‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, trChapitre 60 sur 68 · DB LA PRIÉ»!. BOB · texte numérisé non relu

DB LA PRIÉ»!. BOB

les œuvres sans la prière. Lorsque nous bisons uue bonne œuvre^ ayons soin en même temps de prier avec larmes , pour que le mérite de notre action soit relevé par Thumilité de notre prière. Celui-là élève sans mérite ses mains vers Dieu, qui dans sa prière même relève avec jactance les bonnes actions qu'il peut avoir faites , comme ce pharisien qui se vantait, tout en priant dans le temple, en s*attribuant à lui-même, plutôt que de la rapporter à Dieu, la gloire de ses bonnes œuvres. Il y en a dont les prières sont autant de péchés de plus , comme l'Ecriture le marque expressément de Judas TÂpostat (Ps. CVIII^ 7). Car ceux qui prient avec jactance , en recherchant la louange des hommes, non-seulement n'obtiennent pas par leurs prières le pardon de leurs péchés, mais se rendent coupables d'un nouveau péché par la prière même qu'ils font dans ces dispositions. Ainsi les jui& et les hérétiques , quoiqu'ils paraissent jeûner et prier, n'obtiennent point le pardon de leurs péchés par leurs prières, et leurs prières, bien loin de les en purifier, deviennent au contraire de nouveaux péchés. Il arrive assez souvent que Dieu difière d'exaucer les justes ou de leur accorder la délivrance de leurs maux, pour mettre dans tout son jour la perversité des méchants. Lorsque les justes au contraire sont exaucés pour les biens temporels qu'ils demandent, ceux qui les affligent sont les premiers à en profiter pour leur propre salut ; car en voyant les justes réussir malgré l'oppression qu'ils voudraient faire peser sur eux, ils sont engagés par-là à ouvrir les yeux sur leurs véritables intérêts et par conséquent à se convertir. Ainsi le rafraîchissement que les trois jeunes hommes trouvèrent au milieu des flammes a eu pour efiet de procurer à Nabucbodonosor la connaissance du vrai Dieu. C'est aussi ce qui a fait dire auPsalmiste : Déliprez-moi à cause de mes ennemis {Ps. LXVIIL 19). Disons aussi que si quelques-uns tardent à obtenir Teflet de leurs prières, c'est afin que , fortifiés par cette attente, ils obtiennent une plus grande récompense , comme le retard causé par les frimas à la croissance des productions de la terre ne fait qu'augmenter leur fécondité. Lorsque nous tardons à être exaucés dans nos prières, rappelons à notre mémoire le passé de notre vie, et nous trouverons dans la justice divine , et dans nos péchés à la fois, la cause de ce délai dont nous serions tentés de nous plaindre. D'autres fois, si nous ne sommes pas tout de suite exaucés , c'est pour notre avantage ,* plutôt que i)our notre malheur; car souvent, si Dieu ne nous accorde pas la chose que

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nous lui demandons, c'est pour pourvoir à noire salai mieux que nous ne pourrions le faire nous-mêmes. Bien des personnes ne soni pas exaucées dans leurs prières , parce que Dieu , par une providence attentive, leur réserve d'autres biens plus avantageux que ceux qu'elles lui demandent, comme il arrive à ces enfants qui prient Dieu pour que leur pédagogue ne les batte pas, et qui n*en obtienn^t point Teffet de leur demande, parce que cela serait contraire à leurs progrès. Ainsi en est-il de certains élus. Us prient Dieu pour obtenir de lui certains biens ou pour être délivrés de certains maux; mais la Providence divine ne s'arrête point à leurs désirs, dont raccomplissemeni ne leur procurerait que des avantages temporels, tandis qu'elle se propose de leur en assurer d'éternels. La prière doit se faire de préférence dans des lieux retirés, et on est plus sûr d'obtenir, quand on n'a que Dieu pour témoin des prières qu'on lui adresse. C'est le propre des hypocrites de se mettre en montre pour prier, et il résulte de là qu'ils déplaisent à Dieu, tout en s'attirant la louange des hommes. Ce n'est pas par un flux de paroles qu'on obtiendra d'être exaucé de Dieu, comme si c'étaient des paroles qu'il demanderait de nous pour nous être favorable. Ce qui touche son cœur, ce ne sont pas les discours éloquents , mais bien la pureté et la simplicité d'intention de celui qui le. prie. Il est bon de prier toujours de cœur ; il est bon aussi d'élever la voix pour glorifier Dieu dans des hymnes spirituels. C'est chose vaine, que de prier des lèvres sans que le cœur y soit pour rien ; mais il faut , comme dit l'Apôtre {Eph., F, 49), chankr du fond de nos cœurs, c'est-à-dire chanter de tout son cœur,'en même temps qu'on le fait de bouclie. C'est pour cela que le même apôtre a dit ailleurs : Je chanterai de cœur des cantiques, mais je les chanterai aussi avec intelligence (/ Cor.j XIV, IS). Si la prière pourvoit à nos intérêts spirituels, le chant des cantiques nous procure en même temps une joie sainte. U bannit de nos cœurs la tristesse, les ouvre à la reconnaissance , dissipe notre ennui , gourmande notre lâcheté , et , si nous sommes pécheurs , nous invite au repentir. Quelque durs que soient les cœurs des hommes charnels, ils se laissent amollir et tourner vers la piété par le chant des psaumes. Encore bien qu'un chrétien doive se laisser émouvoir bien moins par la douceur des accents, que par la parole divine que ces accents mêmes font entrer dans son oreille, je ne sais comment il se fait que la componction est excitée par la mélodie de la voix plus ' encore que par le reste. Car combien n'en voit-on pas que

Tbarmonie des chants décide toute seule à pleurer leurs fautes* et qui se sentent touchés jusqu'aux larmes du moment où le cantique sacré a retenti à leurs oreilles ! La prière n'est de mise que dans la vie présente , où elle peut nous obtenir la rémission des péchés, au lieu que le chant des psaumes se perpétuera dans la vie future pour la gloire éternelle de Dieu, comme il est écrit dans les Psaumes : Heureux ceux qui habitent dans votre maison. Seigneur; ils vous loueront dans les siècles des siècles {Ps. LXIII, 5). Celui qui remplit un tel ministère avec fidélité et ferveur , entre pour ainsi dire en société avec les anges. »

2. S. Augustin , Serm, 226 de tempore (1) : « La prière du juste est la clef du ciel. La prière monte vers Dieu , et fait descendre sur nous sa miséricorde. Quelque éloignée quesoitla terre, quelque élevé que soit le ciel, Dieu entend toujours Thomme qui Tinvoque» pourvu qu'il ait sa conscience pure. »

3. Le même , Serm, 231 de tempore : « La prière est , etc. ; » comme à la question précédente, témoignage 3, page 463.

4. Le même, Epist. CXXf (al. 130) ad Probam, c. 8 : « C'est donc cette bienheureuse vie que nous devons demander; et c'est afin que nous sussions la demander, que celui qui est la vie par essence nous a enseigné à prier, et à prier en peu de paroles. Car ce n'est pas à force de parler que nous sommes exaucés, puisque, comme dit Jésus-Christ lui-même, celui à qui nos prières s'adressent sait ce qu'il nous faut, avant même que nous lui ayons rien demandé (Matth., VI, 7-8). Et il y a lieu de s'étonner à cette occasion, que ce même Dieu qui sait tout ce qu'il nous faut, sans que nous ayons seulement ouvert la bouche pour lui faire nos demandes, et qui va jusqu'à nous défendre de parler beaucoup dans nos prières, nous ait dit qu'il faut toujours prier, et ne s'en lasser jamais (Luc, XVIII, 1), et qu'il nous porte à le faire par l'exemple de cette veuve qui voulant avoir raison du tort que sa partie lui avait fait, à force de presser un juge inique, sur qui ni la justice ni la compassion n'avaient de pouvoir , en obtint enfin par ses importunités ce qu'elle lui demandait. Mais il a voulu nous faire entendre par-là combien nous devons nous tenir plus assurés d'être exaucés d'un Dieu plein de justice et de miséricorde, si nous ne nous lassons pas de le prier, puisque ce juge, quelque dur et quelque injuste qu'il fût, ne put résister à la

(1) Ce sermon n'est pas de saint Ai?gustin^ mais se compose en partie des paroles de saint Ambroise , comme Font observé les docteurs de Louvain. Voy. Nobl-Alexamobe, Hist, eccles,, sœc, F,

persévérance de celte veuve ; et combien nons devons espérer de trouver Dieu propice et disposé à saiisfaireà nos bons désirs, quand nous remettons pour l'amour de lui les injures qu'on nous a faites, puisque cette veuve ne laissa pas d'obtenir ce qu'elle demandait , quoiqu'elle ne voulût autre chose qu'avoir raison du tort qui lui avait été fait.

» C'est à quoi tend encore l'exemple de celui qui , ayant reçu chez lui un de ses amis , et n'ayant rien à lui présenter , alla chez son voisin déjà couché et endormi avec toute sa famille, pour lui emprunter trois pains (symbole sous lequel Jésus-Christ a peut-être voulu nous désigner la trinité des personnes dans l'unité d'une même substance) , et qui le pressa tant , que , pour se délivrer de ses importunités , plutôt que par amitié , l'autre lui accorda tout ce qu'il voulait : ce qui doit nous faire comprendre que , si un homme troublé dans son sommeil par une demande importune, ne put s'empêcher d'accorder ce qu'on lui demandait, Dieu nous accordera avec infiniment plus de bonté l'effet des demandes que nous lui ferons, puisque, bien loin que nos prières le trouvent jamais endormi , c'est lui qui dissipe notre sommeil spirituel pour nous exciter à le prier.

» C'est encore dans les mêmes vues que Jésus-Christ nous dit : Demandez, et vous recevrez; cherchez, et vous trouverez; frappez à la porte, et on vous ouvrira; car qui demande reçoit, qui cherche trouve, et on ouvrira à celui qui frappe. Qui est celui d'entre vmis qui donne une pierre à son fils qui lui demande du pain, ou m serpent quand il lui demande un poisson, ou un scorpion quand U lui demande un œuf? Si donc, touC méchants que voti§ êtes, vous savez discerner ce qui est bon pour le donner à vos enfants, à combien plus forte raison votre père céleste donnera-t-il ce qui est véritablement bon à ceux qm le lui demandent (Luc, XI, (1 et suiv.)! Il semble que ces trois choses répondent aux trois excellents dons que l'Âpôtre relève entre tous les autres. Car le poisson est un symbole très-naturel de la foi , soit à cause que les poissons vivent dans l'eau, et que l'eau du baptême est ce qui nous rend fidèles, soit parce que les tempêtes de ce siècle ne peuvent rien contre une foi véritable, pas plus que celles de la mer ne portent atteinte à la vie des poissons. L'opposition du serpent au poisson est aussi très-naturelle, puisque ce fut le serpent qui,, par ses pernicieux artifices, détourna nos premiers parents de croire à la parole de Dieu {Gen., III, 4). L'œuf est de même un symbole très-juste de l'espérance, puisque la vie du poussin qui doit se

former de Tœuf n'est encore qu'en espérance, ou qu'elle ne se voit pas encore : Car quand on voit ce qu'on a espéré, ce n'est plus un objet d'espérance {Rom., VIII, 24); et rien ne pouvait mieux être opposé à l'espérance qu'un scorpion, puisque, au lieu que le propre de l'espérance est d'oublier tout ce qu'on a laissé par derrière , et de ne regarder que devant soi , c'est à la queue du scorpion qu'il faut prendre garde au contraire, puisque c'est là qu'est l'aiguillon et le venin. Enfin la charité ne peut être mieux représentée que par le pain , qui tient le premier rang entre les aliments, comme la charité entre les vertus; et Jésus-Christ ne pouvait rien opposer de plus juste à ce symbole de la charité qu'une pierre, puisque la dureté de la pierre est ce qui marque le 'mieux celle des cœurs fermés à la charité.

» Peut-être qu'on pourrait donner à ces paroles quelque autre sens qui leur conviendrait mieux; mais ce qu'il y a de certain, c'est que celui qui sait donner les vrais biens à ses enfants veut nous inviter par-là à demander, à chercher et à frappera la porte, c'est-à-dire, à prier avee assiduité.

» Et pourquoi le veut-il , lui qui sait ce qui nous est nécessaire sans que nous le lui demandions^ Ce n'est pas qu'il ait besoin de nos prières pour connaître nos désirs, puisque nous ne saurions les lui cacher; mais c'est afin que nos désirs se réveillent et s'enflamment par l'exercice de la prièire, pour nous rendre capables de recevoir ce qu'il nous prépare. Car ce qu'il nous prépare est quelque chose de grand , et notre capacité est trèsétroite ; et c'est pour cela que saint Paul nous dit : Dilatez-iHms, et prenez garde que le joug de ^infidélité ne txms presse et ne vous resserre {II Cor., VI, 13-14). Nous serons donc d'autant plus capables de recevoir, et nous recevrons avec d'autant plus de plénitude ce bien suprême que F œil n'a point vu, parce que ce n'est rien de coloré, que ForeiUe n'a point entendu, parce que ce n'est point un son, et qui n'est point venu dans l'esprit de Vhomme, parce que l'esprit de l'homme doit plutôt s'élever vers lui; nous le recevrons, dis-je, avec d'autant plus de plénitude, que nous y aurons cru plus fidèlement, que nous l'aurons espéré plus fermement, et que nous l'aurons plus ardemment désiré. »

S. Le même, c. 9 : « Un désir continuel, formé par la charité, et soutenu par la foi et par Tespérance, est donc une prière continuelle. Mais nous ne laissons pas outre cela de prier même vocalement à certaines heures réglées , afin que les paroles que nous prononçons nous rappellent ce que nous devons désirer, et

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que , rentrant en nous-mêmes , nous puissions connaître si nos désirs s'enflamment de plus an plus, et nom appliquer à les rendre effectivement de plus en plus vife. Car c'est par Tardeur du désir que se mesure l'effet de la prière.

» Lors donc que l'Apôtre nous dit, Priez sans cesse (/ Thess., Y, 17), c'est comme s'il disait : Désirez sans cesse la vie heureuse, qui n'est autre que la vie éternelle , et demandez-la sans cesse à celui qui seul peut la donner. Il ne faut donc que la désirer, et la demander sans cesse à Dieu. Mais, comme les soins et les occupations de la vie attiédissent ce saint désir, pour le rallumer, nous revenons de temps en temps à la prière, en nous remettant devant les yeux ce qui doit en être l'objet : autrement, perdant sans cesse de son ardeur, il finirait par s'éteindre.

» De là il suit encore que cette parole de l'Apôtre , Que vos prières se manifestent devant Dieu {Philip., IV, 6), ne doit pas être entendue en ce sens que nous n'ayons rien à faire pour faire connaître à Dieu ce que nous désirons, puisqu'il le sait avant que nous lui ayons rien demandé ; mais que nous devons apprendre à juger devant Dieu, py notre patience et notre persévérance, de la* qualité de nos prières, et non pas en faire parade devant les hommes. Peut-être même que l'Apôtre souhaite encore par-là que nos prières soient connues des anges qui sont devant le trône de Dieu, afin qu'ils les lui présentent, qu'ils consultent sur cela sa sainte volonté, et qu'ils deviennent visiblement ou invisiblement les ministres de l'effet que Dieu voudra donner à nos prières. Et cela revient à cette parole de l'ange Raphaël à Tobie : J'offrais ws prières à Dieu , et je les lui présentais devant le trône de sa gloire {Tob., XII, 12). »

6. Le même, c. 10 : « Ainsi donc il est très-bon et très-utile de prier longtemps , quand les autres bonnes œuvres et les occupations nécessaires de la vie le permettent, quoique dans ces actions mêmes il faille toujours, comme je l'ai dit, prier parle désir du cœur. Car de prier longtemps, ce n'est pas, comme quelques-uns se l'imaginent , ce que l'Evangile appelle affecter êe parler beaucoup dam la prière; et la prière que le mouvement du cœur soutient et fait durer, est bien différente de celle dont la seule multitude des paroles fait la longueur. Aussi voyons-nous dans l'Evangile que Jésus-Christ lui - même passait les nuits à prier, et que dans son agonie au jardin des Olives il redoublait ses prières : en quoi ce divin Sauveur, qui a prié si utilement pour nous dans les jours de sa vie mortelle, et qui maintenant,

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dans les s|dendeiirs étemelles de sa gloire, reçoit el exauce nos prières avec son Père céleste, n*a fait que nous marquer l'exemple que nous avons à suivre.

» On dit que les prières des solitaires d'Egypte sont fréquentes, mais courtes, et faites comme par élans, de peur que cette ferveur de l'esprit, qui est si nécessaire dans la prière, ne vint à se relâcher s'ils priaient trop longtemps : et par-là ils nous font assez voir que, comme il ne faut pas, si Ton sent que cette ferveur ne saurait se soutenir par ce moyen, s'exposer à l'affaiblir en prolongeant sa prière, il ne faut pas non plus interrompre celle-ci , si en la continuant on ne fait qu'entretenir sa ferveur. Ainsi , autant on doit être soigneux de bannir la multitude des paroles de ses prières, autant on doit l'être de persévérer dans la prière, si l'on persévère en même temps dans la ferveur. Car ce qu'on appelle parler beaucoup en priant , c'est dire des paroles superflues pour remplir cet acte, d'ailleurs si nécessaire en luimême. Ce qu'on appelle au contraire prier beaucoup, c'est frapper longtemps, et par les élans d'une véritable piété, à la porte du maître que nous prions , la prière étant de ces affaires qui ont ' coutume de se traiter plutôt par des gémissements et des larmes, que par des paroles et des discours ; et ces larmes et ces gémissements vont jusqu'au trône de celui qui a tout fait par sa parole, et qui n'a pas besoin de nos paroles. »

7 . Le même , c. 1 1 : « Ce n'est donc qu'à nous-mêmes que ces paroles sont nécessaires dans la prière , pour nous rendre présent à l'esprit ce que nous avons à demander, et non pour fléchir Dieu, ou pour lui apprendre ce que nous désirons. Ainsi, lorsque nous lui disons. Que votre nom soit sanctifié^ c'est pour nous avertir nousmêmes que nous devons désirer que le nom de Dieu, qui ne peut jamais cesser d'être saint , soit regardé comme saint parmi les hommes, c'est-à-dire, qu'il y soit toujours respecté (ce qui ne tourne qu'à notre avantage , et non au sien ) ; et quand nous disons , Que votre règne arrive, ce règne qui viendra infailliblement, quels que soient nos désirs à cet égard, c'est pour nous exciter à le désirer, afin qu'il vienne pour nous, et que nous y régnions avec Dieu. Quand nous lui disons, Que votre volonté sait faite sur la terre comme au ciel, nous lui demandons qu'il nous fasse obéir à sa sainte volonté, afin qu'elle s'accomplisse par nous sur la terre, comme les saints anges l'accomplissent dans le ciel. Quand nous lui disons , Darmez-notis aujourd'hui netre pain de chaque jour, nous lui demandons pendant le cours de cette vie, signifié par ce mot aujourd'hui.

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ce qui est néoessaûre pour notre subsistance, désignée par le pain, qui est le principal de tous nos aliments, et nous lui demandons eaeore le sacroinent des fidèles, qui nous est nécessaire en cette vie pour acquérir, non une félicité temporelle, mais celle de réternité. Quand nous lui disons. Pardonnez-nom nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, nous nous remettons à nous-mêmes devant les yeux ce que nous devons demander, et ce que nous avons à faire pour l'obtenir. Quuid nous lui disons , Ife nous abandonnez point à la tentation, nous nous excitons nous-mêmes à lui demander que sa grâce ne nous abandonne pas, et qu'ainsi nous ne soyons jamais ni séduits par la surprise, ni emportés par la violence d'aucune tentation. Enfin, quand nous lui disons , Délivrez-nous du mal, c'est pour nous faire souvenir que nous ne sommes pas encore dans cet heureux état où nous n'aulrons aucun mal à souffrir. Ces dernières paroles de l'oraison dominicale sont d'une si grande étendue, qu'elles comprennent tout ce que peut demander un chrétien, en quelque affliction qu'il puisse se trouver^ et tout ce qui peut être le sujet 'de ses larmes et de ses prières : c'est par-là qu'il faut qu'il les commence, qu'il les continue et qu'il les achève. Nous avions donc besoin des paroles que renferme cette prière, comme d'un mémorial des choses que nous avons à demander. »

8. Le même, c. 12 : a Car, de quelques autres paroles que nous puissions nous servir en priant, soit que le mouvement du cœur nous les inspire, pour s'épancher au-dehors par leur moyen, soit qu'elles aient pour objet de seconder ce mouvement lui-même , nous ne disons autre chose, si nous prions comme il faut , que ce qui est compris dans l'oraison dominicale. Et lorsque nous disons autre chose , ou que nous faisons des demandes qui ne peuvent se rapporter à celles-là , notre prière , si elle n'est mauvaise et vicieuse, est au moins terrestre et chamelle; et dès-lors je ne sais même comment on peut s'empêcher de dire qu'elle est mauvaise , puisque ceux qui ont été régénérés par l'esprit ne doivent prier que d'une manière toute spirituelle.

» Aussi voyons-nous que toutes les prières des saints dans l'Ancien-Testament se rapportent à l'oraison dominicale. Car celui qui dit dans un endroit. Soyez glorifié dans toutes les nations, comme vous l'êtes parmi nous {Ecdi., XXXVI, 4) et ailleurs : Que vos prophètes soient reconnus fidèles et véridiques {Urid., 48), que dit-il autre chose, sinon : Que votre nom soit sanctifié? Celui qui dit : Dieu des vertus, tournez-vous vers nous, faites luire sur

nous la lumière de votre visage, et nom serons sauvés ( Ps. LXXIX, 4), que dit-il autre chose, sinon : Que votre règne arrive? Celui qui dit : Dressez mes pas dans la voie de vos préceptes, afin que nulle iniquité ne me surmonte {Ps. CXVIIL 133), que dit-il autre chose, sinon : Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel? Celui qui dit : Ne me donnez point de richesses, mais ne me laissez pas nonplu^ tomber dans la pauvreté {Prov., XXX, 8), que dit- il autre chose, sinon : Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour? Celui qui dit dans un endroit : Seigneur, souvenez-vous de David et de son extrême douceur (Ps. CXXXI, 1 ), et ailleurs : Si j'ai rendu le mal pour le mal à ceux qui m'en ont fait, que je su^ccombe devant mes ennemis {Ps. VII, 5) , que dit-il autre chose, sinon : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonncms à ceux qui nous ont offensés? Celui qui dit : Délivrez-moi de la concupiscence de la chair, et faites qu'aucun désir d'impureté ne s'empare de moi {Eccli., XXIII, 6), que dit -il autre chose, sinon : Ne nottô laissez pas succomber à la tentation? Enfin celui qui dit : Retirez-moi, 6 mon Dieu, des mains de mes ennemis, et délivrez-moi de ceux qui s'élèvent contre moi {Ps. LVIII, 1), que dit-il autre chose, sinon : Délivrez-nous du mal? Parcourez ainsi toutes les prières qui se trouvent dans l'Ecriture sainte, et vous n'y trouverez rien qui ne soit compris dans l'oraison dominicale. On peut donc, il est vrai , prier en d'autres termes ; mais on ne peut rien demander au-delà des choses comprises dans cette divine prière. » C'est là ce que nous devons demander sans hésiter, et pour nous-mêmes, et pour nos proches et nos amis, et pour les étrangers, et pour nos ennemis mêmes, quoique, selon les diverses liaisons et les divers degrés d'amitié, on puisse, ou être disposé de longue main, ou se sentir tout d'un coup porté à prier avec plus d'ardeur pour les uns que pour les autres. Quant à ceux qui disent à Dieu dans leurs prières : Seigneur, augmentez mes richesses , ou : Donnez-moi autant de biens que vous en avez donné à celui-ci ou à celui-là, ou : Faites-moi croître en honneurs et en dignités, ou : Rendez-moi puissant, et donnez-moi de la considération dans le monde, ou autres choses semblables, et qui les demandent par un mouvement de cupidité, et non en vue de s'en servir selon Dieu pour le bien du prochain ; je ne crois pas qu'ils trouvent rien dans l'oraison dominicale, à quoi ils puissent rapporter de telles demandes. Si donc ils n'ont pas honte de désirer de pareilles choses , qu'ils en aient au moins de

les dçmiander; et si, quoiqu'ils aient honte même de les désirer, IV. 33

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lear cupidité les emporte et les leur fait demander, que ne demandent-ils plutôt à celui à qui nous disons : Délivrez-nom du mal, qu'il les délivre du mal de cette cupidité même?... y>

9. Le même, c. 44 : « L'impatience de quelques-uns a fait que Dieu par un effet de sa colère leur a accordé ce qu'ils demandaient; comme au contraire c'a été par un effet de sa miséricorde , qu'il a refusé à saint Paul ce que lui demandait cet apAtre. C'est ainsi qu'il exauça dans le désert la prière des Israélites ( Num., XI, 35); mais leur avidité ne fut pas plutôt rassasiée, que leur impatience fut très-sévèremMt punie. C'est ainsi qu'il leur accorda un roi selon leur cceur, comme dit l'Ecriture, et non pas selon le sien : c'est ainsi qu'il accorda au démon même ce qu'il désirait, en lui permettant de tenter le saint homme Job, dont Dieu voulait faire éclater la patience et la vertu (Job, 1, 12; II, 6 ). C'est ainsi enfin que Jésus -Christ permit à une légion de démons de se jeter dans un troupeau de pourceaux (Luc, VIII, 32).

» Si donc l'Ecriture a eu soin de nous conserver ces exemples, c'est pour nous apprendre à ne pas nous faire un mérite de nous trouver exaucés , lorsque c'est notre impatience qui nous a fait demander à Dieu des choses qu'il nous aurait été plus avantageux de ne pas obtenir; et à ne pas nous abattre, comme si la miséricorde de Dieu était fermée pour nous, lorsqu'il ne nous exauce pas sur des articles qui n'iraient qu'à nous causer de nouvelles douleurs bien plus cuisantes que celles dont nous voudrions être délivrés, ou à nous mettre dans un état de prospérité capable de nous corrompre et de nous peirdre. Convenons donc que, dans ces sortes de choses , nous ne savons si ce que nous demandons est ce qu'il faut demander , et quand le contraire de ce que nous demandons arrive , supportons-ie avec patience , et rendons grâces à Dieu de tout, ne doutant point que ce que Dieu a voulu ne soit ce qui nous convient , plutôt que ce que nous voulions. C'est sur quoi notre divin Médiateur nous a montré l'exemple, lorsqu'après avoir dit à son Père, par un mouvement emprunté de la volonté de ceux dont il avait bien voulu prendre la nature : Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de ftwi (IAatth., XXYI, 39), il ajouta aussitôt : Néanmoins que votre volonté s'accomplisse, et non pas la mienne; et c'est ainsi qu'il est vrai de dire que l'obéissance d'un seul a été la source de la justification de plusieurs (1). »

(i) Cf. Lettres de mkit Augustin, 1. 111, pag. S^i7-551, 85tf-5B7.

10. Le même, Serm, V de verbis Domini : a Si vous voulez acquérir la justice, mendiez-là auprès de Dieu, qui vous avertissait tout-à-l'heure dans son évangile de demander, de chercher, de frapper à sa porte. Il savait quel mendiant avait besoin de lui, et voilà ce père de famille, ce grand riche, j'entends en richesses spirituelles et éternelles , qui vous adresse cette exhortation : Demandez, cherchez, frappez. Celui qui demande reçoit; qui cherche trouve, et on ouvrira à celui qui frappe. Il vous exhorte à demander; si vous lui demandez effectivement, vous payera-t-il d'un refus? Rappelez- vous cette exhortation tirée de la comparaison d'un riche avare : Il y avait, dit Notre-Seigneur, un juge dans une certaine viUe, qui ne craignait point Dieu, et ne se $omaiê point des hommes; et il y avait aussi dans la même ville une veuve qui venait souvent le trouver, en lui disant : Faites-moi justice de ma partie : Et il fut lofhgtemps sans vouloir le faire ( Luc, XVIII , 2-S); mais elle insistait toujours, si bien qu'il accorda à l'importunité ce qu'il refusait d'accorder au besoin. Jésus-Christ a employé encore cette autre comparaison , pour nous engager à lui adresser nos demandes : Quelqu'un à qui un hôte venait d'arrivé): alla trouver son ami, et lui dit, en frappant à sa porte : Quelqu'un m'est arrivé , qui demande à loger chez moi ; prêtez-moi trois pains; l'autre lui répond : Je suis au lit, et mes serviteurs sont également couchés. Mais son ami ne se désiste pas pour cela de sa demande; il insiste, il frappe, et il mendie comme un ami peut le faire auprès de son ami. Qu'est-ce que Notce-Seigneur ajoute? Je vous dis que, quand même^l ne se lèverait pas pour lui donner ce qu'il lui demande à cause quHl est son ami, il se lèverait néanmoins à cause de son importunité , et lui donnerait autant de pains qu'il en voudrait (Luc, Xr, 5-8). Ce n'est pas à cause de son amitié qu'il lui donne, dit Notre-Seigneur, mais à cause de son importunité. Que signifient ces paroles, à cause de son importunité? Elles signifient que cet homme , malgré le refus qu'il venait d'essuyer, ne cessait pas de frapper pour cela, et ne se désistait point de sa demande. Â combien plus forte raison Dieu ne nous accordera-t-il pas ce que nous lui demandons, lui qui est la bonté même, qui nous exhorte le premier à lui demander, qui s'indigne si nous ne lui demandons pas, et qui, lorsqu'il diffère d'accorder ce que nous lui demandons, n'agit pas ainsi en vue de nous refuser, mais pour nous rendre ses dons plus recommandables? Car ce qu'on désire depuis plus longtemps, fait un plaisir plus doux lorsqu'on l'obtient; tandis qu'au contraire.ee qui çst f^ccor4^

à la première demande, perd par-là même de son prix. Demandez, cherchez, redoublez d'instances. En demandant et en cherchant, vous acquérez de nouveaux titres pour obtenir. Dieu vous tient en réserve ce qu'il refuse de vous donner tout de suite, pour vous apprendre à désirer ardemment d'aussi grands biens que ceux qu'il vous offre. Il faut donc toujours demander, et ne jamais nous lasser de le faire. Car nous sommes les mendiants de Dieu, en même temps que d'autres mendiants nous demandent à nousmêmes. Si nous voulons qu'il nous reconnaisse pour ses mendiants, reconnaissons aussi les nôtres. »

U.S. Cyprien, de Oratione dominicd (1) : « Puisque nous avons un avocat qui intercède auprès du Père pour nos péchés, pécheurs que nous sommes, lorsque nous demandons qu'ils nous soient pardonnes, n'employons pas d'autres paroles que celles de notre intercesseur. S'il est vrai qu'il a dit : « Tout ce que vous demanderez à mon Père , en mon nom , vous l'obtiendrez , » à plus forte raison sommes -nous assurés d'obtenir ce que nous denianderons au nom de Jésus-Christ , en le demandant par ses propres paroles.

» Lorsque nous prions , que ce soit avec le calme de l'esprit et une crainte respectueuse. Rappelons-nous que nous sommes en la présence de Dieu, et que nous devons chercher à lui plaire aussi bien par l'attitude du corps que par le son de la voix... Qu'ils sont nombreux, qu'ils sont féconds, qu'ils sont sublimes, frères bien-aimés, les myslères renfermés dans l'oraison dominicale! Resserrés dans des formules courtes, il est vrai, mais abondantes eo vertu, ils présentent un tableau abrégé de la doctrine évangélique, et embrassent, dans leur énergique brièveté, tous les besoins de l'homme.

)> Le Seigneur ne se contenta point de nous apprendre à prier; il nous prouva la nécessité de la prière par l'autorité de ses exemples. Lui-même priait fréquemment. L'Evangile nous le montre, tantôt s'enfonçant dans la solitude, tantôt se retirant sur la montagne pour s'entretenir avec son Père, et passant les nuits entières dans l'oraison.

» L'innocence priait! que doivent faire les criminels? Les nuits du juste par excellence s'écoulaient dans l'oraison ! quelle obligation impérieuse pour des pécheurs de consacrer aux veilles

(1) Nous avons déjà observé que ce traité n'est pas de saint Cyprien, mais de Rufin d'Aquilée.

et à Toraison les heures du sommeil ! Et pourquoi priait-il? Ce n'était pas pour lui, sans doute. L'innoceDcc n'avait rien à demander. Il priait pour nos fautes, ainsi qu'il le déclare lui-même (Luc, XXII, 31-32) : <( Satan a demandé à vous cribler comme le froment. Quant à moi, j'ai prié pour que votre foi ne vienne pas à défaillir. » Puis, quelques moments après, il s'adresse à son Père ; mais alors ce n'est plus pour un seul qu'il l'invoque , c'est pour tous sans eKception : a Je ne prie pas seulement pour eux, mais pour tous ceux qui croiront en moi par leur parole, apn^que tous ensemble ils soient un, comme vous, mon Père, vom êtes en moi, et moi en V01AS, et qu'ils soient de même un en nous (Jean, XVII, 20-2J ). » Prodige d'amour et de miséricorde! Pouvait-il pousser plus loin la sollicitude pour notre salut? Non content de nous avoir rachetés, il joint encore l'intercession à l'effusion de son sang. Mais comprenons bien la nature de ses désirs : il veut qu'à l'exemple du Père et du Fils , qui ne sont qu'une seule et même chose, nous demeurions tous retenus dans les mêmes liens. Jugez par-là quel est le crime du téméraire qui brise les nœuds de cette précieuse unité , que Jésus-Christ appelle de ses vœux , parce que son peuple, il le sait bien , ne peut se sauver que par la paix, et que jamais la discorde n'entrera dans le royaume de Dieu.

M Quand nous vaquons à la prière, notre cœur doit s'y appliquer exclusivement , bannir toutes les réminiscences de la terre , et n'entretenir d'autre pensée que celle de Dieu. C'est dans ce but que le prêtre à l'autel , avant de commencer l'oraison , prépare au recueillement l'esprit des fidèles par cette invitation : a Elevez vos cœurs! » et que l'assistance répond : « Nous les tenons élevés vers le Seigneur. » Fermons donc à l'ennemi toutes les avenues de notre âme, pour n'y laisser entrer que Dieu. Trop souvent le démon se gUsse dans les abords de notre cœur, il s'y embusque furtivement , et là il surprend au passage nos prières , puis les détourne du Seigneur, afin que nos lèvres et nos pensées soient en désaccord. Cependant, qui l'ignore? C'est bien moins ^ la bouche que la volonté, qui doit prier avec une religieuse attention. Quelle étrange indolence que de se laisser entraîner à d'oiseuses et profanes préoccupations, comme si la pensée de Dieu ne devait pas alors absorber toutes les autres! Vous voulez que le Seigneur vous entende, et vous ne vous entendez pas vous-même! Vous voulez qu'il se souvienne de vous,' et vous vous souvenez à peine de lui! Est-ce là faire bonne garde contre

Si 8 Dfe LA PtltÈRB.

l'ennemi? Non, sans doute; c'est outrager par une coupable négligence le Dieu que Ton . implore ; c'est veiller des yeux , il est vrai, mais dormir du cœur, tandis que le chrétien doit veiller incessamment du cœur, lors même que ses yeux s'assoupissent, semblable à l'épouse qui s'écrie au nom de l'Eglise : « Je dors, mais mon cœur veille. » — « Persévérez et veillez dans la prière, » nous crie encore l'Apôtre , afin de nous rappeler que les veilles et la prière ont seules le secret de fléchir le Seigneur.

» Mais ne vous présentez pas à la prière les mains vides. Une oraison que les œuvres de charité n'accompagnent pas est inefficace, stérile, a Tout arbre qui ne produit pas de fruits est coupé et jeté au feu. » De même les suffrages célestes ne sont pas pour une demande qui arrive là-haut sans le cortège des bonnes œuvres. « La prière est bonne, dit encore l'Ecriture (Toft., XII, 8), quand elle a pour cortège le jeûne et F aumône. » Car le même Dieu qui doit venir, au jour du jugemect, récompenser les aumônes et la charité , se montre , dès ce monde , prêt à écouter les demandes de celui qui joint la miséricorde à la prière. C'est ainsi que le centurion Corneille mérita d'être exaucé, parce que sa vie n'était qu'un long enchaînement d'oraisons et d'aumônes. Un ange lui apparut vers la neuvième heure : Corneille, lui dit-il, ta prière et tes aumônes sontjmontêes en présence de Dieu, et il s'est souvenu de toi. Vous le voyez ! les prières montent plus facilement vers le trône de Dieu , soutenues et portées par les bonnes œuvres. L'archange Raphaël rend un semblable témoignage à Tobie, cet homme d'oraison et de miséricorde : Il est honorable de révéler et de confesser les œuvres de Dieu. Quand tu priais avec Sara, je présentais ta prik^e devant le trône et tes splendeurs de Dieu; et parce que tu ensevelissais les morts, que tu laissais sans retard ton repas, et que tu cachais durant le jour les morts en ta maison, et que tu les ensevelissais la nuit y il a été nécessaire que la tentation f éprouvait. Et maintenant le Seigneur m'a envoyé pour te guérir ^ toi et Sara, la femme de ton fils; car je suis l'ange Raphaël ^ l'un des sept qui assistent devant les splendeurs du Très-Haut (1). »

42. S. Ambroise, Lib. III de Virginibus : « Tâchons par des prières fréquentes de nous rendre Dieu favorable ; car si le Prophète a dit à Dieu : fai chanté vos louanges sept fois le jour {Ps. CXVIII, 164), lui qui était engagé dans les embarras de la royauté, que ne devons-nous pas faire nous-mêmes, nous à qui

(1) Cf. Les Pères de VEglise, t. V, trad. par M. de Genoude.

K LA PEUaiB. K19

a été intimé ce précepte : VeiUez et priez, pour ne pas entrer en tentation (Matth., XXVI, 44)? Au moins faisons les prières d'usage accompagnées d'actions de grâces, lorsque nous quittons le Ut, lorsque nous sortons , lorsque nous sommes pour prendre notre repas , lorsque nous venons de le prendre , à l'heure de l'encens, et enfin lorsque nous sommes au moment de nous coucher. Mais même pendant que vous êtes au lit% je voudrais que vous répétassiez en vous-même des psaumes avec l'oraison dominicale , soit dans vos intervalles de sommeil , soit avant de pouvoir vous endormir, afin que, libre de toute affaire séculière, dès le moment de votre entrée au lit, vous vous trouviez occupée de saintes pensées au moment d'être emportée par le sommeil. Enfin , celui-là même (4) qui a donné à la philosophie le nom qu'dle a encore aujourd'hui, prescrivait tous les jours à un joueur de flûte de lui jouer quelque air tendre au moment où il allait se mettre au lit, pour reposer son àme fatiguée des occupations de la journée. Mais ce philosophe, semblable en cela à celui qui laverait une brique, cherchait vainement à se délivrer des pensées du siècle au moyen d'une autre chose du siècle, et en demandant h la volupté un remède à son mal , il ne faisait que s'enfoncer de plus en plus dans la fange. Nous autres au contraire, purifions nos âmes de tous les vices dont le corps est l'instrument, en nous détachant de plus en plus de toute affection terrestre. Nous devons aussi réciter tous les matins en particulier le symbole de notre foi, après l'avoir gravé comme un sceau dans notre cœur. Revenons-y encore toutes les fois que nous nous trouvons en quelque péril. Car un guerrier dans sa tente ou sur un champ de bataille peut-il se dépouiller de ses insignes militaires? »

43. Le même, Serm. XCIII (al. 93) in natali sanctorum martyrwn Nazarii et Celsi :. a La prière, quand on y joint des œuvres de mortification, de justice et de charité, nous élève au-dessus de ce monde qui passe, pénètre jusque dans le ciel, et est portée par l'ange jusqu'au trône de Dieu même, conformément à ce que l'ange Raphaël a dit quelque part : Lorsque vous priiez, f offrais totre prière au Très-Haut {Toh., XII, 42). Heureuse l'âme, mes frères, dont les désirs, dont les vœux, dont les prières, exemptes de toute infidélité, pures de toute affection grossière et chamelle, étrangères à tout sentiment de haine ou d'animosité, mais animées d'une foi vive, fortes du témoignage de la conscience, respirant l'odeur de la pureté, répandant autour d'elles

(1) PyUiagore.

le parfum de la charité et de la concorde, s'élèvent jusqu'à Dieu comme un agréable encens, comme la fumée d'un holocauste, présentées à son trône par les messagers célestes. >>

44. S. Chrysostôme, Lib. I dj Precatione : u Gomme le soleil illumine les corps, ainsi la prière éclaire nos esprits. Si donc c'est un malheur pour un aveugle d'être privé de la vue du soleil, quel malheur n'est-ce pas pour un chrétien de ne pas prier sans cesse, et de ne pas introduire par la prière la lumière de Jésus-Christ dans son cœur? Qui n'admirerait cependant cette bonté de Dieu, et cet honneur qu'il nous fait, de nous admettre à le prier et à nous entretenir avec lui? Car c'est à Dieu même que nous parlons dans le temps de la prière , par laquelle nous pouvons nous associer aux anges, et mettre une distance incommensurable entre nous et les êtres privés de raison. Car la prière est le propre office des anges; elle est même d'une dignité supérieure à la leur, s'il est vrai que converser avec Dieu , ce soit s'élever au-dessus des anges. Or, ils nous font voir eux-mêmes que c'est quelque chose de plus élevé, puisque ce n'est qu'en tremblant qu'ils présentent nos prières , nous apprenant par leur exemple à nous acquitter de ce même devoir avec joie et crainte tout à la fois : avec crainte, parce que nous devons craindre en effet d'être indignes de paraître devant Dieu; avec joie, à cause de l'honneur accordé à notre nature mortelle d'entrer ainsi en intimité avec Dieu même , et de passer par ce moyen de notre état de mortalité à l'état d'une vie immortelle... Car si ceux qui conversent habituellement avec un roi , et qui sont honorés de ses faveurs, ne sauraient être pauvres, il est encore bien plus impossible que ceux que Dieu admet à converser avec lui aient à craindre la mort au moins quant à leurs âmes : car la mort de l'âme, c'est une vie criminelle. Il suit de là que la vie de . l'âme consiste à servir Dieu , et à faire ce que ce service exige de sa part ; or, c'est la prière qui procure à l'âme cette vie sainte et conforme à ce que le service de Dieu demande d'elle , c'est elle qui lui amasse ce riche trésor... Car il n'est pas possible, non, il ne l'est pas, que, demandant à Dieu la tempérance, la justice, la douceur, la bonté, nous n'obtenions pas l'effet de notre prière. Demandez^ a dit le Sauveur, et on vous donnera; cherchez, et vons trouverez; frappez, et il vous sera otivert; car quiconque demande, reçoit; qui cherche trouve, et on ouvrira à celui qui frappe (Matth., vu, 7; Luc, XI, 9-10). Et ailleurs : Qui est celui d'entre vous qui donnerait à son fils me pierre, si celui-ci lui demandait

du pain; ou un serpent, s'il lui demandait un poisson; ou un scorpion, sHl lui demandait an œuf? Si donc vous, quoique vous soyez méchants, vous savez néanmoins donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans le ciel donnera-t'il le bon esprit à ceux qui le lui demandent (Luc, XI, 11-43)? En nous adressant de telles paroles, en nous faisant de telles promesses, le maître de l'univers nous in vile sans doute à le prier; nous devons donc, pour obéir à Dieu, composer, pour ainsi dire, notre vie entière du chant des hymnes et de la prière, plus occupés du soin de lui rendre le culte qui lui est dû, que de celui de nos intérêts les plus chers. Ce sera là le moyen de vivre toujours comme il convient à la dignité de notre nature. Celui qui ne prie pas Dieu, et qui ne cherche pas continuellement à s'entretenir avec lui, est véritablement mort; il est sans âme, ou il a perdu le sens. Car, quelle plus forte preuve quelqu'un peut-il donner de sa folie, que d'ignorer sa propre grandeur, en se tenant dans l'indifférence par rapport à la prière , et en refusant de croire que l'oubli de Dieu est la mort de l'âme?...

» Que de ne faire aucune prière ce soit pour nous un mal plus grand que la mort même, c'est ce que nous enseigne bien éloquemment Daniel, ce grand prophète, lorsqu'il préfère s'exposer à la mort, plutôt que de rester trois jours seulement sans prier. Car le roi des Perses ne commandait à Daniel aucune action impie; tout ce qu'il exigeait de lui, c'était de rester trois jours sans adresser de prières (à aucun autre dieu ou à aucun autre homme qu'à lui. Mais le prophète ne peut consentir à rester sans prier même ce court espace de temps) (1), attendu que sans Dieu nous ne sommes capables d'aucun bien ; la grâce de Dieu au contraire nous vient en aide dans nos travaux, et s'empresse de nous les alléger, si elle nous trouve appliqués à la prière , continuellement en posture de suppliants devant lui , et n'attendant que de sa bonté tous les biens désirables. Quand donc je vois quelqu'un indifférent pour la prière, et sans ardeur ni anftour pour ce saint exercice , il m'est évident dès-lor^ qu'il n'est animé d'aucun sentiment généreux . Lorsqu'au contraire j'en vois un autre ne pouvoir sairassasier de rendre à Dieu ses devoirs , et regarder comme le plus grand de tous les malheurs celui de ne pas prier sans cesse , je prononce de lui sans crainte que

(1) Les deux lignes renfermées ici entre crochets ne se trouvent pas dans l'édition Gaurae.

529 DB L4 PRlil»«

80Q àme est un temple vivant de Dieu et le saneluaire de toutes les vertus. Car si, conune le dit le roi Salomon (i), le vêtement du corps, le rire des dents, la démarche de Vhomme font conncdire quel il est (Ecdi., XIX, S7), la prière et les autres actes de religion sont bien mieux encore le signe de la sainteté ; c'est comme un vêtement spirituel et divin qui donne de la grâce et une véritable beauté à notre âme ; qui met l'harmonie dans toute notre conduite; qui nous empêche de nous porter à quoi que ce soit de répréhensible ou d'inconvenant; qui nous inspire la crainte de Dieu, et l'estime de l'honneur qu'il nous fait de converser avec lui ; qui nous apprend à déjouer toutes les ruses de l'esprit infernal ; qui écarte de notre esprit les mauvaises pensées, et nous porte à dédaigner les voluptés sensuelles. Car c'est là le seul orgueil permis aux disciples de Jésus-Christ , de ne vouloir servir aucune passion mauvaise et de conserver son àme dans une sainte liberté.

» Je crois démontré pour tout le jnonde qu'il est impossible d'être vertueux, ou de persévérer à l'être, sans la prière. Et comment Tétre en effet, si Ton ne recourt continuellement à celui qui donne et soutient la vertu? Comment quelqu'un pourrait-il aspirer à la pratique exacte de la tempérance et de la justice, sans mettre son bonheur à s'entretenir avec celui qui nous en a imposé le devoir? Mais je veux vous faire voir en outre que , quand même nous entrerions en prière couverts de crimes, nous en sortirions bientôt purifiés. En effet, quoi de plus grand et même de plus divin que la prière, qui peut servir d'antidote à toutes les maladies de nos âmes?...

» Or, que la prière purifie sans peine une àme de ses péchés, c'est ce que nous enseigne l'exemple du publicain, qui n'eut pas plus tôt demandé à Dieu son pardon, qu'il l'obtint; c'est ce que nous enseigne aussi celui du lépreux, qui fut guéri en même temps qu'il se jeta ^ux pied^ du Sauveur (Luc, XYIII, 43, 35 et suiv.). Car si Dieu n'a pas fait attendre la guérison que ce lépreux lu^ demandait d'un vice corporel , il sera encore bien plus porté 'à guérir une àme de ses maux ; puisque , plus l'àme est au-dessus du corps, plus il est raisonnable que Dieu témoigne

(1) Ceci ne parait pas tout-à-fait exact, TEcclésiastique étant l'ouvrage de Jésus, fils de Sirach^ et non du roi Salomon, comme le dit ici Tauteur de cet opuscule, qui d'ailleurs n'est peut-être pas saint Gbrysostôme; car D. Montfaucon a rangé les deux livres Deprecatione, dont il est question ici, parmi les ouvrages dont il est douteux qu'ils soient de ce Père.

la soHîcitude qu'il a pour elle. Nous pourrions rapporter de même mille autres exemples tant anciens que nouveaux, si nous voulions énumérer tous ceux qui ont dû leur salut à la prière. Mais peut-être quelqu'un de ceux à qui une prière fervente et continitelle parait une charge accablante ou trop pénible -, nous objectera-t-il ces paroles de Jésus-Gbrist : Tous ceux qui disent j Seigneur, Seigneur, n'enteront pas pour cela dans le royaume des deux, mais ceux-là seulement qui font la f)olonté de mon Père, qui est dam le ciel (Matth., YII, 21). Si ma pensée était que la prière toute seule suffise pour le salut, on aurait peut-être raison de m'objecter ces paroles; mais on a tort de me les opposer, lorsque je me borne à dire que la prière est pour nous le principe de tous les biens, le fondement et la racine d'une vie vertueuse. Car ni la tempérance ne peut nous sauver toute seule sans les autres vertus, ni la pratique seule de Taumône ne peut nous sauver non plus , ni la douceur toute seule , ni^ toute autre vertu, si les autres ne l'accompagnent; mais il faut que toutes ensemble elles concourent au salut de notre âme : or, le fondement et la racine de toutes les vertus, c'est la prière. Et de même qu'un navire ou tout autre bâtiment emprunte sa solidité des bases qu'on lui donne, ainsi l'édifice entier de la vertu n'a pas d'autre fondement que la prière : sans elle ^oint de vertus pour nous, point de salut par conséquent. C'est pour cela que saint Paul insiste tant sur ce précepte, lorsqu'il dit dans ses épîtres : Persévérez et veillez dans la prière, en l'accompagnant d'actions de grâces {CoL, IV, 2); Priez sans relâche, rendez grâces de toutes choses, car telle est la volonté de Dieu (/ Thess,, V, 17-18); Invoquez Dieu en esprit et en tout temps, par toute sorte de supplications et de prières {Ephes,, VI, 18). Ainsi ce prince (1) des apôtre» ne cesse-t-il dans son langage vraiment divin de nous exhorter à la prière. Instruits donc que nous sommes par ce grand maître, faisons de la prière l'occupation de toute notre vie, et n'en passons aucun moment sans donner ce rafraîchissement à notre âme : car la prière n'est pas moins indispensable au salut de l'homme, que l'eau ne l'est à la vie des plantes. Et de même que celles-ci ne peuvent fructifier, si elles ne sont continuellement arrosées, ou rafraîchies dans leurs racines , ainsi nous ne

(1) Cette expression est loin d'être^xacte, au point de vue hiérarchique du moins; mais il est douteux^ avons-nous déjà dit, que cet opuscule soit de saint Chrysostôme.

porterons nous-mêmes aucun fruit de vertu, si la prière ne renouvelle à chaque instant les forces de notre âme. Nous devons en conséquence devancer le lever du soleil tous les matins en quittant nos lits pour nous mettre en prières, prier de même avant nos repas, prier de même avant le repos de la nuit ; ou pour mieux dire, prier également à toute heure du jour, sans interrompre jamais cet exercice ; y employer de même la plus grande partie des nuits de Thiver, et les genoux habituellement en terre, faire nos délices de rendre à Dieu Thonn^ur qui lui est dû. Ditesmoi, comment pouvez-vous voir le soleil r sans vous prosterner devant celui qui envoie à vos yeux cette douce lumière? Comment vous mettre à table, sans adorer celui qui vous procure tant de biens? Que n'aurez-vous pas à craindre à rentrée de la nuit? à quels songes devrez-vous vous attendre pour le sommeil, si vous ne cherchez votre défense dans la prière, et si vous vous livrez ainsi sans précaution au sommeil? Vous deviendrez sans peine le jouet et la victime de tous les malins esprits >iul ne cessent de rôder autour de nous, et qui feront de nous leur proie, du moment où ils s'apercevront que nous ne serons pas armés de la prière. S'ils nous voient protégés par ce rempart, ils prennent aussitôt la fuite, cpmme des voleurs qui verraient suspendue sur leurs têtes l'épée d'un soldat. Mais si au contraire ils rencontrent quelqu'un qui ne soit pas armé de la prière, ils se saisissent de lui, et le poussent à toute espèce de crimes et de désordres. Pour vous mettre à couvert de ces malheurs, cherchez votre soutien dans le chant des hymnes et dans la prière, afin que Dieu, ayant pitié de nous, daigne nous admettre tous ensemble dans son royaume, par les mérites de son Fils unique Jésus-Christ (1). » 15. Le même, Lib, II de Precaiione; après avoir résumé en peu de mots ce qu'il a dit dans le premier livre, le saint 4octcur continue ainsi : a Si l'on disait que la prière est le nerf de l'âme, on ne dirait rien de trop inexact. Car de même que ce sont les nerfs qui donnent au corps la force, soit de courir, soit de se tenir debout, soit de remplir ses diverses fonctions, et que si l'on vient à les couper, son organisme n'a plus de lien qui en unisse les parties ; ainsi c'est la prière qui met l'accord dans les opérations de l'âme, qui fait sa force, et qui lui donne l'agilité dont elle a besoin pour s'avancer dans les voies de la vertu. Vous ôler

(i) Cf. Sancti Chrysostotni opéra, t. 11, p. 779-783, édition de Moutfaucon; p. 931-937, édit. Gaume.

à vous-même la ressource de la prière , c'est comme si vous retiriez un poisson de Teau : car, si le poisson trouve sa vie dans Teau, votre âme doit trouver la sienne dans la prière. Au moyen de la prière, vous pouvez vous élever jusqu'aux cieux, et vous approcher de Dieu de plus en plus. Ce que je viens de dire doit suffire pour vous convaincre de la vertu de la prière; mais il vaut peut-être mieux recourir aux divines Ecritures, et apprendre de la bouche de Jésus-Christ quel trésor de richesses la prière renferme pour ceux qui veulent en faire l'occupation de leur vie entière. <( Il leur disait, ainsi le rapporte rEvangélisle,iapara&ote suivante j pour faire txÀr qu*il faut toujours prier » (Luc, XVIII, 4 et suiv.). Ici saint Chrysostôme rapporte en entier la parabole du juge et de la veuve , puis il ajoute un peu plus loin : « Si celui qui de sa vie n'avait fait acte de clémence se trouva tout-àcoup changé, et prit en pitié la pauvre veuve, quels effets de la miséricorde divine la prière ne devra-t-elle pas nous attirer? On pourra concevoir quelle est la force et la vertu de la prière, pour peu qu'on porte son attention sur les avantages qu'elle procure tous les joure et à toute heure à ceux qui y sont assidus. Car qui peut ignorer que Dieu, par une suite de cet amour infini qu'il a pour nous, dispense également à tous les hommes, justes ou ininjustes, la lumière du soleil, de la lune et des étoiles, toutes les diverses espèces d'aliments, les richesses, les moyens de subsistance et mille autres biens? Or, si, sans être prié, sans qu'on lui fasse de demandes, il se montre tous les jours si prodigue de bienfaits, quel bien n'obtiendront pas de lui ceux dont la vie entière est une prière continuelle? Disons maintenant combien il est souvent arrivé que des justes aient obtenu par leurs prières le salut de tout un peuple, de toute une ville, de l'univers entier.

» La prière a tantôt arrêté la violence du feu, et tantôt apprivoisé les lions. N'est-ce pas ainsi qu'elle a protégé, d'un côté les trois jeunes hommes, de l'autre Daniel? Cela seul, je pense, doit suffire pour prouver à tout le monde qu'elle est assez puissante pour sauver de tous les dangers tous ceux qui ont recours à elle. La prière est le principe du salut, le germe de l'immortalité, le rempart inexpugnable de l'Eglise, une forteresse imprenable, la terreur des démons, et le refuge des fidèles (1). w

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