II. — Parti autrichien ou parti français
Après la signature de la paix d'Oliva, le principal souci de Frédéric-Guillaume en fut naturellement l'exécution * . Il fallait procéder, dans un délai de trois mois, à l'échange des ratifications ; puis l'électeur devait, pendant la quinzaine suivante, faire évacuer par ses troupes toutes les places qu'elles occupaient, soit en Poméranie, soit dans le Holstein et le Schleswig ; il lui fallait aussi rendre au roi de Pologne la petite ville de Braunsberg, où il avait mis garnison dès i655 et qu'il avait provisoirement gardée, avec l'assentiment du roi, et se faire livrer Elbing après le départ de la garnison suédoise. Enfin, il avait à s'entendre avec la Pologne au sujet de l'hommage que les états de Prusse devaient lui prêter en présence de commissaires polonais.
Dès le mois de juin, Jean Hoverbeck, ambassadeur de Frédéric- Guillaume en Pologne et son principal plénipotentiaire au congrès d'Oliva, partit pour Varsovie, où les députés polonais devaient se réunir pour ratifier le traité de paix '. L'électeur désirait obtenir une expédition du traité munie de la ratiOcation polonaise et surtout une ratification spéciale de l'article additionnel qui lui confirmait les avantages stipulés à Wehlau. Avant même qu'Elbing ne
i. Les articles du traité particulier entre l'électeur et le roi de Suède sont les articles 24 à 30 ; les articles 32 à 37 traitent de l'exécution de la paix. On trouvera le texte complet du traité dans Dumont, Corp. IHpL, VI, 2« part., 303, et son analyse dans Mœrner, 239 sqq.
i. Vrh. u. Àct., IX, 47 sqq.
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était pas livrée ^ ! Mais les intrigues de la Suède et de la France Tirritaient plus encore et d'autres événements, qui se passaient bien loin de là, n*étaient point faits pour calmer son irritation. Il était Tun des tuteurs du jeune prince d'Orange, dont rélectrice pouvait devenir l'héritière, et ce fut à ce moment que Louis XIV força le gouverneur d'Orange, Dohna, à lui livrer la place, confisqua provisoirement la principauté et fit démolir la citadelle '. Si rémotion fut vive à Turnhout, dans la petite Cour de la princesse douairière, elle ne le fut guère moins sans doute à Berlin, et les rancunes de l'électeur contre la France s'avivèrent d'un grief de plus.
Aussi, quand au mois d'août, à Dantzig, Hoverbeck prit congé d'Antoine de Lumbres, rien ne faisait prévoir encore un rapprochement des deux Cours. Hoverbeck, en bon diplomate, remercia le médiateur et parla des obligations dont son maître était redevable à la France. Il alla même jusqu'à protester que l'amitié de la France était plus assurée et plus avantageuse à l'électeur que celle de l'Autriche. Mais il parla aussi d'Elbing, des événements d'Orange, de l'ascendant de la princesse douairière sur l'esprit de sa fille ; et tout cela fut dit de telle sorte que de Lumbres n'eut pas d'illusions. Il en conclut que l'alliance de Frédéric-Guillaume avec l'empereur était plus solide que jamais '.
Il n'avait pas tout à fait raison. Frédéric-Guillaume aimait les alliances qui lui laissaient sa liberté d'action et il sentait bien qu'il l'aliénerait s'il s* engageait trop à fond avec un parti ou avec l'autre. Il ne voulait être ni exploité par Tempereur, ni mis en tutelle par
1. Nous connaissons l'incident par une lettre de Hadziwill à Schwerin. citée par Orlich, II, 3 et reproduite dans les Urk, u. Act., IX, 62, note 1. « Der Kurfûrst bat mir, alâ ich vonihm Al)8cbied nahm, den schwierigen Auftrag gegeben, die Stadt, wenn sie nicht ûbcrliefert wûrde, zu ûberrumpeln.... Ich bitte sie, mit Ibrer gewoimten Gewandheit dies zu bintertreiben ; denn die Urbeber solcber Ratbscblaege kœnnten eincs Tages solche Rathschlaege schwer bereuen. d — Le ton de la lettre semMe bien désigner Frédéric d'Iéna, qui était alors en rivalité très vive avec Schwerin et qui était seul capable, semble-l-il, de donner à l'électeur un pareil conseil et seul assez influent pour le faire prévaloir.
t. Sur Tintérôt que l'électeur prit aux évé.iementsd Orange, voir Urk. u. Ad., IX, 46:V485.