I. — L'ALLEMAGNE A l'ÉPOQUE DE LA PAIX d'oLIVA
Ce qui apparaît tout d'abord, quand on considère l'état politique de r Allemagne au lendemain de la paix d'Oliva, c'est l'antagonisme des maisons d'Autriche et de France. Deux partis divisent l'empire : le parti autrichien et le parti français.
Le parti autrichien est encore considérable. Il a pour lui le prestige, bien diminué, mais toujours appréciable, de la dignité impériale. Il comprend toutes les villes libres, qui voient dans leur <x immédiateté » la sauvegarde de leur indépendance ; les chevaliers et princes d'empire (Reichsritter, Reichsfùrsten), clientèle naturelle de l'empereur, et la majorité des autres princes ; enfin cinq électeurs sur sept, ceux de Trêves, de Saxe, de Bavière, l'électeur palatin et l'électeur de Brandebourg ^ . Mais, dans ce parti autrichien, il y a les fidèles et il y a les tièdes — ceux dont le dévouement n'est j>as à l'épreuve de la crainte. Parmi les seuls électeurs, déjà l'électeur de Trêves et celui de Bavière n'ont [)lus qu'une fidélité chancelante ; celui de Saxe, un peu plus tai'd, trahira toutà-coup ; et nous verrons que l'électeur de Brandebourg n'entendait pas soutenir Tempereur sans restrictions.
Le parti français est moins nombreux, mais il a pour lui le prestige grandissant du roi de France et les princes qui le forment comptent parmi les plus puissants de l'Allemagne. Ce sont deux électeurs, l'électeur de Mayence, Jean-Philippe de Schœnborn, et l'électeur de Cologne, Maximilien-Henri ; les trois princes de la maison de Brunswick, Auguste, duc de WolfTenbûttel, Christian-
i. Il est bon de préciser, parce que l'on exagère parfois l'étendue de l'iofluence française en Allemagne à ce moment.
RENOUVELLEMENT d'ALLîANCE (i66o-i664) 3^
a4 février i656, une alliance défensive * qui n'a pas été dénoncée. Mais c'était au temps où Félecteur faisait cause commune avec le poi de Suède. L'alliance de Kœnigsberg avait été sincère tant que Frédéric-Guillaume et Gliarles-Gustave étaient restés d'accord ; après la réconciliation de Frédéric-Guillaume avec la cour de Pologne et son alliance avec Fempereiir Léopold, elle avait perdu toute valeur ; enûn, quand les troupes brandebourgeoises et impériales, violant la paix de Westphalie *, étaient entrées dans la Poméranie suédoise, l'alliance avait failli faire place à la guerre ouverte : Frédéric-Guillaume n'avait évité l'intervention armée de la France qu'en se soumettant à ses conditions. Pendant la négociation delà paix d'Oliva, il avait été l'adversaire le plus opiniâtre du médiateur, l'ambassadeur français Antoine de Lumbres ; il s'était opposé tant qu'il avait pu à la désunion des alliés, aux négociations séparées de Copenhague, à la restitution des territoires suédois, — à tout ce que de Lumbres voulait obtenir. Après la signature, les relations n'étaient pas devenues plus cordiales : la Cour de France reprochait encore à l'électeur d'avoir abandonné « les anciennes maximes de sa maison » pour aller chercher protection à Vienne ; Mazarin n'oubliait pas les griefs qu'il avait si vivement exprimés dans sa lettre du 5 décembre lôSg, alors qu'il menaçait l'électeur d'envahir le duché de Clève ; et Lionne, son confident, ne témoignait à Brandt, le résident électoral, qu'une défiance hostile et hautaine.
Avec la cour de Suèdef, la principale alliée de la France, les relations sont encore plus tendues. Charles-Gustave n'avait pas pardonné à l'électeur sa trahison ; dans les derniers temps de sa vie, Frédéric-Guillaume était celui de ses ennemis qu'il haïssait le plus et dont il brûlait le plus de se venger. Après sa mort, la régence de Suède avait hérité de ses passions ; la maxime des Suédois à l'égard de l'électeur reste la même : « gratia unius est corruptio alterius ' » ; tant que la Suède restera puissance allemande, il semble qu'il n'y ait point de conciliation possible entre ses intérêts et ceux du Brandeboui^. Elle continue à armer, même après