CINQUIÈME LEÇON
De la Fidélité coi\jugale.
D. A propos de la fidélité conjugale^ que dit le Code Napoléon ?
R. L'article 212 dit que les époux se doivent une « r-- " Wélité. »
D, Cela esl-il vrai!
R. Non ; c'est une hypocrisie et un mensonge.
D. Expliquez-vous!
R. La femme qui commet un adultère est toui'ours punie d'un emprisonnement de trois mois à deux ans.
D. Et l'homme?
R. Le mari en Belgique peut être condamné à une peine de un mois à un an, mais dans le cas seulement oij il entretient une concubine dans la maison commune. En France, la loi est plus inique encore. D'après le Code pénal de iSio, la peine du mari n'est, dans ce ' cas, que de cent francs à deux mille francs d'amende, que l'homme payera au moyen de la dot de sa femme.
D. Qu'est-ce que tout cela veut dire?
R. Que l'adultère du mari est permis; que l'adultère de la femme est condamné. Le Code appelle cela la H mutuelle fidélité. »
D. Que demandent les féministes ?
R. Les féministes veulent qu'il y ait une seule et même morale pour les deux sexes, et non plus, comme aujourd'hui, une morale commode et facile pour l'homme, et une autre morale, inexorable et sévère pour la femme. Ils disent que ce qui est défendu à l'un des époux ne peut être permis à l'autre.
D. Pourtant, les conséquences de l'adultère ne sont pas les mêmes pour l'homme et pour la femme?
R. La femme, dit-on, peut introduire des enfants dans sa famille; mais le mari, en commettant un adultère, peut aussi en introduire dans la famille d'un autre. , Il peut communiquer à sa femme des maladies et souiller toute sa descendance. Les conséquences de l'adultère sont en somme les mêmes pour le mari et pour la femme.
D. D'après le Code Napoléon, en vigueur en Belgique, V adultère est-il une cause de divorce, égale pour les deux époux?
R. Aucunement. D'après les articles 229 et 23o, le mari peut toujours demander le divorce pour cause d'adultère de sa femme, tandis que la femme ne peut demander le divorce pour cause d'adultère de son mari, que lorsque la concubine a été entretenue dans la maison commune. C'est ce que le législateur, avec sa loyauté coutumière envers la femme, appelle la « mutuelle fidélité. ))
D. En a-t-il toujours été ainsi?
R. Non. Sous l'ancien droit, l'adultère était, pour les époux, une cause égale de séparation.
D. Et aujourd'hui, che!{ les autres peuples?
R. Toutes les nations modernes ont adopté la thèse féministe et consacré le système de la complète égalité. La plupart ne font plus aucune différence entre l'adultère de l'un ou de l'autre époux, en tant que cause déterminée du divorce ou de la séparation de corps.
D. Cite!{ ces nations l
R. L'Allemagne (i), l'Australie (depuis iSgS), l'Autriche, les États Scandinaves, les Pays-Bas, la République Argentine, 41 États de l'Union américaine (2), la Suisse, la Roumanie, la Russie, le Japon (3).
D. Et la France?
R. Par la loi du 27 Juillet 1884, la France a fait dis-
(i) Toute l'Allemagne, sauf le grand-duché de Bade.
(2) Quarante et un États sur quarante-quatre. Les trois États américains faisant exception sont la Caroline du Nord, le Kentucky et le Texas.
(3) Le nouveau Code civil japonais, promulgué en 1890, devait entrer en vigueur le i" janvier 1890. La loi du 22 novembre 1892 en a ajourné l'application au 3i décembre 1896.
paraître Tinégalité de traitement entre les époux, consacrée par l'article 23o du Gode Napoléon.
D. Et en Belgique?
R. Ces Messieurs du Parlement belge ont bien autre chose à faire que de s'occuper de l'amélioration des lois.
D. Y a-t-il des pays qui punissent de la même peine l'adultère du mari et celui de la femme?
R. Oui. La plupart des pays ont fait droit, à cet égard, â la thèse féministe, en plaçant l'adultère du mari sur le même pied que l'adultère de la femme.
D. Cite:; ces pays l
R. La plupart des Etats de l'Union américaine, l'Allemagne, l'Autriche, les Pays-Bas, la Suisse, la Hongrie, la Russie.
D. Y a-t-il des pays qui ne punissent pas V adultère?
R. Oui, certains États — l'Angleterre, l'État de New- York, le canton de Genève — considèrent l'adultère -comme relevant de la morale et du droit civil et ne le punissent pas.
D. Que réclament les féministes?
R. Les féministes abandonnent au législateur le choix ^ntre ces deux systèmes :
Ou bien ne plus punir l'adultère, comme à Genève, •dans l'État de New- York, en Angleterre, comme sous la législation révolutionnaire, et ainsi que le propose, aujourd'hui même, la Commission de rédaction du nouveau Code pénal russe ;
Ou bien frapper de la même peine l'adultère de la femme et celui du mari, comme dans la plupart des pays.