‹ Le grand-duché de Finlande. Notice statistiqueChapitre 5 sur 41 · CLIMAT · texte numérisé non relu

CLIMAT

La Finlande jouit d'un climat doux, relativement à sa latitude. La ligne isotherme menée par les lieux dont la température moyenne est O, passe, comme l'on sait, bien au-dessous du 60 e degré de lat. nord dans la plupart des contrées de l'hémisphère boréal. Dans l'Amérique du nord, cette ligne décrit un arc de la presqu'île d'Aliaska (59°) à la partie sud du Labrador (48 ); en Asie, elle se rapproche de la frontière méridionale de la Sibérie et atteint l'Océan Pacifique au sud de l'embouchure de l'Amour, vers le 50 e degré de latitude. En Finlande, au contraire, cette ligne isotherme, commençant au 66 e degré de lat., s'élève rapidement au nord en décrivant une courbe qui enferme les terres élevées de l'intérieur, entre le golfe de Bothnie et la mer Glaciale, de façon que non seulement les contrées situées au sud de ce parallèle, mais encore celles qui s'inclinent vers l'Océan Glacial et subissent l'influence des flots tièdes du Gulfstream, ont une température moyenne supérieure à O. De tous les pays situés sous la même latitude que la Finlande, la presqu'île Scandinave seule a un climat plus doux. La Russie d'Europe au contraire esfbeauconp plus froide. La ligne isotherme marquant + 2° passe, -en Finlande, par le nord des gouvernements de Wasa et de Kuopio, sous 64 de lat. n., mais, après avoir pénétré en Russie, elle s'abaisse de plus en plus, et traverse enfin le fleuve Oural par 53° de lat

ÎO

CLIMAT

Abo et Helsingfors ont une température moyenne supérieure à celle de Samara et d'Orenbourg. A Abo, la température moyenne de l'année est de + 4,6 degrés centigrades, et à Helsingfors, d'après des observations faites d'heure en heure pendant vingt et un ans, cette moyenne est de + 4,11. Voici du reste, pour Helsingfors, la température moyenne de chaque mois:

Janvier . .

Février . .

Mars. . . .

Avril . . .

Mai . . . .

Juin . . . .

Juillet . . .

Août . . .

Septembre

Octobre . .

Novembre

Décembre

Ce climat relativement doux, la Finlande le doit aux mers qui l'entourent; comme celles-ci ne gèlent presque jamais entièrement, les vents qui les traversent pendant l'automne et l'hiver arrivent tièdes sur le pays. Et, en effet, ce n'est que par la température plus élevée de ses hivers que là Finlande se distingue d'autres lieux situés plus à l'est sous le même parallèle. Tandis que les lignes isothères sont à peu près les mêmes pour la Finlande que pour les gouvernements d'Archangel et d'Olonetsk,' les lignes isochimènes, au contraire, descendent directement vers le sud, de sorte que Uléaborg a en hiver la même température moyenne que Saratow, et Helsingfors et Abo, la même qu'Astrakan, Nous ne voulons point du tout dire par là

CLIMAT. U

que les hivers de la Finlande ne sont pas rigoureux. Une température de — 30 degrés centigr. est, à Helsingfors, chose assez rare sans doute, mais point extraordinaire, et à Tornea il arrive, sinon chaque année, du moins plusieurs fois en dix ans, que le mercure gèle dans le thermomètre.

Il va sans dire que dans un pays, qui, comme la Finlande, occupe un espace considérable du nord au sud, le climat varie beaucoup selon la latitude. Voici, par exemple, la température moyenne des différentes saisons à Abo, situé par 6o° 27' de latitude nord, à Uléaborg (65 ) et à Enontekis, au-delà du cercle polaire, par 68° 45'.

Décembre —

Mars —

Juin-

Sept.—

L'année 1

Février.

Mai.

Août.

Nov.

entière.;

Abo ... — 5,38

Uléaborg — 11,15

Enontekis — 16,98

Il existe également une différence sensible entre le climat des côtes et celui de l'intérieur. Les côtes, en effet, subissent immédiatement l'influence du voisinage de la mer, dont les eaux, échauffées pendant l'été, ne perdent ensuite que lentement leur chaleur, mais aussi, une fois couvertes de glace, tardent beaucoup à revenir à une température élevée et envoient encore trèstard au printemps des vents froids sur leurs bords. C'est pourquoi le passage d'une saison à une autre est beaucoup moins subit sur les côtes que dans l'intérieur. A Helsingfors, par exem-' pie, la végétation est plus tardive qu'à Tavastehus, situé pourtant plus au nord, mais, en revanche, les arbres y conservent plus longtemps leur feuillage et la mer y est souvent encore libre de glaces plusieurs semaines après que les lacs qui entourent Tavastehus sont gelés.

CLIMAT

Le golfe de Bothnie, dans la partie septentrionale surtout, reste gelé, et par conséquent fermé à la navigation, deux ou trois mois de plus que le golfe de Finlande. Les phares des côtes restent éteints aussi longtemps que de leur sommet on ne peut pas apercevoir la mer ouverte. C'est ainsi qu'à l'extrémité des promontoires qui s'avancent le plus au sud, ceux d'Hangô et de Porkkala, les phares sont restés éteints, pendant ces dernières années, 43 à 45 jours par an, devant Nystad, clans la partie sud du golfe de Bothnie, 68 jours, et à Wasa, dans le Qvarken, 147 jours. Il arrive même quelquefois que le golfe de Finlande ne gèle pas au-delà de l'archipel côtier et que, par conséquent, on n'éteigne pas les feux. En hiver, un bateau à vapeur entretient une communication régulière entre Hangô et Stockholm; il arrive cependant qu'après des temps froids et calmes cette communication est interrompue plus ou moins longtemps par les glaces.

Les vents dominants sont ceux du sud et du sud-ouest, les moins fréquents, ceux d'est et du nord- est. Voici, d'après les observations du célèbre physicien et météorologiste Hiillstrôm, la proportion sur ÎOO dans laquelle soufflent les vents:

A Abo.

Helsingfors.

Uléaborg.

s au vois

inaere de

la

mer. il tombe

en

1 Finlan

sablement d'eau. Des observations faites à Helsingfors ont donné

une moyenne de 162 jours de pluie par an, et la quantité d'eau tombée pendant le même espace de temps est de 20 pouces anglais. En général la sécheresse est moins à redouter en Finlande que l'excès de pluie. Lorsque les récoltes manquent, c'est presque toujours par suite d'un été froid et pluvieux qui, en retardant de développement des semences, les expose ensuite aux gelées inévitables de l'automne.

La flore de la Finlande est à peu près la même que celle du nord de la Scandinavie. Elle s'étend à l'est un peu au-delà des frontières politiques, jusqu'à la Neva, au Ladoga, à la rivière de Svir, à l'Onega, au Wyg et à la Mer Blanche. Certes, cette flore n'est pas riche, comparée à celles des pays plus méridionaux; néanmoins on y compte jusqu'ici environ 1,080 espèces de phanérogames et 1,800 de cryptogammes, sans compter les champignons, qui, à eux seuls, fourniraient autant d'espèces que tous les autres cryptogames réunis.

Parmi les essences qui composent des forets d'une certaine étendue, il faut nommer en particulier:

Le pin (pinus sylvestris), l'arbre le plus répandu en Finlande et le plus productif. On le trouve dans tout le pays sauf dans l'extrême nord, où il cesse de se montrer, d'une part, dans les environs de Kelottijârvi (68° 3o'), d'autre part un peu au nord du lac d'Enare (69 3o'). Le long des cours d'eau on le rencontre encore plus au nord, jusqu'au confluent de l'Utsjoki et du Tana (69 55'), mais très rabougri.

Le sapin (abies excelsa) est aussi très-commun et forme de vastes forêts au sud du cercle polaire. La limite septentrionale à laquelle il atteint est marquée par une ligne qui, d'un peu au nord de l'Ounastunturi (68° 20') aboutirait au village de

Kyroe (68° 45'), non loin de l'embouchure de l'Ivalojoki dans le lac d'Enare. On en trouve pourtant des exemplaires isolés dans le territoire laponais d'Enare, par 69 de latitude.

Le bouleau (betula alba), dont il existe en Finlande deux variétés très-semblables et que l'on confond ordinairement, le betula verrucosa et le betula glutinosa. Il forme des forêts d'une étendue considérable, surtout dans les terrains autrefois défrichés après l'incendie des forêts qui les couvraient. Le betula verrucosa atteint les mêmes limites que le sapin, mais le glutinosa se rencontre encore fréquemment, quoique rabougri, jusqu'à l'extrémité septentrionale de la Finlande, plus au nord que le pin.

Uaune grisâtre (alnus incana) est commun, sauf dans la partie septentrionale; on le trouve généralement mêlé parmi d'autres essences; pourtant en certrains endroits il forme des forêts assez étendues.

Les arbres suivants se trouvent disséminés parmi d'autres essences, ne formant que rarement des forêts à eux seuls, et alors seulement sur une étendue insignifiante.

Le tremble (populus tremula), rare dans le haut nord du pays, est partout ailleurs assez commun.

Laune visqueux (alnus glutinosa), se rencontre dans le sud du pays jusqu'à 64 lat.

Le chêne (quercus pedunculata Ehrh.) ne se trouve que tout aij..sud, le long des côtes du golfe de Finlande, et ne forme que rarement de petits bois (comme à Runsala près d'Abo). Il ne croît pas, à l'état sauvage, au-delà de 60 ° 35', mais cultivé, on le rencontre bien plus au nord, à Wôro par exemple (63° lat.)

Les autres arbres indigènes qui ne se recontrent jamais en groupes assez nombreux pour former des bois sont: le saule (salix caprea), le sorbier des oiseaux (sorbus aucuparia) et le putiet (prunus padus), tous trois assez communs : le tilleul (tilia parvifolia), qui se rencontre à l'état sauvage jusqu'à 63° 40' lat. n.,

Xèrable (acer platanoides), Xorme (ulmus campestris), le frêne (fraxinus excelsior), le pommier sauvage (pyrus malus), le cormier de Laponie (sorbus fennica); ces derniers ne se rencontrent que dans le sud du pays et sont rares même là. Les arbustes et buissons sont en très-grand nombre; ce sont entre autres: le genévrier (juniperus communis), Xif (taxus baccata), le bouleau nain (betula nana), X osier (salix), dont il existe en Finlande plus de vingt variétés, le noisetier (corylus avellana) que Ton trouve jusqu'à 6l° 40', X obier (viburnum opulus), la bourdaine (rhamnus frangula), le cftèvrefeuille des buissons (lonicera xylosteum), le ribes alpinum, le framboisier (rubus idaeus), le cassis (ribes nigrum), qui parvient jusqu'à 67 20' de lat. n., et le groseillier commun (ribes rubrum), qui prospère encore à l'extrémité septentrionale de la Finlande.

Outre les espèces indigènes, on trouve en Finlande un grand nombre d'arbres et de buissons qui y ont été apportés du dehors et acclimatés, entre autres: le mélèze (pinus larix) dont on a en quelques points planté des forêts, le saule fragile (salix fragilis), le lilas (syringa vulgaris), le caragan (caragana arborescens), le cerisier nain (lonicera tatarica), le peuplier blanc (populus alba), le peuplier balsamifère (populus balsamifera) le chèvrefeuille (lonicera caprifolium), le marronnier (aesculus hippocastaneum), etc.

En fait d'arbres fruitiers acclimatés en Finlande et très-répandus dans le sud du pays, nous citerons : le pommier (pyrus malus), qui, dans le sud, donne d'assez bons fruits; il ne réussit bien que jusqu'à 62 de lat.; par 63° les pommes ne mûrissent que dans les belles années. On trouve encore à Uléaborg et à Tornea des pommiers nains qui ne donnent pas de fruits.

Le poirier (pyrus communis) est assez commun dans le sud des gouvernements d'Abo et de Nyland; il devient rare et cesse de donner des fruits tous les ans dès le 6l°.

16 FLORF.

Deux variétés de cerisiers: prunus cerasus et prunus avium. On rencontre encore le premier dans les environs de Wasa et de Kuopio; le second ne s'étend pas au-delà du 6l e degré.

Le prunier sauvage (prunus instititia) et le prunier domestique (prunus domestica) ont les mêmes limites, celui-là que le prunus cerasus, celui-ci que le prunus avium.

Le groseillier à maquereau (ribes grossularia et r. uva crispa) réussit encore fort bien à Wasa et à Kuopio. On cultive aussi dans les jardins des variétés étrangères de groseilles, de cassis et de framboises. Quant aux abricots, aux pêchers, à la vigne, ils ne viennent qu'en serre.

On trouve en grande quantité dans toute la Finlande des plantes baccifères, comme: Y airelle ponctuée (vaccinium vitis idaea), la myrtille (vaccinium myrtillus), la canneberge (vaccinium oxycoccus) et la ronce faux mûrier (rubus chamaemorus). La ronce des pôles (rubus articus) est surtout répandue dans la zone comprise entre le cercle polaire et le 63 e parallèle. Le fraisier commun (fragaria vesca), très-répandu dans le sud du pays, devient plus rare en avançant au nord et disparaît complètement en Laponie. D'autres plantes de ce genre, comme X airelle des marais (vaccinium uliginosum) et la ronce des rochers (rubus saxatilis), sont moins recherchées.

Les céréales et plantes usuelles les plus généralement cultivées en Finlande sont:

Le seigle (secale céréale), qui prime toutes les autres céréales dans la région du sud jusqu'à 64 de lat, où l'orge commence à pendre le dessus. On cultive pourtant le seigle jusqu'au cercle polaire; plus au nord il ne réussit guère et manque souvent tout-à-fait. Toutefois, dans les années favorables, on la vu mûrir à Kuolajaervi (67 20' lat. et 47 5' long, de l'île de Fer), à Sodankylae (67 20' lat., 44 15' long.), à Kittilae (67 3o' lat., 42° 45' long.) et à Muoniotiiska (68° lat., 41 25' long.).

ï^orge commune (hordeum vulgare) et h deux rangs hordeum distichum), la plus importante des céréales après le seigle, et qui domine dans la région du nord. La culture de l'orge commune est la plus répandue, celle de l'orge à deux rangs étant limitée presque exclusivement à la région du sud-ouest. Les limites de cette culture au nord sont le village de Kyroe, près de l'embouchure de l'Ivalojoki dans le lac d'Enare (68° 46'), et la partie sud de la paroisse d'Enontekis (68« 45').

\J avoine, la culture la plus commune après le seigle au sud du 62 e parallèle; on la cultive moins entre le 62 e et le 65 e degrés; toutefois, dans les années propices, elle réussit jusqu'à Kittilae et Muonioniska.

Le froment (triticum sativum), qui ne se cultive que par petites quantités, mais assez généralement, jusqu'au 61 e et au 62 e degrés de lat. Au-delà il est plus rare et la réussite en est plus chanceuse.

On trouve en assez grand nombre des champs peu étendus de sarrasin (fagopyrum) dans la région de l'est et jusqu'à la frontière sud du gouvernement d'Uléaborg. On le sème de préférence dans les champs défrichés au moyen du feu.

La culture des pois, blancs (pisum sativum) et gris (pisum arvense), est très-générale au sud du 62 e degré, mais moins répandue plus au nord. Cependant on a essayé avec succès de l'obtenir dans les environs de Kajana et d'Uléaborg.

La pomme de terre (solanum tuberosum) est en Finlande un des produits du sol les plus importants. On a pu la récolter jusqu'à Utsjoki (69 50' lat. n.).

Le chou-rave (brassica râpa) était aussi généralement cultivé avant l'introduction de la pomme de terre que celle-ci l'est maintenant; cette culture a diminué depuis lors.

Le chou (Brassica oleracea, var. capitata) et le chou-fleur (brassîca oleracea botrytis) sont cultivés assez généralement, surtout dans le voisinage des villes du sud.

Parmi les plantes et herbes potagères on cultive encore le haricot (phaseolus vulgaris), Xèpinard (spinacea oleracea), le persil (apium petroselinum), Xaneth (anethum graveolens), la carotte (daucus carotta), la betterave (beta vulgaris), le panais (pastinaca sativa), le raifort sauvage (cochlearia armoracia), le radis et le raifort (raphanus sativus), Y ail (allium sativum), X oignon (allium cepa), etc.

Le sud de la Finlande produit du lin (linum usitatissimum) et du chanvre (cannabis sativa). Celui-ci se rencontre jusque sous le 65 e et le 66 e degré de lat, tandis que le lin devient rare dès le 64 e degré.

Il n'est pas encore possible de préciser le nombre des espèces animales qui se trouvent en Finlande, car plusieurs classes de mollusques et de zoophytes n'ont pas été suffisamment étudiées. Nous nons bornons à donner ici, dans les classes et les groupes principaux, quelques-unes des espèces les plus remarquables ou les plus communes.

Vertébrés. Mammifères. On en compte 60 espèces, y compris les animaux domestiques et les espèces acclimatées. Les plus remarquables sont:

Vours (ursus arctos), qui se rencontre dans toute la Finlande jusqu'au nord du lac d'Enare, où, les forets étant plus clair-semées, les fourmilières plus rares et les baies en moins grande quantité, la nourriture lui fait défaut. Il vit surtout dans les lieux marécageux couverts d'épaisses forets. — Le loup (canis lupus); on le trouve jusqu'aux confins nord de la Laponie;

il commet de grands jdégâts, surtout pendant les hivers froids, alors qu'il pénètre en grandes troupes jusque dans le voisinage des habitations. — Le re?iard (canis vulpes), répandu dans tout le pays; le renard croisé et le renard noir sont des variétés rares et recherchées pour leur précieuse fourrure. \J isatis (canis lagopus) appartient proprement à la Laponie, mais on le rencontre aussi quelquefois jusque dans le sud de la Finlande, particulièrement pendant les hivers froids. Le castor (castor fiber) appartient également au haut nord; il y a deux siècles, les chasseurs en tuaient des centaines annuellement, mais il est devenu si rare qu'on n'est pas même certain qu'il en existe encore en Finlande. Lïélan (cervus alce) est un bel animal, qui tend aussi à disparaître. Malgré les règlements actuels qui interdisent absolument la chasse de l'élan, on en tue pourtant encore tous les ans. En revanche, le lièvre (lepus timidus et lepus europaeus) et X écureuil (sciurus vulgaris), celui-ci recherché pour sa fourrure. — On trouve le long des côtes des golfes de Finlande et de Bothnie une grande quantité de phoques (phoca vitulina et phoca hispida), dont, chose singulière, cette dernière variété se rencontre aussi dans le lac Ladoga et dans le Saima. Parmi les animaux nuisibles, citons le rat noir (mus rattus), qui cependant tend à disparaître devant son ennemi le surmulot (mus decumanus), la souris (mus muscatus), etc. Le mulot (arvicola agrestis) cause des dégâts dans les champs et les prairies du sud du pays, mais plus malfaisant encore est son congénère lapon Xarvicola ratticeps (Keys et Blas) qui désole les champs de pommes de terre et d'orge des colons de la Laponie.

Nommons parmi les animaux domestiques: le cheval (equus caballus), en général petit, dépassant rarement 1 m. 34, mais bien bâti, fort et endurant, le boeuf (bos taurus), le mouton (ovis aries), de race petite et à grosse laine, la chèvre (capra hircus), le cochon (sus scrofa), le chien (canis familiaris), le chat (felis domes-

ticus), enfin le refme (cervus tarandus), en Laponie et, en Finlande, au nord de 65 3o r lat. n. Il existe aussi à letat sauvage sur les pentes septentrionales du Maanselkâ.

Oiseaux. On en connaît 211 espèces, outre 6 espèces domestiques. Près des lieux habités les forets sont remplies d'oiseaux chanteurs. Le rossignol (luscinia major s. philomela) se rencontre dans la partie sud-est du pays, pas plus à l'ouest qu' Helsingfors ni plus au nord que Kuopio. En revanche Xalouette (alauda arvensis), la grive (turdus musicus) et plusieurs espèces de sylvidès sont communes dans tout le pays. La plupart de ces oiseaux émigrent en automne, ainsi que le cygne (cygnus musicus) qu'on peut voir, l'été, pendant un temps assez court, nager sur les lacs du nord et du nord-est. Comme gibier à plumes, il faut citer la gelinotte (tetrao bonasia), le coq de bruyère (tetrao urogallus), le petit tétras (tetrao tetrix), la perdrix grise (perdix cinerea), le lagopède (lagopus alpinus), plusieurs espèces du genre anas, etc. Les oiseaux de proie sont aussi en grand nombre; ce sont entre autres; V aigle commun (aquila chrysaëtos), Y aigle-pêcheur (haliaëtus albicilla), ce dernier pourtant émigré en hiver, six espèces du genre faucon, deux du genre autour, six espèces de hiboux, etc.

Poissons. Les lacs, les fleuves de la Finlande et les mers qui l'entourent sont habités par 80 espèces de poissons. Citons parmi les plus importantes au point de vue économique une variété de hareng (clupea harengus) de 75 à 100 millim. de longueur, qui fréquente les golfes de Finlande et de Bothnie et se rencontre en bancs énormes près des récifs extérieurs de l'archipel côtier; X anchois (clupea sprattus L.), commun près des côtes sud et sud-ouest; le brochet (esox lucius) abondant dans toutes les eaux finlandaises et jusqu'en Laponie; la perche (perça fluviatilis), aussi commune que le précédent; le sandre commun (lucioperca sandra Cuv.) se rencontre jusqu'au 66° 5' 1. n. dans la plupart des lacs profonds ainsi que dans l'archipel, au sud; le flet

(platessa flesus L.); la morue (gadus morrhua L.), commune dans les golfes de Finlande et de Bothnie jusqu'au Qvarken, mais rare plus au nord; la lote (Iota vulgaris Cuv.), que l'on prend surtout en hiver; X anguille (anguilla vulgaris Flem.), se pêche dans la mer et dans la plupart des fleuves et des lacs en communication avec elle; la brème (abramis brama L.) se rencontre jusqu'au cercle polaire; Xidus melanotus; le gardon (leuciscus rutilus); plusieurs espèces du genre lavaret (coregonus lavaretus L., c. marocna Block, etc.); le coregonus albula L., long, de 50 à 75 mm. seulement, mais si abondant dans les lacs qu'il constitue une partie importante de la nourriture des populations de l'intérieur; le saumon (salmo salar L.) et la truite (salmo trutta) qui font l'objet d'une pêche très-productive, surtout dans les grandes rivières; on en trouve des variétés singulières dans le Ladoga (salmo relicta Malmgr.) et dans d'autres grands lacs du pays (salmo lacustris L.); la lamproie de rivière (petromyzon fluviatilis), etc.

Reptiles. On en compte en Finlande cinq espèces, dont une seule venimeuse, la vipère commune (pelias herus L.), qui se tient de préférence sur les pentes pierreuses exposées au midi, niais que l'on trouve aussi dans les landes et les forêts. On en rencontre jusque dans le sud de la Laponie.

Amphibies. Ils sont aussi représentés par cinq espèces: la grenouille commune (rana temporaria L.) et la grenouille muette (rana arvalis Nilss.); le crapaud (bufo vulgaris L.), la salamandre (triton palustris) et le triton (triton aquaticus L.).

Mollusques. Cet embranchement, nous l'avons dit, n'a pas encore été assez étudié en Finlande pour qu'on en puisse préciser le nombre des espèces. Citons entre autres un coquillage produisant des perles, le Margaritana margaritifera L., que l'on trouve surtout dans les cours d'eau communiquant avec l'Oulujârvi, mais aussi, bien qu'en moins grand nombre, dans les rivières du sud. Le Mytiïus edulis L. est commun dans le golfe de

Finlande et au nord jusqu'à Wasa, mais on ne le mange pas, non plus que les différentes espèces de colimaçons. On a bien trouvé dans le sud de la Finlande un échantillon de l'escargot comestible, hélix pomatia L., mais on ne sait pas encore si on peut le compter dans la faune finlandaise.

Articulés* Nous nous bornerons aussi à citer quelques espèces importantes par leur utilité ou leur nocuité. Uapiculture s'est quelque peu répandue dans le sud, surtout dans les gouvernements d'Abo et de Bjorneborg. La chenille du fioctua graminis L. cause de grands dégâts, et, en certaines années, détruit par places presque complètement les prairies. Les forêts de conifères sont quelquefois attaquées par des variétés de l'Hylastes scolytus et de l'H. bostrychus. Mais de tous les animaux de cet embranchement, le plus important au point de vue économique est ïècrevisse (astacus fluviatilis), qui se trouve en abondance dans les lacs et les rivières de la Finlande méridionale et moyenne, et dont on exporte des quantités considérables en Russie.

Depuis 1749 I e clergé de Finlande a dressé chaque année, pour le gouvernement et suivant un formulaire établi, des tableaux contenant les morts, les naissances et les mariages; de plus, au bout de chaque période de trois ans d'abord, puis de cinq ans, d'autres tableaux généraux, énonçant le chiffre de la population et sa distribution selon l'âge, le sexe, la profession, etc. C'est à ce fait que la Finlande doit d'être dotée, de même que la Suède, d'une statistique de la population qui peut-être n'a pas sa pareille en Europe pour l'unité de plan et la longue suite d'années qu'elle embrasse. Cet avantage toutefois n'est que partiel ; car toute la partie du pays qui appartenait à la Russie lorsque ces recensements furent institués, n'y figure que depuis la con-

quête de tout le pays par les Russes et la réintégration de la Finlande dans ses anciennes limites, en 1812. Ce n'est donc que depuis cette époque que ces tableaux nous fournissent des renseignements complets.

Voici les chiffres de la population après l8l2:

en 1815 1,095,957.

Cette dernière somme se répartissait sur les différents gouvernements comme suit:

Gouvernements.

Superficie p opu i a tion au 3l Décembre

en kilom.

carrés (non compris le lac Ladoga)

Nylande

Abo-Bjôrneborg Tavastehus Wiborg .

St. Michel Kuopio .

Wasa . .

Uleaborg

Luthériens.

Grecs orthodoxes.

i83,3oo 318,296 202,250 26o,368

Cath.

rom.

Total.

3i8,6io 202,250 289,010 162,836 238,28o

Total i370,283 ' 1,875,426! 36,655 \ 566 1 1,912,647

Le dénombrement de la population en Finlande ne comprend que la population de droit, non la population de fait. C'est pourquoi les sommes ci-dessus ne comprennent pas les étrangers de passage ou établis depuis plus ou moins longtemps dans le pays sans s'être fait naturaliser. Ainsi, les troupes russes en garnison dans certaines villes, les fonctionaires civils russes, en grand nombre, attachés au commissariat des guerres ou à l'armée, les prêtres et autres et leurs familles, ne sont pas comptés dans la population. Il en est de même des juifs, au nombre de 4 à 500, qu'un permis de séjour autorise à résider dans le pays, mais auxquels la loi n'accorde pas encore la faculté de se faire naturaliser.

Bien que la Finlande occupe une superficie plus vaste que la Grande-Bretagne et l'Irlande réunies, sa population s'élève à peine à la moitié de celle de Londres seule. La Finlande ne compte que cinq habitants par kilomètre carré. La population est plus dense dans les autres pays septentrionaux de l'Europe. Dans la Russie d'Europe la proportion est de 14 habitants par kil. carré, en Suède, de plus de 10, en Norvège, d'environ 6. Mais en faisant cette comparaison il faut considérer que les pays en question s'étendent beaucoup plus au sud que la Finlande, et que la plus grande densité de la population dans leurs provinces méridionales influe . considérablement sur la moyenne générale. Si l'on borne la comparaison à la portion de ces pays située sous la même latitude que la Finlande, c'est à dire au nord du 60 e parallèle, la proportion devient tout autre. Le gouvernement d'Olonetz, dans la Russie d'Europe, a 2,5 habitants par kilomètre carré, celui de Wologda, 2,7, celui d'Arkhangel, seulement 1. La presqu'île Scandinave occupe au nord du 60 e parallèle une superficie une fois et demie plus grande que celle de la Finlande, et ne compte, dans cette portion de son territoire, que 1,650,000 habitants, c'est-à-dire 3 par kil. carré. Donc en réalité la Finlande

est, de tous les pays situés sous la même latitude, le plus peuplé et le mieux cultivé.

Dans un pays étendu, où le climat et les conditions physiques présentent des différences notables selon les lieux, la densité de la population n'est nécessairement pas partout la même. Ainsi, tandis que certaines communes du sud et du sud-ouest de la Finlande comptent plus de 25 habitants par kilomètre carré, d'autres paroisses situées dans l'intérieur, à l'écart des grandes voies de communication, n'en ont que 2 sur le même espace. En Laponie la proportion n'est plus guère que de 1 habitant par dix kilomètres carrés. Du reste, la carte 2 jointe à cet Aperçu offre un tableau synoptique de la distribution de la population en Finlande.

Il résulte de l'examen de cette carte que seuls les rivages de la mer et des fleuves ont une population quelque peu dense, tandis que les vastes contrées de l'intérieur qui s'étendent entre la côte du golfe de Bothnie et les lacs de Pàijânne et de la Savolaks-Carélie semblent relativement désertes. Toutefois ce sont précisément ces contrées où les défrichements prennent le plus grand accroissement et où la population augmente le plus rapidement. Autrefois, alors que ces défrichements étaient à peine commencés, la population était encore bien plus inégalement répandue. Quelques chiffres feront comprendre combien l'augmentation de la population a dû changer la physionomie du pays e* rendre des déserts à la culture. La moyenne de la population était par kilomètre carré: en 1750: 1,5, en 1775*. 2, en 1800 : 3, en 1825: 3,4, en 1850: 4,4 et en 1875: 5,2. De sorte que dans cette période de 125 ans, la population a augmenté de 3 V2 f°i s -

La question de la densité de la population est en connexion intime avec celle de sa répartition entre les villes et les campagnes. Les villes, en Finlande comme ailleurs, sont des lieux où un grand nombre d'habitants sont concentrés dans un espace

relativement restreint. Mais, tandis que dans la plupart des autres pays la différence entre une ville et un village est déterminée par le chiffre de la population (en France, p. ex., sont réputés villes tous les endroits comptant 2,000 habitants et au-dessus), en Finlande, au contraire, cette distinction est fixée par les lois et ordonnances, et ne repose nullement sur le nombre des habitants. Les villes sont des places de commerce privilégiées, ayant leur législation propre, leur administration communale, et leur représentation aux assemblées des états. C'est pourquoi l'on trouve en Finlande des villages et des assemblages de maisons plus peuplés que plusieurs d'entre, les petites villes*), mais qui s'en distinguent pourtant en général par l'irrégularité de leur construction. Voici quelle a été depuis 1815 la population to* taie des villes.

Rapport à Population. la pop. du

pays.

en 1815 . • . 51,934

\ pour cent.

„ 1875 • • . HB,355

Ces chiffres prouvent que la population des villes s'est notablement accrue, non seulement d'une manière absolue, mais encore relativement à la population totale du pays. En 1815 le nombre des villes était de 29, en 1875, de 35. Voici quelle était en 1875 la population des huit villes principales:

*) En Finlande, un assemblage de maisons ne constitue pas toujours un village. Il est tel village dont les maisons les plus voisines sont à plusieurs kilomètres l'une de l'autre.

Helsingfors 33,6o2

Abo 22,018,

Wiborg 12,575

Uleaborg 8,679,

Tammerfors 8,443.

Bjoerneborg 7,346.

Kuopio 6,062

Nikolaistad (Wasa) . . 4,986,

Dans quelques villes la population de fait est beaucoup plus considérable que la population de droit, que nous donnons ici. A Helsingfors, par ex., résident toute l'année un grand nombre d'étudiants et d'écoliers, qui ne sont pas comptés dans le recensement, non plus que la garnison russe et les familles des soldats et officiers. Si l'on estime la population de fait, Helsingfors compte bien près de 40,000 habitants. Cette différence entre la population réelle et la population de droit est aussi très-grande à Wiborg. Quant à Tammerfors, sa population s'élèverait à environ 12,000 âmes si l'on y comprenait le faubourg situé sur la rive gauche des rapides.

Quant à la religion, les habitants de la Finlande se répartissent comme suit:

Rapport à la pop. totale.

Luthériens 1,875,426 98,05 )

Catholiques grecs . . 36,655 1,92 } pour cent.

Catholiques romains , . 566 0,03 )

De plus, quelques personnes, en très petit nombre, appartenant à d'autres communions chrétiennes mais qui ne forment pas de congrégations distinctes. Les militaires russes en garnison en Finlande ne sont pas compris dans les chiffres ci-dessus. En outre, à Helsingfors, Abo et Wiborg, il y avait, selon le re-

censément de la population de fait en 1870, 404 juifs et 86 mahométans. La loi finlandaise, comme nous l'avons déjà dit, ne reconnaît pas aux juifs le droit de se faire naturaliser.

Au point de vue de la nationalité, le peuple finlandais n'offre pas la même unités que jjour la religion. Pourtant, les Finnois sont en forte majorité (85 %). Viennent ensuite les habitants de langue suédoise (14 %), qui entrent pour le plus grand nombre dans la composition des classes supérieures et forment la population d'Alande, des côtes du gouvernement de Nylande, de celui de Wasa et d'une partie de l'archipel d'Abo. Mais ces deux peuples, qui pendant 700 ans ont vécu côte à côte dans le pays, qui professent la même religion, obéissent aux mêmes lois, jouissent des mêmes droits civils et politiques, forment bien réellement une seule nation. Ajoutons d'ailleurs que la plupart des familles appartenant atrx classes supérieures descendent d'ancêtres finnois ou tiennent également des deux peuples par leur origine. — Il y a encore en Finlande des Russes (environ 6,000, les militaires non compris), établis pour la plupart comme marchands dans les villes, mais peuplant aussi quelques villages du gouvernement de Wiborg; — des Allemands (1,200 environ, à Helsingfors et à Wiborg); — des Zingari, au nombre d'un millier, errants dans l'est du pays; — enfin environ 600 Lapons dans l'extrême Nord.

La statistique n'a fourni jusqu'ici que des données approximatives sur la distribution de la population suivant la profession .et les moyens d'existence. De ces données il ressort que 80 % (de la population sont cultivateurs ou tirent leur subsistance des (travaux agricoles; 7 % seulement se livrent au commerce, à la navigation et à l'industrie. Les employés de l'Etat sont dans la proportion de 1,5 %> ' es militaires, de 1 %. Le reste se répartit sous différentes rubriques: «individus au service d'autrui" (4,5 %), „sans profession" (2,5 %), «indigents et prisonniers",

etc. etc. Il existe une autre classification, selon des distinctions maintenues depuis les anciens temps, et qui règle encore en partie le mode de représentation aux états le la nation. C'était, en 1875:

Hommes. Femmes. Total.

Nobles et chevaliers . . . 1^248 J j^L 2 >799- )

Clergé et corps enseignant . 3,4o3 4,1 12 7,515.

Autres personnes notables . 8,636 10,425 19,061.

Bourgeois 11,209 12,126 23,335.

Paysans 806, i37 842,545 1,648,682. /

Non classés 104,097 107,158 211,255.^

Les femmes sont, comme Ton sait, plus nombreuses que les hommes dans la plupart des pays de l'Europe. C'est aussi le cas en Finlande. Sur 1,912,647 habitants, le pays comptait, d'après le dernier recensement, 934,728 hommes et 977,919 femmes, ce qui donne un rapport de l,odo hommes pour 1,046 femmes. Il y a quelques années, l'écart était encore plus grand. En 1815, p. ex., on comptait 1,079 et en 1840, 1,064 femmes pour 1,000 hommes. La cause de ce fait doit se chercher, non seulement dans la différence des occupations, qui exigent des hommes de plus grands efforts et les exposent à plus de dangers, mais encore dans la plus grande irrégularité de leur genre de vie. L'ivrognerie est plus commune dans les pays du nord que dans ceux du midi, et elle choisit ses victimes de préférence dans le sexe masculin. Les femmes finlandaises sont heureusement, à très peu d'exceptions près, exemptes de ce vice.

Selon l'état civil, la population se répartit comme suit:

S. masculin. S. féminin. Total.

Enfants au-dessous de 15 ans . 33o,983 328,238 659,221.

Célibataires au-dessus de 15 ans 246,756 244,916 491,672.

Mariés 321,221 321,540 642,761.

Veufs, veuves et div orcés . . 35,258 83,169 118,427.

Total 934,218 977,863 1,912,081.

Dans ces chiffres n'est pas comprise la petite congrégation catholique-romaine, parce que les renseignements qui nous en sont parvenus sur l'âge et l'état-civil de ses membres ne sont pas complets. Du reste on voit par ces chiffres que l'excédant des femmes sur les hommes est fourni tout entier par la classe des veufs et veuves. Nous donnons plus loin une répartition plus détaillée de la population selon l'âge *).

On a calculé que la durée moyenne de la vie, pour une personne qui naît en Finlande, est de 37 ans. Pour le sexe masculin, cette moyenne est de 35,6 ans, mais pour, les femmes, elle est de 38,4 ans -

La cécité est relativemont plus commune en Finlande que dans la plupart des autres pays. En 1873, il y avait, dans la population luthérienne, 3,891 personnes atteintes de cécité complète, dont 1,276 hommes et 2,615 femmes, en outre on comptait 4,068 personnes affligées de cécité partielle ou dont la vue était tellement affaiblie qu'elles ne pouvaient lire un texte imprimé en gros caractères. En Danemark et en Norvège, dont la population est à peu près égale à celle de la Finlande, le nombre des aveugles est beaucoup moins considérable. En 1870, en effet, on ne comptait en Danemark que 1,249 aveugles, et 2,320 en Norvège en 1865. Les causes d'un état de choses si désavantageux pour la Finlande doivent se chercher dans certaines particularités du genre de vie Les anciennes chaumin es. sans issue pour la fumée ne se rencontrent plus guère que dans quelques cantons reculés de l'est, mais l'usage de se baigner plusieurs fois par semaine dans des étuves surchauffées et remplies de fumée, a persisté et ne peut pas être sans influence sur le grand nombre des maladies d'yeux. Il en doit être de même de la coutume, particulière aux Finlandais, de faire sécher et de battre le grain dans des étuves. — Les sourds-muets ne

*) Voir à la fin du volume, le tableau 1.

sont pas aussi nombreux que les aveugles; il y en a pourtant environ 1,500, d'après un calcul approximatif. — Quant au nombre des aliénés, nous n'avons pas de renseignements complets pour les dernières années; en 1865 on en comptait 3,143, c'està-dire l sur 587 habitants.

Voici quel a été, pendant les dernières années, le nombre des mariages, des naissances et des décès:

Mariages.

Naissances.

Décès.

sn

Yi

Les fluctuations dans le rapport des naissances et des décès qu'on observe dans ces onze années sont les plus fortes que la statistique de la Finlande ait eu à enregistrer jusqu'ici. En 1868 le nombre des décès s'éleva à 7,90 % de la population, ce qui est la plus grande mortalité depuis le commencement du siècle dernier. En 1871, au contraire, ce chiffre est descendu à 1,79 %, c'est à dire plus bas que jamais auparavant. Mais ces deux années, et, en général, les périodes triennales 1866—1868 et 1870 — 72 doivent être considérées comme absolument anormales par rapport au mouvement de la population. Pendant la

première de ces périodes, la Finlande a souffert des suites de la plus terrible disette qui ait visité le pays depuis la fin du 17 e siècle. Des épidémies meurtrières ravagèrent les populations affaiblies par la famine; en certains cantons, près d'un quart des habitants furent enlevés par la maladie en moins d'un an. Les années 1 870—72 marquent en revanche une réaction contre cette rapide diminution de la population; les conditions hygiéniques furent exceptionnellement favorables, aussi les naissances furentelles vis-à-vis des décès dans le rapport de 2 à 1.

En général, en Finlande, le rapport des naissances et des morts dépend directement du rendement des céréales pendant l'année. Une mauvaise récolte, et le cas n'est pas rare dans un pays si voisin du cercle polaire, est invariablement suivie d'une année marquée par des épidémies, une mortalité plus grande et une diminution dans les naissances. Et ce fait n'a rien d'étonnant si l'on songe que l'immense majorité de la population n'a d'autres moyens d'existence que les produits des champs, et que lorsque ceux-ci font défaut, des milliers de familles en sont réduites à se nourrir d'écorce, de paille et d'autres matières nuisibles à la santé. Voilà pourquoi le nombre des naissances et des décès est moins constant en Finlande que dans les autres pays de l'Europe, et dépend plus étroitement de l'abondance des récoltes.

On a calculé qu'on Finlande 1,000 accouchements donnent naissance à 1,015 enfants, dont 985 vivants et 3o morts. Les premiers se sont répartis comme suit:

Sexe masculin.

S. féminin.

Total.

en 1872. .

Le rapport des garçons aux filles était donc de 1,048 à 1,000. Le nombre des naissances illégitimes était:

Sexe masculin.

S. féminin.

Total

Rapport au nombre total des naissances.

en 1872

Ainsi le nombre des naissances illégitimes est allé en diminuant pendant les cinq années citées. Il faut attribuer ce fait à des conditions économiques plus favorables, qui ont favorisé les mariages et éloigné les tentations que fait naître souvent la misère *)

Pendant ces mêmes années, les décès se sont répartis comme suit:

Hommes.

Femmes.

Total.

en 1872 . .

Les maladies qui ont fait le plus de victimes sont le typhus, la fièvre typhoïde, la dyssënterie (pendant les étés secs), et autrefois, avant l'introduction de la vaccine, la petite vérole. Le choléra s'est montré à quelques reprises pendant l'été, mais, limité à quelques villes de la partie méridionale, il n'entre pas

*) En Finlande, comme, du reste, en tout pays, ce sont les villes qui fournissent le plus fort contingent de naissances illégitimes. La proportion, dans les villes, est de 14,2 illégitimes sur 100 enfants nés vivants (à Helsingfors 22,7); dans les campagnes elle n'est que de 6,9.

pour un facteur important dans les causes de la mortalité en Finlande.

Les morts violentes font le 3 pour-cent du chiffre total. Le tableau suivant montre comment ces cas se sont répartis pendant les années 1872 — 1876:

Noyés 646 599 588 545. 551.

Etouffés 32 35 42 34 56.

Gelés 14 15 17 25 28.

Asphyxiés par la vapeur de

charbon il l3 i3 24 10.

Brûlés 62 66 62 102 96.

Tués par la foudre ... 14 25 il 14 il.

Ecrasés; morts à la suite

dune chute l37 150 l35 145 120.

Morts par suite d'abus de

boissons alcooliques . . 33 24 33 3o 28.

Autres morts par accident 110 l35 148 173 174.

Assassinés 51 63 66 69 76.

Suicidés . . . . ... 41 40 64 70 68.

Total 1,151 1,165 1,179 l,23l 1,218.

Il ressort de cet exposé que les morts violentes sont en Finlande dans une forte proportion. Sur 10,000 habitants, on compte en moyenne 6 cas semblables par an. Ce fait cependant s'explique lorsque l'on considère que les noyés entrent dans ce chiffre pour plus de la moitié et que ce genre de mort doit ctre nécessairement fréquent dans un pays presque entièremententouré par la mer, qui contient d'innombrables lacs et dont une grande partie de la population s'adonne à la pêche et à la navigation.

La statistique de la Finlande est incomplète sous un rapport; elle ne fournit pas de renseignements sur l'immigration et

l'émigration. Et cependant celle-ci joue dans l'est de la Finlande un rôle assez important. Elle est en grande partie dirigée vers la Russie. En 1864 St. Pétersbourg comptait 14743 habitants nés en Finlande. Un autre courant d'émigration, moins important, se porte depuis un assez grand nombre d'années vers le nord de la Norvège, sur les côtes de la mer Glaciale, où le nombre des habitants d'origine finnoise augmente dans une forte proportion. De là, mais rarement de la Finlande, des Finnois ont émigré en Amérique. A Hancock, par exemple, dans l'état de Michigan, il existe une colonie finnoise assez nombreuse pour former une congrégation distincte et pour entretenir un journal en finnois.

Les Finnois appartiennent, comme l'indique leur langue, à la grande famille Turanienne ou Altaï-Ouralienne, qui domine encore dans l'Asie septentrionale et centrale, mais qui, à l'ouest de l'Oural, a été refoulée par les peuples Indo-européens. Les restes de la race altaïque en Europe se divisent en quatre groupes: XOugrim (Ostiaks, Wogouls et Hongrois), le Permien (Syrjanes, Permiens et Wotiakes), le Bulgare (Bulgares, Mordvines et Tchérémisses) et le Finnois (Finnois, Esthes et Lapons). De ces peuples, les Hongrois, les Finnois et les Esthes se sont avancés le plus à l'ouest, se sont assimilé la civilisation occidentale et peuvent seuls être rangés parmi les peuples policés. Le reste ne se compose que de tribus peu nombreuses, à demi sauvages, habitant la Russie d'Europe et s'éteignant peu à peu, aisi que de Lapons et de Samoyèdes nomades. Aussi n'est-ce que la langue qui décèle la parenté des Finnois avec ces tribus, dont ils se séparent du reste absolument par l'apparence physique, le costume, les habitations, les moeurs et les coutumes.

C'est à la fin du septième siècle ou au commencement du huitième que les Finnois paraissent avoir pris possession de leur patrie actuelle, après avoir, chassés probablement par les Bulgares, abandonné leurs établissements sur le cours moyen du Volga. Mais à leur arrivée en Finlande, ils y trouvèrent déjà des habitants, dont les traditions populaires nous ont conservé le souvenir sous les noms de Hiidet, Jaettilaeiset, Jatulit et Jotunit; des récits fabuleux nous racontent les combats que les premiers immigrants finnois eurent à soutenir contre les magiciens liés avec les puissances infernales. Peut-être faut-il voir dans les Lapons actuels les descendants de ces habitants primitifs. Les recherches des antiquaires ont mis au jour une multitude d'objets en pierre remontant à ces époques reculées: des haches, des ciseaux, des coins, des massues, des pointes de flèches, etc., ont été troutrouvés sur presque toute l'étendue du pays. La superstition populaire voyait dans ces objets des carreaux de foudre tombés du ciel, et leur attribuait des vertus secrètes pour guérir les maladies des hommes et des animaux. On fait remonter à la même époque une multitude innombrable de petits monticules de pierres.

A leur arrivée dans le pays les Finnois étaient divisés en trois tribus, les Finnois proprement dits, les Tavastiens et les Caréliens. A l'exception de quelques rares notices dans les chronique russes et suédoises sur des expéditions dévastatrices que faisaient les uns chez les autres ces peuples et les Finnois, on manque absolument de documents historiques sur les premiers siècles, mais ils nous ont légué une des plus belles épopées que le génie d une nation ait jamais produites, le Kalevala. Cette épopée, Elias Loennrot l'a recueillie sur les lèvres du peuple et dans ses chaumières; elle nous offre le tableau de la mythologie, de la vie domestique et des moeurs des anciens Finnois, et nous fait connaître le degré de civilisation auquel ils étaient parvenus avant l'introduction du christianisme. Nous y voyons

qu'ils s'adonnaient déjà à l'agriculture, au commerce et à la navigation, qu'ils savaient extraire le fer du minerai que renferment leurs lacs et qu'ils étaient d'habiles forgerons. Les légendes des vikings (pirates) Scandinaves célèbrent hautement les épées finnoises.

La position de la Finlande au bord de la mer mit de bonne heure ses habitants en communication avec la Suède et les villes de la Hanse. Les expéditions dévastrices que les Suédois faisaient en Finlande cessèrent après l'introduction du christianisme parmi eux; mais elles firent place à des projets de conquête dictés par le zèle religieux, La lutte du christianisme et du paganisme en Finlande dura près de deux siècles (1157 — 1323). Trois croisades, séparées par de longs intervalles, en 1157, 1249 et 1293, finirent par assurer le triomphe de la foi nouvelle. Il reste des monuments encore debout de ces croisades; ce sont les châteaux- forts d'Abo, de Tavastehus et de Wiborg, élevés pour la protection des néophytes et le châtiment des païens. C'est peut-être à cette époque aussi qu'eut lieu l'immigration suédoise sur les côtes de la Nylande et de l'Ostrobothnie. Quant à l'île d'Alande, elle était peuplée de Suédois dès l'époque païenne.

Son union avec la Suède a été pour la Finlande la source d'avantages précieux: le christianisme, la civilisation de l'occident, une constitution et des lois libérales. Les Finnois ne furent pas traités en peuple conquis : ils eurent part égale aux droits et aux devoirs civils et politiques. Le paysan finlandais fut comme par le passé libre propriétaire du sol; de ses rangs sont sortis, non seulement la plus grande partie de la classe moyenne, mais encore la plupart des familles nobles qui ont joué un rôle dans l'histoire du pays. Cette union fut accompagnée cependant d'un inconvénient notable, mais que les circonstances et les idées d'alors n'eussent pas permis d'éviter: le suédois devint la langue

des classes cultivées, celle dans laquelle se rédigeaient les plus nombreuses et les meilleures productions littéraires, la langue des écoles, de l'administration, des tribunaux. La religion seule continua à parler l'idiome populaire. Après la Réformation (1527), les Ecritures Saintes furent traduites en finnois. L'Eglise créa une littérature finnoise, d'abord, il est vrai, presque exclusivement religieuse; elle introduisit l'obligation pour tous d'apprendre à lire, et fut ainsi la véritable institutrice du peuple. Le clergé a répandu l'instruction avec tant d'impartialité qu'on ne pourrait, pas plus maintenant que dans les siècles précédents, noter d'inégalité sous ce rapport entre les gens du peuple d'origine différente. Les inégalités de culture intellectuelle et de prospérité que l'on peut remarquer entre les habitants de différents points de la Finlande s'expliquent toutes par des circonstances géographiques ou historiques, et sont tout à fait indépendantes de la question des langues.

La Finlande resta unie à la Suède près de 600 ans. Ce fut une époque orageuse, fertile en épreuves et en souffrances, mais riche aussi en victoires et en exploits. Les Finnois soutinrent toujours fidèlement leurs frères d'armes. C'est au courage viril des Finnois et à leur mépris de la mort que la Suède doit quelques-uns des plus beaux traits de son histoire, par exemple au temps de Gustave Adolphe II et de la guerre de trente ans. Des hommes d'état, des savants, des poètes finlandais se sont fait aussi, un nom illustre dans l'histoire intérieure des deux pays. En un mot, les Finnois ont loyalement accompli leur part de l'oeuvre commune. Cependant la Finlande était le théâtre naturel des batailles que la Suède et la Russie se livraient pour la suprématie sur le Nord. La Finlande était le rempart de la Suède contre son voisin, et ce n'était que lorsque ce rempart était saturé de sang que les flammes de la guerre atteignaient la Suède elle-même. Dès le moment où Pierre le Grand

fonda, sur la terre conquise à l'ennemi, St. Pétersbourg, la capitale du puissant empire russe (1703), et où, peu après, la grandeur militaire de la Suède reçut le coup de grâce à Pultava, la conquête de la Finlande par la Russie ne fut plus qu'une question de temps. Déjà par la paix de Nystad (172 1) la Suède était contrainte de céder la portion sud-est de la Finlande, dans laquelle était comprise la forte place de Wiborg. Vint-deux ans plus tard (1743), après une guerre entreprise à la légère et mal conduite, elle dût reculer sa frontière jusqu'au Kymmene et abandonner les forteresses de Fredrikshamn, de Nyslott et de Willmanstrand. La Finlande se trouvait ainsi partagée entre deux empires. La Suède en conserva la plus grande portion pendant 65 ans encore. Mais alors la guerre de 1808 — 1809 vint briser le lien séculaire qui unissait les deux pays. Par la paix de Fredrikshamn, la Suède cédait toute la Finlande avec les îles d'Alande et une petite partie de la Vesterbothnie, jusqu'aux rivières de Torneo et de Munnio.

Avant la conclusion de cette paix, l'empereur Alexandre I avait convoqué à Borgo les états de Finlande; il leur assura qu'ils . conserveraient intacts leur constitution, leurs lois et leurs privilèges, puis il reçut d'eux l'hommage comme Grand-Duc de Finlande. C'est ainsi que, pour nous servir des paroles du noble et généreux empereur, la Finlande' prit place au nombre des nations. Il lui rendit aussi son unité; en effet, par un décret impérial du 11 / 23 décembre 1811, les portions du territoire finlandais autrefois conquises par la Russie furent réunies au Grand- Duché.

Le petit peuple finlandais n'a jamais joué, ni pu jouer, un rôle de quelque importance dans l'histoire générale. Entouré de puissants voisins, il perdit de bonne heure son indépendance politique. Son histoire offre cependant le spectacle rare d'alliances amenées par la force, mais qui se sont ensuite maintenues par

4 o CONSTITUTION.

l'intérêt commun et le dévouement réciproque. Le peuple finlandais gardera toujours un souvenir reconnaissant des avantages inappréciables qu'il a retirés de son union avec la Suède. Il doit également de la gratitude à la puissante Russie et à ses augustes souverains, non seulement pour avoir pu maintenir intacts ces avantages, mais encore les étendre et les augmenter.

Les liens qui unissent la Finlande à la Russie sont ainsi devenus d'année en année plus forts et plus nombreux, et l'intérêt que l'une avait à maintenir cette union est désormais réciproque.

Page 1