‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, trChapitre 5 sur 68 · Tite, /, 7, 9, 12, 13 : « 11 faut que l'évêque, etc · texte numérisé non relu

Tite, /, 7, 9, 12, 13 : « 11 faut que l'évêque, etc

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Qu'il soit fortement attaché aux vérités de la foi , telles qu'on les lui a enseignées, afin qu'il soit capable d'exhorter selon la saine doctrine, et de convaincre ceux qui s'y opposent, etc. Un de leurs compatriotes , dont ils se font un prophète , a dit d'eux : les Cretois sont toujours menteurs : ce sont de méchantes bêtes, qui n'aiment qu'à manger et à ne rien faire. — Ce témoignage qu'il rend d'eux est véritable. C'est pourquoi reprenez-les fortement j afin qu'ils conservent la pureté de la foi. »

45. Ibid., II, 48, : « Prêchez ces vérités : exhortez et reprenez avec une pleine autorité. Que personne ne vous méprise. »

46./ Timothée, V, 20 : « Reprenez devant tout le monde les pécheurs, etc. (comme dans le corps de la réponse). »

47. Lévitique, XXIX, 47 : a Vous de haïrez point votre frère en votre cœur, mais vous le reprendrez publiquement, de peur que vous ne péchiez vous-même à son sujet. »

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

4 . S. Bernard, Serm. de Naiivitate S. Joannis Baptistœ : a Que personne parmi vous , mes frères , ne flatte les vices ; que personne ne dissimule les péchés. Que personne ne dise : Est-ce que je suis le gardien de mon frère ? Que personne ne voie d'un œil indifférent l'ordre s'altérer, la discipline s'affaiblir. Car c'est consentir au mal , que de garder le silence quand on peut élever la voix , et nous savons que le même chàtiipent est réservé à ceux qui font le mal et à ceux qui y consentent. »

2. S. Grégoire-le-Grand, Pasioral, 2*^ partie, chapitre IV (4) : tt Les évêques doivent savoir garder le silence avec discrétion, et ne parler que pour dire des choses utiles, de telle sorte qu'ils ne fassent jamais coimaître ce qui doit être ignoré et qu'ils ne s'obstinent point à taire ce qu'il serait utile de divulguer; car de même qu'une parole imprudente peut induire les hommes en erreur, de même aussi un silence gardé mal à propos entretient dans l'ignorance ceux qu'on pourrait instruire par un mot. 11 arrive souvent que des évêques imprévoyants, dans la crainte de perdre la bienveillance des hommes, n'osent leur donner avec franchise des avertissements utiles; ils n'ont pas le courage de dire la vérité; ils ne gouvernent pas leur troupeau comme de vrais pasteurs; ils ressemblent à des mercenaires; en se cachant

(1) On trouvera ce méaie passage répété dans la lettre du saint à Jean de Gonsiantinople (Lib. I, Epist, î/i)-

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ainsi dans leur silence, c'est comme, s'ils fuyaient quand le loup approche. C'est à ces pasteurs que Dieu adresse ces paroles par l'organe d'un prophète (Is., LVÎ, 10) : Ce sont des diiens mueU qui ne sauraient aboyer. Il s'en plaint encore par ces paroles d'un autre prophète (Ezech., XIII, 5) : Vous ne wus êtes point présentés sur la brèche, et vous n'avez point élevé de rempart devant la maison Slsraël, afin de tenir ferme dans le combat au jour du Seigneur, Monter sur la brèche, c'est parler lihrement contre les puissances du siècle pour la défense du troupeau ; et tenir ferme dans le combat au jour du Seigneur, c'est résister aux efforts des méchants , en soutenant avec ardeur les- intérêts de la justice. En effet , ne peut-on pas dire qu'un pasteur abandonne son poste , quand il garde le silence et qu'il craint de faire entendre des paroles sages et utiles? Mais celui qui a le courage d'exposer sa vie pour la défense de son troupeau, s'oppose comme une muraille aux ennemis de la maison d'Israël. C'est de ces pasteurs l&ches , qui abandonnent leur peuple, que le Seigneur a dit encore (Thren., II, 9) : Ci» prophètes n*ont eu que des visions foUes et mensongères; ils ne (ont pas ouvert les yeux sur tes iniquités pour te porter au repentir. Les docteurs de la loi sont souvent appelés prophètes dans l'Ecriture sainte , parce qu'en enseignant combien sont fragiles les biens de ce monde, ils découvrent la solidité des biens futurs. Dieu dit qu'ils ont eu des visions mensongères , parce que , n'osant blâmer la conduite du pécheur, ils l'entretiennent dans ses vices par une fausse sécurité qui le trompe , et ils n'osent lui ouvrir les yeux sur ses iniquités , en gardant le silence tandis qu'ils devraient l'exciU^ à la pénitence. Les réprimandes du pasteur sont semblables à une clef qui ouvre ; car de justes reproches font reconnaître des fautes que celui qui les a commises ignore souvent lui-même. C'est pourquoi Paul a dit ( Tit., Ij 9): Qu'il soit fortement attaché aux maximes qui sont conformes à la foi et à la doctrine de Jésus-Christ, afin qu'il soii m état d'enseigner ia saine doctrine et de convaincre ceux qui la contredisent. » C'est aussi ce qui a fait dire au prophète Malachie (U, 7) : Les lèvres du prêtre seront les dépositaires de la science, et on recherchera de sa bouche la connaissance de la loi, parce qu'il est Fange du Seigneur des armées. Et le prophète Isaïe donnait cet avertissement de la part de Dieu à tous les pasteurs (LVIII , 1 ) : Cjrie, crie sans cesse, que ta voix retentisse comme la trompette. En effet , quiconque se charge du sacerdoce , prend les fonctions de héraut ; il marche pour ainsi dire devant le juge terrible qui

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doit le suivre, el il anoonce son arrivée. Si donc un prélre ne foit point annoncer la parole divine, héraut muet, comment pourra-t-il s'acquitter de ses fonctions? Le Saint-Esprit descendit en forme de langues sur les premiers pasteurs de l'Eglise , pour montrer que ceux qu'il remplit de ses dons doivent s'empresser de les communiquer. Dieu ordonna à Moïse d'attacher des sonnettes à la robe dont le prêtre devait être revêtu lorsqu'il entrait dans le tabernacle, pour lui rappeler qu'il devait annoncer la vérité et ne point provoquer par son silence la colère du souverain juge, qui a les yeux fixés sur lui; car il est écrit (Exod,, XXVIII, Z^) : Et OH entendra le bruit qu'il fera avec ses- sonnettes, soit lorsqu'il entrera dans le lieu saint en la présence du Seigneur, soit lorsqu'il en sortira, et à cette condition, il ne mourra point. Un prêtre qui sort et qui entre sans qu'on l'entende, c'est-à^ire qui poursuit son chemin sans prêcher la vérité, sera puni de mort, parce que son silence allume la colère du juge invisible. »

3. S. Augustin, Epist. CIX (al. 211 ), ad Monacàas : n Si vous remarquez dans quelqu'une d'entre vous de ces regards effrontés , avertissez-la sans délai, pour empêcher le mal d'empirer, et rétouffer dès sa naissance. Que si , quoique avertie , elle retombe, soit sur-le*champ , soit dans quelque autre occasion , celle qui s'en aperçoit doit en faire le rapport , afin qu'on puisse y apporter remède. Mais il faut pour cela qu'elle fasse préalablement remarquer ce qui se passe à une ou deux de ses sœurs , pour que, se trouvant convaincue par la bouche de deux ou trois témoins, la coupable puisse être punie comme elle le mérite. Et ne pensez pas qu'on puisse vous accuser de malignité , lorsque vous ferez de ces sortes de rapports : vous seriez coupables au contraire, si, pouvant guérir vos sœurs en les déférant , vous les laissiez périr faute de rompre le silence à leur sujet. Si une de vos sœurs avait sur son corps une plaie qu'elle voudrait tenir cachée , de peur qu'on n'y portât le scalpel , ne serait-ce pas une cruauté à vous de n'en rien dire , et n'y aurait-il pas au contraire de la charité à la faire connaître? A combien plus forte raison ne devez-vous pas découvrir les plaies de leurs âmes, qu'il est incomparablement plus dangereux de laisser s'envenimer que celles du corps?...

» Ce que je viens de dire de cette espèce de fautes , doit s'observer exactement pour toutes les autres^, et il faut garder le même ordre pour les découvrir et les arrêter dès leur naissance , c'est-àdire , déférer, convaincre et punir les coupables , ce qui doit se

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foire avec beaucoup de haine pour le mal lui-même, mais toujours avec beaucoup de charité pour les personnes (4). »

ft. Le même, Lib. L, Homiliarum, Hom. 7 : (c Si vous voulex bien y faire attention , vous verrez , mes frères , que non-seulement les évéques, mais encore tous les prêtres et tous les ministres de TEglise, occupent des postes fort critiques pour leur salut. Car c'est à eux que i'Esprit-Saint adresse cette injonction : Criez sans cesse, faites retentir votre voix comme une trompette; annonces au petqfk les crimes qu'il a commis, et à ta maison de Jacob ses prévarications (Is., LVIII, 1). Et cette autre encore : Si vous ne reprochez pas au pécheur son iniquité, je vous redemanderai son sang (Ezecu. , UI, 48). C'est d'eux aussi que T Apôtre disait aux fidèles : Obéissez à vos conducteurs, et soyez soumis à kùr autorité; car ce sont eux qui veillent pour le bien de vos âmes, comme devant en rendre compte (Hibr., XI II, 7). Si chacun de vous, mes frères, peut à peine soutenir le compte qu'il aura à rendre de sa propre conduite au jour du jugement , que sera-ce des prêtres , à qui le souverain juge redemandera les âmes de tous ceux qu'ils auront eus à gouverner? A la vue donc du péril où nous sommes, priez pour nous, afin que par notre attention à procurer l'aliment spirituel au troupeau qui nous est confié , nous méritions pour le dernier jour un témoignage favorable. Observez avec attention oe que j'ai la volonté de vous dire , si je puis, avec b concours de vos prières , trouver mon appui dans celui dont la pensée seule m'inspire de la crainte. Entre autres instructions qui s'adressent aux évêques, l'Apôtre dit qu'ils doivent être capables d' exhorter sriom la saine doctrine, et de convaincre ceux qui s'y opposent (Tit., I, 9). C'est là un grand honneur, mais en même temps un grand fardeau. J'espérerai toutefois de la miséricorde de Dieu que , touché des prières que vous lui ferez pour nous , il nous délivrera du fiége des chasseurs, et de la par(de âpre et piquante {Ps. XC, 3). Car il n'y a rien qui ralentisse plus le zèle des ministres de Dieu à reprendre les contradicteurs , que la crainte d'en être repria soi-même , ou d'essuyer leur critique. En redoutant outre mesure les détractions, les railleries, les insultes des hommes superbes,, CD appréhendant de leur part quelque atteinte à notre bonheur d'ici-bas et à nos biens temporels, il peut arriver que noua prêchions avec moêns de force qu'il ne faut les vérités éternelles^ Et c'est ainsi que la peur de nous voir dépouillés par le crédU

(i) Cf. Lettres de saint Augustin, t. VI, p. 46-48.

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des médbanis de quelque avantage de la vie préseule , peut nous faire négliger le soin d'appliquer des remèdes convenables à leurs maux spirituels. Il est doncrà craindre que nous n'ayons à rendre au jour du jugement un compte sévère , tant pour nous que pour ceux à qui nous n'aurons pas osé parler durement par un effet de notre affection pour les biens terrestres. »

5. S. Prosper (4), Lib. I devitdcontemplativd, c. 20 : « Quant à ce que dit l'Âpôtre , que nous devons servir de modèles aux fidèles , qu'en sera-t-il , si celui qui est chargé d'encourager les bons et de reprendre les méchants , en même temps qu'il présente aux bons des exemples à imiter dans la régularité de sa vie, n'ose pas élever la voix pour réprimer les méchants? Car si le prêtre eH particulièrement obligé de bien vivre , c'est , si je ne me trompe, pour qu'il n'anéantisse pas Teffet de ses paroles par une conduite toute opposée en faisant le contraire de ce qu'il recommande publiquement, ou en osant prêcher une doctrine différente de celle qu'il pratique. S'il agit autrement , il n'aura aucun succès auprès de ceux qui connaîtront sa manière de vivre , parce qu'il est préposé à l'Eglise de Dieu non-seulement pour servir d'exemple aux autres par une vie régulière, mais encore pour représenter avec courage aux pécheurs leur triste état , leur montrer le châtiment qui leur est réservé s'ils s'endurcissent, la gloire qui les attend s'ils se convertissent; ne désespérer du salut d'aucun , n'en rebuter aucun , pleurer sur ceux qui refusent de s'amender, à l'exemple de l'Apôtre qui disait : Je crains d'être obligé d'en pleurer plusieurs, qui étant déjà tombés en plusieurs dérèglements, n'en ont point fait pénitence {II Cor., XII, 21 ) ; comme il disait encore : Qui est faible, sans que je m'affaiblisse avec lui? Qui est scandalisé sans que je sois embrasé de zèle {II Cor., XI, 29)? Persuadé donc que, s'il a de la partialité pour les riches et les puissants , de la complaisance enfin pour ceux qui vivent dans le désordre , il les perdra et se perdra lui-même avec eux, il ne doit négliger, ni de mener une vie sainte pour le bon exemple , ni d'instruire les fidèles pour l'acquit de la charge qui lui est confiée , dans la certitude où il est qu'il ne lui servira de rien de mener lui-même une vie irréprochable , s'il n'en a pas moins à répondre de la perte des âmes , tandis qu'un autre qui ne serait point obligé d'enseigner à ses semblables la voie du salut , n'aurait du moins en se perdant à être puni que

(I) Ou plutôt Julien Pomère , auteur de Touvrage cité ici.

pour le mal qu'il aurait fait lui-même. Mais celui à qui la prédication de FEvangile a été confiée , aurait beau vivre saintement ; s'il rougit ou s'il craint de reprendre ceux qui mènent une vie criminelle , il périra avec ceux que son âlence aura laissés se perdre. Et de quoi lui servira-t-il de n'avoir ^ as de péchés personnels à expier, s'il doit porter la peine des péchés des autres? Ou je me trompe fort , ou c'est- là ce que le Seigneur a voulu dire par ces paroles adressées figurément au prophète Ezéchiel : Fils de r homme j je vous ai établi œmme sentinelle sur toute la maison d'Israël (Ezbch., III, 17; XXXV, 2-7). Et nous ne devons pas regarder comme une expressiqp indifférente, qu'il appelle le prêtre du nom de sentinelle; car de même qu'une sentinelle doit se placer dans un lieu élevé pour que sa vue puisse embrasser plus d'objets, de même le prêtre doit se proposer ce qu'il y a de plus sublime , et s'élever au-dessus de tous les autres par sa sainteté et par sa science , pour pouvoir instruire avec fruit ceux qu'il a sous sa conduite. Voyons maintenant ce que Dieu va dire au Prophète : Vous écouterez la parole de ma ionche, et vous leur annoncerez ce que vous aurez appris de moi (EzECH., III, 17). Car le prêtre ne doit dire que ce qu'il a appris dans les livres saints , que ce que Dieu peut lui avoir inspiré, et non ce qu'il aurait découvert par des moyens purement naturels. Yous leur annoncerez de ma part, lui dit-il. De ma part , et non de la vôtre; ce sont mes paroles que vous répéterez. Vous n'aurez point à vous glorifier de ce que vous aurez dit comme du produit .de votre propre génie ; c'est de ma part que vous l'aurez annoncé. Mais écoutons ce qu'il va annoncer. Si, lorsque je dirai à F impie. Vous serez puni de mort, vous ne lui annoncez pas ce que je vous aurai dit, et si vous ne lui parlez pas afin qu'il se détourne de la voie de son^ iniquité et qu'il vive, Fimpie mourra dans son impiété, mais je vous redemanderai son sang (Ezegh., III, 18). Quoi de plus explicite, de plus clair que ces paroles? Si vous ne parlez pas ^ l'impie ^ur qu'il se garde de son impiété , et qu'ainsi il vienne à périr, je vous redemanderai son sang; c'est-à-dire , si vous ne lui représentez pas ses péchés , si vous ne l'en reprenez pas , afin qu'il se convertisse de son impiété et qu'il vive, je livrerai aux flammes éternelles, et vous-même qui ne l'aurez pas repris , et lui que vous aurez autorisé à pécher par votre silence. Quel est le cœur de bronze ou de rocher qui ne s'effraierait à cette pensée? Quel est l'esprit si incrédule que cette pensée ne rendrait croyant? »

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6. S. Isidore, Lib. III de mmmo bono, c. && : a Tous les temps ne conviennent pas à Tinstruction , selon cette maxime de Salomon , qu'il y a temps de se taire comme il y a temps de parler [Eceles., III, 7). Sans se laisser dominer par la crainte , mais par une discrétion que leur commandent les dispositions perverses des méchants, les bons doivent quelquefois s'abstenir d'enseigner à ces premiers les prescriptions de la loi. Quelquefois les docteurs de l'Eglise, malgré l'ai'deur de la charité dont ils sont embrasés, s'imposent à eux-mêmes le silence, parce qu'ils ne voient personne qui les écoutent , ainsi que le déclare le Prophète par ces parolq» (Jerem., XIII, 49) : Les villes duMidisoni fermées, et il n'y a personne qui les ouvre. Que celui qui est chargé de l'instruction des autres sache au besoin dissimuler les fautes qu'il voit commettre, lorsqu'il ne croit pas pouvoir obtenir surle-champ qu'on s'en corrige. Car s'il peut faire cesser le mal et qu'il le dissimule néanmoins , il devient coupable comme s'il y donnait son consentement. »

7. Ibidem, c. 4S : « Ceux à qui est confiée la mission d'enseigner remplissent une fonction périlleuse , lorsqu'il s'agit pour eux de s'élever contre des contradicteurs de la vérité , et c'e^ à ceux-là que s'adressent ces paroles du Prophète , qui nous font envisager l'accomplissement d'un tel devoir comme le plus haut degré de la justice chrétienne : Montez sur une haute montagne, vous qui annoncez l Evangile à Sion (Is., XL, 9); c'est-à-dire que le prédicateur de l'Evangile doit autant surpasser les autres par son mérite , qu'il les surpasse par son rang. En conséquence, pour que la crainte ne lui fasse pas négliger l'office de l'enseignement, qu'il fasse attention à ces paroles : Vous donc, ceignez vos reifis, aUez promptement, et dites-leur tout ce que je vous commande. N'appréhendez point de paraître devant eux, parce que je ferai que vous n'en aurez aucune crainte (Jerem., I, 17). Ces mêmes paroles nous font voir que c'est un don de Dieu que d'être exempt de crainte. Celui qui fait acception des personnes, et qui craint de dire la vérité à celui qui a la puissance en main , se rend gravement coupable devant Dieu. Trop de prêtres en effet tiennent la vérité cachée dans la crainte de s'attirer l'animadversion des hommes puissants. Et c'est se rendre criminel, que de se laisser détourner de son devoir, comme de celui d'enseigner la vérité, par la crainte ou par les menaces. Mais le principe , hélas , de celte crainte , c'est ou que l'on est dominé par l'amour des commodités du siècle , ou qu'on est soi-

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même impliqué dans quelque honteux désordre. Beaucoup de pasteurs des églises , dans la crainte de perdre les bonnes gràces de la puissance séculière, ou de s'attirer de fâcheuses inimitiés, ne reprennent point les pécheurs, et déclinent le devoir de s'élever contre les oppresseurs des pauvres , et ils oublient qu'ils auront à rendre compte du dépôt de la vérité qui leur est confié , et de ce silence qu'ils gardent devant un peuple qu'ils sont obligés d'instruire. Lorsque les pauvres sont opprimés par les hommes puissants , les bons prêtres prennent hautement la cause des premiers, et sans craindre de se faire des ennemis, ils reprennent ouvertement les oppresseurs des pauvres, réprouvent leurs actes, les séparent de la communion des fidèles, et se mettent peu en peine du mal qu'ils peuvent en essuyer : car h bon pasteur donne sa m pour ses brebis (Joan., X, 11). De même qu'un pasteur vigilant défend ses brebis contre les bétes féroces , ainsi le ministre de Dieu doit être plein de sollicitude pour le troupeau de Jésus-Christ, et empêcher que l'ennemi n'y porte ses ravages, que la persécution n'y jette le désordre, et que les pauvres ne soient mis en danger par la cupidité des hommes puissants. Les mauvais pasteurs au contraire ne se mettent pas en peine de leurs brebis , mais ils font comme ces mercenaires dont parle l'Evangile, et qui prennent la fuite quand ils voient le loup approcher. Car c'est comme s'ils fuyaient , que de se taire devant la force, et de n'oser résister au\ méchants. )>

8. Ibidem, c. 46 : u Les prêtres porteront la peine de l'iniquité de leurs peuples, s'ils négligent, soit de les guérir de leur ignorance, soit de les corriger de leurs vices, ainsi que le Seigneur le déclare par son prophète : Je vous ai donné pour sentinelle à la maison d'Israël... Si vous ne parlez pas à IHmpie afin qu'il se dé^ tourne de son impiété, il mourra dans son iniquité, mais je vous redemanderai son sang (Ezech., XXXIII, 17, 18). C'est ainsi que le grand-prêtre Héli a été condamné à cause des désordi^es de ses %, qu'il reprenait cependant, mais moins sévèrement qu'il ne devait. Les prêtres doivent faire attention aux désordres de leurs peuplées , et examiner la conduite de chacun avec une prudente sollicitude, conformément à cet avertissement que le Seigneur donnait à Jérémie (VI, 27) : Je vous ai établi sur ce peuple pour le ^ttre à la dernière épreuve j pour sonder leurs voies et leurs désirs,' e( pour les connaître. Les prêtres doivent discuter avec soin la conduite de ceux qui leur sont soumis, pour les corriger de leurs vices et faire la conquête de leurs âmes. Mais autant il convient

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de reprendre ceux qui pèchent, autant il importe de ne pas blesser ceux qui remplissent leurs devoirs. Les prêtres doivent exercer leur sollicitude sur ceux qu'ils voient se perdre , afin de les ramener au bien s'il est possible, ou s'ils les trouvent incorrigibles, de les séparer à temps du reste des fidèles. Ceux-là surtout encourent un reproche sévère , qui prenant à tâche en quelque sorte d'abuser les pécheurs, non-seulement ne leur font pas de réprimandes, mais les flattent encore dans leurs désordres , selon ce que dit le Prophète (Is., IX, 16) : Alors ceux qui appellent ce peuple heureux se trouveront être des séducteurs, et ceux qu'on flatte de ce bonheur se trouveront avoir été conduits dans le précipice. Le pécheur qui ne profite pas de l'avertissement qui lui a été donné en secret, doit être repris publiquement, afin que sa plaie, que n'a pu guérir un palliatif discret, puisse être cautérisée par ce violent remède. Une réprimande secrète n'est pas ce qui convient pour la répression d'un désordre public. Ceux qui font le mal en plein jour doivent être repris de même, afin que cela serve à. corriger avec eux ceux qui déjà se seraient portés à les imiter. Et c'est ainsi que la correction exercée à l'égard d'un seul peut profiter à l'amendement d'un grand nombre. Car il vaut beaucoup mieux qu'un seul soit condamné pour que tous les autres soient sauvés, que d'exposer par de timides ménagements pour un seul le salut de tous. La sévérité de la réprimande doit être mesurée sur le besoin spirituel des délinquants. S'il est besoin d'assaisonner la correction de quelques paroles amères, il faut au moins que la charité règne toujoui*s au fond du cœur. On peut reprendre durement ceux qu'on est chargé d'instruire, sans se dépouiller pour cela de l'affection qu'on a pour eux. Ceux qui ne peuvent supporter la correction taxent d'orgueil ceux qui l'exercent, et ce qui n'est qu'exactitude dans les pasteurs fidèles parait aspérité aux méchants, dont l'esprit mal disposé ne sait qu'interpréter en mal les intentions les plus pures. »

9. S. JÉRÔME, in Ezechielis caput III, sur ces paroles. Si dicente tne ad impium, etc. : « On s'expose à un grand danger, quand on retient dans le silence les oracles de Dieu par* l'un^^de ces trois motifs : la crainte, la nonchalance et l'adulation. C'est ce qui a fait dire à Isaïe (VI, S) : Malheur à moi, parce que je me suis tu. Les paroles qui suivent d'Ezéchiel : Pour vousy vous aurez délivré votre âme, ont quelque rapport avec celles-ci de l'Apôtre : Si l'ouvrage de quelqu'un est bhUé, il en souffrira la perte, il ne laissera pas néanmoins d'être sauvé, mais ce sera comme en passant

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par k feu {I Cor., III, 4 S), qui éprouvera la sentinelle placée pour avertir, soit qu'elle se trouve innocente de la mort 9e ] impie qui se sera perdu, soit qu'elle s'en trouve coupable. Car l'ouvrage qui appartient proprement au maitre , c'est le salut de son disciple. Et il est bon d'observer qu'un juste peut tomber, et qu'un pécheur au contraire, qu'instruit un maître habile, peut rentrer dans la bonne voie. Les bonnes actions ont donc toujours besoin d'un maitre qui les encourage , jde peur que celui qui s'y est d'abord porté ne vienne à tomber, et à se retirer du sentier de la vertu. »

10. Le noLéme, m capnt XXXIII, sur ces paroles, Terra cùm induxero, etc. : a Nous apprenons de là qu'un homme , quelque pécheur et quelque impie qu'il soit, s'il consent à écouter les paroles d'un maître et qu'il fasse pénitence, peut être guéri de son impiété , et qu'un maitre au contraire peut se perdre s'il manque au devoir qui lui est imposé d'instruire, soit par la crainte qu'il aurait d'encourir une disgrâce, soit par le désespoir qu'il concevrait du salut du pécheur ; car alors il serait coupable de la perte de celui qui aurait pu être délivré et échapper à la mort, s'il avait été averti de se relever de sa chute ; qu'ainsi l'un et l'autre reste toujours libre, l'un de se taire ou de parler, l'autre d'écouter la voix, du maitre et de se sauver en faisant ce qui lui est prescrit, ou de mépriser l'avertissement qui lui est donné et de consommer sa perte par suite de ce mépris dont il se rend coupable.

)) Par cette sentinelle du pays de la Judée, on peut entendre ou un roi, ou un prophète. Par une sentinelle de l'Eglise, il faut entendre ou un évéque ou un prêtre , parce que l'un et l'autre est élu par le peuple, et que connaissant les Ecritures, et par elles les choses à venir, ils peuvent avertir le peuple et reprendre ceux qui font mal. Il est donc fort à craindre que nous n'entrions dans cette charge sans avoir les vertus nécessaires , et qu'après avoir été élevés en dignité par le peuple , nous ne nous abandonnions à la négligence et à la paresse , ou ce qui serait encore pire, que nous attachant à mener une vie sensuelle et voluptueuse, nous ne semblions avoir recherché des honneurs plutôt qu'accepté un ministère. Car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi , mais pour servir, et il a lavé les pieds de ses disciples, pour montrer que le devoir des maîtres est de purifier les disciples de leurs souillures et de les corriger de leurs vices. Et ne nous pressons pas trop d'objecter : A quoi servira

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d'enseigner, si celui qu'on enseigne refuse de faire œ qu'on lui dit? Car chacun sera jugé d'après ses propres dispositions ou d'après la manière dont il aura rempli ou négligé son devoir : vous , si vous ne parlez pas; lui, s'il dédaigne de vous écouter. C'est au sujet des maîtres négligents que Salomon a énoncé cette maxime : Si la sagesse demeure cachée ei que le trésor ne soit pas visible, quel fruit tirera-t'On de tun et de l'autre {Eccli., XX, 32). L'Evangile nous fait entendre quelque chose de semblable, lorsqu'il nous enseigne que, si quelqu'un est un sujet de scandale pour le moindre de ceux qui croient en Jésus-Christ, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attachât au cou une de ces meules qu'un âne tourne, et qu'on le jetât dans la mer (Marc, IX, kl), au lieu d'être nuisible à d'autant plus de fidèles, qu'il peut occuper dans l'Eglise une place plus élevée. »

41. S. Grëgoire-le^rand, Hom. XI super Ezechielem : « Si, lorsque je dirai à l'impie. Vous serez puni de mort, fx)us ne lui annoncez pas ce que je vous dis, et si vous ne lui parlez pas, afin qu'il se détourne de la voie de son impiété, et qu'il vive; l'impie mourra dans son iniquité, mais je voîâs demanderai son sang {Ezech., III, 48). Que faut-il remarquer, que faut^il penser sur ces paroles, sinon que ni l'inférieur ne doit imputer sa perte à son supérieur, ni celui-ci se croire innocent, lorsque l'inférieur, faute d'entendre ou d'écouter la parole de vie , se perd lui-même par sa propre faute? Car l'impie, par cela même qu'il est impie, mérite la mort. D'un autre côté , la sentinelle doit lui indiquer le chemin de la vie, et le reprendre de son impiété. Que s'il se tait au contraire, l'impie mourra bien dans sa propre iniquité, parce que c'est son impiété même qui lui aura mérité d'être privé du bienfait des avertissements que la sentinelle lui avait donnés; mais Dieu redemandera son sang à la sentinelle ellemême, parce que celui-ci aura été son meurtrier, en l'abandonnant par son silence à son funeste sort. On voit par-là combien la liaison est étroite entre les péchés des inférieurs et ceux de leurs supérieurs, puisque, lors même que l'inférieur périt par sa " propre faute, le supérieur n'en est pas moins, par le seul fait de son silence, jugé digne de mort. Faites donc réflexion et considérez attentivement, mes frères, que si vos pasteurs ne sont pas ce qu'ils doivent être, ce sera votre condamnation à vousmêmes , qui n'aurez pas mérité d'en avoir de plus dignes. Et si d» votre côté vous ne remplissez pas vos devoirs , ce sera notre condamnation à notre tour, pour ne nous être pas opposés

DES PÉCHÉS d' AUTRUI. 6S

suffisamment à vos désirs aveugles. Ainsi donc, en vous abstenant de faire le mai^ vous nous rendez service autant qu'à vous* même ; comme de notre côté nous vous rendons service eu même temps qu'à nous-mème, quand nous blâmons sans détour ce qui nous déplaît en vous. Oh! qu'il remplissait bien le devoir de la correction envers les peuples qui lui étaient conGés , celui qui pouvait dire : Je suis pur et innocent du sang de vous tous, parce que je n'ai point reculé devant le devoir de vous annoncer toutes ks volontés de Dieu {Act., XX , 26)! C'est que, s'il ne les leur eût pas annoncées, il n'eût pas été pur de leur sang; au lieu qu'il en est resté pur, parce qu'il a pris à cœur de leur annoncer toutes les volontés divines. Cette parole même de l'Apôtre est ce qui nous accuse, nous confond et nous condamne, nous qui, en vertu même de notre qualité de prêtres, ajoutons, prêtres indignes que nous sommes , à nos fautes personnelles la responsabilité de celles des autres , et nous rendons coupables d'autant de meurtres spirituels, que nous laissons mourir de nos ouailles par notre indifférence et notre silence. Si par ces paroles , Je vous redemanderai son sang, le Prophète entend parler de la mort corporelle, cela même doit augmenter nos craintes pour le cas où nous garderions un silence coupable; car si l'on doit être si sévèrement puni pour n'avoir pas empêché la mort d'un homme qui tôt ou tard doit mourir, que sera-ce de n'avoir pas empêché la mort d'une âme qui aurait pu vivre éternelleraenl , pour peu que des paroles de correction lui eussent été adressées ? Mais il est encore mieux d'entendre sous ce nom de sang les péchés eux-mêmes. C'est ainsi qu'un illustre pénitent disait en gémissant sur certains péchés de la chair dont sa conscience lui faisait le reproche : 0 Dieu de mon salut, délivrezmoi du sang que j'ai répandu {Ps, L, 16). Dieu redemandera donc le sang de celui qui meurt à la sentinelle négligente, parce que le péché de l'inférieur devient le crime du supérieur, si ce dernier en est la cause par son silence. Il doit donc faire en sorte , lors même que son subordonné viendrait à mourir, de s'ôter la responsabihté de sa mort. Qu'il soit vigilant , qu'il ne prenne pas de repos, qu'il fasse au mal qui se commet une guerre de tous les instants, qu'il se conforme en tout point à ces paroles de l'Ecriture : Courez ds tous côtés^ hâtez-vous et réveillez votre ami : ne laissez point aller vos yeux au sommeil, et que vos paupières ne s'assoupissent point [Prov,, VI, 3-4). De là vient qu'il est encore ajouté dans cet endroit de la prophétie : Que si vous annoncez la vérité à l'impie, et qu'il ne se convertisse point de

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