TREIZIEME LEÇON
La Femme -Médecin.
D. Une femme peut-elle devenir un bon médecin?
R. Sans aucun doute. La plupart des nations modernes ont ouvert aux femmes les portes des universités et des écoles supérieures. Partout, les jeunes filles se distinguent par leur zèle et leur application au travail ; elles apportent beaucoup de goût et d'aptitude pour les études qu'elles embrassent et obtiennent de brillantssuccès dans les examens.
D, La femme possède-t-elle un degré de résistance jphysique suffisant pour pratiquer la médecine?
5 d'hommes compétents nous per-
mettent de donner une réponse affirmative. Le sexe féminin offre dans la vie une force de résistance égale à celle de l'autre sexe, et chacun peut constater que la part dévolue à la femme dans les fatigues et les souffrances imposées par la nature ou par la société, est considérable. Les médecins ont observé, de leur côté, que, dans les hôpitaux, les sœurs et les infirmières supportent, mieux que les infirmiers, l'air confiné des salles.
D. Pour l'exercice de la médecine, la femme présente-t-elle autant de garanties que l'homme ?
R. Incontestablement. Dans les hôpitaux, les femmes remplissent leurs fonctions à la satisfaction de leurs chefs et des malades. Elles sont même plus matinales et ont l'esprit plus dispos que beaucoup d'étudiants. Les chefs de service sont unanimes à reconnaître que les jeunes filles apportent beaucoup d'ordre et de régularité dans l'exécution de leur service et dans l'observation des prescriptions qui leur sont imposées. Elles joignent une certaine dose de sang-froid à beaucoup d'adresse et d'habileté manuelles et appUquent les pansements et les bandages avec cette facilité qui est spéciale à leur sexe(i)-
D, Connaissez-vous des femmes qui, Jadis, se soient signalées dans l'étude de la médecine?
R. Sans parler d'Olympia de Thèbes, ni de Marcella qui fonda dans le monde le premier hôpital, nous citerons Abella et les sœurs Trottola qui furent professeurs de médecine à Salerne. De nombreuses femmes telles que Adelmota Maltraversa, Guarna Rebecca,Cassandra
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Marchese, Costanza Calenda, Margarita Napoletana, Alessandra Gigliani, Dorotea Bucca, Isabella Cortesi, Regina Dal Cin enseignèrent, aux XV' et XVi= siècles, différentes branches de l'art de guérir. Au XVIIl' siècle, Madeleine Petraccini fut professeur d'anatomîe à Ferrare et Anna Morandi Manzolini enseigna la même branche à Bologne. Ce dernier professeur se rendit célèbre par l'invention des pièces anatomiques en cire.
D. Aujourd'hui, on ne trouve plus aucune femme professant la médecine"!
R. Pardon, aujourd'hui même, M"'*' Joséphine Catani et Ferrari donnent les cours d'embryologie et d'histologie, à la faculté de médecine de Bologne.
D. Y a-t-il beaucoup de jeunes filles qui étudient la médecine ?
R. Le nombre des étudiantes s'accroît chaque jour. En Angleterre, il y a, en ce moment, aSg étudiantes en médecine ; Aux Indes anglaises, n 261 »
En Suisse, n 16 1 »
En France, m i55
D. Depuis quelle époque les femmes ont-elles été autorisées à exercer la médecine, cAe^ les peuples contemporains ?
R. Aux États-Unis, mrs. ÉUsabeth Blackwell fut la première femme-médecin ; elle sortit de l'université de Geneva, en 1858. En Angleterre, miss Garrett, aujourd'hui mrs. Anderson, obtint son diplôme, en i865 ; elle fonda plus tard l'École de médecine pour femmes, à Londres. La femme-médecin fut reçue en Russie, en 1867; en France, en 1868; en Suéde, en 1S70; en Danranark, en 1875; en Italie et en Belgique, en 1876; en
Finlande, en 187g; en Norvège, en 18S4; en Islande, en 1886 ([).
D. Quel est le nombre des femmes exerçant la médecine'^
R. Londres compte 45 femmes-médecins; les comtés ' anglais en possèdent 144. Ces dames forment l'association des femmes-médecins diplômées d'Angleterre. D'après le dernier recensement décennal, il y a aux Etats-Unis, 2,438 femme s -médecin s et chirurgiens, dont environ 600 allopathes, i5o homéopathes, 480 s'occupant plus spécialement des maladies de femmes en couches, 170 faisant de ia gynécologie, 70 aliénistes, 70 I orthopédistes, 45 spécialistes pour les maladies des yeux et des oreilles, 32 s'occupant d'électrothérapie. Enfin, en Russie, plus de quinze cents femmes pratiquent comme médecins et ont rendu des services i signalés, lors de la dernière guerre d'Orient et de la I récente épidémie de choléra. Les femmes -médecin s sont À même appelées à la fonction officielle de « médeciaj d'arrondissement ».
D, Alors, la femme-médecin est vraiment utile?
R. La femme-médecin est utile; car, en raison d'ui sentiment de pudeur des plus délicats, beaucoup de-J femmes seraient heureuses de pouvoir se confier aui I soins d'un médecin de leur sexe, dans certains moments I critiques de leur existence. Cette observation est si vraie! que, cette année même, plus de cinquante mille femmesa
allemandes ont adressé au Reichstag une pétition pour demander que les cours des facultés de médecine soient rendus accessibles aux femmes (i).
D. Dans certains pajrs, n'y a-t-il pas nécessité à posséder des femmes-médecins?
R. Oui, dans toutes les contrées d'Orient.
D. Et pourquoi cela?
R. Parce que, en Orient et notamment dans Tempire des Indes, qui compte près de cent cinquante millions de femmes, les femmes ne peuvent avoir ni relation ni contact avec un homme qui n'est pas de leur famille. Les préceptes de la religion et les préjugés de la race hindoue contraignent le sexe féminin à se passer des soins médicaux des hommes. Jusqu'ici, les malheureuses Hindoues se trouvaient livrées sans remède aux maladies et à la souffrance.
D. En est-il encore ainsi à présent?
R. Non, heureusement, il n'en est plus ainsi. Le i8 août i885, une femme anglaise a créé l'association destinée à donner aux femmes de l'Inde des soins médicaux féminins. En huit ans, cette association a recueilli des millions; s'est assuré une rente de près de neuf cent mille francs ; a créé cinquante-sept hôpitaux et dispensaires féminins ; fondé onze écoles de médecine à l'usage exclusif des jeunes filles ; donné l'enseignement à des centaines d'étudiantes ; soigné et guéri des milliers de malades. On pourra juger de l'utilité et du succès de cette œuvre par le nombre croissant des femmes qui réclament aux hôpitaux féminins les soins médicaux.
(x) Cette pétition qui forme un volume de 2.458 pages, a été discutée au Reichstag, le 23 février 1893.
D. Quelle est la femme admirable qui, par son initiative et la bonté de son cœur, a créé cette œuvre gigantesque ?
R. Cette femme, héroïne de la charité, est la marquise de Dufferin, femme de l'ancien vice-roi des Indes, aujourd'hui ambassadeur du Royaume-Uni à Paris,