‹ Le grand catéchisme de la femmeChapitre 7 sur 30 · QUATRIEME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATRIEME LEÇON

L'Autorité maritale.

D. La femme est-elle une esclave?

R. D'après le Code Napoléon, la femme majeure, fille ou veuve, est une personne libre. Mariée, elle tombe en esclavage.

D. En quoi consiste cet esclavage de la femme mariée ?

R. La femme est placée sous la domination légale du mari, son seigneur et maître. Comme l'esclave, elle n'a pas d'existence libre : elle jure à son mari une obéissance de toute sa vie. Comme l'esclave, la femme n'a pas de nom patronymique et porte celui de son chef; comme l'esclave, la femme n'a pas de nationalité propre. Comme l'esclave, la femme ne peut ni témoigner ni faire partie d'un conseil de famille. Comme l'esclave, elle ne peut ni gagner de l'argent ni économiser poup elle. Comme l'esclave, elle n'a pas droit au profit de son travail. Comme l'esclave, la femme ne peut ni acheter, ni vendre, ni donner, ni recevoir sans la permission de son chef. Rien ne lui appartient. Comme l'esclave, elle ne peut passer aucun acte ni intenter

aucun procès sans le consentement de son mari. Comme l'esclave, la femme n'a aucun droit sur ses enfants.

D. Alors, la femme mariée est vraiment une esclave?

R. La femme mariée est moins que l'esclave; car, dans l'ancienne Rome, un maître pouvait affranchir son esclave; tandis que, aujourd'hui, chez nous, en plein XIX= siècle, il est interdit au mari, en vertu de l'article i385 du Code Napoléon, de renoncer à aucun de ses droits sur la personne de sa femme.

D. Que réclament les féministes?

R. Que la femme mariée devienne un être libre, conscient et responsable; qu'elle soit l'égale du mari.

D, N'est'il pas nécessaire que, dans l' afxociation conjugale, l'un des époux soit subordonné à l'autre?

R, Non, ce n'est ni nécessaire ni utile. Car la nature même du mariage n'admet pas de puissance maritale.

D. Comment cela?

R. En effet, le mariage est une association entre deux êtres humains, libres et conscients. Or, dans toutes les associations volontaires entre deux personnes, il n'est pas vrai que l'une doive nécessairement être maîtresse absolue. De plus, il n'appartient pas à la loi de décider d'avance que le même associé sera toujours le maître en tout et pour tout,

D. La loi dit-elle cela?

R. Parfaitement. Suivant le Code, dans le mariage le mari est tout; la femme ne compte pour rien. Le mari, fût-il le dernier des ignorants, le dernier des ivrognes, le dernier des débauchés, a toujours raison, même quand il a tort; tandis que la femme, lut-elle la plus intelligente, la plus rangée, la plus économe, la I plus vertueuse des épouses, d'après la loi, toujours elle I a tort, même quand elle a raison.

D. Cependant, ne faut-il pas un chef dans la famille?

R. Non. Dans la famille constituée sur des bases rationnelles, il faut deux chefs : le mari, chargé plus spécialement des relations externes ; la femme, investie de la direction de la vie intérieure du foyer.

D. Comment décider a-t-on dans les affaires de famille?

R. Le mari et la femme statueront à cet égard comme ils l'entendent, dans leur contrat de mariage. La décision de chaque affaire pourra aussi dépendre des aptitudes spéciales, de la supériorité d'âge, de la situation de fortune ou de la supériorité intellectuelle de chacun^ des conjoints. Mais il n'appartient pas à la loi de proclamer d'avance que c'est l'avis du mari qui sera prépondérant, toujours et en tout.

D. Que se produira-t-il en cas de conflit?

R. En cas de conflit, le Juge civil statuera, conformément au principe déjà énoncé, aujourd'hui, à l'article 219 du Code civil.

D. La dualité du pouvoir familial est-elle possible ?

R. Oui, sans nul doute. A Rome, pendant des siècles, le pouvoir suprême fut exercé par les deux consuls, et jamais cette dualité n'a causé le moindre péril au salut de l'État. Ce qui fut possible jadis pour la direction de l'État, doit être aujourd'hui possible pour la direction de la famille.

D. Légalité des époux n'amènerait-elle pas la désorganisation de la famille?

R. Au contraire, la reconnaissance des droits de la mère fortifiera la famille. C'est l'esclavage actuel de la femme mariée qui humilie l'épouse, amoindrit la mère, affaiblit la famille.

D. Y a-t-il des pays qui aient adopté la thèse féministe et aboli V autorité despotique du mari?

R. Oui. Ces pays sont l'Angleterre, la Russie, les États-Unis, le Canada, l'Australie .

D. Et ailleurs?

R. Ailleurs, en Italie, dans les pays Scandinaves et en Autriche, lautorité maritale a été très fortement atténuée et diminuée.

D. Et en France?

R. En France, le premier projet de Code civil, déposé à la Convention nationale par Cambacérès, le 9 août 1793, abolissait l'autorité maritale et fondait le droit de famille sur l'égalité des époux. C'est ce vilain sabreur de Bonaparte qui, voulant maintenir l'esclavage de la femme, a fait échouer le projet.

D. Quelles ont été les conséquences de la suppression de V autorité maritale en Angleterre et en Russie?

R. Il n'en est résulté ni crise ni trouble. C'est d'ailleurs dans les pays où la femme est émancipée que la famille présente les conditions d'existence les plus favorables ; c'est là que les mariages sont les plus nombreux, les plus précoces, les plus féconds, et peut-on ménie ajouter : les plus heureux.

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