LETTRE A UN PAYSAN
Vous me demandez : « Est-ce que les millions de kaftans gris traîneront longtemps encore le chariot renversé*! » Vous ajoutez : « Voici le vingtième siècle commencé, et cependant les temps sont durs : le sang et la sueur des travailleurs russes coulent à flots. Il n'y aura plus ni
père, ni frère, ni mari, mais beaucoup de
mutilés; et le chariot renversé est toujours à la même place. »
Vous dîtes encore : « Devons-nous traîner encore longtemps le chariot en psalmodiant la Doubinouchka1 : Ha! elle marche, elle est partie, ha! »
Enfin vous me demandez conseil :
« Comment les kaftans gris, qui souffrent et supportent tout, pourront-t-ils traîner le chariot renversé jusqu'au but indiqué, et comment le peuple pourra-t-il se débarrasser des travaux inutiles? »
Il y a quelques années, j'ai écrit précisément sur ce sujet plusieurs articles : L'unique moyen', Le faut-il ainsi? Oit est V issue ? Appel aux travailleurs ; et Ressaisissez-vous9' . J'ai cherché à montrer dans ces articles comment, à mon avis, le peuple
1. Mélopée chantée habituellement par les ouvriers au travail et plus particulièrement en faisant marcher une grue primitive.