TROISIEME LEÇON
De la Mission de la Femme.
D. Quelle est la mission de la femme?
R. La femme a pour mission principale de se marier, d'être la compagne de l'homme, d'élever ses enfants, d'en faire des citoyens utiles,
D. Pourquoi dites-vous que c'est la mission principale de la femme?
R. Je dis à dessein que l'éducation des enfants est pour la femme sa mission principale et non sa mission exclusive; car, dans la vie, une quantité innombrable de femmes s'occupent d'autres travaux que de ceux du ménage.
D, Mais en s'occupant d'autre chose que des soins domestiques, les femmes ne risquent-elles pas de négliger l'entretien de leur ménage?
R. Non, car les soins du ménage ne doivent pas absorber toute l'activité de la femme mariée. D'ailleurs, les hommes eux-mêmes, à côte de leurs fonctions ou de l'exercice de leur métier ou profession, ont, pour la plupart, une occupation accessoire.
D. Pourtant, la place de la femme est au foyer?
R. Que les mondaines répondent ! Une occupation sérieuse détournerait moins les femmes de leurs fonc-
lions domestiques que les goûts futiles auxquels l'oisiveté et la mauvaise éducation les condamnent.
D. Quand la femme pourra-t-elle le mieux remplir sa mission?
R. Le jour où elle sera instruite.
D. Pourquoi cela?
R. Parce que, alors seulement, elle deviendra la compagne véritable de son mari; alors seulement, il y aura communauté d'idées entre les époux; la femme comprendra son mari et l'assistera dans la direction de la famille.
D. Est-il nécessaire que la fomme soit instruite pour qu'elle puisse bien élever ses enfants?
R. Une femme ignorante ou désceiivrée ne peut inculquer à ses fils le goût du travail et l'amour de l'étude. Une femme inférieure ne peut faire de ses enfants de& hommes supérieurs. Il est absolument impossible que^ en demeurant un être de luxe, la femme forine des citoyens utiles.
D, N'y a-t-il pas d'autres considérations qui plaident en faveur de l'instruction de la femme?
R. Oui, la femme doit recevoir une instruction égale à celle de l'homme. Si le deuil prive la femme de l'assistance de son mari, veuve, elle devra assumer les charges de la succession. Seule, elle sera appelée à diriger le foyer. Il faut donc mettre la femme à même de suppléer le mari; de comprendre les intérêts de la famille, et de veiller â l'éducation des enfants. t D. Y a-t-il des pays qui ont compris la nécessité ï de développer l'instruction de la femme?
m R. Ortainement. Je ne citerai que les Etats-Unis, \ pays Scandinaves, la Russie et même la France.
~ ins l'espace de douze ans, les Français ont créé 1 20
coUèges et lycées de jeunes filles, fréquentés l'an dernier par i r .645 jeunes filles et coûtant annuellement à l'État la somme de 1.783.250 francs.
De même, aux États-Unis, existent 1 67 collèges d'enseignement supérieur à l'usage des jeunes filles, où les cours, donnés par 2.235 femmes professeurs, sont suivis par 25.024 élèves.
D. Et en Belgique, qu'a-^-on fait jusqu'ici?
R. Rien ou à peu près rien.
D. Pourquoi cela? 1
R. Parce que les législateurs belges ne s'occupent pasdes questions sociales.
D. Revenons à la mission de ta femme. Est-ce que toutes les femmes se marient?
l^ R. Non, toutes les femmes ne se marient pas. ^1 D. Pourrie:(-pous m'en dire les raisons?
^^ R. D'abord, parce qu'il y a, en Europe, plus de femmes que d'hommes : 170.818.561 hommes et 174.914.119 femmes; c'est-à-dire que le nombre de& femmes dépasse de quatre millions {4.095. 558) le nombre des hommes. Puis, les maladies physiques et morales, la criminalité, l'aliénation mentale, la mortalité naturelle ou accidentelle atteignent plus l'homme que la femme. De plus, les diflicultés de la lutte pour l'existence mettent grand nombre d'hommes dans l'incapacité de subvenir à leurs besoins et de se créer une famille. Enfin, beaucoup de femmes, comme beaucoup d'hommes, n'ont pas la vocation du mariage.
D. Quel est, en Belgique, le nombre de femmesmariées ?
R. Par 100 habitants, il y a, en Belgique, 21 femmes^ nubiles : g de ces femmes sont mariées; 12 ne le sont pas.
D. Cite{ des chiffres plus précis?
R. Prenons, par exemple, le groupe des femmes belges âgées de plus de vingt-cinq ans. Dans ce groupe, on rencontre SyS.SSi femmes mariées , et 548. o56 femmes hors mariage. Ces 543, o56 femmes comprennent 33g. 2i5 filles célibataires et 203.841 veuves.
D. En est-il de même dans les autres contrées d'Europe?
R. Il en est ainsi partout. En Europe, par ceot habîtsDts, on rencontre 22 femmes en âge de se marier : 10 sont mariées; j2 sont célibataires. Rien qu'en France, il y a un million huit cent mille femmes célibataires âgées de vingt-cinq à soixante ans.
D. Est-il vrai que le nombre des mariages ne cesM de décroître ?
R. Oui, c'est vrai.
D. Pourrie\-vous me le prouver?
R. En voici deux preuves.
En France, en 1872, il s'était marié 80 personnes par 1000 mariables; ce chiffre est descendu, en 1877, à 64 personnes par 1000 mariables.
Autre preuve. Dans l'empire d'Allemagne, en 1873, année de prospérité commerciale, 423.900 mariages furent contractés ; en 1879, année de crise, 335. i33 seulement. Le nombre des mariages avait donc diminué de 25 0/0, et même de 33 %, en tenant compte de laugtnentation de la population.
D. Que doivent faire les millions de femmes qui ne se marient pas?
R. Ces millions de femmes, n'ayant pas de mari et -destinées pour la plupart à ne jamais se marier, doivent vivre et manger comme vous et moi. Pour gagner leur pain, elles doivent travailler. 11 faut dès lors permettre
s femmes d'étudier comme elles l'entendent, d'occu-
5 métiers qui leur conviennent, d'exercer les pro-
Sfiionsquiîeur plaisent; àmoins toutefoisque l'homme,
tyrannique et lâche, oubliant qu'il a unemère,uneépouse,
s filles, des sœurs, entende ne réserver aux femmes que
J^ débauche et la prostitution.