Joan., XVIII, 42); dans les temps fixés par une loi, comme les jeûnes du quatrième, du cinquième, du septième et du dixième mois; ou comme ces jours dont parle l'Evangile, où répoux a été enlevé du milieu de ses amis; ou comme le jeûne quadragésimal, qui s'observe en tous lieux, en vertu de l'institution apostolique, aux approches de la passion de Notre- Seigneur. »
Ibidem, c. 19, Raban Maur rapporte au sujet des jeûnes du quatrième, du cinquième, du septième et du dixième mois, les commentaires de saint Jérôme sur le prophète Zacharie. « Mais, ajoute-t'il, comme ces jeûnes ont été célébrés plutôt sous l'ancienne loi que sous la nouvelle, nous en parierons seulement en passant, et pour ne pas paraître les omettre tout*à-fait, puisque le prophète Zacharie en a fait mention; mais nous nous arrêterons^ principalement aux jeûnes institués dans la loi nouvelle. »
Ibidem, c. 20 : a Le premier de ces jeûnes est celui de la quadragésime, etc. )) C'est la copie mot pour mot du chapitre 36 du litre / de ecdesiasticis offkiis, rapporté précédemment, témoignage 9, page 319.
Ibidem, c. 21 et 22, le savant écrivain traite du jeûne de la Pentecôte, et des jeûnes du neuvième et du dixième mois.
Ibidem, c. 23 : « Outre ces jeûnes, il en est d'autres qui s'observent régulièrement, tels que celui de tous les vendredis, pratiqué par les fidèles en mémoire de la passion de Notre- Seigneur; et celui du samedi, que plusieurs aussi observent en mémoire de sa sépulture, et que nous trouvons établi dans les décrets du pape Innocent, de peur qu'en se livrant ce jour-là à la joie, on ne paraisse accorder aux Juifs o» que Jésus-Christ leur a retiré par sa mort. Il est d'ailleurs certain que les apôtres passèrent ces deux jours-là dans la tristesse, en se tenant cachés par la crainte qu'ils avaient des juifs, et par conséquent il n'est pas douteux qu'ils n'aient jeûné pendant ce temps : et cette, règle
32ft DU JEUNE.
doit être également observée toutes les semaines, parce que nous ne devons jamais nous lasser de célébrer la mémoire d'un si grand jour. Si Ton disait qu'il n'y a qu'un samedi dans toute l'année où l'on doive ainsi pratiquer le Jeûne, on devrait donc dire aussi qu'il n'y a qu'un dimanche à célébrer dans toute l'année, savoir, celui de Pâques, et qu'un vendredi qui serait celui qui précède immédiatement la fête de Pâques. »
Ibidem, c. 24 : a II y a de plus quatre samedis, en quatre mois différents, où sont établis des jeûnes particuliers, et les offices de ces jours se composent d'un plus grand nombre d'oraisons et de leçons. Ce sont les jeûnes du premier samedi du mois de mars ; du second samedi du quatrième mois, ou du mois de juin ; du troisième samedi du septième mois ou de septembre, et du quatrième samedi du dixième mois, c'est-à-dire de décembre. Le premier de ces jeûnes se célèbre à l'entrée du printemps concurremment avec celui du carême; c'est le mois appelé par les Juifs celui des fruits nouveaux. Le second, ou celui de juin, a lieu après la Pentecôte et à l'entrée de l'été, temps marqué chez le peuple juif pour l'offrande des prémices, qui consistaient en pains faits avec le froment nouvellement récolté, et ce jour-là était tout entier un jour de repos pour tout le monde. Le troisième est celui du septième mois ou de l'entrée de l'automne, mais qui ^dans la loi ancienne était tout entier consacré à Dieu par diverses solennités, telles que le jour des expiations, conformément à cet ordre que Dieu avait donné à Moïse : Le dixième jour de ce septième mois sera le jour des expiations : il sera très-célèbre, et il s'appellera saint; wus affligerez vos dmes en ce jour-là, et vous ojfrirez un holocauste au Seigneur, Vous ne ferez aucune œuvre servile dans tout ce jour, parce que c'est un jour de propitiation, afin que > le Seigneur votre Dieu vous devienne favorable. Tout homme qui ne se sera point affligé en ce jour-là, périra du milieu de son peuple, etc. {Lévit,, XXIII, 27 et suiv.). En ce même mois était la scénopégie ou la fête des tabernacles. Car c'était le quinzième jour de ce mois que les anciens célébraient cette solennité, qui durait sept jours. Le livre d'Esdras fiiit bien voir que les anciens jeûnaient en ces jours-là. Après que les enfants d'Israël, rapporte #et historien sacré, furent rentrés à Jérusalem, et qu'ils eurent célébré avec une grande pompe la fête des tabernacles, ils s'assemblèrent, étant dans le jeûne, revêtus de sacs et couverts de terre,.., et ils se présentèrent devant le Seigneur, et ils confessèrent leurs péchés et les iniquités de leurs pères; et se levant sur leurs
pieds, ils lisaienl dans le livre delà loi du Seigtieur leur Dieu queUre fois le jour, el ils bénissaient et adoraient quatre fois la nuit le Seigneur leur Dieu (II Esd., IX, 1-3). Le quatrième jeûne, qui est celui de la quatrième semaine du dixième mois, précède la fête de la nativité de Notre-Seigneur : on y annonce dans les leçons la prochaine venue du Sauveur, afin que les fidèles instruits par ce moyen, et saintement préparés par la prière en même temps que par le jeûne, attendent avec une douce espérance la naissance du divin Rédempteur. Le mercredi et le vendredi qui précèdent chacun de ces quatre samedis dans la même semaine, doivent être également consacrés au jeûne, comme le prouvent assez les oraisons et les leçons marquées pour la messe à dire ces jours-là, ainsi que les exemples suivis de temps immémorial par nos pères. Les décrets du pape Gélase nous montrent aussi que c'est dans ces mêmes jours que doivent se faire les ordinations; car voici le texte de ces décrets : a Les ordinations des prêtres et des diacres ne devront se faire qu'en certains temps et à certains jours, savoir, aux jours de jeûne du quatrième, du septième et du dixième mois, ainsi que le samedi de la première semaine de carême, et celui de la rai-carême, et non point avant le soir de chacun de ces jours. » Les offices de ces quatre samedis sont appelés vulgairement les douze leçons, parce que les leçons qu'on y lit et les psaumes qu'on y chante, réunis ensemble, font le nombre douze, et que ces psaumes peuvent fort bien être appelés leçons, puisqu'ils sont comptés parmi les Ecritures canoniques. »
Ibidem, c. 2S : « Chacun peut en outre multiplier à son gré ses jeûnes, ou prolonger son abstinence, pourvu qu'il, s'attache iïvant tout à observer les jeûnes prescrits" dont nous venons de parler, et que pratique religieusement en tous lieux la sainte Eglise apostolique. Chacun doit aussi observer scrupuleusement les jeûnes que l'évêque du lieu peut prescrire par une loi générale imposée à tous ses diocésains, soit dans un temps d'affliction, soit pour remercier Dieu de quelque grâce, parce qu'on pécherait en n'observant pas ces jeûnes ordonnés par des lois; mais' si à ces jeûnes obligatoires pour tous, on veut ensuite en ajouter de particuliers, on aura droit à une récompense particulière pour celte œuvre de surérogation. Nous lisons en effet de quelques saints qu'ils étendaient leurs jeûnes à deux et à trois jours de suite, et quelquefois à la semaine entière, et de plusieurs qu'ils ne buvaient ni vin ni boisson capable d'enivrer, ou qu'ils se cou-
tentaient de pain sec et de légumes ; d'autres , quMIs ne mangeaient jamais de viande; d'autres, qu'ils ne mangeaient pas même de pain, mais qu'ils ne soutenaient leur corps qu'avec quelques figues sèches. On pourrait imaginer encore plusieurs autres sortes d'abslinence. Mais en s'abstenant d'un mets ou d'une boisson quelconque, on doit prendre garde avant tout de souiller son àme par la pensée secrète qu'on aurait de condamner, à l'exemple des Juifs, quelque chose que ce soit de ce que Dieu a créé, en disant : telle chose est bonne, telle autre est mauvaise; tel animal est pur, tel autre est impur. Que celui qui serait tenté de penser ainsi, se rappelle cette parole de l'Apôtre : Tout ce que Dieu a créé est bon^ et on ne doit rien rejeter de ce qui se mange avec action de grâces (/ Tim., IV, &); aussi bien que cette autre parole : Un homme fait mal de manger d'une viande, lorsqu'en le faisant il scandalise les autres {Rom., XIV, 20). »
H. IvES de Chartres { parte IV decretorumj c. 25) cite ces paroles extraites du décret du pape saint Télesphore, le septième après saint Pierre, adressé à tous les évéques (1) : « Sachez que nous et les autres évéques réunis autour de ce siège apostolique, avons ordonné qu'à partir de sept«semaines avant Pâques, tous les clers appelés à avoir Dieu pour partage devront s'ab^nir de viande ; car leurs jeûnes doivent surpasser en austérité ceux des autres fidèles, autant qu'ils leur sont supérieurs eux-mêmes par leur vocation. Qu'en conséquence, tant que dureront les sept semaines dont il s'agit, les clercs devront s'abstenir de viande comme de tout ce qui flatte la sensualité, et vaquer la nuit et le jour au chant des hymnes sacrés, aux veilles et aux prières. »
Ibidem; c. 26 : u Ives de Chartres cite la lettre (également apocryphe) de saint Calixte, pape et martyr, le quinzième après sainti Pierre, à Benedictus, son frère dans l'épiscopat : « Le jeûne que vous savez qui s'observe chez nous trois fois l'année, s'observera désormais quatre fois au lieu de trois, parce qu'il convient
(1) Ce prétendu décret est rejeté comme apocryphe ; mais il est ancien, et sert à constater les pratiques du temps où il a été produit pour la première fois. Il parait du reste contredire cet autre décret, qqi esMe ^® du premier concile d^Orléans^ tenu Tan b\i: Id à sacerdoîibus omnibus decretum est, ut ante Paschœ solemnitatem, non quinquagesima, sed quadragesima teneatwr : « Tous les évéques ont décidé d'un commun accord qu'il fallait observer, non une quinquagésime (ou cinquante jours de jeûne), mais la quadragésime avant la solennité de Pâques. » Cf. Labbe. Conc, t. IV, col. 1408.
DU lEUNB. 327
de le faire autant de fois que Ton compte de saisons dans chaque
année. »
Ibidem, c. 28, se trouve cet extrait de la lettre (autlientique) d'Innocent I à Decentius, évéque d*Eugubie, c. 4 : <( Une raison prépondérante nous impose l'obligation déjeuner le samedi. Car si nous fêtons le dimanche, à cause de la résurrection de Notre- Seigneur, non-seulement le jour anniversaire de Pâques, ma|s eocore toutes les semaines de Tannée, et si nous jeûnons tous les vendredis en mémoire de la passion de Nôtre-Seigneur, nous ne devons pas négliger de faire de même le samedi , qui se trouve comme un intermédiaire placé entre un jour de tristesse et un jour de joie. Il est d'ailleurs indubitable que les apôtres ont été dans la tristesse pendant ces deux jours, où ils se sont tenus cachés à cause de la crainte qu'ils avaient des Juifs. Et il n'est pas douteux non plus qu'ils ont jeûné ces deux jours-là, puisque c'est encore une tradition de l'Eglise de ne pas célébrer les saints mystères pendant ce temps. Si l'on prétend après cela qu'il ne faut jeûner que ce seul samedi, il faudra donc aussi ne fêter le dimanche et ne jeûner le vendredi qu'une fois dans l'année. »
Ibidem, c. 29, se lit cet autre extrait d'une lettre de saint Grégcire-le-Grand à saint Augustin, évéque des Anglais : « Enfin, que les prêtres, les diacres et tous les autres ministres de l'Eglise, à quelque degré de dignité qu'ils soient élevés, se soumettent à jeûner à partir de la quinquagésime, pour faire quelque chose au-delà de ce qui est de stricte obligation pour tous les chrétiens, et paraître surpasser les laïques en piété, comme ils les surpassent par l'éminence de leur ordre... Or, c'est une conséquence naturelle, qu'en même temps que nous nous abstenons ces jours-là de manger de la chair des animaux, nous nous interdisions aussi tout ce qui ^provient des animaux, comme le lait, le fromage, les œufs. )>
Ibidem, c. 34, nous lisons cet extrait du concile d'Elvire, c. 23 : (C Le concile est d'avis que le jeûne ou l'abstinence soit observée chacun des mois de l'année, excepté les deux mois de jffllet.et d'août, à cause de la chaleur de la saison. »
Ibidem, c. 32, se trouvent citées ces paroles de saint Apollonius : « On ne doit pas manquer d'observer les jeûnes prescrits de la quatrième et de la sixième férié, à moins de quelque grande nécessité, parce que c'est à la quatrième férié que Judas forma le projet de livrer son maître, et à la sixième que le
Sauveur a été mis en croix. Celui donc qui sans nécessité manquerait au jeûne prescrit pour chacun de ces jours, paraîtrait ou livrer le Sauveur avec celui qui Ta trahi, ou le mettre en croix avec ceux qui l'ont crucifié. »
Ibidem, c. 35, extrait du concile de Sélingstadt, rapporté plus haut à Farticle des commandements de TEglise, question XIV, témoignage 16, tome II, page 108..
Ibidem, c. 34, autre extrait d'une lettre de saint 6régoire-le- Grand, ou du livre des XL homélies, homélie 16 : « On doit mettre tout le soin possible à bien garder le carême, et n'y rompre le jeûne, à moins d'infirmité, que le dimanche, parce que ces jours-là sont comme la dîme de l'année. A partir donc du premier dimanche du carême jusqu'au dimanche de Pâques, on compte six semaines qui font quarante-deux jours. Mais comme il faut retrancher de ces jours les six dimahches, où l'on ne jeûne pas, il ne reste plus que trente-six jours de jeûne. Par conséquent, puisque Tannée a trois cent soixante-cinq jours, et que nous jeûnons trente-six de ces jours-là, c'est la dîme de l'année que nous offrons à Dieu; mais pour faire de plus le nombre complet de quarante jours, que notre Sauveur a consacré par le saint jeûne auquel il s'est soumis lui-même, nous ajoutons quatre jours de supplément, savoir la quatrième férié (le mercredi des cendres ) mise en tête de ces jours de jeûne, puis la cinquième, la sixième et le samedi suivants. Sans l'addition de ces quatre jours, nous n'aurions pas quarante jours d'abstinence. Le Dieu Tout-Puissant nous fait aussi un devoir de lui donner la dîme de tous nos biens. Ainsi donc, pour acquitter exactement cette dîme , prenons aussi la dîme de l'année , et pendant ces jours purifions-nous de nos péchés en les confessant, en exerçant sur nous-mêmes la correction, en jeûnant, en passant les nuits en prière, en faisant l'aumône, et décimons notre propre corps (par toutes ces pratiques de mortification), pour pouvoir célébrer la pâque avec le calme d'une bonne conscience. »
Ibidem, c. 55 et 37, extraits du concile de Mayence, rapporté plus haut à l'article des commandements de l'Eglise, question XIV, témoignages 14 et 15, tome II, page 108. *
Ibidem y c. 40, extrait d'un concile d'Orléans, c. 6 (1) :
(1) Nous n'avons pu trouver ce canon dans les actes qui nous restent des divers conciles d'Orléans , à moins qu'il ne s'agisse du canon %1 da premier concile d'Orléans tenu l'an 511, qui ordonne à peu près la même chose, mais avec bien moins de détail et en des termes différents.
a Comme les peuples des Gaules, en punition de leurs péchés, se voyaient assaillis en tous lieux par des loups enragés, sans pouvoir trouver remède à ce redoutable fléau , les évéques des Gaulasse rassemblèrent, dit-on, dans la villede Vienne (l'an 474), et ordonnèrent en commun qu'on observât un jeûne de trois jours. Et alors le Seigneur ayant arrêté le fléau dans sa miséricorde, l'usage est passé en coutume pour les années suivantes de jeûner de même avant l'ascension par toute la Gaule. Sanctifions donc, nous aussi, ces jours avec zèle et piété, en nous interdisant l'usage de la viande, et en humiliant nos âmes, afin que non-seulement nous échappions à la rage des loups, mais que nous triomphions de plus des attaques des esprits immondes, espèce de loups invisibles plus redoutables encore que les premiers. Que personne pendant ces jours pe se couvre d'habits précieux , puisque nous devons au contraire pleurer nos péchés dans le sac et sur la cendre. Qu'on interdise ces excès de bouche, si communs parmi le peuple. Que personne ne fasse de voyages à cheval pendant ces jours-là, mais que tous au contraire ne marchent que nu-pieds. Que les femmes ne se permettent pas de danser, mais qu'elles chantent plutôt en comm^un le Kt/rie eleison, et qu'elles implorent d'un cœur contrit la miséricorde de Dieu pour leurs péchés, pour lé maintien de la paix, pour la cessation des fléaux, pour la conservation des fruits de la terre, et pour les autres nécessités : car ces jours sont des jours d'abstinence et nonde joie. » (Voir Greg. Turon., hist. Francorutn, lib. II, c. 54).
Ibidem, c. 42, extrait d'un concile d'Orange, c. 2 (1) : « Le samedi saint, c'est-à-dire la veille de Pâques, personne, si ce n'est les enfants et les infirmes, ne rompra le jeûne avant l'entrée de la nuit. »
Ibidem, c. 48, extrait d'un concile de Châlon-sur-Saônc, c. 5 (2) : « Plusieurs qui croient observer la loi du jeûne, se mettent à manger en carême dès qu'ils ont entendu sonner la neuvième heure. Mais qu'ils sachent bien qiie ce n'est pas jeûner, que de manger avant l'office de vêpres On doit en effet se rendre à la messe avec empressement, et ne toucher à aucun mets qu'on ne l'ait entendue aussi bien que l'office de vêpres, et après avoir fait des aumônes. Que si la nécessité empêche quelqu'un d'assister à la messe, qu'il prie du moins en particulier,
(1) Ce canon ne se trouve pas plus que le précédent.
(2) Ce canon ne se trouve pas plus que les deux précédents.
S30 w jBUNe.
et ne rompe le jeûne qu'à Flieure où il peut penser que les vêpres sont achevées. » (Burchard de Worins, comme on le verra plus bas, attribue ce canon au pape saint Silvère). •
Ibidenij c. 49, extraits des décrets du pape Eusèbe, c. 3 (1) : (( Les jeûnes ordonnés dans l'Eglise par les pasteurs ne doivent pas être rompus sans une légitime nécessité. »
Ibidem, c. 50, autre extrait de ces décrets, c. 2 : « S'il survient une famine, ou quelque peste, ou quelque intempérie de Tair, ou toute autre calamité, on doit aussitôt recourir à la miséricorde de Dieu par des jeûnes, des aumônes et des prières, d
12. Burchard, évêque de Worms, Decretorum lib. XIII, c. 4, cite comme Ives de Chartres le passage de saint Grégoire sur l'observance quadragésimale rapporté au témoignage précédent.
Ibidem, c. 2 et &; c'est la même chose que les chapitres 3S et 37 d'Ives de Chartres.
Ibidem, c. S, citation du concile de Gangres, comme au chapitre 38 d'Ives de Chartres : ce canon du concile de Gangres sera rapporté à la question qui va suivre celle-ci, témoignage 76.
Ibidem, c. 7, sur le jeûne des rogations, extrait du concile d'Orléans, c. 6, comme dans Ives de Chartres, c. 40.
Ibidem, c. 9, sur le samedi saint, citation du concile d'Orange, c. 2, comme dans Ives de Chartres, c. 42.
Ibidem, c. 12, citation d'un décret du pape saint Silvère, c. 1; c'est le passage donné plus haut par Ives de Chartres pour être un canon du concile de Cfaàlon.
Ibidem, c. 16, citation d'un concile d'Orléans, c. 1 (2) : « Les prêtres , en faisant au peuple les annonces des fêtes, doivent en même temps les avertir d'observer religieusement le jeûne des vigiles. »
Ibidem, c. 17, citation d'un décret du pape Eusèbe; c'est le même que le décret apocryphe cité par Iv^ de Chartres, et rapporté plus haut.
Ibidem, c. 18, citation d'un prétendu décret du pape Libère, c. 2 ; c'est le ménie que celui attribué au pape Silvère par Ives de Chartres, c. SO, et rapporté plus haut.
13. S. Cypribn, dejejuniis et tefitationibus ChrisH (3) : « au
C'est une pièce sans autorité. '
Ce canon ne se trouve pas dans les actes des concUes d'Orléans que nous avons pu consulter.
(3) Ce sermon n'est pas de S. Cyprien, mais plutôt d'Arnold ou Arnould de Bonneval qui vivait du temps d'Adrien iV. v. Nat. Alex, hist, eccles, in sœc, p. 33, édit. de Venise.
ii!
DU IBUNK. S31
moyen du jeûne la sentine des vices est mise à sec, la pétulance est abattue, la concupiscence est affaiblie, les voluptés prennent la fui|^, le volcan des passions s'éteint, et ne porte plus le ravage et la désolation autour d'elles. Le jeune employé avec discrétion suffit pour dompter toutes les révoltes de la chair, et nous délivre de la tyrannie des appétits grossiers. Le jeûne met aux entraves les mouvements désordonnés, et réprime les désirs qui sans lui n'auraient pas de frein. Le jeûne, quand Thumilité l'accompagne, inspire aux serviteurs de Dieu le mépris du monde. Le jeûne puriGe, sanctifie la chair, et prévient la corruption que son trop d'embonpoint ne manquerait pas d'engendrer. Le jeûne trouve ses délices dans les Ecritures, son plaisir dans la contemplation, sa force dans les grâces qu'il obtient, son aliment dans le pain céleste. Ce fut le jeûne qui donna à Daniel la vertu d'interpréter les songes, et aux. trois jeunes hommes la grâce de sortir sans aucun mal de la fournaise ardente. Moïse, en conversant quarante jours sur la montagne avec Dieu, obtint,* grâce au jeune, la familiarité de ses entretiens, et l'avantage d'être choisi pour promulgateur de sa loi. Elle, en jeûnant le même nombre de jours dans le désert, se vit récompensé d'égales faveurs. L'utilité du jeûne est devenue évidente surtout dans le christianisme, et l'exemple qu'en ont donné les premiers a bientôt été suivi de la multitude. Nous ne connaissons dans l'histoire aucun homme à miracles, qui n'ait dû au jeûne ce don éminent; nous ne voyons pas que rien ait été fait de grand, sans que le jeûne en ait posé la base. Tous ceux qui ont voulu obtenir quelque faveur de Dieu, ont recouru au jeûne comme à la prière, et c'est en passant les nuits dans les larmes et sous le cilice qu'ils ont imploré la bonté divine. Et le succès a été immanquable, du moment où prosternée aux pieds de Dieu, l'humilité des suppliants a pu lui offrir le sacrifice d'un cœur contrit; Dieu s'est approché de ceux qui l'invoquaient, a tendu sa main à ces misérables naufragés, et les a secourus dans leur affliction. »
i4. S. Athanase, Lib. de virginitate sive de meditatione : a Observons le jeûne avec amour : car le jeûne, la prière et l'aumône, nous formeront à eux trois un puissant rempart; ils sauvent l'homme de la mort. Car au lieu que c'est j)our avoir mangé malgré la défense que Dieu lui' en avait faite, qu'Adam a été chassé du paradis, ce sera par le jeûne et par Tobéissance que pourra y rentrer quiconque le voudra. Faites de cette vertu l'ornement de votre personne, vierge de Jésus-Christ, et vous
33S ou leuNE.
serez sure de plaire à votre divin époux. Car les personnes de votre sexe qui s'attachent au monde, et qui pour plaire aux hommes se couvrent d'or et de pierres précieuses, et inhibent leurs vêtements de parfums et de senteurs, ne sauraient plaire à Dieu par de tels moyens. Jésus-Christ ne vous demande rien de semblable : un cœur pur, un corps chaste et maté par l'abstinence, voilà tout ce qu'il demande de vous. Si quelques-uns viennent vous dire de ne pas multiplier vos jeûnes de peur de vous aSaiblir, ne suivez pas leur conseil, ne les écoutez même pas; car c'est l'ennemi de votre âme qui les inspire. Rappelezvous ce qui est écrit au sujet de Daniel et des trois jeunes hommes faits captifs par Nabuchodonosor, roi de Babylone, et des autres jeunes gens qui étaient avec eux ; de l'ordre que le roi leur donna de manger des mets de sa table et de boire de son vin; du refus que firent Daniel et les trois jeunes hommes de se souiller en acceptant cette nourriture, et de la réponse qu'ils firent à l'eunuque chargé *de les nourrir : Donnez-nous, lui direnl-ils, de ce que la terre produit^ et nom en mangerons {DMi,, I, 4 et S). L'eunuque leur dit à cela : Je crains le roi mon SeigneuTj qui a ordonné qu'on vous servit des viandes et du vin de sa tabk; car s'il voit vos visages plus maigres que ceux des autres jetines hommes de votre âge, vous serez cause que le roi me fera perdre la vie. Mais ils lui répliquèrent : Eprouvez^ je vous prie, vos serviteurs pendant dix jours, et ne nous donnez pendant tout ce temps que de ce que nous votis avons demandé. Et il ne leur donna que des légumes à manger et que de l'eau à boire; après quoi il les introduisit chez le roi, et leur visage parut meilleur et dans un embonpoint tout tiutre que celui de tous les jeunes hommes qui mangeaient des viandes du roi.
)) Vous voyez quels sont les effets du jeûne, comment il guérit les maladies, détruit les humeurs vicieuses, chasse les démons, éloigne les pensées mauvaises, fait que l'esprit est davantage à lui-même, purifie le cœur, sanctifie le corps, et met l'homme en état de s'approcher du trône de Dieu. Et de crainte que vous ne vous imaginiez que tout ce que je viens de dire se trouve dit au hasard, vous avez dans TEvangile le témoignage de Jésus-Christ lui-même, à qui ses disciples avaient fait celte demande : Seigneur, dites-nous par qml moyen peuvent être cimssés les esprits impurs? el qui leur fit cette réponse : Cette sorte de démons ne peuvent être chassés que par la prière et par le jeûne (Matth., XVII, 18-20). Ceux donc, quels qu'ils soient, qui sont tourmentés par l'esprit
impur, n'ont qu'à se rappeler cette réponse, et qu'à employer ce remède, c'est-à-dire, qu'à faire usage du jeune, et aussitôt l'esprit impui^, que le jeûne n'accommode pas, se trouvera trop à l'étroit et prendra la fuite. Car rien n'attire les démons comme la crapule, l'état d'ivresse et l'oisiveté. Grande au contraire est la vertu du jeune : il engendre les plus grandes actions. Car d'où vient que la puissance des miracles est donnée aux hommes, que Dieu opère par leur ministère les plus étonnants prodiges, et la guérison de toutes sortes de maladies, sinon de la pratique de la mortification de rhumilité et de l'austérité de vie? Le jeûne en effet est la vie des anges, et celui qui le pratique mérite une place parmi ces célestes esprits. Et ne pensez pas, ma sœur, que le jeûne consiste simplement dans une certaine abstinence : car il ne suffît pas pour jeûner véritablement, de se priver de nourriture; pour avoir le mérite du jeûne devant Dieu, il faut s'abstenir en outre de toute action mauvaise (i). »
IS. S. Chrysostôme, Hom. I in Genmm : « En voyant votre empressement à vous rendre en cette église, je sens s'augmenter aussi le mien, tant est vif le désir que j'éprouve d'entrer moimême en part de cette joie spirituelle, eu même temps que de vous annoncer l'ouverture de la sainte quarantaine, remède si propre à guérir nos âmes de toutes leurs misères. Car notre maître à tous voulant, comme un père compatissant, nous laver des souillures contractées dans toute la suite de notre vie, en a trouvé le moyen dans le jeûne salutaire auquel il vous invite par ma bouche. Que personne donc n'affecte un air chagrin ; que •personne ne tombe dans la tristesse, etc... Car ce temps sera vraiment pour nous un temps de fête, qui procurera le salut à nos âmes, qui nous apportera la paix et la concorde, qui bannira toute image séductrice des plaisirs trompeurs de cette vie : plus de clameurs bruyantes, plus de rassemblements tumultueux, plus rien de cet appareil sanglant de chairs d'animaux étalées sur les boutiques ou dépecées dans les cuisines; partout au contraire la tranquillité, le calme, la charité, la joie, la douceur, la paix et mille autres avantages précieux. . . '
)> Je voudrais vous voir purifiés de tout ce qui a pu vous souiller jusqu'ici, et affranchis de toute affection pour les plaisirs grossiers de la table, embrasser de tout cœur cette chaste épouse,
(1) Cf. s. Àthanasii opéra, t. II, p. il5-llfi, édition des Bénédictins, ï*ans, 1698.
que j'appelle l'abstinence, et qui sera pour vous la mère de tous tes biens, de la pudicité et de toutes les vertus : elle fera votre bonheur, en même temps qu'elle achèvera de vous guérir de vos maux spirituels. Car si les médecins ont coutume de prescrire à ceux qui leur demandent de corriger en eux quelque humeur vicieuse, de commencer par s'imposer une diète absolue, pour que l'effet de leurs remèdes ne soit pas neutralisé par la nourriture qu'ils prendraient, mais qu'il ait toute sa vertu, en exerçant seul son action; à combien plus forte raison, si nous voulons que ce remède spirituel, qui est le jeûne, produise en nous ses heureux effets, devons-nous purifier nos dispositions, et ne pas nous charger de vin ou d'aliments quelconques qui nous feraient perdre tous les fruits que nous aurions à recueillir de celte observance !
» Tandis que l'excès du boire et du manger est pour le genre humain le principe de mille maux, le jeûne et la sobriété est une source intarissable d'ineffables biens. Aussi, dès le moment de la création de l'homme. Dieu qui savait que c'était là le remède le plus opportun pour le salut de nos âmes, donna avant tout le reste ce commandement à notre premier père : Mangez de tous les fruits des arbres du paradis; mais ne mangez point du fruit de Varbre de la science du bien et du mal {Gen,, XVIy 17). Dire: Mangez ceci, ne mangez pas cela, c'est déjà préfigurer le jeûne... »
Après avoir cité les exemples de Moïse, d'Elie, de Daniel, des Ninivites, et de Jésus-Christ lui-même, le grand orateur ajoute : « Après vous avoir démontré par l'exemple de Notre- Seigneur lui-même, comme par celui de ses serviteurs les plus fidèles, combien est grande la vertu du jeûne, et combien sont nombreux les avantages que vous pouvez en retirer; maintenant donc que vous en êtes instruits, je -supplie votre charité de ne pas vous y refuser par une lâcheté inexcusable, ni de vous attrister non plus de vous y voir obligés, mais de vous en réjouir plutôt et de tressaillir même de joie en vous rappelant ces paroles de l'Apôtre : Encore que dans nous l'homme extérieur se détruise, l'homme intérieurnéanmoinsserenouvelledejourenjour{IlCor., IV, 16). Car soyez convaincus que le jeûne est la noiu*riture de l'âme, et de même que la nourriture matérielle soutient et fortifie le corps, de même aussi le jeûne accroît les forces de l'âme, lui prête l'agilité, et comme des ailes, pour s'élever vers le ciel, pour ne plus s'occuper que des choses d'en haut, et n'avoir
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désormais que du mépris pour tous les plaisirs d'ici-bas. Et de même que les navires les plus légers sont ceux qui parcourent avec le plus de rapidité la vaste étendue des mers, et que ceux au contraire qu'on charge d'une trop forte cargaison sont le plus exposés à faire naufrage; ainsi le jeûne, en nous spiritualisant de plus en plus, nous met plus en état de traverser rapidement la mer de ce monde, de porter toutes nos pensées vers le ciel et vers les biens qui nous y sont réservés, de regarder comme rien les choses présentes, et de ne pas plus nous y attacher qu'à des ombres ou à de simples rêves (4). »
16. Le même, Hom. II in Genesim : « Le jeûne est ce qui procure le calme à nos âmes, ce qui honore la vieillesse, ce qui forme la jeunesse, ce qui affermit l'âge mûr, le plus bel ornement en un mot de tous les âges et de toutes les conditions. Voyez en effet : aujourd'hui plus de clameurs ni de tumultes, plus rien de tout cet attirail de cuisiniers et de bouchers; plus rien, dis-je, de tout cela, et cette ville entière présente l'aspect d une vierge décente et réglée dans ses démarches (2). »
17. Le même, Serm. I de jejunio (3) : « Voici le temps de propitiation, sachons le mettre à profit; c'est le temps de nous décharger du fardeau de nos péchés, ne négligeons pas cette grâce; mais avant de jeûner par rapport aux aliments, commençops à le faire par rapport aux péchés. Le jeûne*présente des avantages sqjïs nombre pour ceux qui aiment à se les approprier. N'envisagez pas uniquement la peine; envisagez aussi la récompense. Si le cultivateur n'avait pas en vue la récolte que doivent lui rapporter ses semailles, il ne sèmerait jamais; autrement,
. quelle serait sa folie de dissiper à travers les champs les grains recueillis dans ses greniers! Mais c'est l'espérance de récolter plus qu'il ne sème, qui lui donne le courage' de semer. Le jeûne afQige la chair, il est vrai, mais il fait les délices de Tâme. De ces deux parties qui composent notre être, à laquelle donnerezvous la préférence? Si l'âme accepte le jeûne, c'est qu'elle l'aime mieux que d'être malheureuse dans l'éternité, et d'ailleurs elle trouve dans le jeûne un aliment plus convenable à sa dignité, plus approprié à sa nature. Ne refusons donc pas de nous sou-
(1) Cf. s. Joannis Chrysost, opéra, i, IV, p. i-B, édit. de Montfaucon; pag- 3-9, édit. de Gaume.
(2) Cf. Ibidem, pag. 8, édit. de Montfaucon; pag. 11, édit. de Gaume. (5) Nous n'avons pu trouver ce discours dans les œuvres complètes de
S. Clurysofttôiikey édit. de Gaume.
mettre à la loi du jeune ; d'autant plus que, bien loin de nuire au corps lui-même, le jeûne lui sert de remède. Car, en jeûnant, od arrête le flux d'humeurs dont le corps est incommodé, el on le débarrasse de son excès d'embonpoint, en même temps qu'on présente à Tàme défaillante l'aliment qui réparera ses forces. Ne pensez pas que le jeûne ne puisse offrir que de modiques avantages. Si Adam s'était abstenu seulement de manger d'un fruit, s'il avait jeûné par rapport à ce fruit, la mort aurait reçu son coup mortel, ou pour mieux'dire, elle n'eut jamais paru, étant ignorée jusque-là. Voyez donc, si Adam avait usé de cet antidote, le genre humain ne serait composé que d'êtres immortels. Oh ! qu'il a fallu que la grâce fût puissante, pour réparer comme elle l'a fait les maux que l'intempérance d'Adam avait causés à sa race! En voyant combien cette abstinence nous a été funeste, vous pouvez juger combien son contraire, qui est le jeûne ou Tabstinence- par rapport aux choses d'ailleurs permises, doit nous être utile. »
L'auteur de ce discours cite ensuite les exemples de Moïse, de Jésus-Christ et de Daniel ; puis, venant à parler du prophète qui, pour s'être arrêté à manger malgré la défense que Dieu lui en avait faite, fut dévoré par un lion, il fait cette remarque : <( Trois prodiges se trouvaient là rassemblés. Le prophète étendu mort trahissait par-là même la désobéissance dont il était coup,able; à côté de ce cadavre, le lion témoignait par ce qu'il venait de foire son obéissance à l'ordre de Dieu ; et près de là, l'ànesse du prophète, qui restait sans rien craindre de la part du lion, et sans recevoir non plus aucun mal de lui, faisait bien voir que le lion n'était pas accouru pour assouvir sa faim, mais pour punir le . coupable de n'avoir pas jeûné conformément à l'ordre qu'il en avait reçu.
» Le jeûne est une imitation de la vie des anges autant que le comporte notre nature, un acte <le mépris des choses d'ici-bas, une école de prières, un aliment pour l'âme, un frein pour la bouche, un calmant pour la fièvre de la concupiscence. Ceux qui jeûnent le savent bien, et ceux qui ont seulement essayé de le faire ne l'ignorent pas non plus. Le jeûne réprime les voluptés, apaise la fureur, calme la colère, tempère les mouvements naturels, aiguise la raison, purifie le cœur, allège le poids de la chair, met en fuite les illusions de la nuit, corrige de l'ivresse, délivre des maux de tête, donne au visage un teint ravissant et des traits célestes. Quand on jeûne, on a naturellement le geste
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composé, la langue libre, la raison saine; on ne connaît point ce rire dissolu si commun dans Tivresse; les passions sont con- ' tenues, et Tàme maîtresse d'elle-même goûte la joie de son bienêtre. L'homme extérieur n'est plus rien, Thomme intérieur est tout. L'ivresse nous ôte le sentiment des maux, qu'elle nous cause ; le jeûne nous donne la conscience de ceux dont il nous délivre. Car celui qui est en état de jeûne, en même temps qu'il se connaît lui-même, connaît ce qui peut lui être contraire; tandis que celui qui est en état d'ivresse ignore, et ce qu'il est lui-même, et quels sont les avantages dont le jeûne serait pour lui la source. Pourquoi des prêtres, fils d'Aaron, furent-ils mis à mort? N'est-ce pas pour avoir goûté au vin dans l'exercice de leur ministère {LéviL, X, 9)? A quoi s'obligeaient les Nazaréens? N'était-ce pas à s'abstepir du vin et de toute boisson capable d'enivrer {Num,, VI, 5-20)? Daniel et ses jeunes compagnons de captivité préféraient de simples légumes à la table somptueuse du roi Nabuchodonosor (Dan., 1,8). Daniel jeûna six semaines entières, et c'est pour avoir réprimé en lui la sensualité qu'il mérita d'être surnommé l'homme de désirs (Dan., X, 3). El comment jeûna-t-il, non, comme faisaient ses compatriotes, pendant la courte durée d'un seul jour, mais pendant trente-six semaines? C'est qu'il préfigurait la discipline actuelle de l'Eglise. 11 a dit de lui-même : Je ne mangeais pas de pain délicatement préparé. D'autres boivent quelquefois pour leur plaisir. Le vin et la mande, poursuit Daniel, n'entrèrent pas dans ma bouche, L'Eglise ne pratique pas un autre jeûne que celui-là. Admirez dans cet homme de l'ancienne loi ces mœurs toutes chrétiennes. C'est que si, parmi les hommes d'alors, les imparfaits pouvaient tout au ptais figurer les saints de la loi nouvelle, les forts du moins, tels que les prophètes, devaient les représenter en réalité. Le jeûne a obligé Dieu à révoquer quelques-uns de ses arrêts. Car Dieu avait dit : Ninive sera détruite; et cependant cette ville ne fut pas détruite. C'est que les Ninivites jeûnèrent, et échappèrent par ce moyen à leur ruine.
)) Jeûnez, parce que vous avez péché; jeûnez pour ne plus pécher; jeûnez pour recevoir, jeûnez pour conserver les dons que vous avez reçus. Car telles sont les diverses classes dans lesquelles le jeûne peut être réparti. L'un qui sait qu'il a péché jeûne pour échapper, en se châtiant lui-même, au châtiment qu'il lui faudrait subir ailleurs. Jeûnons, nous, pour prévenir les Révoltes de la concupiscence. Vous voyez dans cet exemple comment le
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jeûne est provoqué par le péché; c'est parce qu'on a péché qu'on a recours au jeûne, pour y trouver sa conversion en même temps que Texpiation de ses fautes. D'autres jeûnent sans avoir péché; non pas, par conséquent, pour se délivrer de péchés commis, mais pour s'empêcher d'en commettre. Un autre jeûne pour obtenir une grâce; et c'est ainsi que Moïse jeûna pour recevoir la loi. Un autre enfin jeûne pour ne pas perdre les grâces qu'il a reçues. L'Eglise, par exemple, jeûne par ce motif, en reconnaissant tout ce qu'elle doit à Jésus-Christ; et elle jeûne afin que, crucifiée avec lui, souffrant avec lui, elle soit aussi glorifiée avec son Sauveur. Nous jeûnons alors, non pour pleurer sur le sort de notre Dieu, car il vit éternellement avec son Père; mais pour reconnaître tout ce que nons devons à sa grâce, ou si nous pleurons à cause que les Juifs l'ont crucifié, ce n'est pas sa mort que noMs déplorons, mais le crime des Juifs qui l'ont fait mourir : car pour lui, il est ressuscité d'entre les morts, il est dans la gloire dont il était d'avance en possession avec son Père. Engendré par son Père de toute éternité, il est aussi avec lui de toute éternité. Nos larmes insulteraient à la victoire que Jésus a remportée; mais nous devons néanmoins jeûner, en songeant à nos propres besoins, et en faisant nos efforts pour prendre part à ses souffirances. »
18. Le même, Serm. II dejejunio : a Puis donc que le jeùoe est pour nous un rempart contre nos ennemis, et nous sude à repousser le joug de la servitude qu'ils nous feraient subir, qu'il assure en un mot notre liberté, comment douteriez-vous encore que le jeûne ne soit pour nous la condition préalable de tous les biens? Et si le jeûne a été commandé dans le paradis même à cause des avantages sans nombre qu'il renferme, jKdoit être encore bien plus nécessaire hors de ce lieu qu'habitait l'innocence. Si, avant que nous eussions été blessés, c'était déjà pour nous un utile remède, nous devons nous empresser bien davantage d'y recourir maintenant que nous sommes blessés, pour nous guérir de nos blessures. Enfin, si ce bouclier nous était nécessaire même avant le combat pour résister aux plaisirs sensuels, nous devons nous en armer avec bien plus de soin maintenant que nous y sommes engagés, »
49. S. Basile-le-Grand, Hom. I de kmdibus jejunii : « I^s vers qui se multiplient dans tes intestins des enfants ne peuvent en être chassés que par d'amers médicaments : ainsi te jeûne, quand il est vraiment digne de ce nom, attaque le péché jusque
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dans le fond de noire cœur et lui donne la mort Tout ce qui
porte le caractère de Tantiquité a droit à notre respect. Respectez là vieillesse du jeune. Il est si ancien qu'il a commencé avec le premier homme : c'est dans le pacadis terrestre qu'il a été établi. Le premier précepte donné à Adam fut celui-ci : Vous ne mangerez point du fruit de Varhre de la science du bien et dn mal. Ces paroles, vous ne mangerez paSj sont une loi de jeûne et d'abstinence. Si Eve l'eût observée fidèlement, nous ne serions pas aujourd'hui obligés de nous y soumettre. Car ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais bien cetix qui sont malades. Nous avons été blessés par le péché : c'est à la pénitence à guérir nos blessures. Or, sans le jeûne, la pénitence est vaine et stérile. La terre maudite ne produira pour vous que des ronces et des épines. Vous êtes condamnés h vivre dans la tristesse, et non destinés à vous livrer aux plaisirs. Il faut satisfaire à Dieu par le jeûne. La vie même du paradis terrestre était une image du jeûne, non-seulement en ce que l'homme, qui était semblable aux anges et partageait en quelque sorte leur nature, n'avait que peu de besoins, mais aussi parce qu'il n'avait point encore imaginé dans cet heureux séjour tout ce qu'il inventa par la suite pour satisfaire ses appétits déréglés aux dépens de la raison, tel que l'usage du vin et de la chair des animaux. — Puisque c'est notre infidélité à la loi du jeûne qui nous a bannis du paradis, jeûnons donc pour y rentrer. »
Un peu plus loin, saint Basile, appelant les Ecritures en témoignage de la vertu du jeûne : « C'est le jeûne, dit-il, qui enfante les prophètes, qui nourrit les forts, qui donne la sagesse aux législateurs; c'est le jeûne qui est le rempart de l'âme, la sauvegarde du corps, l'armure du guerrier, l'exercice de l'athlète : il éloigne la tentation, consacre la piété, accompagne la sobriété, produit la chasteté. Dans les combats il enflamme le courage, dans la paix il conserve le repos. Il sanctifie le nazaréen: il perfectionne le prêtre, qui ne peut sans témérité s'approcher du saint ministère, s'il ne s'est préparé par le jeûne, non-seulement dans la loi nouvelle, où il s'agit de célébrer de si redoutables mystères, mais encore dans la loi ancienne, où les sacrifices n'étaient que des figures... Enfin, tous les saints de tous les siècles, comme vous pourrez vous en convaincre, se sont aflermis par le jeûne dans la voie qui conduit à Dieu... Le jeûne éteignit les flammes de la fournaise et brisa la dent des lions. Le jeûne
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ouvre à la prière l'entrée du ciel, et lui prête jies ailes pour s'élever jusqu'à Dieu. Le jeûne est le soutien des familles, le père de la santé, le maître de la jeunesse, l'ornement des vieillards, l'ami des voyageurs, le gardien de la foi conjugale... Le jeûne n'est pas seulement utile pour l'avenir ; il est avantageux pour notre corps même dans la vie présente... Voulez- vous fortifier votre àme? domptez la chair par le jeûne. C'est le sens de ce passage où l'Âpôtre nous dit : Qu'à mesure que r homme extérieur » corrompt, l'homme intérieur se rmouveUe. Et de cet autre : Plus je m'affaiblis, plus je me fortifie... Le jeûne est notre armure dans les combats contre les démons; car ce genre d'ennemis ne peut être chassé que par la prière et le jeûne. Tels sont les nombreux avantages que le jeûne nous procure. La satiété au contraire est un premier pas dans la voie de l'impudicité. La bonne chère, l'excès du vin, la délicatesse exquise et la variété des aliments, ne tardent pas à provoquer le réveil de toutes les passions brutales. Alors l'homme dans son délire ressemble à un coursier qui court et qui hennit après les cavales. L'ivresse confond les sexes, et intervertit l'ordre établi par la nature; tandis que le jeûne entretient, même dans le mariage, une sage et chaste modération, prévient l'excès des plaisirs permis, et conseille aux époux de s'en interdire momentanément l'usage, pour se livrer sans trouble à la prière. — Gardez-vous cependant de faire consister le jeûne dans la seule abstinence des viandes; le jeûne véritable consiste à s'abstenir du vice. Rompez tous les liens qui vous attachent à l'iniquité. Pardonnez au prochain tout. le mal qu'il vous fait; remettez-lui sa dette. Ne jeûnez pas pour lui susciter des procès et des querelles. Vous ne mangez pas de chair, il est vrai, mais vous dévorez votre frère; vous vous abstenez de vin, mais vous vous permettez de lui faire tort. Vous attendez le soir pour prendre de la nourriture, mais vous passez tout le jour devant les tribunaux. Malheur à ceux qui sont ivres, non de vin, mais de colère. Car la colère est l'ivresse de l'âme; comme le vin, elle rend l'homme insensé. »
20. Le même, homélie 2 : (( Si l'huile rend les athlètes plus souples, le jeûne fortifie celui qui s'exerce à la piété. Ainsi donc, tout ce que vous ôtez au corps tourne à l'avantage de l'âme et l'affermit dans la vie de la grâce; car ce n'est pas la vigueur du corps, mais la force de l'âme et la patience dans les afQictions, qui nous assurent la victoire contre les ennemis invisibles. Le jeûne est utile en tout temps à ceux qui se l'imposent volon-
lairement, puisque les démons n'osent tenter aucun effort contre celui qui l'observe, et que les anges préposés à notre garde protègent surtout ceux dont il a purifié l'âme; mais son utilité est plus incontestable encore dans ces jours où il est annoncé par tout l'univers. Il n'est point de pays, ni sur le continent, ni au milieu des mers, point de ville, point de peuple, même aux extrémités du monde, où la loi du jeûne n'ait été proclamée. Les soldats, les voyageurs, les navigateurs, les marchands, tous l'ont entendu publier avec la joie la plus vive. Que nul d'entre vous ne s'exclue donc lui-même du nombre de ceux qui jeûnent, c'est-à-dire de tout le genre humain, de tous les âges, de toutes les conditions. Chaque église a ses anges chargés d'en faire le recensement...
)) Le jeune conserve la santé de l'enfance, inspire la modestie aux jeunes gens, et attire le respect à la vieillesse. Un vieillard paraît plus vénérable quand il honore ses cheveux blancs par l'abstinence. Le jeûne est l'ornement qui convient le mieux aux femmes, et le frein le plus puissant contre la fougue de l'âge et l'excès de la santé; le jeûne est le protecteur de la fidélité conjugale et le gardien de la virginité. Tels sont les avantages particuliers que le jeûne apporte aux familles qui l'observent. Voyons maintenant quelle est son influence sur la société. En un moment il fait régner le calme dans le sein d'une ville, d'une nation tout entière, il impose silence à toutes les clameurs, asso'jpit les querelles , bannit les procès... Pauvres, recevez le jeûne comme un ami et un commensal. Esclaves, recevez-le comme une trêve passagère aux travaux perpétuels de votre servitude. Riches, recevez-le comme un remède au mal que l'abondance vous a fait, comme un moyen de ranimer en vous, par le changement de régime, le goût des aliments que l'habitude vous fait paraître maintenant insipides. Que votre santé soit florissante ou ruinée, recevez-le comme le gardien ou le père de la santé. Interrogez les médecins, ils vous diront que rien n'est plus dangereux pour le corps que l'excès même du bien-être. Aussi les plus habiles s'attachent-ils à remédier à cet excès par le jeûne, de peur que^la nature épuisée ne succombe sous le poids de l'embonpoint... Mais pour que le jeûne soit méritoire, il ne suffit pas de s'abstenir de l'usage des viandes ; il est une autre sorte de jeûne plus agréable à Dieu. Le véritable jeûne consiste à s'abstenir du vice, à contenir sa langue, à réprimer sa colère, à dompter ses passions, à s'interdire la médisance, le
mensonge, le parjure. Voilà le^ privations qui constituent le jeûne véritable. »
2t. S. AUGUSTIN, Tract, de utilitate jejunii : « Si la chair, que son propre poids entraîne vers la terre, est un fardeau pour l'âme et un bagage qui Tarrêle dans son vol, plus on aura d'attrait pour la vie angélique, plus on consentira volontiers à se décharger de ce fardeau embarrassant. Or, ce qui nous aidera à nous en décharger, c'est le jeûne.
» Gardez-vous donc bien de penser que ce soit là une pratique frivole ou inutile, de peur que, si vous vous en acquittiez simplement pour vous conformer à l'usage de l'Eglise, vous ne veniez à penser ou à vous dire en vous-mêmes, ou à écouter le tentateur qui cherche secrètement à vous le suggérer : Pourquoi jeûnes-tu? Tu imposes à ton âme des privations, tu lui refuses ce qui là rendrait heureuse ; tu prends le soin absurde de te punir toi-même, d'être à toi-même ton bourreau. Est-ce que c'est la volonté de Dieu que tu te rendes toi-même malheureux? Dire qu'il se réjouit de tes souffrances, c'est le supposer cruel. Mais répondez à ce tentateur : Si je "me punis moi-même, c'est afin que Dieu ne me punisse pas; j'étale devant lui. ma misère, afin qu'il vienne à mon secours, que je me rende agréable à ses yeux et que j'aie à bénir sa bonté. Pour mettre une victime sur l'autel, il faut bien la faire souffrir. Mon corps pèsera moins à mon âme. Répondez encore à ce mauvais conseiller, à cet avocat des instincts gloutons, par la comparaison suivante : Si vous aviez pour monture un cheval fougueux qui pourrait vous occasionner quelque chute funeste, n'est-il pas vrai que pour voyager avec plus de sécurité vous retireriez à cet animal une partie de sa nourriture, pour dompter par la diète celui que vous ne pourriez dompter avec le frein? Mon corps, voilà ma monture; le but de mon voyage, c'est Jérusalem; mais au lieu de me diriger vers ce but, le plus souvent il m'emporte au hasard, et voudrait me faire sortir de la voie; ma voie, c'est Jésus-Christ; et celui qui voudrait tn'emporter hors de cette voie, je craindrais de le mater par le jeûne? Si quelqu'un pense ainsi, il prouve par sa propre expérience l'utilité du jeûne. Est-«e que ce corps, aujourd'hui dompté par le jeûne, aura toujours besoin de l'être? Maintenant qu'il est comme incertain de sa course, qu'il subit les conditions de sa mortalité, il a ses emportements, ses écarts qui pouiTaient mettre l'âme en péril. C'est un corps corruptible jusqu'ici ; mais vienne la résurrection ! Car il.ne sera pas toujours
cru JEUNE. 343
dans cet état ; il ne revêt pas encore les conditions d'une céleste substance; nous ne sommes pas encore devenus semblables aux anges de Dieu (4). »
22. S. ÂMBROisE, LiK de Elid et j^unio, c. 2 : « La vertu du jeune est grande. C'est une milice si honorable, que Jésus-Christ lui-même a bien voulu s'y enrAler; si puissante en même temps, qu'elle a élevé de simples hommes jusqu'au ciel. Et pour chercher mes exemples plutôt dans nos semblables que dans les actes divins, Elie, pour avoir jeûné, put d'un seul mot rendre le ciel d'airain pour le peuple sacrilège de la Palestine. Que dirai-je de ses autres miracles? C'est pour avoir jeûné qu'il put rappeler du sein de la mort le fils de la veuve. C'est à jeun qu'il fit d'un seul mot descendre la pluie sur la terre; c'est à jeun qu'il fit tomber le feu du ciel; c'est à jeun qu'il fut emporté au ciel dans un char de feu; c'est par un jeûne de quarante jours qu'il obtint d'être favorisé du commerce de Dieu même. Ses mérites croissaient avec ses jeûnes. C'est par la vertu de ses jeûnes qu'il arrêta le cours de l'eau du Jourdain, et qu'il put en passer à pied sec le lit desséché en un instant. Dieu dans sa sagesse le jugea digne d'être enlevé dans le ciel avec son corps même, puisque, tout revêtu qu'il était de son corps, il menait une vie céleste, et présentait à la terre l'image d'un habitant des cieux. »
Ibidem, c. 3 : « Qu'est-ce que le jeûne, sinon une chose céleste, l'image du ciel même? Le jeûne est la force, l'aliment de l'âme. Le jeûne est la vie des anges; le jeûne est la mort du péché, l'abolition des crimes, le remède qui nous rend la santé, le principe de la grâce, le fondement de la chasteté. C'est le degré ménagé à notre faiblesse pour nous faire monter jusqu'à Dieu. »
Ibidem, c. 4 : « La gourmandise nous ôte le vêtement de l'innocence; le jeûne nous le rend. C'est ce que Dieu nous a fait entendre par ces paroles du Psalmiste : J'ai revêtu mon dme par lejeûiie {Ps. LXVIII, 4). Précieux vêlement, qui couvre Tâme, pour qu'elle ne soit pas surprise par le tentateur, et dépouillée par lui. Précieux voile, qui couvre le péché, qui le fait dii^araitre sous l'abstinence, qui le fait disparaître devant la grâce. Heureux ceux à qui leurs iniquités ont été pardonnéeSy et dont les péchés sont couverts {Ps, XXXI, i). La grâce couvre les péchés
(1) Cf. s. Augmtini opéra, t. VI, col. 615, édition des Bénédictins; col. iOW, édit. de Gaume.
en les pardonnant» en les effaçant. L'abstinence^ les couvre eu nous en purifiant, en les enveloppant d'un voile de tristesse, en les rendant pardonnables par le repentir. Car le jeûne et TaumôDe se prêtent une force mutuelle pour nous procurer la délivrance de nos péchés. »
Ibidem, c. 7 : a Le jeûne arrête Timpétuosité des flammes, musèle les lions, rend solides les vagues de la mer, fait fondre les rochers en sources abondantes d'eau vive. Le jeûne a pu changer la nature des éléments, rendre solide l'eau des fleuves, ' et liquide la pierre des rochers. »
Ibidenij c. 8 : « Le jeûne est une école de continence, une leçon de pudicité; il humilie l'esprit, mortifie la chair, enseigne la sobriété, exerce à la vertu, purifie le cœur, incline à la miséricorde, inspire la douceur, donne des attraits à la charité ; il honore la vieillesse et protège la jeunesse. Le jeûne est le soutien donné à notre faiblesse, l'aliment qui entretiendra en nous la santé de l'âme. » ,
Ibidem, c. 9 : u Le jeûne est donc un sacrifice de propitiation, sUn moyen d'augmenter la grâce en nous : témoins les femmes fortes que le jeûne a élevées par une augmentation de grâce au-dessus de la faiblesse de leur sexe. »
Ibidem, c. 10 : a Le jeûne nous apprête un festin mystique, ce festin dont le Prophète royal a dit ces paroles : Vous avez préparé une table devant moi contre ceux qui me persécutent {Ps. XXII, 5). Cette table ou ce festin n'est acquis qu'à ceux qui ont faim, et ce calice enivrant n'est donné qu'aux sobres, ou à ceux qui ont soif des grâces célestes. Si donc c'est au jeûne à nous introduire à cet auguste festin, s'il nous est nécessaire d'éprouver cette faim pour nous procurer les biens éternels, comment pourrions-nous douter que le jeûne exerce sa douce influence même sur les choses qui se rapportent a"u bonheur d'ici-bas? Gardons-nous cependant de penser que toute faim dont on éprouve le tourment soit un jeûne agréable à Dieu; pour lui être agréable, il faut qu'elle ait sa crainte pour principe. Que personne ne prétende pouvoir jeûner et pécher en même temps, ou croie innocenter ses péchés par le jeûne. Car le jeûne est au contraire l'exterminateur des péchés. »
Ibidem, c, H : « Que personne ne mette ce qui flatte la volupté au-dessus de ce qui est grand. La volupté semble une chose douce ; le jeûne au contraire est amer à notre goût délicat. Sachons sacrifier cette douceur à cette amertume. Le corps lui-
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même se trouve bien de ce qui est amer. Car de même que les vers qu'uae trop grande abondance de nourriture engendre dans les intestins des enfants, ne peuvent être expulsés qu'au moyen de breuvages amers, ou de médecines dont l'odeur insupportable les fasse mourir, ainsi le péché qui se cache dans les plus profonds replis de l'àme ne peut être détruit que par la vertu du jeûne. » 23. Le même, Epist. LXXXII ad Ecclestam Vercelknsem, dit en réfutant l'erreur de quelques disciples de Jovinien : « J'apprends que vous avez dans votre ville (Yerceil) Sarmation et Barbatien (4), hommes grands parleurs, qui disent qu'on n'a aucun mérite à garder l'abstinence et la frugalité; que la virginité ne nous attire aucune grâce; que tous dans les divers états sont également estimables ; que c'est une folie de châtier sa chair par les jeûnes, pour l'assujettir à l'esprit. Mais si l'apêtre saint Paul avait regardé cela comme une folie, il ne l'aurait jamais pratiqué, il ne l'aurait jamais écrit pour instruction des autres. Et cependant il s'en glorifie en disant : Je châtie mon corps, et je le. réduis en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois réprouvé moi-même (/ Cor., IX, 27). Quiconque donc ne châtie pas son corps, et veut prêcher aux autres, est au nombre des réprouvés. »
Ibid.y n^ 8 : « Quoi en effet de plus capable de nous imprimer ce caractère* que ce qui nous excite à la débauche, à la corruption, à la mollesse; que ce qui nous plonge dans l'impureté, nous entrelient dans l'incontinence, allume en nous le feu des passions? De quelle nouvelle école vous sont envoyés ces épicuriens, soi-disant philosophes, mais au fond pauvres ignorants, qui prêchent l'amour du plaisir, conseillent à chacun de prendre ses aises, et n'attachent aucun mérite à la chasteté? lis ont été avec nous, mais ils n'étaient pas des nôtres. Car je ne rougis pas de dire la même chose après saint Jean l'Evangéliste (1 JôAN., II, 20). Etant^ici, ils jeûnaient, ils gardaient la continence dans leur monastère : ils n'y trouvaient pas moyen de faire bonne chère, toute dispute licencieuse leur était interdite. )> Ibid,, n® 9 : « Ces hommes délicats n'ont pu souffrir cette régularité : ils sont sortis du monastère; puis, voulant y rentrer, ils n'ont pas été reçus. J'avais appris bien des choses sur leur
(1) C'étaient apparemment des disciples de Jovinien, dont saint Ambroise avait découvert les erreurs, comme il le dit dans sa lettre XLIl au pape Sirice.
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compte, qui m'avertissaient de me tenir en garde. Je les avais avertis, mais sans rien gagner. Pleins de colère, ils ont commencé à semer une doctrine qui, grâce à leurs efforts pour la répandre, est devenue la source de tous les vices. Ainsi ont-41s , hélas! perdu tout le mérite de leurs jeûnes d'autrefois, comme de la continence qu'ils ont gardée pendant un temps. Maintenant, par une malice diabolique, ils envient aux autres leurs bonnes œuvres, parce qu'ils ont perdu tout le fruit des leurs propres... »
Ibid.j n® 14 : « ...Comment donc la volupté, qui seule nous a exclus du paradis, pourrait-elle nous y rappeler? »
Ibid., n® 18 : « Aussi Jésus-Christ Notre-Seigneur, voulant nous fortifier contre les tentations du démon, s'est-il préparé au combat par le jeûne, afin que nous sussions que nous n'avons point d'autre moyen pour vaincre les attraits du péché. Enfin, le démon s'arma dans la première de ses tentations des traits de la volupté, lorsqu'il dit au Sauveur : Si vous êks Fils de Dieu, faites .que ces pierres se changeni en pain. C'est pourquoi Jésus-Christ lui répondit : U homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole de Dieu; n'ayant pas voulu faire, quoiqu'il le pût, ce cbangemenl; miraculeux, afin de nous apprendre par cette salutaire maxime à nous attacher bien plus à la lecture des Ecritures qu'à la recherche des voluptés. El puisque ces hommes soutiennent qu'il ne faut pas jeûner, qu'ils nous disent pourquoi Jésus-Christ a jeûné, si ce n'es! pats pour nous donner l'exemple déjeuner nous-mêmes. Enfin, il nous a enseigné encore dans la suite qu'on ne surmonte pas facilement le péché si l'on ne jeûne : Cette espèce de démons, a-t*il dit, ne pement être chassés que par h prière et par le jeûne. »
Ibidem, n® 16 : « D'où vient aussi que l'Ecriture rapporte de Pierre qu'il a jeûné {Act., X, 10), et que durant son jeûne et sa prière Dieu lui révéla le mystère de la vocation des gentife à la grâce du baptême, sinon de ce qu'elle a voulu nous faire voir que le jeûne rend les saints eux-mêmes plus érainents en sainteté? Enfin, c'est en jeûnant que Moïse obtint les tables de la loi; et c'est aussi en jeûnant que Pierre mérita de ctmnaître toute rétendue du bienfait ^e la nouvelle alliance. Ce fut de même par le mérite de ses jeûnes que Daniel ferma la gueule des lions, et prédit les événements des temps futurs. Quel moyen nous reslet-il d'ailleurs de nous sauver, si nous n'expions nos péchés par le jeûne, puisque l'Ecriture nous déclare que le moyen de nous affranchir du péché, c'est le jeûne et l'aumône (Tob., XII, 8)? »
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Ibidem^ n^ 17 : a Quels sont donc ces nouveaux docteurs, qui viennent nous assurer que le jeune n'est nullement méritoire ? Le langage qu'ils tiennent n*est-il pas le langage de ces gentils qui disaient : Mangeotïs et hwons, nous mourrons demain? De ces gentils, dont saint Paul faisait si bonne justice, lorsqu'il disait : Siy pour parler à la manière des hommes^ foi combattu à Ephè»s contre des bêtes farouches, quel avantage en tirerai-je, si les morts ne ressuscitent pas ? Mangeons et buvons, nous mourrons demain (/Cor.,XF, 32). »
Ibidem, n"* 30 : « Oh! qu'Elisée n'avait guère d'esprit de nourrir les prophètes ses disciples avec des fruits sauvages et des herbes amères ! Oh ! qu'Esdras, qui rétablit de mémoire les saintes Ecri> tures, n'en avait guère gardé le souvenir! Oh! que saint Pa«l ^tait imprudent de se glorifier de ses jeûnes, si les jeûnes ne servent à rien! »
Ibidem, n^ 31 : « Mais comment ne serviraient-ils à rien, s'ils servent à effacer les péchés? Si vous les joignez à l'humilité et à la miséricorde, vos os, comme parle Isaïe, cet organe de l'Esprît- Saint, s'efigraisseront, et vous deviendrez comme un jardin pleinement arrosé. Votre âme donc et les vertus dont elle est ornée s'engraissent spirituellement par le jeûne, et votre esprit devenant plus fécond multiplie les fruits de sa justice , de sorte qu'il se passe en vdtis une de ces ivresses sobres que célèbre le prophète lorsqu'il dit : Que mon calice qui cause l'ivresse est admirable (1 ) ! »
24. S. Léon-lb-Grand, Serm. I de jejunio septimi mensis : « Je connais par expérience, mes frères, votre soumission et votre zèle; vous ne vous contentez pas seulement d'observer les jeûnes d'obligation; vous en pratiquez même de volontaires. Cela n'empêchera pas que je ne seconde votre piété par mes exhortations, afin que s'il s'en rencontre dont la dévotion soit plus languissante, ils suivent dans ces jours-ci l'exemple des autres, et se soumettent à une pénitence qui est observée de tout le monde. Il faut avoir égard par-dessus toutes choses à une coutume si saintement établie, afin que nous méritions le secours de Dieu contre nos ennemis par l'humiliation qui est attachée au jeûne. Je regarde cette abstinence comme une chose de la dernière conséquence, et je l'ordonne par l'autorité que Dieu m'a confiée; mais
• (1) Cf. Les Lettres de saint Àmbroise, etc., trad. par le P. Duranti de Bonrecueil, (. Ili, p. 126-l'i9.
qu'on l'observe par un motif de charité, en sorte qu'en mortifiant son propre corps, en le privant d'une partie de ses aliments ordinaires, on songe à soulager les pauvres. . .
)) Puisqu'il est à propos que nous célébrions le jeune du septième mois, je vous exhorte à jeûner la quatrième et la sixième férié, et à passer le samedi en prières dan§ l'église du bienheureux apôtre saint Pierre, qui nous délivrera de nos tribulations par ses prières, et par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ (4). »
Ibidem, Serm. II : « Il faut que Thomme intérieur se prévale de l'empire qu'il a sur l'homme extérieur, et que l'esprit soumis à la volonté de Dieu fasse un bon usage des choses temporelles. Les secours d'un Dieu miséricordieux ne nous manqueront jamais jiour entretenir ce bon ordre; c'est pour cela qu'il nous a ordonné de jeûner dans de certains temps, afin d'augmenter les forces de l'âme en affaiblissant celles du corps.
» Le septième mois où nous sommes, mes frères, est destiné à cette sainte abstinence, et il faut nous acquitter avec joie de ce devoir; et sans parler des jeûnes que chacun s'impose en particulier, selon sa dévotion et selon ses forces, il faut redoubler de zèle pour observer celui-ci auquel tout le monde est obligé. Dans les combats que l'ennemi du nom chrétien nous livre, l'abslinence est d'un grand secours pour repousser ses efforts; les démons qu'on ne pouvait chasser des corps qu'ils obsédaient, quelque commandement que leur en fissent ceux qui les exorcisaient, en ont été chassés par la vertu du jeûne et de la prière, comme le Sauveur du monde nous en assure par ces paroles : Cette sorte de démons ne se chasse que par la prière et par fe jeûne (Matth., XVII, 20). La prière de ceux qui jeûnent est donc agréable à Dieu et terrible aux démons, et on i^e peut douter de l'avantage qu'on peut en retirer pour son propre salut, puisqu'elle est si avantageuse au salut des autres.
» Quoique nous devions tous être animés du même zèle pour pratiquer de concert cette abstinence, mes frères, s'il se rencontre cependant quelqu'un qui ait moins de force que de bonne volonté, il faut qu'il supplée par les aumônes au mérite du jeûne qui ne peut s'accorder avec sa faiblesse physique (2). »
Ibidem, Serm. III : « Les oracles des prophètes nous ont
(1) Cf. Sermons de saint Léon-le-Grand , p. 548-849.
(2) Cf. Ibidem, p. 551-582.
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appris, mes frères, quelle est Teffioacité des jeûnes qui se font par de pieux motifs, et combien ils ont de force pour fléchir la miséricorde de Dieu, et pour soutenir la faiblesse humaine. Les prophètes protestent souvent que le peuple d'Israël, qui avait tant de fois irrité la justice dUvine» ne se servit point d'autre remède que du jeune pour l'apaiser. Voilà pourquoi le prophète Joël exhortait les Israélites à jeûner : Le Seigneur votre Dieu a dit : Convertissez-vous à moi de tout votre cœur, employez le jeûne, les pletiTs, les gémissements; brisez vos cœurs, et ne vous contentez pas de déchirer vos vêtements; convertissez-vous au Seigneur votre Dieu, parce qu'il est miséricordieux et patient... Faità retentir la trompette en SUm, ordonnez un jeûne saint, publiez une assemblée solennelle, faites venir tout le peuple, avertissez-le qu'U se purifie (loEL, II, 42-43, 4S). Suivons, mes frères, les conseils du prophète, et servons-nous en ce temps-ci d'un remède si salutaire, et^'une pratique dont les anciens se sont si bien trouvés, afln que les chrétiens acquièrent par leur dévotion ce que les Juife ont perdu par leur prévarication.
» Les œuvres de piété qui sont publiques et qui se pratiquent par toute la communauté des fidèles, sont plus saintes et d'un plus grand mérite que celles que chacun s'impose en son particulier. L'abstinence que chaque fidèle observe en secret, est pour son utilité et pour sa sanctification personnelle; mais le jeune que toute l'Eglise impose au corps des fidèles n'exclut personne de cette sanctification générale : la force du peuple de Dieu se redouble, lorsque tous les cœurs des fidèles se réunissent par le nœud d'une sainte obéissance, et que toute cette milice chrétienne est également prête à bien faire, et fortifiée de tous côtés...
» Nous jeûnerons donc la quatrième férié et la sixième ; nous ferons la vigile samedi dans l'église du bienheureux apôtre saint Pierre ; et nous espérons que ses mérites et soù intercessi(m nous obtiendront . la miséricorde de Dieu , par la grâce de Notre- Seigneur Jésus-Christ, etc. (4). »
Ibide^n, Serm. IV : a L'habitude que vous avez de m'entendre, mes frères, fait que vous supportez plus aisément mes discours. Le temps où nous sommes m'excite à remplir tous mes devoirs de pontife, et votre ferveur empêche que vous ne trouviez difficile ce qu'on exige de vous. Toutes ces circonstances se trouvent
(1) Cf. Sermons de saint Léon-le^Grand , p. K55-556, 560.
3S0 DU JBUNE.
rassemblées par la grâce de Dieu : Ce n'esi plus la lettre qui tue, c'est l'esprit qui vimfe; m est Vesprit de Dieu, là est la Uberté (II Cor., III, 6, 17), qui n'accomplit point la loi par un esprit de crainte, mais par un motif de charité : l'obéissance adoucit le commandement ; on n'obéit pas par une dure nécessité, quand on aime ce qui est commandé. Lorsque nous vous exhortons, mes frères, à pratiquer certaines vertus, qui étaient commandées même dans TAncien-Testament, nous ne vous imposons pas le joug de Tobéissance judaïque, et nous ne vous exhortons pas à suivre les traces d'un peuple charnel :. l'abstinence chrétienne es^ bien plub parfaite que celles des Juifs ; si nous avons quelque chose de commun a^ec eux pour le temps, nos mœurs sont bien différentes des leurs. Leurs mortifications extérieures et l'abattement de leurs visages étaient les accompagnements de leurs jeûnes infructueux; mais pour nous, nous n'affectons aucun changement dans notre extérieur; nous ne nous abstenons point des actions justes et légitimes; nous mortifions par une abstinence raisonnable le désir que nous avons de manger; et sans condamner les créatures de Dieu, nous gardons de la modération dans l'usage des viandes qui nous sont p^mises.
)) Quoiqu'il nous soit libre de châtier notre corps par des mortifications volontaires, et d'employer les efforts que nous jugeons à propos pour dompter les mouvements de la chair, qui combattent les désirs de l'esprit, il est néanmoins nécessaire que tous les fidèles aient des temps marqués pour jeûner tous ensemble. La dévotion est plus efficace et plus agréable à Dieu, lorsque tous les fidèles sont unis par les mêmes sentiments et par les mêmes affections dans la, pratique des oeuvres de piété; les bonnes œuvres publiques sont préférables aux particulières, et on retire de plus grands avantages des actions qui se font par toute la communauté. Que chaque particulier soit exact et diligent à observer ce qui lui est commandé; après avoir imploré la protection de Dieu, qu'on prenne les armes spirituelles pour résister aux efforts des puissances infernales. Quoiqu'un chrétien puisse combattre seul en particulier ses ennemis, il est plus expédient pour lui de le^ flaire en public, et de ne pas se produire avec ses forces isolées : il vaut mieux qu'il se fortifie du secours de ses frères, et qu'il se mette sous Tétendard d'un roi invincible, pour soutenir de part avec les autres une guerre générale. Quand plusieurs combattent ensemble un ennemi commun, ils courent moins de danger, que quand on combat seul à seul; celui qui se
DU JUINS. SB!
pare du bouclier de la foi est moins exposé aux Messures, parce qu'il est défendu non-seulement par ses propres armes, mais ausçi par les armes de ses frères : comme ils soutiennent une cause commune, ils remportent aussi une commune victoire...
» Nous sommes obligés en tout temps d'aimer et de pratiquer la vertu : il y a cependant de certains jours consacrés à ra.bstineoce et à la mortification du corps, afin que l'àme qui est encore embarrassée des désirs de la terre, ait quelque intervalle pour vaquer aux choses divines, et pour produire des fruits dignes du ciel, parce qu'elle est une portion du champ de Dieu : quand on a semé avec soin , on doit espérer de faire une bonne récolte...
» Nous jeûnerons la quatrième férié et la sixième, et nous ferons la vigile le samedi dans l'église de Tapôtre saint Pierre ; nous errons par ses prières que Dieu nous fera miséricorde, et qu'il agréera le sacrifice de notre jeûne par la grâce de Notre- Seigneur Jésus- Christ (1). »
Ibidem, Serm. V : a Je vous exhorte vivement, mes frères, à la pratique du jeûne du septième mois, et j'espère que mes exhortations paterAelles vous portermt à observer par des motifs chrétiens la même abstinence que les Juib pratiquaient autrefois. C'est un usage salutaire, et que les deux Testaments, l'Ancien et le Nouveau, ont également approuvé, de travailler à fléchir la justice de Dieu par la mortification du corps et de l'esprit : rien ne touche Dieu plus efScaoement, que quand on se juge soimême, et qu'on s'humilie perpétuellement pour demander pardon de. ses fautes, parce qu'on y tombe perpétuellement aussi...
» Voilà pourquoi, pour sanctifier nos corps et nos âmes, nous jeûnerons la quatrième férié et la sixième, et nous ferons le samedi la vigile dans l'église du bienheureux apôtre saint Pierre, espérant obtenir l'accomplissement de nos désirs par ses prières et par la grâce de Jésus-Christ (2) . »
Ibidem, Serm. Vil : a Les apôtres, qui savaient bien que Jésus-Christ n'était pas venu détruire la loi, mais l'accomplir, ont tellement distingué entre les préceptes de l'Âncien-Testament, qu'ils en ont laissé quelques-uns, sans y rien changer de ce qu'ils ont cru conforme à la doctrine évangélique, de sorte
(i) Cf. Sermom de saint Léon-le-Grand , p. 561-563, 565, 566. (2) Cf. Ibid&n, p. 567-568, 572L
ZWi DU JBUNB»
que les maximes de la morale judaïque sont devenues les maximes de la morale chrétienne. Les différentes victimes, les purifications, le repos du sabbat, tout cela a été aboli avec la circoncision ; mais nous avons tiré des livres de rÂncien-Testament plusieurs préceptes moraux, qui ont la même force parmi nous, que celle qu'ils avaient parmi les Juife...
» Si nous avons adopté , mes ehers frères, la doctrine de l'ancienne loi touchant le jeûne du septième mois, qui a été institué pour purifier nos corps et nos âmes, ce n'est pas pour nous soumettre au joug de la loi, mais c'est pour nous sanctifier par l'abstinencej qui nous est recommandée dans l'Evangile de Jésus- Christ. La vertu des chrétiens est plus pleine et plus parfaite que celle des pharisiens et des scribes; non que pour cela elle détruise la loi , mais en ce sens qu'elle rejette ce qu'il y a de charnel et de grossier dans la loi. Nos jeûnes ne doivent point se faire par les mêmes motifs que les jeûnes des Juifs, dont le Saint-Esprit disait, par l'organe du prophète Isaïe : Je ne puis supporter vos néoménies, vos sabbats et vos fêtes; mon âme a de Vaversm pour vos jeûnes et vos assemblées (Is., I, 13). Le Sauveur du monde, prescrivant à ses disciples la manière dont ils devaient jeûner, leur disait : Quand vous jeûnez, ne soyez pas tristes comme font les hypocrites, qui affectent d'avoir le visage piUe et défiguré, afin que les hommes sachent qu'ils jeûnent : je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense (Matth., VI, 16)...
» Nous jeûnerons solennellement la quatrième férié et la sixième, et nous ferons samedi* la vigile dans l'église du bienheureux apôtre saint Pierre, espérant qu'il nous protégera par ses mérites et par son intercession, afin que les fidèles aient autant de pouvoir que de bonne volonté, par la grâce de Notre- Seigneur Jésus-Christ, etc. (1). )>
nidem, Serm. VIII : « La tempérance et une frugalité honnêie est plus heureuse qu'une luxure effrénée; les humbles jouissent d'une plus douce gloire que les orgueilleux, et il y a plus d'élévation d'esprit à se conduire avec une telle modération entre les choses permises et défendues, qu'on attache toutes ses espérances aux biens célestes, sans se borner aux choses de la terre. Or, pour que l'ftme du chrétien s'élève à cette hauteur de vues, et obtienne sur le corps l'empire qui lui appartient, il faut avoir recours au jeûne, qui domptera ce dernier par ses salutaires
(1) Cf. Sermons de saint Léon-le-Grand , p. 577-578, 579, 581.
DjU IMJNE. SUS
rigaeurs. Quoique sous ce nom de jeûne on puisse comprendre en général toute sorte de mortification ou de privation, le jeûne proprement dit consiste en particulier à se retrancher des aliments, en se refusant par le choix actuel de sa volonté, et pour le bien de son &me, ce qu'il a été si pernicieux à nos premiers parents de s'accorder malgré la défense qu'ils en avaient reçue, afin que si la concupiscence nous a fait alors des blessure mortelles, l'abstinence en devienne maintenant pour nous la guérison )) Quoique tous les temps soient propres à ces remèdes, le temps où nous sommes, mes frères, y est particulièrement destiné : il a été choisi pour cela par Moïse et par les apôtres. Appliquons-nous donc pendant ce septième mois à nous purifier avec un soin particulier. Nous obtiendrons de la miséricorde de Dieu, si nous faisons concourir ensemble le jeûne, l'aumône et la prière, que nos passions soient réprimées, que nos prières soient exaucées et que nos péchés nous soient pardonnes par les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Cbrist, etc. (4). »
Ibidem, Serm. IX : a Vous êtes suRisammeol instruits au sujet de ces {pratiques religieuses dont la tradition nous fait une lor, et que la coutume a depuis longtemps consacrées, et votre piété ne vous permettra pas de vous en dispenser. Itfais comme le ministère sacerdotal oblige un pontife à étendre ses soins sur tous les enfants de l'Eglise, et à se rendre utile aux savants et aux ignorants, nous vous exhortons à. pratiquer exactement et avec joie le jeûne du septième mois, en mortifiant à la fois l'esprit et le corps...
» C'est pour cela qu'on a ordonné des jeûnes dans les Quatre- Temps de l'année, pour nous faire souvenir que nous avons besoin de nous purifier en tout temps, et de faire tous nos efforts, tandis que nous sommes dans l'agitation de cette vie mortelle, pour effacer par les jeûnes et par les aumônes les péchés que nous avons commis par la fragilité de la chair, et par la corruption de la concupiscence...
» Jeûnons donc la quatrième férié et la sixième, et samedi nous ferons la vigile dans l'église du bienheujreux apôtre saint Pierre, qui nous aidera par son intercession à obtenir de la çpiséricorde de Dieu, que nos jeûnes et nos oeuvres de piété lui soient agréables^ par la grâce de Jésus-Christ notre Sauveur (2). »
(1) Cf. Sermons de saint Léon-le-^and , p. 584-585. (î) Cf. Ibidem, p. 586, 589-590.