‹ Le Grand Électeur et Louis XIV [i.e. quatorze]Chapitre 2 sur 79 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

n'est même pas complet pour les années ])récédentes ; un volume consacré à la Hollande et deux à T Autriche. Il y manque, tout au moins, deux collections essentielles : la correspondance française de 1667 à 1688* et la correspondance suédoise tout entière.

Une histoire générale de la politique extérieure du Grand Klecteur serait donc elle-même prématurée. Je n'en présente ici qu*un fragment : l'histoire des relations de l'électeur avec Louis XIV pendant la seconde moitié du règne, de 1660 à 1688.

Le sujet, ainsi limité, pouvait être étudié dans toutes ses parties. J'ai fait dans les archives françaises, au Ministère des Affaires Étrangères, des recherches prolongées, non seulement dans le fonds Prusse, mais dans beaucoup d'autres fonds, et je les crois à peu près complètes. Les Archives de l'Etat prussien m'ont fourni les correspondances encore inédites, surtout celle de Spanheim, et bon nombre de pièces qui n^ont pas trouvé place dans les recueils imprimés. J'avais ainsi tous les documents indispensables.

D'autre part, la France fut à cette époque si prépondérante en Europe ; il est si peu d'événements qui aient laissé sa diplomatie indifférente, qu'on ne saurait étudier les relations du Brandebourg avec elle sans expliquer, presque dans son ensemble, la politique extérieure de Frédéric-Guillaume. Le sujet perd ainsi le caractère d'une simple monographie.

Enfin, ce n'est point seulement pour en diminuer l'étendue que j'en ai retranché vingt années. Avant la paix d'Oliva, Frédéric- Guillaume n'eut avec la France que des relations momentanées. Il n'en attendait pas de grands services ; elle ne lui inspirait pas encore de grandes craintes. Ses intérêts essentiels étaient ailleurs, à Vienne, à Varsovie, dans le camp du roi de Suède. Ce fut seulement pendant le règne personnel de Louis XIV, quand la diplomatie française étendit son réseau d'intrigues sur l'Europe entière,

1 . A vrai dire, des extraits de la correspondance de Rébcnac, copiés, je crois, par M. Simson. existent aux Archives de Berlin. Droysen les a quelquefois utilisés, sans les citer. Philippson y renvoie souvent dans son dernier volume : Der Grosse Kurfiirst, III. De plus, d'autres extraits, nombreux aussi, ont été publiés en appendice dans l'ouvrage de Prulz : Aus des Grnssen Kurfiirsten IcizIenJahren: mais ceux-ci ont été copiés de façon si incorrecte qu'ils ne peuvent élre utilisés qu'avec prudence.

PRÉFACE lU

que les relations des deux souverains devinrent plus continues et plus actives. Cette seconde période se détache naturellement de la première *.

L'intérêt d'un pareil sujet dépend beaucoup de la façon dont il est traité. Je n'ai pas voulu faire un simple chapitre d'histoire diplomatique, si l'on entend par là l'étude des négociations en elles-mêmes, prises à part et comme détachées de l'histoire générale, par un procédé facile et qui n'est ^ue trop en usage. La politique extérieure d'un souverain, celle de Frédéric-Guillaume plus qu'une autre, est déterminée par des conditions de toutes sortes, morales et matérielles, qui peuvent varier à chaque moment. Il est donc impossible de la compi*endre sans connaître ces conditions mêmes, impossible de l'exposer sans apporter quelques contributions à l'histoire générale du règne.

J'espère aussi justifier le titre que porte ce livre : Le Grand Électeur et Louis XIV. Sans doute, c'est Frédéric-Guillaume qui doit en être le centre vivant ; j'essaierai de voir les événements par ses yeux, de les juger d'abord comme il a dû les juger. Mais, à ne considérer que lui, on risquerait fort d'être incomplet et partial : il faut opposer souvent la politique de Louis XIV à celle du Grand Électeur. Celui-ci n'a pas su toujours deviner les visées secrètes de la diplomatie française et il est indispensable de lés bien connaître pour se rendre compte des illusions qui l'ont égaré, des erreurs qu'il a commises. Chaque fois que je l'ai jugé nécessaire, j'ai eu recours aux documents d'archives pour mieux pénétrer les desseins réels de Lionne, de Pomponne ou de Croissy.

Je dois ajouter quelques indications encore. On trouvera, avant le premier chapitre, une introduction. Elle eût été, peutêtre, moins utile, si j'avais étudié le règne entier de Frédéric- Guillaume. Mais au milieu du règne, à cette date de 1660, Frédéric- Guillaume a déjà quarante ans ; il gouverne depuis vingt ans ; son caractère ne changera plus ; ses idées et ses passions sont depuis longtemps formées ; il a fait des expériences, acquis des résultats

1 Je dois ajouter qu'une partie de la période autérieure à l'année 1660 se trouve étudiée dans l'ouvrage de E. Uaumant : La guerre du Nord et la paix d'Oliva, Paris, 1893.

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