‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, trChapitre 55 sur 68 · IV. SO · texte numérisé non relu

IV. SO

4M M hk fbiArb.

puissions le mettre à même de nous honorer de ses «itaïUons toole» spéciales. Soit que nous soyons exaucés, soit -que nous ne le soyons pas, persévérons dans la prière, et rendons grâces à Dieu , non>seulement lorsqu'il nous accorde nos demandes , mais encore lorsqu'il nous les refuse. Car l'un peut aussi bien que l'autre nous fournir la preuve de sa bonté pour nous , puisqu'il sait infiniment mieux que nous ce qui peut nous être avantageux {{). »

6. S. Gbégoire de Nysse, Lib. de anUione : « À quoi bon entrer dans le détail des diverses manières et des moyens si multipliés par lesquels le péché se mêle à la vie humaine? péchés qui n'ont pas d'autre cause que l'oubli que commettent les hommes de recourir au secours de Dieu, pour faire réussir les affaires dont ils ont à s'occuper, et auxquelles ils se livrent avec tant d'ardeur. Mais si la prière précédait nos actions, le péché ne trouverait aucun accès dans notre àme. Car la pensée de Dieu, toujours bien présente à l'esprit, déjouerait toutes les manœuvres des puissances ennemies, la justice s'interposant en notre faveur dans les luttes que nous aurions à soutenir contre elles. La prière préserverait de même le laboureur occupé à cultiver son champ; elle multiplierait ses récoltes, mais dans une juste mesure, de peur qu'un excès de prospérité ne fit entrer le péché dans son cœur avec le désir d'avoir toujours davantage. Ainsi en serait-il du voyageur; ainsi de celui qui songe à quelque entreprise ou à quelque établissement; ainsi de tous ceux qui ont l'esprit occupé de quelque affaire : s'ils ne faisaient rien sans s'aider de la prière, ils verraient leurs affaires réussir parfaitement sans qu'il s'y entremêlât de {léchés de leur part, aucun de leurs ennemis n'osant plus se présenter pour les entraîner dans le vice. Mais, si Ton abandonne Dieu pour se livrer tout entier à l'affaire dont on poursuit le succès , il est inévitable qu'ainsi éloigné de Dieu , on se trouve bientôt en présence de son ennemie Or, tous ceux-là s'éloignent de Dieu, qui ne s'unissent pas à hii par la prière. Donc la prière vous apprendra avant tout , qu'il faut que vous priici sans vous lasser jamais. Car la prière fait que l'on est avec Dieu ; or, quand on est avec Dieu , on tient son ennemi loin de soi.* La prière est le rempart et le soutien de la pudeur, le frein de la colère , le remède de l'orgueil , l'infoillible moyen d'oublier

(l)Gf. s. JoannUChrysostomi opéra, tome IV, pag. 301*302, édition de Montfaucon; pag. 350-351, édition de Gauoie.

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les injures ; elle surmonte l'envie , fait cesser l'injustice , corrige rimpiété. La prière répare les forces du corps, répand l'abondance dans les maisons, fonde les lois équitables et salutaires, soutient les empires, remporte les victoires, assure le bienfait de la paix , réconcilie entre elles les personnes divisées , entretient les rapports de bienveillance entre celles qui sont unies La prière est le sceau de la virginité, le lien de la foi conjugale, le bouclier des voyageurs, l'ange gardien de ceux qui se liirrent au sommeil, le gage de sécurité offert à ceux qui veillent, la rosée qui fertilise les champs du laboureur, le salut assuré des navigateurs. La prière est l'avocate des accusés, la libératrice des captifs, la consolation des affligés, le charme qui remplit l'âme de ceux qui sont dans la joie, la ressource des personnes désolées, la couronne des époux, le bouquet de fête des anniversaires de naissance, la pompe funèbre des mourants. La prière est l'entretien de rhomme avec Dieu, la contemplation des choses invisibles, la foi exempte de doute à ces biens incompréhensibles auxquels on aspire, l'élévation de l'état de l'homme à l'état des anges, le progrès des bons dans la voie de la perfection , l'effroi des méchants, l'amendement des pécheurs , la mise à profit du présent , l'avant-goût des biens à venir. La prière a fait du ventre d'une baleine l'asile du prophète lonas, a ramené à la vie Ezéchias déji aux portes de la mort , a changé pour les trois jeunes hommes des flammes ardentes en un vent rafraîchissant ; elle a élevé pour les Israélites, combattant contre Amalec, le trophée de la victoire; elle a atteint d'un glaive invisible, en une seule nuit, cent quatre-vingt-cinq mille Assyriens. Nous pourrions citer mille autres exemples semblables empruntés à Thistoire, ce qui fait voir que de tout ce qui peut être ici-bas l'objet de nos vœux comme de notre estime , la chose la plus avantageuse pour nous c'est la prière...

» La prière, dite en grec ^poswx^, est la demande faite à Dieu avec humilité des biens qu'il peut nous être avantageux d'obtenir. »

7. S. Augustin, EpisL LIX (al. 149), ad Paulinum, q. S : « Ce qui est bien difficile h distinguer, c'est ce que l'Apôtre énonce dans ce passage de la première épître à Timothée : Je fxm conjure donc, avant toutes choses, que l'on fasse des supplications ^ des prières, des demandes et des actions de grâces. H faut avoir recours au grec pour eu bien faire la différence : car nos interprètes latins ne se sont pas donné la peine de rendre ces n^ots-là exactement et selon leur propre et véritable signification. . .

» L'interprétation qui me plaît le plus consiste à entendre tous ces termes par rapport à ce que presque toute l'Eglise pratique dans la célébration des mystères ; en sorte que car le mot de tupplicalians bous entendions ce qui se fait avant la bénédictioD de ce qui se met sur la table du Seigneur; par celui de prières, ce qui se fait dans le temps qu'on bénit ces oblations, qu'on les sanctifie, et qu'on les partage pour les distribuer aux fidèles; ce qui se termine, selon la pratique de presque toutes les Eglises, par l'oraison dominicale. L'origine du terme grec favorise même cette pensée ; car rarement trou vera-t-on dans l'Ecriture que le mot grec tox^ se prenne pour ce qu'on appelle en latin oratio. C'est pour ce que les latins appellent votum qu'il se prend le plus ordinairement; et le terme qui répond particulièrement dans le grec à ce que nous appelons prière, et les latins oratio, est •pootuxn; mais comme «Ox^ se prend quelquefois pour orafto^ ils ont cru que ^ponu^n devait signifier adoration. Si donc le mot greceùx^ se prend le plus ordinairement dans l'Ecriture pour ce que nous appelons votum, quoiqu'il puisse se rendre par le terme général do prière, on doit le prendre particulièrement pour la prière qui se fait 4rpo« cdx^y, c'est-à-dire ad votum, pour vouer et consacrer quelque chose à Dieu, et surtout pour celle par laquelle on lui consacre l'oblation du saint autel, qui exprime ce grand vœu et cette consécration solennelle, par où nous nous sommes voués et consacrés à Jésus-Gbrist pour demeurer à jamais en lui, c'est-àdire dans l'unité de son corps, selon laquelle nous ne sommes tous qu'un même corps et un même pain, par cette unité mystique dont le sacrement du saint autel est le symbole.

» Ce sont donc particulièrement les prières qui servent de préparation à la sanctification des oblations, que je crois qu'entend l'Apôtre, et qu'il ordonne que l'on £asse, par le mot de «rpodiuxà; que nous rendons par celui de prières, et que quelques-uns qui n'y ont pas assez pris garde rendent par celui d'adorations, puisque le mot c^x^ se prenant le plus souvent dans l'Ecriture pour vœu et consécration, celui de ^poowxn doit se prendre, comme je viens de le dire, pour la prière qui se fait pour vouer et consacrer quelque chose à Dieu.

u Quant à ce que l'Apôtre appelle interpellations, et que vos exemplaires expriment par le mot de demandes, je crois que c'est ce qui se fait quand on bénit le peuple, et que les évéques qui en sont comme les avocats, étendant les mains sur lui, l'offlrent à la miséricorde et à la toute-puissance de Dieu. Ensuite vient

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l'action de grâces, qui se fait après qu'on a participé à ce grand sacrement, et qui est comme la conclusion de tout le reste. Aussi est-ce là ce que l'Apôtre ordonne en dernier lieu dans ce passage que nous expliquons (1). »

8. Le même. Tract, LXXIII in Joannem : « Le Seigneur promet de grandes choses à ceux qui espèrent en lui , lorsqu'il dit : Parce que je vais à mon Père; et quoi que vous demandiez à mon Père en mon nom, je le ferai (Joan., XIV, 12-13). Lors donc que Jésus est allé à son Père , ce n'a pas été pour abandonner ceux qui avaient besoin de lui; c'a été plutôt pour leur accorder encore plus efficacement ce qu'ils lui demandaient. Mais comment concilier la promesse qu'il fait ici d'accorder tout ce qu'on demandera à son Père en son nom, avec le refus qu'il fait souvent à ses plus fidèles serviteurs de ce qu'ils lui demandent? Ne serait-ce point parce qu'ils le lui demandent mal, comme le reprochait l'apôtre saint Jacques à ceux à qui il disait : Vous demandez, et vous ne recevez point, parce que vous demandez mal (Iac, IV, 3), pour avoir de quoi satisfaire à vos passions et à vos plaisirs? C'est donc par un effet de sa miséricorde que Dieu refuse les choses qu'on lui demande, à ceux qui en abuseraient. Ainsi, lorsque nous demandons à Dieu des choses qui noua nuiraient sMl nous les accordait, il est à craindre qu'il ne nous accorde dans sa colère ce qu'il nous refuserait sans aucun doute, s'il voulait nous faire miséricorde. Ne voyons-nous pas que les Israélites obtinrent de lui, pour leur malheur, ce qu'ils lui avaient demandé suivant le déréglemert de leur cœur {Num., XI, 32)? Car au lieu de se contenter de la manne que Dieu leur envoyait du ciel avec tant de bonté, ils s'en dégoûtèrent, et lui demandèrent avec impudence qu'il leur donnât à manger de la chair; comme s'il n'eût pas été plus utile pour eux, et moins injurieux à Dieu, de lui demander qu'il les guérît de leur dégoût et de s'en tenir à la nourriture qu'il leur avait donnée, que de murmurer pour en avoir d'autre. Car quand nous sommes assez malheureux pour n'avoir de goût que pour les choses mauvaises, comme du dégoût que pour les bonnes, il vaut bien mieux demander à Dieu qu'il nous rende le goût des bonnes, que de lui en demander de mauvaises...

» Ouvrons donc là-dessus les yeux, mes frères, et observons avec soin que Jésus-Christ ne dit pas ici seulement : Tout ce que

(!) Cf. Us Lettres de saint Augustin, t. IV, p. 212-219.

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VOUS demanderez, comme s'il suffisait de demander de quelque manière que ce fût, mais qu'il ajoute : en mon nom. Or, quel est le nom de celui qui a promis une chose si avantageuse? Il s'appelle Jésus-Christ. Christ signifie roi (1), et Jésus SoAwem. Car il ne suffisait pas d'être roi pour nous sauver : il n'appartient pas à toutes sortes de rois de le faire : il fallait pour cela qu'il fut roi et sauveur tout à la fois. Et ainsi, tout ce que nous demandons à Dieu de contraire à notre salut, nous ne le demandons pas au nom du Sauveur. Cependant, il est toujours notre Sauveur, soit qu'il nous accorde ce que nous lui demandons, soit qu'il nous le refuse. 11 marque même plus fortement qu'il Test, lorsqu'il nous refuse les choses qu'il voit qui nuiraient à notre salut, s'il nous les accordait. 11 est comme un médecio qui, connaissant mieux que son malade ce qui lui est bon et ce qui lui est contraire, ne lui accorde pas ce qu'il demande, lorsqu'ille croit nuisible à sa santé, dans le dessein qu'il a de le guérir. De sorte que, si nous voulons être exaucés de Dieu dans tout ce que nous lui demandons, il ne faut rien lui demander qu'au nom du Sauveur, c'est-à-dire, rien qui puisse être contraire à notre salut. Car autrement, en nous accordant ce que nous demandons, il n'agirait pas en Sauveur. C'est cependant le nom véritable de Jésus-Christ pour les fidèles, je dis, pour les fidèles qu'il sauve. Car pour les impies, il les condamne au lieu de les sauver. Jésus-Christ fait donc tout ce que demande celui qui croit en lui, pourvu qu'il le demande au nom qu'il porte pour ceux qui croient en lui, parce qu'en ce cas il le fait comme Sauveur. Mais si celui qui croit en Jésus-Christ lui demande sans le savoir une chose qui, lui étant accordée, nuirait à son salut, il ne la demande point au nom du Sauveur, puisque ce ne serait point être son Sauveur que de lui accorder une chose qui l'empêcherait de faire son salut. De'sorte qu'il est plus expédient dans ces occasions pour celui qui demande quelque chose, que le Seigneur ne fasse rien h sa prière de contraire au nom de Sauveur qu'il porte pour lui, que s'il lui accordait ce qu'il lui demande. C'est pour cela que Jésus, qui est notre maître aussi bien que notre Sauveur, pour pouvoir nous accorder toujours tout ce que nous lui demandons, a bien voulu nous composer lui-même et nous laisser une prière, qui nous apprend tout ce que nous

(i) Christ signifie directement marqué d'une onction, et. indirectement marqué de l'onction royale.

« devons demander. Cette prière sert aussi à nous foire penser que

nous ne demandons pas au nom du maître, quand nous deman-

donsau-delà de ce qui est contenu dans la rëglequ'il nousa laissée.

» Ce n'est pas qu'il n*y ait des choses que nous demandons en son nom , c'est-à-dire , qui n'ont rien de contraire , ni à sa qualité de Sauveur, ni à sa qualité de maître, quoiqu'il ne nous les accorde pas sur-le-champ ; mais alors, c'est qu'il juge expédient de ne nous les accorder que plus tard. Car lorsque, par exemple, nous lui demandons tous les jours que son règne arrive, ce n'est pas à dire qu'il n'exauce pas notre prière, de ce qu'il ne nous admet pas dès le moment à régner dans l'éternité avec lui. Il ne rejette pas notre demande; il diffère seulement pour quelque temps à l'exaucer. Mais ne nous lassons pas plus de prier, que le laboureur ne se lasse de semer, pour que nous puissions faire notre récolte quand le temps de la moisson sera venu. Et afin que notre prière soit telle qu'elle doit être, il faut aussi demander h Dieu qu'il ne nous accorde jamais rien de ce qu'il voit que, nous lui demandons mal à propos. C'est cette grâce que nous lui demandons, quand nous le prions de ne pas nous laisser succomber à la tentation. Car ce n'est pas une tentation peu dangereiise, que celle qui nous porte à lui demander ce qui peut nous noire (1). »

9. S. Basile-lb-Grand, Constitution, monaslic, c. 2 (al. 4) : « Il y a deux manières de prier Dieu, dont l;i première consiste à le glorifier avec une humilité profonde , et la seconde à lui faire des demandes. Lors donc que vous vous présentez à lui dans la prière , ne commencez pas par lui faire des demandes ; car ce serait le moyen de faire voir que votre volonté n'agirait que par un principe d'intérêt , et que la nécessité seule vous porterait à vous adresser à lui. C'est pourquoi, au commencement de la prière, oubliez-vous vous-même, oubliez votre femme, oubliez vos enfants, laissez-là la terre, élevez- vous au-dessus de tous les cieux; éloignez- vous dé toutes les créatures visibles et invisibles; commencez par rendre gloire à celui qui a créé toutes choses, et en le louant, prenez garde que votre esprit ne s'égare de tous côtés, et que vous ne contiez des fables comme font les païens ; mais recueillant des saintes Ecritures ce que vous avez à lui dire, parlez-lui ainsi : « Je vous rends

(0 Cf. Les Traités de saint Augustin sur V Evangile de saint Jean, lonic ni, pag. 519 326.

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grâces, d mon Dieu /de la douceur et de la patience extrême avec laquelle vous me souffrez tous les jours, quoique je ne cesse de vous offenser, et de la bonté qui vous porte à nous recevoir lous à pénitence. Car c'est pour cela que vous vous taisez, Seigneur; et si vous voulez bien nous souffrir, c'est afin que nous vous rendions de très-humbles actions de grâces pour le soin que vous prenez de notre salut, tantôt en nous ramenaat par la crainte, tantôt en nous animant par vos exhortations, en nous visitant d*abord par le moyen des prophètes que vous nous avez envoyés, et ensuite par la présence même de Jésus-Christ. Car c'est vous qui nous avez formés, et nous ne nous sommes point faits nous-mêmes. Vous êtes notre Dieu. »

» Après que vous Taurez ainsi glorifié, autant qu'il vous aura été possible, et que vous aurez emprunté les paroles de l'Ecriture pour le louer, commencez ensuite avec humilité, et dites-lui ; (( J'avoue, Seigneur, que je suis indigne de parler en votre présence, étant comme je le suis un si grand pécheur. » C'est ainsi que vous devez parler, quand même vous ne remarqueriez en vous aucune méchante action. Car quoique nous commettions tous un très-grand nombre de péchés (Jac, V, 2), la plus grande partie nous en échappe ; et c'est ce qui faisait dire à l'Apôtre : Quoique ma conscience ne me reproche rien, je ne mis pas justifié pour cela {Cor,, IV, 3). C'était comme s'il eût dit : Il y a bien des péchés que je puis avoir commis sans que je les connaisse. C'est aussi ce qui faisait dire au Prophète : Qui est-ce qui connait le nombre de ses fautes {Ps. XVIlf, 13)? Vous ne mentirez donc point, si vous dites que vous êtes pécheur. Car si vous reconnaissez que vous Têtes en effet, vous péchez en cela même que vous dites que vous n'êtes pas pécheur. Dites donc plutôt : « Seigneur, je suis le plus grand de tous les pécheurs, ayant violé comme je l'ai fait votre divin commandement, et n'ayant point pratiqué ce que vous m'avez ordonné dans l'Evangile par ces paroles : Lorsque mus aurez accompli tout ce qui votis est commandé, dites encore : Nous sommes des serviteurs im^ile^, nous n'avons fait que ce que nous étions obligés de faire (Luc, XYII, 10). »

» 11 faut que vous vous occupiez continuellement de cette pensée ; que vous disiez sans cesse en vous-même : Je suis un serviteur inutile, et que vous observiez aussi cette recommandation de saint Paul : Que chacun par humilité croie les autres au-dessus de soi (Philip,, II, 3). Que la prière que vous adressez à Dieu soit donc accompagnée de crainte et d'humilité.

DE tA PRIÈRB. &75

» Vous lui direz ensuite, en continuant de lui en donner des marques par vos paroles : Je vous rends grâces, Seigneur, de ce que vous me souffrez malgré mes péchés, et de ce que vous ne m'avez pas encore puni jusqu'ici. Car j'ai mérité, je le confesse, et depuis longtemps, de subir une infinité de supplices, et d'être rejeté de devant votre face ; mais votre douceur ne s'est point lassée de me supporter -avec une patience incroyable. Je vous en rends grâces encore une fois, ô mon Dieu , quelque incapable que je sois de vous remercier dignement pour une ^i grande bonté.

» Après vous être acquitté de ces deux devoirs de louange et d'humilité, employez le reste de votre prière à demander à Dieu ce qu'il est à propos de lui demander, c'est-à-dire, ne iui demandez ni les richesses, ni la gloire de ce monde, ni la santé du corps. Car, ^omme c'est lui qui vous a formé, il a soin de votre santé et de votre conservation, et il sait ce qui peiit être le plus utile pour chacun, de la santé ou de la maladie. Mais demandez-lui le royaume des cieux , comme il vous l'a commandé, et il aura soin de vous donner ce qui vous est nécessaire pour la subsistance et les autres besoins de votre corps. En effet, comme notre roi est on ne peut plus grand , il s'indigne quand on ne lui demande que des choses basses et de vil prix , ou quand on ne lui demande que des choses qui ne sont nullement avantageuses. Ne l'irritez donc point par votre prière, et ne lui demandez que des choses qui vaillent la peine de vous être accordées par la libéralité d'un roi et d'un Dieu. Mais soyez persuadé que, pourvu que vous lui demandiez des choses dignes d'un Dieu, vous ne sortirez point de sa présence qu'il ne vous les ait octroyées. Car c'est ce qu'il a voulu vous marquer luimême quand il a dit dans l'Evangile : Si quelqu'un de vous amit un ami^ et qu'il VaUdt trouver au milieu de la nuit pour lui dire : Mon cher ami, prétez-moi trois pains, parce qu'un de mes amis faisant voyage vient d'arriver chez moi, et je n'ai rien à lui donner; et que cet homme lui répondit du dedans de sa maison : Ne m'importunez point, ma porte est déjà fermée, et mes enfants sont couchés amsi bien que moi; je ne puis me lever pour vofAS en donner; n'est'il pas vrai qm^ quand il ne se lèverait pas pour lui en donner à cause qu'il serait son ami, il se lèverait néanmoins à cause de son ifnportunité, et qu'il lui en donnerait autant qu'il en aurait besoin (l-i'C, XI, 5-8)? Jésus-Christ nous propose cet exemple, pour nous inviter à être ardents et importuns dans la prière. Car

l'exemple doDl il se sert pour cet effet, est tiré de la conduite d'un homme à Tégard d'un autre homme, pour nous apprendre à ne point nous rebuter, et à ne point nous retirer de devant Dieu, lorsqu'il ne nous acc(Nrde pas ce que nous lui demandons, jusqu'à ce qu'enfin il consente à nous l'octroyer. Mais, comme je l'ai déjà dit , cela ne doit s'entendre qu'autant que nous lui demandons ce qui est conforme à sa volonté.

» Et ne dites point : Je suis pécheur, il ne m'exaucera pas. Car, pour vous Ater tout sujet de défiance, il a ajouté : Qmnd il ne se lèverait pas pour lui en donner à cause qu'il serait son ami, il se lèverait néanmoins à cause de son importuniti, et il lui en donnerait autant quHl en aurait besoin.

M Au reste, quand il se passerait un mois entier, et même trois et quatre années, et encore davantage sans que vous puissiez obtenir l'effet de votre prière, ne vous rebute* pas pour cela, mais continuez à le lui demander avec foi, sans vous dispenser, en attendant, défaire tout le bien dont vous êtes capable... Car, si un homme s'abandonne lâchement au dérèglement de ses désirs , et se livre ainsi lui-même à ses ennemis. Dieu ne l'assistera et ne l'exaucera point, parce qu'il s'est lui-même éloigné de Dieu par ses péchés. Et en effet, un homme qui^ désire sinoèrement que Dieu l'assiste, ne s'écarte jamais de son devoir, et comme il ne l'abandonne point, Dieu ne l'abandonne point non plus, et il l'assiste toujours.

» Il faut donc nous mettre en état de n'être point condamnés en quoi que ce soit par notre propre conscience, et dans cette disposition invoquer le secours de Dieu. Mais il ne faut pas l'invoquer l&chement et avec un esprit qui se dissipe et s'égare de tous oêtés, puisque ce so^t le moyen de Tirriter davantage, au lieu d'obtenir de lui ce que nous lui demanderions. Et en dfet, si ceux qui sont devant des princes et des magistrats, ou qui ont à leur parier, demeurent debout en leur présence avec beaucoup de crainte et de tremblement, et tiennent dans une grande attention les veux de leur Ame et de leur corps, au-dedans comme au-dehors d'eux-mêmes, de peur que la dissipation ne les expose à quelque disgrâce, avec combion plus de frayeur et de trem- Uement ne devons-iMHK pas nous tenir ea présence de Dieu, et n avoir tout notre esprit appliqué qu^à loi, sans penser à quelque autre chose que ee puisse être, puisque en effet il ne voit pas seulement comme Tes hommes ce qui parait au-dehors, mais qu'il pénètre dans tout ce que noœ avons de plus secret et de plus intime.

DC LA PRIÉRB* 475

» Si donc vous vous trouvez dans cette disposition devant Dieu, comme vous y êtes obligé, et que vous apportiez de votre part tout ce qui dépend de vous, vous ne sortirez point de la prière que vous n'obteniez Teffet de votre demande. Mais si votre conscience vous reproche d'être lâche et négligent, et si, pouvant empêcher la distraction, vous êtes volontairement dissipé dans la prière, n'ayez point la témérité de vous présenter devant INea en cet état, de peur que votre prière ne tourne à péché {Ps. C VIII, 6) . Ou si, après vous être déjà affaibli par le péché, vous ne pouvez prier sans dissipation d'esprit, faites tous vos efforts pour user de violence sur vous-même, et persistez en la présence de Dieu, en tenant toujours votre esprit occupé de sa divine majesté et recueilli en lui-même autant qu'il est possible; et Dieu vous pardonnera cette distraction, parce que ce ne sera point par mépris, mais purement par impuissance que vous ne vous serez pas tenu appliqué à sa présence autant qu'il eût été nécessaire. Si vous usez ainsi de violence sur vous-même, pour faire tout le bien dont vous êtes capable, vous ne sortirez point de devant lui que vous n'ayez obtenu ce que vous lui avez demandé. . .

M Mais vous me direz peut-être : J'ai souvent demandé à Dieu cette grâce, et je ne l'ai point obtenue. C'est sans doute parce que vous la lui avez demandée mal, avec doute ou avec distraction, ou que vous l'avez prié de vous donner des choses qui ne vous étaient nullement utiles; ou que, si vous lui en avez demandé d'utiles, vous n'avez point persévéré dans la prière. Car il est écrit : C est par la patience que vom posséderez vos âmes (Luc, XXI, i9). Et celui-là sera sauvé, qui persévérera jusqu'à la fin (Matth., X, 22). Dieu connaît le cœur de ceux qui le prient...

» H ne diffère peut-être à vous accorder ce que vous lui demandez, que pour éprouver Tassiduité et la ferveur avec laquelle vous vous adresserez à lui, et pour vous faire connaître que, comme c'est un don gratuit et un pur effet de sa libéralité, vous êtes obligé de conserver avec crainte ce qu'il vous aura donné. Et en effet, on conserve avec beaucoupde soin ce qu'on n'a acquis que par de très-grands travaux , de peur qu'en le perdant on ne perde aussi toutes ses peines, et qu'en négligeant la grâce de Dieu, on ne se rende indigne de posséder la vie éternelle (1). » 10. S. Bernard, Serm, IV de Quadragesimd : « Plus la prière

(1) Cf. Les Ascétiques, ou Traités »pirituels de saint Basite'4e'Grand, trad. par God. Hcroianl, p. 482-492.

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est efficace quand elle bien faite, plus notre adversaire emploie de ruses pour nous en détourner. Quelquefois il nous en détournera en nous inspirant une certaine pusillanimité d'esprit ou une crainte excessive el déraisonnable. C'est ce qui arrive, lorsque l'homme pense tellement à sa propre indignité, qu'il ne tourne point ses regards vers la bonté divine. Car un abime appelle un autre abime; un abîme lumineux appelle un abîme ténébreux; un abime de miséricorde appelle un abime de'misère. Car le amr de tous les hommes est tin abime impénétrable ( Jerem., XVII, 9). Mais si mon iniquité est grande, votre bonté. Seigneur, est encore bien plus grande. C'est pourquoi, lorsque mon âme se troublera en moi-même , je me rappellerai la multitude de vos miséricordes, et mon âme s'y dilatera ; et lorsque j'entrerai dans la considération de votre puissance, je me garderai bien de me souvenir seulement de votre justice. Toutefois, s'il y a danger à ce que la prière soit trop timide, le danger n'est pas moindre, et il est même plus grand, à ce qu'elle soit téméraire. Ecoutez ce que le Seigneur dit à son Prophète de ceux qui prient dans cette autre disposition : Criez sans cesse, faites retentir votre voix comme une trompette j etc. (Is., LVIII, l ). Comme une trompeti», dit-il, parce que c'est avec véhémence qu'il faut reprendre les esprits téméraires, ces esprits qui cherchent Dieu, et qui ne se sont pas encore trouvés eux-mêmes. Je ne dis pas ceci pour ôter aux pécheurs la confiance avec laquelle on doit prier; ce que je demande de leur part , c'est qu'ils prient comme des gens qui ont mérité le châtiment, et non la récompense. Qu'ils demandent le pardon de leurs péchés avec un cœur contrit et dans un esprit d'humilité, de la même manière que ce publicain qui disait : Mon Dieu y ayez pitié de moi, qui suis un pécheur (Luc , XVIII , 13). Je dis qu'il y a témérité, quand celui dont la conscience est encore sous le poids d'un péché ou d'une habitude vicieuse, se porte aux choses grandes et éclatantes qui sont aurdessus de lui {Ps, CXXX, l), sans s'inquiéter en rien des dangers que court son âme. Un troisième danger à craindre, c'est que la prière ne soit tiède, au lieu de procéder d'une piété vive. Une prière timide ne pénètre pas, il est vrai, jusque dans le ciel, parce qu'une crainte immodérée glace l'âme en quelque sorte, et bien loin de lui permettre de s'élever en haut, elle l'empêche même de inarcher. Mais une prière tiède rend celte élévation de l'âme languissante, en sorte que les forces lui manquent, et qu'elle retombe à terre. La prière téméraire s'élève, à la vérité, mais elle est repoussée ; car elle

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trouve de la résistance là où elle s'adresse, et bien loin d'obtenir des faveurs, elle s'attire au contraire des disgrâces. Mais la prière qui, en même temps qu'elle sera bite avec foi, sera humble et fervente, pénétrera sans aucun doute dans le ciel, et il est certain qu'elle ne restera pas sans effet. »

H. Le même, Serm, V de Quadragesimd : « Je vous prie, mes frères, de vous trouver toujours prêts à recourir à la prière, dont je me souviens de vous avoir dit quelques mots à la fin de notre dernier entretien. Mais toutes les fois que je vous parle de la prière, il me semble vous entendre prononcer dans votre cœur certaines paroles de l'homme, que j'ai entendu souvent prononcer à d'autres, et que quelquefois aussi je me suis entendu prononcer en moi-même. D'où vient que, bien que nous ne cessions pas de prier, il n'arrive presque jamais que quelqu'un de nous ressente l'effet de ses prières? Nous sortons de la prière & peu près dans le même état que nous y sommes entrés : personne ne nous répond, personne ne nous donne; noas semblons avoir travaillé en vain. Mais que dit Notre-Seigneur dans l'Evangile? Ne jugez pas selon P apparence, maisjugez selon la justice (Joan. , VII, 24). Mais qu'est-ce qu'un jugement juste, sinon un jugement inspiré par la foi? Car le juste vit de la foi {Rom., I, 17). Jugez donc selon la foi, et non d'après votre expérience personnelle, parce que la foi est infailUble, et que votre expérience au contraire est sujette à erreur. Quel est donc l'enseignement de la foi, sinon cette promesse que le Fils de Dieu lui-même nous fait dans son Evangile? Tout ce que vous demanderez dans la prière, croyez que vous le recevrez, et U vous sera accordé (Marc, XI, 24). Qu'aucun de vous, mes frères, n'ait une faible estime des prières mêmes qu'il fait : car je vous déclare que celui à qui nous adressons nos prières les a lui-même en grande considération. Avant même que cette prière soit sortie de notre bouche, il l'a déjà fait écrire dans ses registres. Et nous avons alors certainement à espérer de deux choses l'une, ou qu'il nous accordera ce que nous lui demandons, ou qu'il nous donnera à la place ce qu'il sait nous être plus utile. Car nous ne savons nous autres prier comme il faut {Rom., VI II, 26); mais il a pitié de notre ignorance, et tout en accueillant favorablement notre prière, il ne nous donne point ce qui ne nous serait pas utile, ou ce qui peut être remis à un autre temps; car la prière ne saurait être infructueuse. Elle ne le sera pas du moins, si nous suivons l'exhorlaiion que nous fait le Psalmiste de mettre notre joie dans le

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Seigaear : Iktiez votre joie dans le Seigneur, nous dit4I, et il txm aecordera les désirs de votre cœur ( Ps. XXXVl, 4). »

12. Le même, Serm. de quat^tor modis orândi : a Gelai qui, après avoir persévéré quelque temps dans les gémissements de la pénitence, commence à éprouver la joie comme l'assurance du pardon, peut demander désormais avec assurance. Seulement, qu'il prenne garde de demander autre chose que ce qu'il doit deman4er, ou d'omettre de demander ce qu'il doit demander à Dieu, ou de demander avec tiédeur ce qu'il doit demander sans relâche et de toute son âme. Vous demandez et vous ne recevez pass dit saint Jacques (lY, 3), parce que vous demandez mal, c'est-à-dire conséquemment à vos désirs déréglés. Ainsi se conduit quiconque recherche les biens de la terre au-delà de ses besoins, quiconque ambitionne la gloire ou les plaisirs du monde. Telle est encore la prière de ces hommes animés de l'esprit du siècle, qui demandent dans leurs {H*ières la mort de leurs ennemis, pu d'autres semblables choses qu'il n'est pas permis de demander. Les choses temporelles cependant qui nous manquent, si elles nous sont nécessaires, il nous est permis de les demander; mais, comme l'observe saint Grégoire {Hom. XXVII in Evang.), nous^ne devons pas le faire avec trop d'ardeur. Nous devons mettre en ce dernier rang les biens mêmes spirituels sans lesquels nous pouvons faire notre salut, tels que le don de parler dans une haute sagesse, la vertu d'opéœr des guérisons, toutes les choses enfin dont nous ne savons pas s'il est à propos pour nous de les obtenir, comme serait une tentation dont vous seriez tourmenté, et dont vous devriez sans doute demander la délivrance, mais sans y mettre toutefois trop d'insistance, en ne perdant jamais de vue cette sentence de l'Apôtre : Nous ne savons ce que nous devons demander à Dieu dans nos prières pour le prier comme il faut {Rom.^ VIIL %); et il vaut mieux, nous en remettre à Dieu, que de décider là-dessus témérairement en nous-mêmes. IMais voici ce q^u'il faut que vous demandiez sans relâche et de toute votre âme, ce qui doit être le constant objet de vos désirs, de vos soupirs et de vos prières : d'être en griàce auprès de Dieu, de plaire à ses yeux si pleins de bonté pour nous, de vivre et de mourir en union avec lui, de mériter de contempler sa glmre et de le posséder éternellement. G'est de ces clwses qu'il est dit : Priez sans relâche (Luc, XVIII, l ). G'est ce que le Prophète demandait à Dieu, lorsqu'il disait : Mon visage vous a cherché; je chercherai. Seigneur, votre face {Ps. XXVI, 8). Et

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encore : Je dmmderai au Seigneur une seuie chose , et je la rechercherai uniquement; c'est ê^habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie {ibidem, v. 4)...

» Quelle doit être la pensée d'un religieuii qui entre en prière, sinon celle-ci du Prophète : Je passerai dans le lieu du tabernacle admirable jusqu'à la maison de Dieu {Ps. XLI, S)? Car, lorsque nous sommes en prières, nous devons nous trapsporter tout entiers dans le ciel, dans ce palais où le Roi des rois est assis sur un tr6ne tout brillant d'étoiles, entouré de Tarmée innombrable des esprits bienheureux (Dan., VU, 10). Ce qui faisait dire & celui qui avait le bonheur d'être favorisé de cette vision, dans l'impuissance où il était de trouver l'expression d'un nombre plus fort : Un million d'anges le servaient, et mille millions étaient devant lui {ibidem). Avec quel respect, avec quelle crainte, avec quelle humilité, vers de terre que nous sommes, ne devons-nous donc pas approcher de ce Roi des roisi Comme elle doit être liumble en même temps qu'empressée, comme elle doit être ardente la prière d'un nfisérable mortel, qui ose aborder ce roi de gloire, en présence des anges, au milieu de tous les justes assemblés! Si donc nous avons besoin d'une grande vigilance dans toutes nos actions , c'est surtout dans la prière que cette vertu nous est nécessaire. Car, comme nous le lisons dans notre règle {Reg. S. Benedicti, c. 19), bien que les yeux du Seigneur soient fixés sur . nous en tout temps et en tout lieu, c'est surtout dans le tenaps de nos prières. Et quoique nous soyons toujours vus de lui, nous nous montrons de plus nous-mêmes à lui dans la prière, pour nous entretenir, pour ainsi dire, face à face avec lui. Or, encore bien que Dieu soit partout, nos prières doivent* aller le trouver dans le ciel ; c'est là que notre pensée doit être dirigée lorsque nous le prions, en sorte que ni le toit de notre oratoire, ni la vaste étendue de l'air, ni l'épaisseur des nues n'empêche notre âme de s'envoler jusqu'à lui, pour lui dire, en répétant la formule que nous tenons de Jésus-Christ même : Notre Père qui êtes dans les deux. En eCTet, le ciel est appelé la demeure ou le trône de Dieu par excellence, parce qu'en comparaison de la claire vue que les saints anges et les âmes des élus ont de Dieu dans le ciel , ce que nous connaissons de lui ici-bas, nous misérables exilés, mérite à peine un nom. Que celui donc qui prie , le fasse dans la même disposition d'esprit • que s'il était transporté dans le ciel, en présence de celui qui est assis sur un trône élevé entre les anges restés toujours fidèles et

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ces pauvres hunudns qu'il a appelés ^ lui de cette terre maudite, en les tirant delà poussière où ils étaient confondus avec nous. Qu'il se considère, dis-je , comme présenté au Seigneur de toute majesté , et qu'il dise avec Abraham : Je parlerai à mon Seigtieur, quoique je ne sois que poussière et que cendre {Gen,, XYlll, 27). Et si j'ose le faire, c'est parce que vous me l'ordonnez, et que vous m'avez appris vou&-méme à le faire, ô source inépui* sable de bonté. »

13. S. JÉRÔME, in caput VII Jeremiœ^ sur ces paroles du verset 16, Tu ergà noli or are, etc. : « ^our épargner au Prophète la honte de paraître n'avoir pas obtenu ce qu'il lui aurait demandé, Dieu lui défend de prier pour ce peuple qui refusait de faire pénitence de ses péchés. Quant à ces paroles qu'il ajoute : He vous opposez point à moi (ihiiem), elles nous font voir que les prières des saints peuvent faire résistance à la colère de Dieu. C'est pour la même raison que le Seigneur disait à Moïse : Laissez-moi faire, afin que... je les extermine, et je vous rendrai le chef d'un grand peuple {Exod., XXXII, 10). Nous lisons encore ces autres paroles dans un psaume : Phinées s'éleva et apaisa k Seigneur...., et ce zèle lui fut imputé à justice {Ps. CV, 30). Âaron aussi, ayant pris son encensoir, s'interposa entre le feu et le peuple que ce feu dévorait , et la colère de Dieu se trouva apaisée. »

14. Le même, in caput XXVII Jeremiœ, sur ces paroles du verset 18 : Et si prophetœ sunt, et est verbum Domini in eis, occurrant Domino exercituum : « Ces paroles, qu'ils s' opposent à mi ou au Seigneur des armées, font voir qu'un vrai prophète peut s'opposer au Seigneur par ses prières , comme nous voyons que Moïse s'opposa au Seigneur pour détourner sa colère de dessus son peuple, au moment où il le frappait {Exod., XXXII, 10). Samuel s'est conduit de la même manière {IReg., VIII, 6). Le Seigneur dit à Moïse : Laissez-moi faire, afin que je frappe ce pmple. En disant : Laissez-moi faire, il marque bien que les prières des saints peuvent l'arrêter. »

15. Le même, lettre XII, à Gaudentius, de l'éducation delà jeune Pacatula : a Nous lisons que le pontife Âaron alla au devant des flammes dévorantes, et que, prenant l'encensoir, il apaisa la colère du Seigneur. Le grand-prêtre se tint debout entre la vie et la mort, et le feu n'osa point aller au-delà de ses pieds. Dieu dit à Moïse : {Exod., XXXII, 10). Laissez-moi faire, et je détruirai ce peuple. Quand il dit : Laissez-inai faire, il

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montre qu'on peut le retenir, et l'empêcher d'accomplir sa menace. Et en eSet les prières de son serviteur disaient obstacle à ce qu'il déployât sa puissance (1). »

§ 2. Sur la posture qu'on peut tenir quand on prie.

16. Tertdllibn, Apologétique, c. 30 : « Les yeux élevés au ciel, les mains étendues, parce qu'elles sont pures, la tète nue, parce que nous n'avons à rougir de rien , sans ministre qui nous enseigne des formules de prières , parce que chez nous c'est le eœur qui prie> nous demandons pour les empereurs, quels qu'ils soient , une longue vie , un règne tranquille , la sûreté dans leur palais, la valeur dans les armées , la fidélité dans le sénat , la vertu dans le peuple, la paix dans le monde entier, enfin, tout ce que peut ambitionner un homme, tout ce que peut ambitionner un empereur. Vœux magnifiques!... Je ne puis les adresser qu'à celui qui a le pouvoir da m'exaucer, parce qu'il est l'unique dispensateur des grâces, parce que je suis le seul qui aie le droit de les obtenir, comme son serviteur, comme son adorateur, prêt

à être imnaolé pour sa loi Tandis que nous épanchons ainsi

notre âme devant Dieu, déchirez-nous, si vous le trouvez bon,

^ avec des ongles de fer ; attachez-nous à des croix ; que vos flammes nous caressent de leurs langues dévorantes, que vos poignards se plongent dans nos gorges , que vo9 bêtes féroces

>' s'élancent sur nous , la seule attitude du chrétien en prière vous témoigne qu'il est prêt à tout souffrir. Courage donc, zélés magistrats, arrachez à cet homme une âme qui invoque son Dieu

^ pour le salut de l'empereur!... La vérité, le dévouement & Dieu,

s voilà donc nos crimes (3) . »

' 17. S. Augustin, Lib. de euràpro mortuis gerendâ, c. 5 : « Ceux

qui prient font prendre à leur corps la posture qui convient à des

^ suppliants; en fléchissant les genoux, en étendant les mains, en se

? prosternant en terre, et autres actions semblables qui témoignent

^ de leurs sentiments, quoique la disposition intime, et par-là même invisible, de leur volonté et de leur cœur soit connue de Dieu,

^ qui n'a pas besoin de ces indices pour découvrir les sentiments' de l'homme les plus cachés; mais c'est l'homme luiniême qui s'excite par le moyen de ces signes à prier et à gémir

(i) Cf. OEuvres choisies de saint Jérôme, etc., trad. par Gollombet, tome V, pag. 598-399.

(3) Cf. Les Pètes de l'Église, etc., trad. paf M. de Genoude, t. VII,

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