‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, trChapitre 42 sur 68 · Le même, Serm. VIII et IX de jejunio septimi mensis · texte numérisé non relu

Le même, Serm. VIII et IX de jejunio septimi mensis

(l) Cf. Sermons de saint Léon-le-Grand, p. bOO. W Cf. Ibidem, p. 510.

406 DU nuNB.

passages cités plus haut, question précédente, témoignage 24, page 3S1 et suiv.

39. Le même, Serm, VIII dejejunio dedmi mensis; voir ibidem, témoignage 25, page 3S7.

60. Raban Maur, Lib. II de instUiUione clericarumj c. 24; voir ibidem, témoignage 40, page 322 et suiv.

61, 42 et 43. Le concile de Mayence, c. 34; celui de Sélingstadt, can. 2; S. Bernard, in vigiliâ S. Andreœ; passages cités plus haut, article des commandements de TEglise, question XIV, témoignages 14, 16 et 18, tome II, pages 108 et suiv.

44. S. Ignace, Epist. ad Philippenses (1) : « Gardez-vous bien de ne pas observer le carême ; car il est une imitation du jeûne du Sauveur. Ayez soin aussi de passer saintement la semaine de la Passion (la semaine sainte). Ne manquez point à jeûner la quatrième et la sixième férié, en même temps que vous donnerez voire superflu aux pauvres. »

45. TuÉopmLE d'Alexandrie, Lib. III Paschali ad totius JEgypti episcopos (2) : a II est juste que tous les fidèles eélèbrent dignement la grande solennité qui se prépare, après s'être purifiés par le sentiment de la crainte de Dieu; qu'ils réparent leurs faiblesses par la continence et par le jeûne, qu'ils réveillent leur oi endormie, et qu'ils imitent le chaste Daniel dont il est écrit : H y a dans votre royawne un homme qui a en lui-même l'esprit de Dieuy et en qui on a tromé plus de science et de sagesse qu'en ai^cun autre 80^^s le règne de votre père ( Dan., V, 13). Ceux en effet qui s'appliquent à faire des progrès dans la vertu, considèrent la loi comme un chef invincible dont ils n'ont qu'à suivre les ordres; et se rangeant sous sa conduite , ils triomphent des péchés qui leur faisaient la guerre, heureux d'ajouter l'éclat de la solennité par l'éclat de leurs œuvres ; et la conscience tranquille, ils ne regardent plus les tentations qui leur surviennent que comme des traits impuissants, Vt d'avance ils se trouvent, par la solidité de leurs espérances, en possession de la victoire. Et ceux qui les imitent n'ont pas encore combattu, que déjà les palmes du triomphe apparaissent présentes à leurs désirs; et bientôt, vain-

(i) Cette lettre parait supposée. V. Nat. Alex. Hist. eccL, t. III, p. 60, édit. de Venise.'

(2)~ Cette lettre pascale de Théophile est une des trois qui nous restent de la traduction de saint Jérôme. Voir sur les Lettres pascales un article fort curieux dans les Annales de philosophie chrétienne, ^^ série^ t. Vil, p. 5^1-345.

queurs des grossières voluptés, assurés de la couronne qui leur est réservée dans les cieux, ils s'écrieront en la contemplant dans tout son éclat : Le Seigneur mon Dieu est ma force, et il établira mes pieds sur une ferme assiette; et il me placera sur un lieu élevé, pour que je remporte la victoire en chantant des cantiques à sa louange (Habac, III, 19, d'après la version des Septante). Mais ne pensons pas, mes frères, que ce combat doive toujours durer, ce qui pourrait nous jeter dans rabattement; sachons au contraire qu'il cessera bientôt, en nous laissant en possession paisible de la couronne de justice, qu'aucune durée de siècles ne pourra flétrir. Les travaux et les combats de la vie présente ne dureront qu'un temps; et ceux qui auront parcouru d'un pied ferme cette courte carrière, une fois parvenus au terme de leurs vœux, se verront transportés dans une nouvelle patrie, et chanteront avec ravissement le cantique de leur victoire.

» Ainsi donc, puisque la bonté de Dieu nous promet le triomphe sur nos perfides ennemis, appliquons-nous à bien observer les jeunes prescrits, pour pouvoir participer ensuile à la joie de la fête. Ne nous permettons pas pendant le carême l'usage du vin, comme ont coutume de le faire les riches voluptueux, et, dans ces jours de combat, où nous devons être tout entiers aux pratiques laborieuses de la pénitence, sachons aussi nous interdire les viandes succulentes. Car ceux qui observent fidèlement la règle renoncent au vin dans les jours de jeûnes, aussi bien qu'à la chair des animaux, et la crainte de Dieu qui les conduit réprime en eux les ardeurs d'une insatiable avidité. C'est pour cela que l'Ecriture répète tous les jours à ceux qui professent la continence ce salutaire conseil, de ne boire ni vin ni boisson capable d enivrer {Levit., X, 9). Elle adressait au contraire le reproche suivant aux Juifs coupables : Vous avez licencieusement présenté du vin aux saints et aux prophètes ( Amos, II, 12, d'après la version des Septante). Ceux-là renoncent à amender leur vie, qui se plaisent à demeurer dans les liens de la volupté, et que 'a raison, pas plus que les conseils , ne saurait déterminer à réprimer leurs appétits gloutons par un jeune sévère ; qui déshonorent la religion qu'ils professent par leur lâcheté et leur asservissement à d'éphémères plaisirs, ne rougissant pas de boire ^u vin en secret et d'assouvir sans témoins leur avidité grossière, en choisissant en quelque sorte les temps consacrés au jeûne pour échanger contre l'ivresse et la débauche les pratiques de ^ïiortification qu'ils devraient plutôt embrasser d'eux-mêmes. Ils

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ignorent sans doute que, s'ils peuvent tromper les hommes en affectant au-dehors un air triste et mortifié, tandis que, dans Tintérieur de leurs maisons, ils se nourrissent de viandes et déchiquetent à belles dents la chair des oiseaux même en temps de carême, même aux approches de Pâques, ils n'échappent pas aux reproches de Dieu lui-même, qui dit à leur sujet : Ces hommes commettent une grande iniquité en s' éloignant des pratiques saintes que je leur ai prescrites. Il ne convient pas dans les jours de jeûne et de mortification de se nourrir de viande contrairement à cet avis que nous donne TEcriture : Vous affligerez vos âmes ( Levit.j XXIII, 27 ); ou d'aller à la recherche des faisans et des oiseaux les plus délicats, pour en repaître son avidité ; ou de se procurer à grands frais les cuisiniers les plus habiles pour apaiser sa faim gloutonne à l'aide de ragoûts variés, où la viande ellemême disparaît sous la multitude des ingrédients avec lesquels elle est apprêtée, en même temps qu'on fait écumer sa coupe en la remplissant, pour le plaisir du palais, de vins délicieux et demandés, au mépris des lois de l'abstinence, à plusieurs vignobles différents.* L'histoire du saint prophète Daniel et des trois vertueux jeunes hommes de la captivité, nous invite puissamment cà affectionner le jeûne, et à en apprécier les avantages...

» Nous vous avons remis ces exemples sous les .yeux en nous rappelant celui de saint Paul qui, après avoir fait Téloge des vertus des saints, disjiit dans quelqu'une de ses épîtres : Considérant quelle a été la fin de leur vie, imitez leur foi ( Hébr., Xlïl, 7). Nous engageons de même ceux qui dans les temps déjeunes aiment à se nourrir de viande, à imiter la mortification de ces saints, que tous les efforts de la puissance humaine n'ont pu amener à rien relâcher de la rigueur de leurs saintes observances, mais qui plutôt, en dépit de tous les supplices, ont su, au sein même de leur captivité à Babylone, conserver l'indépendance de leur volonté, assujettir les désirs de la chair et ses appétits déréglés à l'empire de la raison, et nous ont laissé dans leurs personnes le modèle du véritable courage : captifs à Babylone quant à leurs corps, mais, par leurs sentiments et par leur foi, concitoyens des anges dans la Jérusalem céleste, ils ont appris à tous les âges suivants à savoir s'abstenir en temps de jeûne de l'usage des viandes et du vin, à se contenter des plus maigres productions de la terre, et à ne boire que de l'eau, pour s'assurer le prix de la chasteté. Que dirai-je des célèbres victoires des Machabées, qui, plutôt que de goûter à des viandes défendues

par leur loi, ont abandonné leurs corps aux tourments, et dont l'Eglise de Jésus-Christ répèle les louanges dans tout Tunivers (1), parce qu'ils ont été plus forts que tous les supplices, plus brûlants de l'amour de leur Dieu que le feu où ils se voyaient jetés n'était brûlant pour leurs corps. Ceux donc qui, par la pratique d'un jeûne sévère, imitent sur la terre la vie angélique, font voir qu'ils n'ont point oublié ces paroles : Le royatime de Dieu ne consiste pas dans le boire ou dans le manger, mais dans la justice, dans la paix et dans la joie que donne le Saint-Esprit (Rom,, XIV^ 17). Par la répression de leurs désirs charnels, ils achètent à peu de frais et en fort peu de temps d'immenses biens pour toute l'éternité, ils reçoivent infiniment plus qu'ils ne sacrifient^ et ils se rendent supportables les peines de la vie présente par l'avantgoût qu'ils ont déjà de la gloire à venir. »

46. Maxime de Turin a écrit quatre homélies sur le jeûne quadragésimal. Il y exhorte fréquemment les fidèles à sanctifier par les bonnes œuvres le jeûne de quarante jours, et à s'abstenir non-seulement des aliments, mais aussi des vices, il dit entre autres choses dans la troisième de ces homélies : a Nous donc, mes frères, pour qui notre invincible protecteur a institué cette sainte quarantaine , répudions tous les désirs charnels , et mortifions nos membres par le jeûne, afin de faire croître nos âmes en* vertus* Faisons jeûner en nous la luxure qui nous serait si funeste; faisons jeûner toute espèce d'iniquités; faisons jeûner les inimitiés et les querelles; tenons-nous éloignés des festins, mais encore plus des vices; observons tellement la tempérance et la sobriété, que nous ne nous laissions point emporter à l'ivresse des passions. Car, que vous servirait de garder exactement les quarante jours de jeûne, si vous négligiez la chose même pour laquelle le jeûne est institué? Que vous servirait de vous interdire les festins, sans vous interdire les procès? Que vous servirait d'épargner votre propre pain, en enlevant celui des pauvres? Le jeûne des chrétiens doit profiter aux pauvres. Le jeûne des chrétiens doit entretenir la paix, et non les divisions. Quoi! vous craindriez de toucher à la viande , et vous ne craindriez pas d'attenter à la réputation de votre prochain? Une parole de détraction ne souille-t-elle pas la bouche qui la profère, plus que ne le ferait un aliment quelconque? Quoi! votre estomac se puri-

(1) Encore aujourd'hui , l'Eglise fait mémoire des saints martyrs Macliabées le jour de la fête de saint Pierre-ès-Liens.

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fierait par les jeûnes, et votre langue en même temps se souillerait de mensonges? Vous ferez bien, mon frère, de fréquenter l'église, si l'usure insatiable ne tient pas vos pieds engagés dans ses lacets. Vous ferez bien de prier Dieu, si l'envie, bannie de votre cœur, ne vient pas à rencontre de vos prières. Vous ferez bien de vous frapper la poitrine, si en même temps vous ^n faites sortir toute pensée mauvaise. Le denier donné au pauvre sera de votre part une aum6ne bien entendue, si ce n'est pas un denier que vous ayez enlevé vous-même. Telle est la faim spirituelle que vous devez éprouver; ainsi nourrirez-vous vos âmes, si vos jeûnes sont sanctifiés par la chasteté, ornés par la patience, vivifiés par la charité, fertilisés par la compassion, relevés par l'humilité. Faisons cortège au jeûne de Jésus-Christ avec toutes ces vertus, pour nous attirer la miséricorde de Dieu par le jeûne spirituel autant que par le jeûne corporel. »

!t7. S. ÂMBROiSË (1) traite la question du carême, sermon XXlll et suivants. Le vingt-troisième contient en particulier ce passage : (( Nous vous avons souvent entretenus du carême, dans lequel nous entrons de nouveau, et nous vous avons dit plus d'une fois pourquoi nous jeûnons le nombre de quarante jours. Nous vous avons rappelé que c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a consacré ce nombre , en ne prenant aucune nourriture pendant tout ce temps-là dont il n'a fait qu'un même jeûne à proprement parler, en sorte que si chacun de ces jours a été interrompu par la nuit qui l'a suivi, le jeûne lui-même ne l'a pas été. Ainsi pour Notre-Seigneur les jours se succédaient, mais ses jeûnes n'en faisaient qu'un cependant; et par-là il a voulu nous faire entendre que, si nous ne pouvons pas faire de même un seul jeûne de tous les jours de carême, nous devons du moins ne laisser passer aucun de ces jours sans jeûner, tellement* que, si nous omettons un seul jour de le faire, nous nous trouverions avoir violé la loi du carême entier, et pour un repas d'un moment, perdu le fruit de tout notre travail...

)) C'est par un pèlerinage dans le désert d'un pareil nombre d'années, que Moïse est parvenu au lieu de son repos, comme c'est par ce même nombre de jours de jeûnes que nous espérons nous-mêmes parvenir au ciel. Car nos jeûnes sont comme autant de stations dans le désert de cette vie, par lesquelles nous pouvons avancer continuellement dans la vertu , et par des progrès jour-

(1 ) Les sermons attribués à saint Ambroise ne paraissent pas être de lui.

DU JRUNR. &I1

naliers nous rapprocher continuellement de notre terre promise, où nous pourrons entrer avec d'autant plus de facilité , que nous aurons jeûné avec plus de ferveur. La foi et le jeûne, voilà les deux pieds de Tàme ; en les mouvant de concert , elle s'élèvera bientôt de cette vallée de larmes à la céleste Sion, de cette terre de malédiction à la félicité du ciel. »

48. Le même, Serm. XXV: et Nous devons donc remplir chacun de ces quarante jours par les exercices de la pénitence , et faire da chacun de nos jeûnes comme un camp où nous sta* tionnerons en sûreté. Oui, nos jeûnes sont autant de camps, où nous n'avons rien à craindre des attaques de l'enfer; et on les appelle aussi stations, parce que nous pouvons de là, comme d'une forteresse, nous défendre de nos ennemis. Malheur à nous, si nous avions l'imprudence de déserter quelqu'un de ces camps protecteurs! Bientôt nous tomberions au pouvoir d'un Pharaon, d'un tyran de nos âmes, ou bien nous serions dévorés dans la solitude où ne croissent aucunes vertus. J'appelle solitude l'exclusion de la société des saints. Le jeûne est pour le chrétien comme un mur, derrière lequel il n'a rien à craindre du démon son ennemi. Car y a-t-il un seul exemple d'un chrétien qui ait jeûné, et ait succombé aux pièges de cet esprit, infernal? ou qui ait été vaincu , tout en restant fidèle aux lois de la sobriété ? Ce sont les ivrognes et les intempérants, à la bonne heure, dont le démon n'a pas de peine à triompher. Mais dès qu'il se voit en présence du jeûne, il fuit, il tremble, il pâlit; la diète que nous gardons affaiblit ses forces; notre faiblesse le renverse. Oui, notre faiblesse le renverse; car la faiblesse du corps est la force du chrétien. C'est ce qui a fait dire à l'Apôtre : Quand je suis faible, je n'en suis que ptus fort {II Cor,, XII, 40). Quelqu'un demandera : Gomment peut-il y avoir de la force dans la faiblesse? Il y a de La force dans la faiblesse, quand le corps s'amaigrissant par les jeûnes, l'àme au contraire croit en vertus. Car autant vous retrancherez à l'un en fait d'aliments, autant vous donnerez à l'autre en fait de biens spirituels. L'homme qui jeûne est moins apte sans doute aux choses du siècle, mais il l'est davantage au service de Dieu. Car il pense alors plus fortement à Dieu; il se pénètre davantage de la crainte de ses jugements, et par-là même il remporte sur son ennemi une pleine victoire. Cette sorte de démons, a dit le Sauveur, ne peut se vaincre que par le jeûne et la prière (Matth., XVIII, 20). Il s'agissait d'un énergumène ou d'un possédé du démon, que Notre-Seigneur déclare ne

pouvoir être vaincu que par le jeûne. Voyez donc quelle est la force du jeûne : s*il guérit et purifie celui qui est actuellement encore au pouvoir du démon , combien ne devra-t-il pas davantage sanctifier celui qui est déjà Tami de Dieu? Quelles grâces puissantes ne devra-t-il pas lui procurer? Chose admirable! Quelqu'un jeûne, et un autre pour qui jeûne ce premier en recueille lui-même les fruits. Donc, mes frères, ne nous dépouillons jamais de cette armure; n'omettons aucun des quarante jours de jeûpe qui nous sont prescrits. C'est un nombre parfait et qui^nous vaudra la victoire. C'est après avoir jeûné quarante jours que Notre-Seigneur remporta sa victoire sur le démon, non qu'il n'eût pu le vaincre avant ces quarante jours accomplis, mais c'est qu'il a voulu nous montrer que nous vaincrons le démon, si pendant quarante jours nous demeurons vainqueurs de nos désirs charnels , et que celui au contraire qui violerait ce nombre consacré en se laissant aller à l'intempérance de ses appétits, se trouverait faible et sans aucune force pour résister à ses ennemis spirituels. Et comment celui-là pourrait-il vaincre dans quelqu'un de ses frères la malice du diable, s'il ne pouvait vaincre en lui-même l'intempérance de ses propres désirs? 0 homme, commencez par vous vaincre vous-même, si vous voulez remporter la victoire sur vos ennemis du dehors. Car vous avez au dedans de vous-même des ennemis domestiques qui ne vous laissent point de relâche. L'avarice, par exemple, est là qui vous obsède du désir de vous enrichir; l'intempérance est là qui vous offre pour appât la délicatesse des mets; l'hérésie est là qui cherche à vous séduire par l'attrait d'une fausse science. Vainquez donc ces ennemis intérieurs , pour pouvoir vaincre ensuite ceux du dehors.

» Ce n'est pas, mes frères, un péché léger, que d'enfreindre la loi du carême imposée aux fidèles , et de manquer à ce saint jeûne pour céder à la voracité de vos appétits. 11 est écrit : Celui qui dit qu'il demeure en Jésus-Christ, doit marcher lui-même comme Jésus-Christ a marché (I Joan., II, 6). Si donc vous voulez être chrétien, vous devez faire ce qu'a fait Jésus-Christ. Celui qui n'avait pas de péchés a jeûné quarante jours entiers; et vous qui péchez continuellement, vous refusez de jeûner quarante jours'î* Il n'avait pas de péchés , je le répète ; mais il a jeûné pour nos péchés. Quel est donc votre christianisme, de ne rien vous refuser en fait d'aliments, tandis que Jésus-Christ souffre de la faim pour vous ? de ne rien retrancher de vos repas, tandis que Jésus-Christ

bu JE13NE. HZ

observe un jeûne sévère ? Ce n'est donc pas , je le répète , un péché léger, que d'enfreindre la loi du jeûne. Car pour citer en passant ce seul exemple , nous lisons dans les livres des Rois {I Reg.y XIV, 6 et suiv.) queSaûl, roi d'Israël, faisant la guerre aux Philistins, avait ordonné un jeûne général à toute son armée, et qu'obéi de tous sur ce point, il avait alors engagé la bataille. Bon roi, qui vainquait ses ennemis, moins par l'effet de ses armes , que par celui de sa piété , et qui combattait plus par les moyens que la religion lui mettait en main, que par l'emploi d'un fer meurtrier! Après donc que Saûl eut ordonné à ses soldats de garder l'abstinence tout ce jour-là, son fils Jonathas, qui ignorait cet ordre, ayant, tout en poursuivant les ennemis qu'il avait déjà vaincus, goûté seulement d'un rayon de miel en y enfonçant la pointe de sa baguette , cette simple infraction fut d'une telle fatalité, que la victoire s'arrêta, et que Dieu donna des signes sensibles de sa colère. Les ennemis se relèvent; le roi consulte le prophète, et celui-ci ne lui donne point de réponse. Ce qui fait voir encore mieux que c'était l'abstinence gardée par les soldats, bien plus que leur valeur, qui avait rendu Saûl d'abord vainqueur de ses ennemis. Mais la faute commise par un seul ôte en un instant la force à tous les bras, et abat tous les courages. Une armée,, en effet, n'a plus de force, quand la discipline du jeûne cesse d'y être observée. Saûl instruit bientôt par la Divinité même de l'infraction qui avait eu lieu, déclara sans hésiter à Jonathas qu'il n'avait point de grâce à lui faire , mais* qu'il fallait son sang pour expier sa désobéissance. Voyez combien Saûl était un- prince rçligieux, puisque, pour apaiser Dieu, il était prêt à faire le sacrifice de son propre fils; combien aussi c'est un grand crime que d'enfreindre le jeûne, puisque ce crime ne pouvait être expié que par la mort du coupable. Si Jonathas est condamné à mort pour avoir rompu le jeûne prescrit à son insu par son père, que ne mérite donc pas celui qui rompt sciemment le jeûne commandé par Jésus-Christ? Soyons donc fidèles, mes frères , à garder la loi du jeûne , pour pouvoir vaincre nos ennemis spirituels et charnels. Car nous avons aussi des ennemis charnels, vous ne sauriez en douter. Jeûnons donc, pour que ces ennemis soient vaincus par notre armée et par Saûl à sa tête. Une fois l'abstinence commencée , n'allons pas jeter .un regard même furtif sur un rayon de miel. Ce rayon de ^miel, ce sont les voluptés du monde, ce sont les vices, qui, comme le dit l'écrivain sacré, sont en apparence comme le rayon

hlk DU JBUNE.

d*oii coule le miel , mais qui par leurs effets sont amers comme Tabsinthe. y>

49. Le même, Serm. XXVII : « Nous donc, mes chers frères, jeûnons constamment et avec ardeur pendant tout ce carême, ^fin que le Seigneur nous soit propice, que les cieux nous soient ouverts, et que Tenfer ne puisse rien contre nous. »

80. Le même, Serm. XXXIII : « Nous avons dit dimanche dernier que le premier devoir imposé à notre religion était de jeûner avec ardeur pendant ces quarante jours, et que le moyen d'assurer notre salut était de pratiquer une exacte abstinence pendant tout ce temps. Nous devons en conséquence, mes frères, bien considérer en quoi ce jeûne consiste, afin d'en apprécier tous les avantages. Le jeûne serait inutile et tout>à-fait vain, s'il se réduisait à vider les intestins , sans porter l'âme à rompre les liens de l'iniquité; un tel jeûne se saurait être agréable à Dieu...

» La volonté de Dieu est qu'on jeûne par rapport aux péchés en même temps que par rapport à la nourriture. Nous imposons l'abstinence au corps, afin que l'âme puisse mieux s'abstenir des vices. Car un corps épuisé par la diète est un frein qui réprime les mouvements déréglés...

)) Le jeûne est salutaire, quand l'âme sç retire du bourbier des vices, en même temps que le corps s'abstient des aliments. Ajoutons que, pour la perfection du jeûne, il faut distribuer aux pauvres le surplus d'aliments que nous nous refusons à nousmêmes. »

51. Le même, Serm. XXXIV : « Il est bon sans doute de jeûner en tout temps de l'année ; mais il est mieux de jeûner de préférence pendant le parême avec Jésus-Christ. Car Jésus-Christ a consacré par son propre jeûne le jeûne quadragésimal. J'ai dit, par son propre jeûne, et non pas, par ses jeûnes. Car ce ne fut qu'un même jeûne pour Notre-Seigneur, puisqu'il passa sans rien prendre tout le temps que durèrent ces quarante jours et ces quarante nuits. Tout chrétien donc qui manquera à jeûner ces quarante jours entiers, se pendra coupable de prévarication et de désobéissance , pour avoir violé la loi que Dieu lui a faite pour son salut. Oui, vous êtes violateur de la loi, vous qui refusez de suivre, en observant le jeûne, l'exemple de votre divin maître. Comment osez- vous vous dire chrétien, lorsque vous ne vous refusez rien tandis que Jésus-Christ se refuse tout? Il endure la faim pour votre salut ; et vous , vous avez peur de jeûner pour

DU IBUICS. 41 B

vos péchés? Dites-moi, je vous le demande à vous qui ne retranchez rien à vos repas pendant le carême , si votre conscience ne vous dit pas à vous-mêmes que vous êtes coupables, en vous livrant vous seuls, comme vous le faites, à vos appétits gloutons, tandis que le peuple entier obéit à la loi de l'abstinence; si la rougeur ne vous monte pas au visage lorsque vous vous montrez en public, et que vous vous trouvez en présence d'exacts observateurs du jeûne; si vous n'êtes pas en peine, lorsque vous allez à l'église, de savoir comment vous donnerez la paix à révéque sans que votre haleine même vous trahisse et vous condamne? Si vous ne faites pas ces réflexions, votre erreur n'en est que plus funeste. Vous devez savoir que la personne à jeun qui vous rencontre dans ces jours de carême, lorsque vous-mêmes vous n'êtes pas à jeun , ne peut pas se former sur vous une opinion bien avantageuse. Ce que je dis, parce que j'ai appris au sujet, hélas! de plusieurs fidèles, qu'ils ne jeûnaient qu'à moitié pendant la sainte quarantaine, et que leur intempérance les empêchait d'observer ce nombre consacré de jours, en sorte qu'après avoir jeûné sept jours, ils ne faisaient rien du jeûne les . sept jours suivants. Je leur demanderai volontiers, pourquoi ils se font ainsi tort en jeûnant sept jours , puisque ce jeûne mutilé ne leur sert de rien. Car on aura beau jeûner un certain nombre de jours , et se priver pendant ce temps d'aliments délicats . il n'en sera pas plus agréable à Dieu , parce qu'on n'aura pas jeûné les quarante jours prescrits. J'ai honte de le dire, on voit des vieillards et des femmes décrépites observer le jeûne , tandis que des jeunes gens, de jeunes personnes ne l'observent pas. Mettons donc tous nos soins à bien passer ces jours de salut , n'omettons le jeûne aucun de ces jours de carême , et ne soyons pas moins exacts à observer la veille de chaque dimanche. Le carême est vraiment plein, quand on s'est préparé par les jeûnes et les veilles à célébrer la pàque. Si dans le reste de l'année le jeûne est de perfection , en carême il est de rigueur. Les jeûnes du reste de l'année sont purement volontaires , ceux-ci sont obligatoires; les premiers ont pour principe le choix de notre volonté ; les seconds ont pour motif la prescription de la loi ; on vous invite aux premiers, on vous obUge aux seconds...

» Ce nombre de quarante jours de jeûne est un nombre heureux, puisqu'il nous ouvre toujours le ciel. C'est ce nombre accompli qui a fait surmonter à Noé les eaux du déluge {Gen,, VU, ^^)) et qui a procuré aux enfants d'Israël l'entrée de la terre pro-

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mise (Jos., Y, 6). Observons donc, nous aussi, ce nombre, afin que les cieux noua soient ouverts, que les dons spirituels descendent sur nous comme une pluie abondante, et que les sacrements nous nourrissent de la manne céleste qu'ils renferment en eux-mêmes. »

S2. Le même, Serm. XXXVl : <c II y a quelques jours que, pour vous animer à passer saintement le carême, nous vous avons cité des exemples pris dans les livres saints, qui ont dû vous prouver que ce nombre de quarante jours de jeune n'est pas un nombre arbitraire, mais qu'il a été consacré par Dieu même, et que ce ne sont pas les hommes qui Tout inventé, mais que c'est Dieu qui nous Ta prescrit. Celui donc qui mutile ce nombre en manquant au jeune même un seul jour, n'est pas seulement coupable d'avoir violé le jeûne ce jour-là, mais il devient transgresseur du carême tout entier. 11 est donc bon pour l'homme de jeûner volontiers ce nombre exact, et de sanctifier également chacun des jours de cette quarantaine. Cette loi, ce ne sont pas les prêtres, c'est Dieu qui vous l'impose. Et par conséquent celui qui en fait mépris , ne méprise pas simplement le prêtre , mais il méprise Jésus-Christ qui lui a parlé par son ministre. Examinons donc si, par le temps même marqué pour cette observance , Notre-Seigneur n'a pas voulu mettre tous les éléments au service de l'homme. Dans ce temps où nous sommes, les glaces qui couvraient la terre se fondent peu à peu; les fleuves reprennent leur cours interrompu quelque temps par les gelées; et c'est en ce temps aussi que nos péchés, qui formaient comme une masse de glace , se fondent au souffle de la grâce de la réconciliation, et notre vie, auparavant troublée dans son cours par les rafles glacées de l'esprit infernal, roule des flots .plus purs. La terre, à l'annonce de la quadragésime , oublie la rigueur du froid; et moi, à l'annonce de la quadragésime, je dépose les liens du péché. La terre est labourée par la charrue, pour être mise en état de produire ses fruits ; et moi , je laboure mon âme par le jeûne, pour la mettre en état de faire germer en elle la semence céleste, etc. )>

53. Le même, Serm, XXXVII : « Si vous l'avez bien retenu, nous vous avons fait voir dimanche dernier que le Seigneur luimême a consacré le carême en jeûnant le premier, et en ne faisant même qu'un seul jour de ses quarante jours de jeûne par la continuité non interrompue de son abstinence ; que ne rien faire du tout de cette observance qui nous est commandée , c'est

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se rendre coupable d'une sorte de sacrilège; que la violer en partie, c*est toujours un péché. Car c'est en fuo de notre salut que Noire-Seigneur a embrassé celte pénitence , a6n de nous en prouver l'utilité non-seulement par ses paroles, mais encore par ses exemples, et pour que nous ayons les mêmes traces'i suivre dans la voie de rabstinence, que dans celle de la foi. Voyons maintenant pourquoi Notre-Seigneur nous a prescrit le jeûne, et, comme un charitable médecin, a voulu nous en donner lui-même l'exemple . Car un bon médecin goûte le premier la potion qu'il veut faire accepter à un malade , pour montrer la confiance qu'il a dans la bonté de ses remèdes , et afin que le malade , rassuré par cette expérience faite sous ses yeux , n'ait rien à craindre pour sa vie de^la potion qu'il prendra, et ait au contraire tout à en espérer pour sa guérison. Voyons ensuite en quel lieu il a institué ce jeûne si salutaire. L'Evangile nous raconte qu'il a jeûné ces quarante jours et ces quarante nuits dans le désert. Je pense que la raison de cette institution du jeûne, c'est que, comme le premier Adam avait perdu le privilège de son immorlaHlé en s'abandonnant dans le paradis à l'intempérance de ses appétits, le second Adam , qui est Jésus-Christ , avait à nous rendre cette même immortalité par le miracle de son abstinence. Et parce -. que rhomme avait trouvé le péché et la mort en goûtant du fruit défendu contre la défense que Bieii lui-même lui en avait faite, il convenait que désormais nous ne pussions recouvrer l'état de justice et la vie spirituelle , qu'en jeûnant par obéissance pour le précepte divin. Car, pour nous retirer de l'abîme du péché, Notre-Seigneur ne veut faire autre chose que de nous aider à remonter le'chemin par lequel nous sommes descendus; c'est-àdire que, comme l'homme a péché en mangeant, c'est en s'abstenant désornEiais qu'il pourra se corriger, et que comme c'est en * noangeant le fruit défendu qu'il a fait l'épreuve de l'acte conjugal , c'est en jeûnant qu'il apprendra à en faire le sacrifice. Adam, en effet, n'a connu Eve qu'après y avoir été poussé par ^n intempérance. Au lieu que, tant qu'il était demeuré fidèle aux lois de la frugalité, il avait conservé sa virginité intacte ; et tant que les deux époux ont observé le jeûne par rapport aux aliments qui leur étaient interdits, ils l'ont observé de même par i^ppprt aux péchés qui offensent la pudeur. Car la faim a d'ineffables sympathies avec la virginité ; elle est ennemie de la mollesse. L'abondance au contraire des mets fait bon marché de la chasteté, et la lubricité trouve en eUe son aliment. Ainsâ

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