‹ Le grand crimeChapitre 17 sur 23 · LETTRE A UN AMI DE CAUCASE · texte numérisé non relu

LETTRE A UN AMI DE CAUCASE

Les renseignements que m'a communiqués N... sont, à mon avis, de la plus haute importance, et il serait des plus nécessaire de faire connaître au public le grand événement qui se produit en Gourie. Quoique je sois persuadé que les Gouriens ignorent totalement mon existence, je désire vivement leur transmettre l'expression des sentiments et des idées que provoque chez moi leur extraordinaire activité.

2o2 LE GRAND CRIME

Si vous le pouvez et le trouvez bon, dites-leur qu'il est par le monde un vieillard qui durant vingt ans ne cesse de penser et d'écrire que tous les maux des hommes viennent de ce qu'ils attendent des autres, les autorités, l'aide et l'amélioration de la vie, et quand ils voient qu'ils n'obtiennent d'elles ni l'un ni l'autre, ils se mettent à les blâmer, à lutter contre elles. Or, il ne faut attendre ni aide ni aucune amélioration des gouvernants; il ne faut pas non plus s'irriter contre eux, ni les combattre. Il ne faut qu'une chose, précisément ce que font les Gouriens :

organiser la vie de façon à ne pas avoir besoin des autorités. Et pour n'en pas avoir besoin, il faut précisément faire ce qu'ils font : vivre selon sa conscience, selon le Christ, en un mot, selon Dieu.

Si vous le pouvez, dites-leur quelle grande joie éprouva ce vieillard lorsqu'il apprit que ce sur quoi il n'avait

LES GOURIENS 253

cesse de méditer et d'écrire durant de longues années, ce que les savants, se croyant très profonds, se refusent, à comprendre, cette même chose a été résolue de leur propre raison et de leur propre conscience, par des milliers d'hommes; et non seulement ils l'ont résolue, mais encore mis à l'œuvre avec tant de sagesse, que des voisins se joignent déjà à eux.

Dites-leur que cette œuvre est si importante et si bonne, qu'il faut employer toutes les forces (les forces morales : douceur, raison, patience) pour la mener à bonne fin, pour servir d'exemple aux hommes, proches ou lointains, pour concourir à l'établissement du Royaume de Dieu, et cela non par Ja force et la supercherie, mais par la raison et l'amour.

Dites-leur que je ne suis pas le seul à m'en réjouir, que bien d'autres hommes sont heureux de les savoir vivre ainsi,

et sont prêts aies aider par tous les moyens possibles, si cela est nécessaire; que tous nous sommes convaincus qu'ils n'abandonneront pas l'œuvre si belle commencée par eux, mais, après avoir déjà tant fait, ils la poursuivront avec la même constance, donnant ainsi l'exemple aux autres.

Dites-leur que cet homme, ce vieillard, pense que leurs forces principales doivent tendre à la vie selon le Christ,, selon la conscience, — comme ils le disent eux-mêmes, — en observant la loi qui est la même pour les Chrétiens et pour les Mahométans et pour tous les hommes de la terre. Cette loi prescrit d'aimer tout le monde et de faire aux autres ce qu'on veut qu'on vous fasse.

S'ils vivent ainsi, selon la loi divine, personne ne pourra rien leur faire. S'ils sont avec Dieu, Dieu sera avec eux, et nul ne pourra leur nuire.

14 février 1905.

L'UNIVERSELLE RELIGION

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