ÉCONOMIE FORESTIÈRE
Les produits des forêts entrent pour plus de la moitié dans la valeur totale de l'exportation de la Finlande. Cela montre de quelle importance* économique les forêts sont pour le pays, On compte que les 64 pour cent de la superficie totale c'est-à-dire 2l3,772 kilomètres carrés, sont couverts de forêts. Mais ces immenses ressources ont été dilapidées pendant des siècles. La haine des forêts, que l'on a remarquée partout chez les défricheurs, semble être innée chez les Finnois. La coutume de mettre le feu aux arbres pour défricher la terre amène la destruction des forêts sur une grande échelle et les incendies prennent parfois des proportions terribles; cette coutume existe encore, surtout dans l'est du pays; cependant des règlements nouveaux ont déjà beaucoup contribué à enrayer ces abus. D'autres causes de destruction sont d'abord la combustion des pins
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et des sapins pour obtenir du goudron, puis l'abus des pallissades, dont en plusieurs endroits on entoure les moindres lopins de terre et pour lesquelles des millions de jeunes arbres sont sacrifiés annuellement; enfin la consommation abusive de bois pour le chauffage des habitations, des bains, des étuves, etc. D'après le calcul approximatif d'une commission instituée pour inspecter les forêts de la couronne, il se consomme annuellement en Finlande 754 millions de pieds cubes de bois, sans compter la consommation des villes ni l'exportation. Toutefois cette dilapidation a un peu diminué depuis que l'amélioration des voies de communication et une spéculation plus active ont donné aux bois une valeur qu'ils n'avaient pas jusqu'alors. Encore cette dernière cause a-t-elle eu souvent une action fâcheuse; en -effet, bien des propriétaires, tentés par l'élévation des prix, ont vendu leurs forêts aux entrepreneurs de scieries, qui se sont empressés de les raser. Cette dévastation nouvelle préoccupe le public et le gouvernement, qui devra lui opposer des règlements, si elle n'est d'elle-même limitée par le prix toujours croissant des bois et par des changements dans les conditions du marché.
Des recherches sur le développement plus ou moins rapide des arbres dans les différentes parties du pays ont donné les résultats suivants. Au sud de 6l° 3o' de lat., les forêts de pin donnent des bois de charpente à 60 ans dans les bonnes terres, à 80 ans dans les terres moyennes et à 90 ou 100 ans dans les terrains pauvres; pour fournir des bois de sciage, les pins doivent avoir atteint 100 à 140 ans. Dans la Finlande moyenne, jusqu'à 64 , la croissance des arbres réclame 20 ans de plus dans les mêmes conditions. Enfin, au nord, on n'obtient du bois de charpente et du bois à brûler qu'au bout de 120 à 180 ans, et du bois de sciage au bout de 1 80 à 23o ans.
Si la Finlande, malgré le gaspillage dont nous avons parlé, est encore un pays riche en forêts, elle le doit non seulement à
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son climat et à un sol particulièrement favorable à la croissance des bois, mais encore au fait que plus de la moitié de la surface boisée appartient à l'Etat. En effet, les forêts de la couronne occupent, déduction faite des lacs et des marais, une superficie de l3l,500 kilomètres carrés; la plus grande partie (90 %) en est, il est vrai, située tout au nord du pays, dans le gouvernement d'Uléaborg. L'administration de ces forêts est confiée à la Direction des forêts, siégeant à Helsingfors, et qui a sous ses ordres il forestiers-chefs, 53 forestiers et un grand nombre de gardes. Il y a une école forestière dans le domaine iïEvois, paroisse de Lampis, gouvernement de Tavastehus.
Les produits forestiers qui entrent pour la plus grande part dans l'exportation sont les bois sciés: ais, planches, lattes, etc. Il n'y a pas bien des années encore, le sciage se faisait à la main, en hiver, par les paysans, qui transportaient ensuite les planches sur des traîneaux au port le plus proche. Maintenant on trouve à l'embouchure de presque toutes les grandes rivières et sur beaucoup de cours d'eau de l'intérieur de grandes scieries mécaniques, mues par l'eau ou la vapeur. Des forêts éloignées, les poutres, liées ensemble de manière à former d'immenses radeaux, sont flottées jusqu'aux scieries. Il faut quelquefois plusieurs années pour que ces trains de bois parviennent à destination. Les scieries s'approvisionnent de préférence jusqu'à présent chez les particuliers; mais cet état de choses changera sans doute maintenant que l'Etat, en faisant curer les cours d'eau qui avoisinent ses forêts, s'est préparé des voies commodes pour le flottage de ses bois. En 1872 on comptait que les forêts de l'Etat tenaient prêtes à livrer: dans bassin du Kemi, environ 3 millions de billes et l million de traverses, dans le bassin de l'Uléa 700,000 billes et 1 million de traverses, le long du cours supérieur du Kumo 600,000 billes et à peu près autant de traverses, dans le bassin du Pàijânne 600,000 billes et 800,000 traverses, enfin dans
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le bassin du Saïma 900,000 billes et 400,000 traverses. Le total des bois prêts à scier provenant des forets de la couronne étaient: pour le flottage aboutissant au golfe de Bothnie, environ 9 millions de billes et 3,300,000 traverses et pour le flottage du golfe de Finlande 1,700,000 billes et 1,400,000 traverses. L'exploitation a été peu considérable en proportion de si grandes ressources.
En effet, voici, d'après un calcul approximatif, quelle a été, de 1871 — 1875, l a consommation de toutes les scieries du pays.
Des forêts de l'Etat.
Billes sciées. Pr. cent.
Des forêts particulières.
Billes sciées. Pr. cent.
en 1871
A la fin de 1875, le nombre des scieries était*):
Scieries à eau. Scieries à vapeur. Total.
Gouv. de Nylande . . .
Gouv. d'Abo et Bjôrneborg Gouv. de Tavastehus Gouv. de Wiborg .
Gouv. de S:t Michel Gouv. de Kuopio .
Gouv. de Wasa . .
Gouv. d'Uléaborg .
Total 148
L'exportation du bois scié monta en 1864 à l3,5 millions de pieds cubes, en 1865 à 20,1 milloins, en 1870 à 15 millions, en 1872
*) Nous comptons dans ce nombre certaines scieries pour les besoins locaux, mais dont le nombre n'est pas grand.
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à 23 millions, en 1873 à 26,8 millions, en 1874 à 32,2 millions, en 1875 à 3o,6 millions et en 1876 à 40,1 millions. Les forêts fournissent en outre une foule d'articles de valeur. Le tableau ci-dessous donne un aperçu des produits des forêts et des quantités de ces produits exportées pendant les années 1874, 75 et 76.
Battens, douzaines
Poutres, pièces
Ais, douzaines
Lattes, B
Etais, pièces .........
Planches, douzaines
Traverses, pièces ,
Chevrons, „
Flèches, „
Bois de charpente, pièces ....
Bouts de planches, pieds cubes . .
Poteaux de télégraphe, pièces . . .
Bois divers, valeur en marcs . . .
Bois à brûler, bouleau, toises . . .
pin et sapin, „ . . .
„ d'autres espèces, toises
Bardeaux, milliers
Fûts, tonneaux, etc., pièces ....
Leviers, etc., pièces
Cuviers, tines, baquets, pièces . . .
Ecopes, pelles, pièces
Charbon de bois, hectolitres . . .
Résine, kilogrammes
Ecorce d'osier „
Potasse, etc., „
Goudron, hectolitres
Poix, hectolitres
Alcool de bois, kilogrammes . . .
Noir de fumée, boîtes
On peut encore compter parmi les produits forestiers d'autres articles d'exportation, comme les baies (cette exportation s'est élevée, en 1873, à 22,076 hectolitres pour les airelles rouges seulement), la mousse, la vannerie, etc.
La loi sur la chasse du 10 février 1868, range tous les animaux sauvages, selon qu'ils sont plus ou moins utiles ou nuisibles, en trois catégories, savoir : l) gibier utile, dont la propagation est assurée par la défense qui est faite de les chasser pendant une partie déterminée de l'année, 2) animaux nuisibles et oiseaux de proie dont la destruction est encouragée, 3) autre gibier dont la destruction est permise, sans être spécialement recommandée. Dans la première classe on comprend le gibier proprement dit, qui sert à la nourriture; la chasse en est interdite pendant un certain temps (en général du 15 mars au 9 août). La loi interdit en tout temps la chasse du castor, qui paraît maintenant avoir disparu de la Finlande, et de l'élan, qui devient de plus en plus rare. Au contraire la destruction des animaux nuisibles, ours, loups, lynx, gloutons, renards, martres, aigles, autours et fauconspêcheurs est expressément recommandée; il est permis de les chasser en tout temps, sur ses terres et sur celles d'autrui, à condition toutefois, dans ce dernier cas, de réparer les dommages que la chasse peut avoir causés aux champs cultivés, clôtures et plantages. Toutes les communes accordent une gratification en argent au chasseur qui détruit un de ces animaux. Malgré cela les carnassiers, surtout les ours et les loups, font encore chaque année des ravages dans les troupeaux. Voici d'après des rapports officiels le nombre des animaux domestiques tués par les bêtes féroces pendant une période de cinq ans:
Chevaux et poulains 1,925 1,802.
Bêtes à cornes 6,129 5,584.
Moutons et chèvres 15,323 14,061.
Porcs 1,807 1,400.
Rennes (dans le gouv. d'Uléaborg) 4,751 2,714.
Dans les années 1871 à 1875, les quatre gouvernements du sud perdirent de la même manière 1,008 chevaux, 3,894 bêtes à cornes 9,265 moutons et chèvres et 791 porcs. Nous n avons pas de renseignements sur les animaux tués dans les provinces du nord, mais il est probable que la perte n'y a pas été moins considérable. D'après cela on peut évaluer le dommage ainsi causé à 120,000 marcs par an, au moins.
Pendant le même espace de temps, il a été tué le nombre suivant de bêtes de proie:
Ours 6l3
Loups 2,379
Lynx 191
Renards 9,872
Martres et hermines . . 52
Gloutons 239
Loutres 47
Bêtes de proie non spécifiées —
Il y a une très grande abondance de gibier dans certaines contrées de la Finlande. Néammoins la chasse n'a guère été pratiquée jusqu'à présent que comme industrie accessoire ou comme plaisir. Si pourtant l'on se mettait plus généralement à préparer des conserves de coqs de bruyère, de gelinottes, etc.,
il est probable que ces articles seraient très-recherchés et qu'il y aurait là matière à un commerce lucratif. Les échantillons de conserves de gibier que la Finlande a envoyés à l'exposition universelle de Paris, en 1867, ont été très-appréciés. Pour le moment on n'exporte guère les produits de la chasse que dans les pays voisins, la Russie et la Suède. Voici à quoi s'élève cette exportation:
Coqs de bruyère, petits tétras,
gelinottes et autres oiseaux
des bois, pièces . .
Plumes et duvet, kilogr.
Peaux d'écureuil, pièces Peaux de lièvre, „ Peaux de renard „ Peaux d'animaux non spécifiés,
pièces 33,36i 151,149 32,794.
Pèche. La grande étendue des côtes et la quantité innombrable des lacs font de la pêche une source importante de profits pour la population de la Finlande. Selon la loi sur la pêche du 4 décembre 1865, le droit de pêche en eau salée et en eau douce appartient au propriétaire du rivage, sauf le cas où ce droit aurait passé à un autre par suite d'une vente, d'un échange, ou d'une imposition. Tout habitant du pays est autorisé à pêcher en pleine mer, ainsi que le long des rivages, îlots et rochers qui n'appartiennent à personne et ne sont pas légitimement occupés. La coutume permet partout la pêche à la ligne; la loi l'autorise dans l'archipel extérieur et le long des côtes.
*) On ne compte ici que ce qui a été déclaré à la douane. Maintenant, la plus grande partie du gibier est transporté par les voyageurs parmi leurs bagages.
Pour prévenir l'extermination du poisson par une pêche mal entendue et abusive, il s'est formé dans la plupart des communes des associations de pêcheurs. Ces associations, dûment légalisées, s'engagent à maintenir les affluents et débouchés naturels des eaux, à favoriser le développement du frai et à ne se servir que des engins de pêche autorisés (p. ex. filets et seines dont la largeur des mailles n'est pas inférieure à un minimum déterminé). Pour les rivières et les torrents où se pêche le saumon, les associations fixent l'époque pendant laquelle cette pêche est interdite pour permettre au poisson de se rendre librement aux lieux où il a coutume de frayer. Dans la rivière d'Ulea, c'est du 24 août au 1 er juin suivant, et dans la plupart des autres rivières du 1 er ou du 15 septembre jusqu'à la débâcle des glaces au printemps suivant, sauf dans le Wuoksi, où l'interdiction cesse déjà le 15 février. Une augmentation notable de la quantité du saumon a montré l'utilité de ces règlements.
Il y a en Finlande trois ordres de pêche: la pêche en pleine mer et le long des côtes, la pêche du saumon et du sik dans les grandes rivières, la pêche dans les lacs, les petites rivières et les archipels de l'intérieur. Les deux premières constituent de véritables industries et se pratiquent sans interruption pendant tout le temps que la saison et la loi le permettent. La pêche la plus lucrative est celle du silakka ou stroemming (clupea harengus), petit hareng qui se trouve en bancs prodigieux tout le long des côtes de la Finlande, et constitue la nourriture principale d'une grande partie des habitants. On prend le stroemming dans des filets à petites mailles que l'on tend à demeure pendant la nuit ou que l'on laisse dériver avec le courant après les avoir fixés aux bateaux. Ces bateaux sont grands, non pontés et montés généralement par deux à six hommes. C'est d'abord près de l'île d'Alande et dans l'archipel d'Abo, puis le long des côtes des gouvernements de Nylande et de Wasa que se
fait la pêche la plus abondante de stroemming. Nous n avons malheureusement pas de données sur la quantité qu on en prend annuellement. On sait seulement que, de 1871 à 1875, il a été expédié chaque année de l'île d'Alande 7 à 8 mille barils de stroemming salés (le baril contient environ 127 kilogrammes), et du gouvernement de Nylande 2,000 barils, en dehors de ce qu'il s'en est consommé sur les lieux. Dans ce dernier gouvernement, en 1875, la pèche en mer a occupé 764 bateaux, 3,886 filets à mailles serrées et 354 seines, et a donné 5,721 barils de stroemming, outre les autres poissons. Il faut ajouter cependant que ces chiffres ne sont qu'approximatifs et très-probablement bien inférieurs à la pêche réelle.
\Jesprot (clupea sprattus) est moins abondant que le stroemming. On en pêche pourtant des quantités notables sur certains points de la côte sud et sud-ouest. Le meilleur est celui d'Ekenâs, qui, sous forme de conserves, est connu et recherché dans le commerce.
Les principales pêcheries de saumon et de sik sont dans les grandes rivières, le Torneo, le Kemi, l'Uléa, le Kumo, le Kymmene et le Wuoksi. On prend le saumon soit au moyen de bordigues, soit à la seine. Dans le Ladoga, au commencement de l'hiver, avant que le lac ne gèle, on pêche à la ligne une variété de saumon qui pèse rarement plus de 6 à 7 kil. mais dont la chair est grasse et savoureuse. De là, ainsi que du Kymmene, on a de tous temps expédié à St. Pétersbourg le saumon frais et conservé dans la glace, tandis que dans les autres pêcheries on le sale, ce qui lui ôte une grande partie de sa valeur.
Les quantités de saumon et de sik prises de 1871 à 1875 dans les pêcheries de l'Etat du Tornéo, du Kemi, de l'Ijo, de l'Uléo et des autres rivières plus petites du gouvernement d'Uléaborg, a été:
Saumon.
Sik.
kilog.
kilog.
en 1871 .
On ne sait pas au juste les quantités prises dans les pêcheries de l'Etat de la rivière de Kumo; mais ces pêcheries étant affermées pour 12,236 marcs par an, la prise doit y être assez considérable. De plus, on estime à 20,000 marcs le revenu annuel des pêcheries appartenant à des particuliers dans cette même rivière.
Le plus abondant des poissons d'eau douce est le lavaret argenté; salé, il constitue une partie importante de l'alimentation des populations de l'intérieur. Le frai se vend en grande quantité au marché d'Helsingfors et des autres villes, et constitue un mets fort délicat. On pêche encore dans l'archipel et dans les eaux douces : la perche, le brochet, le sandre commun, le brème, le gardon, la rose, V anguille, la lamproie, la lotte, la truite, le flet, etc. Ces poissons se prennent soit à la ligne, soit au filet, à la nasse ou dans des bordigues. Cette pêche n'est pratiquée que comme industrie accessoire à l'agriculture; cependant elle fournit, et au-delà, aux besoins locaux.
Il est impossible d'établir même approximativement la quantité et la valeur totale du poisson péché annuellement en Finlande. On sait seulement par les comptes de la douane qu'il s'en exporte chaque année en Russie et en Suède. Voici quelle a été l'importance de cette exportation pendant ces dernières années :
Poisson frais, exporté vivant
kilogrammes . . .
Saumon salé, barils Stroemming salé, „ Autres espèces, „ Ecrevisses, pièces . .
Cette exportation représente une valeur d'environ 1,525,327 marcs pour 1874, 2,399,0 13 marcs pour 1875, et 2,685,543 marcs pour 1876.
La chasse au phoque se fait en pleine mer et à la fin de l'hiver. Les hardis chasseurs s'avancent sur la glace en poussant devant eux leurs bateaux jusqu'à ce qu'ils atteignent la mer ouverte, puis ils gagnent à la rame quelque grand glaçon sur lequel ils s'installent et se laissent flotter à la dérive. Si la chasse a été bonne elle peut s'élever à cent phoques par bateau. En 1875 on en prit 1,740 dans le gouvernement de Wasa, tandis qu'à l'île d'Alande la chasse aux phoques n'a produit, d'après des données officielles, qu'environ 6,7oO kilog. de graisse par an, en moyenne, de 1871 à 1875. Dans le golfe de Finlande cette chasse est moins productive et se bornerait, d'après une évaluation qui, il est vrai, paraît trop basse, à un peu plus de lOO phoques par an. Un fait singulier, c'est que l'on trouve des phoques, non seulement dans le Ladoga, mais aussi, comme nous l'avons dit plus haut, dans le lac de Saïma.
L'agriculture est l'industrie-mère de la Finlande; elle occupe 80 pour cent de la population. De temps immémorial, les Finnois s'y sont livrés et ils paraissent avoir introduit avec
eux dans le pays diverses cultures qu'ils avaient pratiquées auparavant. Ils défrichaient en incendiant les forêts et ne s'astreignaient pas à cultiver toujours les mêmes lots de terre. Tant que cette coutume fut générale ils vécurent dans de grands villages aux maisons pressées et n'avaient pas de terres appartenant en propre à chacun, à l'exception des plaines environnant immédiatement les villages, lesquelles s'étaient transformées peu à peu en champs régulièrement cultivés. Les forêts étaient propriété ! commune ; chaque habitant du village pouvait y couper et y brûler à son gré. Mais la culture se perfectionnant, le droit de propriété fut précisé et limité. Lors des premiers partages des terres, on ne tint aucun compte de la situation des lots, mais seulement de la nature du sol; ainsi chaque propriétaire se voyait assigner des lots épars çà et là, souvent à une grande distance des habitations; ces lots se subdivisant à mesure que la population augmentait, devenaient toujours plus nombreux et plus petits. Il est facile de se représenter quelle influence fâcheuse un pareil état de choses devait avoir sur les progrès de l'agriculture. Ce n'est que dans la seconde moitié du dix-huitième siècle que fut introduit un nouveau mode de partage par grands lots (storskiftesmethoden), selon lequel chaque ménage reçut ses terres autant que possible en un seul lot. Cette innovation eut des résultats excellents. On en voit déjà les bons effets extérieurs: les villages ont meilleure apparence, les maisons sont mieux construites, les champs, mieux aménagés; l'influence sur le bienêtre physique, économique et moral de la population a été trèsgrande aussi. Les grandes agglomérations de maisons serrées les unes contre les autres, qui offraient aux incendies une proie i facile, ont disparu, et ont fait place à des habitations clair-semées, plus spacieuses, plus soignées, plus élégantes; on ne voit plus , les champs et les prairies divisés à l'infini et les forêts ne sont ; plus propriété commune.
Les terres sont divisées en terres censuelles, terres doma- / niales et francs-alleux: mais ce classement ne dépend point de l'état du propriétaire; une terre, par conséquent, ne change pas de classe en changeant de possesseur. En Finlande les terres seules, et non les proprétaires, sont privilégiées. Les terres censuelles sont possédées en toute propriété et peuvent être mor- 1 celées, vendues, données ou hypothéquées. Les terres domania- \ les appartiennent à la couronne ; mais les fermiers de ces terres jouissent d'un droit d'occupation héréditaire; ils peuvent racheter leur ferme à des conditions peu onéreuses et en faire ainsi des terres censuelles, avantage dont un grand nombre de fermiers de la couronne profitent. Les francs-alleux sont, pour ce qui est du droit de propriété, sur le même pied que les terres censuelles, mais jouissent en outre de privilèges importants par rapport aux / impôts et aux charges publiques. ;
La propriété foncière est imposée à tant par ^marital? unité qui primitivement marquait l'étendue de terre qu'un paysan pouvait cultiver et occuper, mais qui maintenant, par suite de l'accroissement de la population et de l'amélioration de la culture, a perdu sa première signification. L'étendue du mantal varie beaucoup. Tandis que dans le sud-ouest du pays on trouve des mantal qui ne contiennent qu'environ 100 à 150 hectares, il y en a dans le centre et le nord qui sont 10 et 20 fois plus grands. A l'heure qu'il est, la plupart des propriétés sont de moins d'un mantal. C'est ainsi qu'en I864 on comptait en moyenne par mantal le nombre suivant de propriétés:
Gouv. d'Abo et Bjôrneborg 2,4.
„ de Nylande . . . 3,2.
„ de Tavastehus . . 3,4.
„ d'Uléaborg .... 6,2.
„ de Wasa .... 6,7.
Gouv. de St. Michel ... 7.
de Kuopio .... 8,5.
de Wiborg .... 10,5.
La loi du 19 décembre 1864, actuellement en vigueur, permet à tout propriétaire de distraire de son domaine, pour en faire une terre relevant directement de la couronne, une portion suffisant, dans les années moyennes, à l'entretien de trois personnes adultes et en état de travailler, pourvu toutefois que la portion restante remplisse la même condition. De même aussi le propriétaire peut vendre des portions quelque petites qu'elles soient de son domaine, à condition que ces lots continuent à contribuer pour leur part au paiement des redevances annuelles que le domaine entier doit à l'Etat.
En 1875 il y avait en Finlande 106,412 propriétés foncières, dont la plus grande partie appartenaient à des paysans. Les renseignements détaillés sur le classement et la contenance de ces propriétés font malheureusement défaut. Selon une évaluation approximative faite en 1869, les terres se partageaient entre les différentes classes de propriétaires comme suit :
Hectares.
Terres appartenant à la couronne 14,315,560.
„ „ aux villes 60,718.
„ „ aux églises et couvents .... 7,898.
„ „ à la noblesse 1,629,012.
„ „ à d'autres personnes notables . . 745,406.
„ „ aux paysans 20,239,240.
Ainsi donc la plus grande partie des terres est aux mains de paysans libres. Le servage n'a jamais existé en Finlande. Seuls les cultivateurs de certains grands fiefs du gouvernement de Wiborg qui, à une époque relativement récente, avaient été
aliénés du domaine de la couronne à titre de donation, se trouvent dans un état de dépendance et de gène que n'ont jamais connu les autres paysans finlandais. Aussi le gouvernement et la diète ont-ils pris des mesures pour faire cesser cet état de choses anormal; l'Etat rachète peu à peu ces fiefs, puis les revend aux occupants actuels à des conditions favorables. Ainsi le noirïbre de ces fiefs diminue d'année en année.
Une classe particulière de la population des campagnes en Finlande, c'est celle des petits fermiers (torpare), qui obtiennent ' sous certaines conditions le droit de défricher et de cultiver de petits lots de terre situés en général sur des points excentriques d'une propriété; ils doivent en échange au propriétaire un certain nombre de journées de travail et quelques redevances en nature, grains, beurre, poisson, etc. Il en est autrement des ma- > noeuvres et o uvriers de campagne, qui ne cultivent pas la terre J pour leur propre compte, mais travaillent pour un salaire, et qui! dans les années de disette, lorsque l'ouvrage manque, vont peupler les hospices des communes.
L'assolement le plus généralement pratiqué est celui de deux ou de trois ans. Une méthode rationelle de rotation des récoltes est pratiquée actuellement sur plusieurs grands domaines des provinces du sud. Quant au système primitif de défrichement par l'incendie des forêts, il est encore pratiqué assez généralement en Savolaks et en Carélie. Il y a telle partie de ces provinces où plus de la moitié de la récolte provient de champs ainsi défrichés.
La superficie qu'occupent les terres cultivées est évaluée
approximativement à 845,000 hectares, qui se répartissent comme
suit, d'après leurs produits.
Hectares.
Plantes de jardin, plantes potagères . . 15,000. Seigle 300,000,
Gob*le
Hectares.
Orge 120,000.
Avoine 100,000.
Blé et sarrasin 3,ooo.
Méteil 5,500.
Pommes de terre 2 1,000.
Herbe et fourrage 10,000.
Lin et chanvre 15,000.
Il faut ajouter environ 250,000 hectares de jachères. On sème le seigle et le froment en automne, aussitôt après la récolte (en août ou en septembre). Les grains lèvent l'automne même, restent enfouis sous une épaisse couche de neige pendant les six ou sept mois que dure l'hiver, puis reprennent au printemps leur végétation interrompue; dans le sud du pays ils fleurissent souvent avant la St. Jean, si la saison est bonne, et sont mûrs dans la dernière moitié de juillet. L'orge se sème au printemps, après la fonte des neiges, et se moissonne après la récolte du seigle; on la lie en gerbes dont on forme des meules qui restent un certain temps dans les champs; puis on la rentre dans des étuves où on la fait sécher en la soumettant à une forte chaleur, après quoi on la bat.
Le seigle de Finlande séché à letuve est très-bon ; les pays voisins le recherchent même comme semence. En Finlande le seigle indigène est considéré comme plus nutritif et se paie en général plus cher que celui qu'on importe de Russie.
En 1875, année où la récolte fut en général au-dessous de la moyenne, elle s'est élevée aux chiffres suivants:
Hectolitres.
Froment 28,842.
Seigle ........ 4,460,639.
Orge 1,934,700.
Avoine . . .
Pois ....
Haricots, environ Sarrasin, environ Méteil, environ .
Pommes de terre
Hectolitres.
3,3oo,ooo.
Les quatre derniers chiffres ne sont qu'approximatifs, car nous manquons de renseignements sur ces récoltes dans quelques gouvernements. Les données nous font complètement défaut quant aux autres produits des champs et des jardins : raves, choux-raves, carottes, choux, etc.
La culture du lin est très-répandue dans quelques parties du gouvernement de Tavastehus (Langelmàki, Lampis, etc.); elle a fait de grands progrès depuis que les filatures de Tammerfors offrent à ses produits un écoulement avantageux. Le chanvre, comme nous l'avons dit (page 18), se cultive encore plus au nord que le lin, mais seulement pour les besoins domestiques.
La Finlande possède deux écoles supérieures d'agriculture, celle de Mustiala, dans le gouvernement de Tavastehus, et celle de Kranoborg dans le gouvernement de Wiborg; on a établi en outre sur différents points 8 institutions agricoles d'un ordre inférieur.
Quelque importante que soit, relativement, l'agriculture en Finlande elle ne suffit pas aux besoins de la consommation. Aussi la farine de Russie est-elle un des principaux articles d'importation, le principal même dans les années de disette. Les comptes de la douane pour les exercices 1868 et 187 1 nous offrent un tableau comparatif de l'importance de cette importation dans les bonnes et dans les mauvaises années. En effet, les récoltes qui ont précédé celle de 1868 sont les plus mauvaises que la Finlande eût vues depuis plus d'un siècle; 1871, au contraire, venait après une bonne année.
Impor
Exportation.
Seigle, hectolitres . .
Orge,
Avoine, „ . .
Eroment, „ . .
Pois,
Autres grains, hect. .
Farine, kilogrammes
L'avoine s'exporte principalement en Angleterre; Abo est le centre de cette exportation. Le seigle s'exporte en Russie et en Suède pour servir de semence.
Le nombre des bestiaux était, en 1876:
Chevaux et poulains 285,062
Bêtes à cornes 1,120,432
Moutons 1,010,914
Chèvres 27,096
Porcs 201,647
Rennes (dans le gouv. d'Uléaborg) 79,715
Par 1,000 habitants.
Le cheval finlandais est petit, mais fort et remarquablement endurant. Le manque de soins dont il était l'objet, le travail excessif qu'on lui imposait, la vente et l'exportation en Russie des meilleurs reproducteurs, ont heureusement attiré à temps l'attention du gouvernement et des particuliers; des mesures efficaces ont été prises pour réparer le mal. Des étalons de choix ont été placés aux frais du gouvernement dans différentes parties du pays, et des primes assignées aux meilleurs chevaux de course et de trait. Chaque année pendant l'hiver, dans tous les gouvernements, ont lieu, sous le contrôle de l'Etat, des courses
au trot et attelées. En outre, plusieurs sociétés de propriétaires et de sportsmen travaillent à l'amélioration de la race chevaline.
La race bovine .aussi a été sensiblement améliorée par le croisement avec des races étrangères qui s acclimatent facilement en Finlande, comme celles de l'Ayrshire, de Pembroke, du Voigtland, d'Angle et des alpes d'Algau. C'est ainsi que de 1872 à 1876 l'Etat a importé à ses frais 334 taureaux et génisses qui furent, les uns, placés dans les différentes parties du pays comme animaux de reproduction, les autres, vendus aux enchères. Cependant l'on est pas d'accord en Finlande sur la question de savoir s'il faut donner la préférence au bétail étranger ou aux races indigènes. Celles-ci sont certainement inférieures en poids et donnent moins de lait; d'un autre côté elles se contentent d'une nourriture moins abondante et de moins bonne qualité. Au demeurant, l'expérience a prouvé que par de bons soins et un élevage bien entendu, la race indigène peut être amenée à un haut degré de perfection. Les progrès accomplis en ces derniers temps en sont un témoignage frappant.
Les produits de la vacherie, et en particulier le beurre, ont de tous temps en Finlande constitué un des principaux articles d'exportation. La nature du pays, sa richesse en prairies natu- „ relies et en pâturages, l'abondance d'eau douce pour abreuver le bétail, ont favorisé le développement de cette branche de l'exploitation agricole. Une autre circonstance qui y a contribué, c'est la méthode de défrichement par l'incendie des forêts. En effet les champs ainsi défrichés sont laissés sans culture après avoir été ensemencés deux ou trois ans; ils se couvrent alors d'une herbe abondante qui ne peut être fauchée à cause de la nature du terrain, inégal, parsemé de souches et de pierres, mais qui offre au bétail un pâturage exquis. En Savolaks et en Carélie, où les terrains de ce genre sont très-étendus, les paysans élèvent beaucoup de bétail, Là ? les vaches donnent çn été
un lait abondant et crémeux, mais en hiver elles jeûnent plus ou moins et leur lait tarit; aussi n'y élève-t-on guère le bétail pour la boucherie. Mais dans le sud et dans l'ouest du pays les prairies sont mieux aménagées et l'affouragement des bestiaux mieux entendu.
Le grand nombre de mauvaises récoltes qu'il y a eu entre 1850 et 1870 a fait chercher dans le perfectionnement de l'élevage des bestiaux une nouvelle source de profits. Le gouvernement se préoccupa d'abord d'améliorer l'exploitation des fermes en ce qui concerne les soins à donner aux animaux, la laiterie, la basse-cour, etc. Dans ce but, en 1865, deux fermières furent désignées pour parcourir chaque année le gouvernement de Kuopio et enseigner aux paysannes de meilleures méthodes pour la v fabrication du beurre et du fromage. Cet essai ayant donnée de ■• bons résultats, on étendit cette mesure aux autres gouvernements > dès 1867 et 1868. En outre il existe maintenant onze laiteriesécoles, subventionnées par l'Etat, où un certain nombre d'élèves ..« du sexe féminin (8 par école) peuvent acquérir en un cours de deux ans les notions théoriques et les connaissances pratiques nécessaires pour pouvoir bien gouverner toute la partie de l'exploitation d'une ferme qui incombe spécialement aux femmes. En même temps le gouvernement facilitait l'établissement de laiteries d'après la méthode holsteinoise, et surtout d'après celle de Schwartz, en faisant dans ce but aux cuiitvateurs, sous certaines conditions, des avances en argent sans intérêts. En 1875, il y avait dans les gouvernements d'Uléaborg et de Wasa, 12 fermes de ce genre, deux grandes, appelées fermes ou laiteries de district, et dix plus petites, ou fermes de village. L'influence de ces établissements soutenus par l'Etat s'est montrée excellente. C'est ainsi que, d'après le rapport de l'inspecteur des laiteries du gouv. de Wasa, dans la commune dé Toholampi, où il existe une laiterie de district, quarante cultivateurs avaient, en 1875,
leur laiterie organisée d'après la méthode de Schwartz; et il ressort du rapport du gouverneur d'Uléaborg sur la période 1866 — 1870, qu'alors déjà, à Evijarvi, telle ferme vendait à elle seule autant de beurre qu'il s'en fabriquait dans toute la commune dix ans auparavant.
Voici quels ont été pendant les années 1874 — 1876 les produits des fermes exportés de Finlande :
Bêtes sur pied:
chevaux 1,546 954 1,827.
boeufs et vaches .... 7,155 7,676 6,714.
veaux l8,3l5 22,346 13,215.
moutons 2,082 2,262 2,125.
porcs 16,676 41,277 13,269.
chèvres — 96 —
poules et autres animaux 3 19 483 672.
Viande :
lard, kilogrammes . . . 97,393 23,ooo 88,961.
viande de renne, kilogr. 19,967 21,837 27,430.
boeuf, mouton, etc. „ 538,243 572,705 88o,23o.
Beurre „ 5,159,764 4,804,396 5,484,039.
Fromage „ 25,177 21,182 15,997.
Lait (expédié à St. Pétersbourg)
litres 664,953 948,069 896,500.
Oeufs, vingtaines 1,422 755 1,448.
Peaux brutes, pièces .... 2,954 3,5 18 2,989.
Laine, kilogrammes 13,736 196 366.
Soies de porc, kilogrammes. . 15,955 19,848 10,820.
Suif, .... „ . . 3,179 723 2,525.
L'importation en Finlande de ces mêmes articles est insignifiante; elle se borne à des oeufs et à du suif de la Russie, à