I. — La candidature du duc de Neubourg
Depuis le printemps de i665, rattention de Frédéric-Guillaume avait été attirée et retenue vers Fouest. 11 avait dû surveiller raffaire d'Erfurt et l'intervention française, la querelle entre l'électeur de Mayence et Télecteur palatin, le conflit entre les ducs de Brunswick, enfin la guerre entre Tévêque de Munster et les Provinces-Unies ; au milieu de tant de soucis et dans sa résidence lointaine de Clève, il avait dû négliger les affaires polonaises. Mais il n oubliait pas les dangers que son duché de Prusse pouvait courir, si le prince de Condé ou le duc d'Enghien devenait roi en Pologne : dès que la paix de Clève eut dissipé ses craintes immédiates, TafTaire polonaise redevint sa préoccupation dominante.
Dans l'intervalle, bien des événements étaient survenus, et l'électeur, comme le roi de France, avait changé ses plans. Louis XIV songeait désormais beaucoup plus à Condé qu à son fils ; il attendait une occasion favorable pour envoyer des troupes en Pologne, provoquer Tabdication de Jean-Casimir et faire l'élection, de gré ou de force. Quant à Frédéric-Guillaume, il avait abandonné toute idée de rechercher la couronne pour lui-même ou pour l'un de ses fils ; il avait perdu toute crainte d'un roi autrichien depuis que l'archiduc Charles- Joseph était mort, au mois de .janvier 1664 î ^^ n'avait donc plus d'autre but que d'écarter du trône un prince français. En même temps, il s'était réconcilié a demi avec le duc de Neubourg et ne doutait plus d'une réconciliation complète. Il résolut alors d'aider le duc à devenir roi de Pologne. Il y trouvait son avantage personnel, puisque le duc lui devrait la couronne et ne serait point assez puissant pour devenir
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Tout marcha d'abord à souhait. Dès les premiers jours de mai, à Clève, Beveming" parla du projet à l'électeur, qui se montra tout disposé à Taccueillir ; après le départ de Colbert, le 18 mai, Frédéric-Guillaume partit pour Amsterdam et s'y entendit sans peine avec Jean de Witt : la quadruple alliance pouvait être conclue en quelques jours. Mais bientôt les défiances entrèrent en jeu. Quoique le projet hollandais fût évidemment contraire aux intérêts de Louis XIV, qui voulait que la Hollande eût besoin de sa protection et qui redoutait en Allemagne toute ligue indépendante ; quoique d'Estrades eût reçu l'ordre d'en empêcher ou d'en retarder la conclusion, Goess crut aussitôt y découvrir quelque machination française. « La chose m'est suspecte, écrivait-il à Vienne, parce que j'y vois la main des Français*.» Schwerin, que l'électeur laissa en Hollande, toujours timide et toujours défiant, temporisa ; Frédéric-Guillaume lui-même se mit à hésiter et, s'il entra cinq mois plus tard dans la quadruple alliance, enfin conclue, ce fut parce qu'elle avait changé de caractère et pour éviter qu elle ne se formât sans lui.
A vrai dire, ce n'était pas seulement une défiance vaine qui retenait Frédéric-Guillaume. Ses hésitations se justifiaient par les diflicultés multiples qui l'embarrassaient à la fois, à l'est comme à l'ouest, en Pologne et vers le Rhin. Lii question de Pologne et celle des Pays-Bas restaient liées. D'un côté comme de l'autre, Frédéric- Guillaume était, d'intérêt et de cœur, l'ennemi de Louis XIV ; il aurait voulu sauver les Pays-Bas et soustraire la Pologne à l'influence française ; la seule solution logique et franche eût été la guerre. Mais, pour que cette guerre fût possible, il eût fallu réconcilier, contre la France, l'Angleterre et la Hollande, la Suède et Fempepeur: et l'heure des coalitions n'avait pas encore sonné. Frédéric-Guillaume venait d'irriter l'Angleterre en soutenant les Provinces-Unies; il se défiait de la politicpie impériale; il s'était à grand peine réconcilié av(*(! la régence de Suède par le traité du 27 mars : mais il y avait loin de cette alliance défensive à un accord efi'ectif et solide. Dès lors, il devait ménager la Suède, parce qu'il avait besoin d'elle en Pologne, et ménager Louis XIV, parce qu'il n'était x)as sûr de la Suède. Il nv pouvait que réserver l'avenir.
i. « Mir ist dit; Sach suspect, weiln dio Kranzosen die (land darin halten. v Goess à l'empereur, Clove. .") juin iCm U. u. .1., XIV, 270.
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ses États tout passage de troupes, tous quartiers et toutes levées à quelque prince que ce fût ; à user de toute son influence pour que le cercle de Westphalie prît une résolution semblable. Enfin, il promettait de renouveler [)Our trois ans, sous certaines conditions que l'on discuterait à Ratisbonne, la ligue du Rhin. C'étaient à peu près les clauses que Lionne avaient prévues, si ce n'est que le traité ne stipulait point de subside, parce que Millet ne re(.'ut qu'après la signature l'autorisation d'en accorder un.
m. — Le TRAITÉ nu i5 décembre 1667 et l'élection polonaise.
Le traité du i5 décembre 1667 peut être jugé d'après ses résultats, car il en eut d'immédiats et de considérables. La Cour de France s'en réjouit comme d'un grand succès, ce qui prouve assezque ses inquiétudes avaient été vives. Bien qu'elle eût promis le secret, elle s'empressa de publier, dans toute l'Europe, la défection du Brandebourg ; non seulement Millet avait informé régu.ièrement, en novembre (»t en décembre, Gravel à Ratisbonne, Grémonville à Vienne. Pomponne à Stockholm des progrès de sa négociation, mais il s'empressa d*en annoncer l'issue en Suède, en Hollande et en Angleterre '. Louis XIV, il est vrai, abandonnait la candidature de Condé et faisait ainsi le sacrifice ofliciel, sinon définitif et pleinem<^nt sincère, d'une entreprise personnelle, qui loi avait coûté des millions et qu'il avait poussée trop loin i)our ne pas se croire engagé d'honneur à la soutenir jusqu'au bout. Du moins, la déception se trouvait -elle adoucie par la gloire et par l'avantage que lui procurait une autre entreprise, plus importante encore, celle de Flandre, qu'il fallait avant tout conduire à bonne fin et dont la neutralité de Frédéric-Guillaume rendait le succès presque cei*tain. L'électeur n'était pas moins satisfait. Il renonc^'ait à intervenir aux Pays-Bas ; mais, si l'union ne s*était pas faite dans l'empire, il n'en était pas responsable ; et la seule menace de la coalition ébauchée n'avait-elle pas sulli pour obliger Louis XIV à préciser et 11 limiter ses prétentions? La paix pouvait désonnais se faire à des conditions raisonnables, sans qu'il fût besoin de
1. BramU écrivait de Londres à FrédîTlc-Gulllauini', lo l'^' févrior 1008, que les ministresde Kraucc ii l'étranger s'otaient transmis le texte du traité, non seulement par la poste, mais par courriers ex])rés. La chose est possible. Kn tout cas, la correspondance do Millet avec (iravei, Pomponne, etc., pn^uve nuflisamment qu'il ne ^arda pas le secret.
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licisrae et sa conversion retarda d'abord son départ, puis l'obligea de renoncer à sa mission, dans la crainte que Frédéric- Guillaume n'accueillit mal un nouveau catholique ^ Millet ne quitta donc Berlin qu'un peuj)lus tard, en juillet. Il s'en alla, toujours mécontent de la Cour électorale, qu'il ne jugeait pas mieux qu*à son arrivée, bien qu'il y reçût « mille caresses », sans compter une épée d'or « assez riche pour tenir lieu d'une chaisne » et le portrait de l'électeur entouré de diamants *.
A Paris, Pœllnitz et Meinders étaient chargés de recommander au roi les intérêts du duc de Neubourg et de veiller à l'exécution des promesses que comportait l'alliance. Ils remirent à Lionne, le ler février, un mémoire touchant l'élection polonaise et reçurent satisfaction sur tous les points. Le roi s'engageait de nouveau à presser l'abdication de Jean-Casimir ; il envoyait à Bonzy, en son propre nom. les instructions qu'avait préparées le duc de Neubourg lui-même, d'accord avec Gaumont ; il promettait le rappel de toutes les garnisons françaises de Pologne dos que TafTaire de l'élection serait réglée ; enfin il écrivait à Pomponne pour que celui-ci annonçât en Suède les nouvelles intentions du roi et obtînt l'appui de la régence '. Dans la question des Pays-Bas, Frédéric- Guillaume, il est vrai, s'en tenait k la neutralité promise et ne voulait point contracter d'obligations plus étroites ; bien qu'il désirât un subside et qu'il en eût fait présenter la demande par ses ambassadeurs, il leur ordonnait de ne point insister, si l'on prétendait l'engager à plus qu'il ne l'était déjà *. D'ailleurs, il voulait sincè-
1. Voir rinstpuct Ion pour Vaubrun, Instructions aux ambassadeurs^ Prusse, 137. Le roi a a estimé que l'envoi dudit comte après sa conversion si récente à la foi cattiolique pourroit être moins agréable à Son Altesse Électorale qu'il ne Tauroit été en un autre temps. »
â. La dernière lettre de Millet, datée de Francfort-sur l'Oder, le 8 juillet 1608, se trouve égarée dans un volume de la série Brunswick, t. 1. Millet nous renseigne de façon curieuse sur l'origine des cadeaux qu'il reçut. Le portrait do l'électeur enrichi de diamants, nous dit-il, « est le mcsine que M. de Pelnitz récent du Roy quand il luy mena des chevaux il y a deux ans, qu'il a vendu deux mille quatre cent escus à son maistre, aussy bien que le dernier, dont il a tiré quatre mille escus et six cent de l'espécd'or dont on m'a fait présent, qu'il avoit autrefois eu du prince d'Orange. I^on n'a faict que changer le pourtrait du Roy en celuy de Son Altesse Électoralle, do substituer un bonetù la couronne royalle de manière que led. sieur de Pelnitz tire avantage de ce (ratiq. »
3. On trouvera le mémoire avec les réponses écrites en marge par Lionne : À. E,, Brandebourg, 5, f"' 113. La minute est a Berlin. Rop. 81. Paris il, 5, avec la mention suivante, écrite en léte par Meinders : u Den 1 Febr. ist dièses mémorial an H. de Lionne ùbergeben. »
4. Lettre de l'électeur à PœlIniU et à Meinders, 18 février 1668 U. u. A.,X\ 1, 861 .
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seignc sur rentrevue. Elle nous montre que Vauhrun n'avait pas tort quand il se défiait des dispositions d'Iéna; celui-ci, semble-t-il, insista vivement auprès de son maître sur le peu qu'offrait le roi de France, sur les lourdes dépenses et sur les dangers auxquels s'exposerait Télecteur s'il prenait les engagements qu'on réclamait de lui. Mais nous y voyons aussi que la décision de l'électeur était prise. « Son Altesse Électorale nous a néanmoins ordonné, dit le procès- verbal (et la phrase mérite d'être citée tout entière), de rédiger la résolution ci-dessous, qu'Elle a signée de sa main, en observant qu'il ne s'agissait pas pour Elle d'une question d'argent, mais qu'il lui fallait se bien assurer Tamitié du roi de France, d'autant i)lus que l'empereur avait oublié tout ce qu'Elle avait fait pour lui, quil lui faisait tort et ne voulait lui donner satisfaction sur aucun point*. » Le lendemain matin, Frédéric-Guillaume relut avec soin la résolution écrite la veille, l'approuva de nouveau et la remit à léna en lui recommandant de la tenir secrète. Il y acceptait toutes les conditions du roi de France ; mais il y demandait pour lui-même trois choses : en cas de guerre contre l'Espagne, la promesse de la Haute-Gueldre, qui lui avait été o fierté dès 1667 par Louis XIV ; les bons offices du roi aui>rès de l'empereur pour en obtenir Ja»gerndorf ou un équivalent, auprès des États-Généraux pour en obtenir l'évacuation d'Orsoy. De plus, sans troj) insister sur la question d'argent, Frédéric-Guillaume demandait pourtant une somme plus forte pour le subside et pour la levée des dix mille hommes : pour le subside. 100.000 ou tout au moins 8o.(X)o thalers la première année, 40.000 ensuite ; pour la levée. 100.000 thalers. Schwçrin et léna, cela va sans dire, forcèrent d'ailleurs tous les chiflres et demandèrent tout d'abord, pour le subside 100.000. puis 5o.ooo thalers, pour la levée i5o.ooo. On discuta ; la négociation se j)rolongea encore, sans incident notable, pendant un mois entier ; enûn Vaubrun put remettre le 6 novembre au duc de Luynes, qui se trouvait de passage à Berlin, un projet de traité approuvé de part et d'autre et que le duc se chargea de porter au roi.
1. f So habon Sie jedcnnoch die vorstehendc und von dorosoibst cigrnhandig unterscbriebene Rosolulion aufzusotzen bcfohlen mit dem Andeuten. dass Sie auf des Gcld nicht zu scben haïtien, sondcrn sich des Kœnigs in Frankreich Frcundscbaft reebt versicbern mùssleo, zumahi der Kayser ailes vergessen, was Sie an dcnselbigen getban, tort zufugcte und dcroselbigen in kelncr Sache Satisfaction geben woUte. » U. u. A., XII, 908. Voir la résolution elle-même, 909.
de la France en Allemagne et particulièrement auprès des électeurs de Bavière, de Cologne et de Brandebourg, à la fois en vue de la succession espagnole et surtout de la guerre hollandaise. L'entrevue fut retardée par une maladie du comte Guillaume ; mais, le ao septembre, les trois frères et Tambassadeur se rencontrèrent à Saverne. On y modifia Tébauche du traité bavarois, ainsi qu'il avait été convenu entre le comte Guillaume et Lionne, et Tévéquc de Strasbourg fît entendre qu'on pouvait compter sur son maître, même contre la Hollande, pourvu que Ton gagnât l'électeur de Brandebourg. L'entrevue terminée, Gravel s'empressa d'envoyer à Paris un courrier exprès pour en rendre compte et Fûrstenberg écrivit personnellement à Hugues de Lionne le 24 septembre *. Il esquissait le plan d'une ligue de princes allemands qui se déclareraient contre les Provinces- Unies ; mais il ne cachait pas qu'il fallait s'assurer d'abord du Brandebourg et proposait d'aller lui-même à Berlin, au nom de l'électeur de Cologne, afin de pénétrer les intentions de Frédéric- Guillaume *.
Quand arrivèrent à Paris le courrier de Gravel et la lettre du comte Guillaume, I^uis XIV se trouvait à Chambord et Lionne venait de recevoir aussi une autre lettre im])ortante, celle que Vaubrun avait écrite le 18 se[)tembre pour demander quelques éclaircissements à ses instructions, alors qu'il attendait l'électeur à Berlin. Nous savons de fa^on précise ce qui se passa. Lionne, Colbert et Le ïellier se réunirent aussitôt chez celui-ci. à Cbaville, et s'entendirent sur ce qu'il convenait de proposer au roi ; puis Lionne envova à Chambord la lettre de Vaubrun, annotée de sa main, ainsi qu'un mémoire sur le conseil tenu à Chavillo. La lettre de Vaubrun porte en marge les pro[)ositions de Lioime et
rendre. Nous avons song(> luy et moy, et le Roy l'a desia agréé, qu'il serolt très utile que vous vous y trouvassiez aussi sous quelque autre prétexte... » Lionne à Gravel, 7 août 1669. A. E., Allemajk'ne, 250. Dés le iii juillet, dans sa lettre à Hcrmann. le prince Guillaume exposait tout le plan de l'entrevue de Saverne.
1. Lettre de Gravel au roi ; Ilaguenau, ±(S septembre. A. £., Allemagne, 250. — Lettre de Guillaume de Fûrstenberg à Lionne ; Etiingen, 24 septembre. A. E., Cologne, 6.
2. « ... Je souhaitterois sçavoir au plus tost, par le retour du courrier de M. Gravel. si le Roy approuvera la pensée que j'ay d'aller trouver M. de RrandP, après que j'auray falot un tour à la Cour, pour tascber de pénétrer les sentimens qu'il pourroit avoir là-dessus ; car cela estant je disposeray M. de Strasbourg k me procurer une commission de M. de Cologne. . . » L'idée première du voyage appartient donc au prince Guillaume.
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nom de l'électeur de Cologne, et la seconde à Vaubrun. Nous avons, en marge du mémoire, la réponse du roi, écrite par LouYois qui Tavait accompagné à Chamhord : elle approuve pleinement les propositions des trois ministres *.
Ce fui le 16 octobre que Lionne put envoyer à Vaubrun les éclaircissements que celui-ci demandait et le pnîsser de conclure. Mais avant que la dépêche ne fût arrivée à Berlin, tout y était à peu près terminé selon ses désirs. Le 21 novembre, le duc de Luynes remit au roi le projet de traité ; le roi Texamina, en modifia quelques articles et le renvoya à Vaubrun le ^ décembre. Outre certaines questions de forme et de style, qui furent aisément réglées, trois points étaient discutés encore. D'aboinl, celui du subside ; mais lïntervalle entre les prétentions et les ollres n'était plus considérable : le roi accordait en ellet i5o.ooo écus pour la levée des troupes ; pour le subside annuel, il ne voulait donner que «joo.ooo livres tournois, c'est-à-dire 66.660 thalers au lieu de 80.000. la première année, et 100.000 livres, soit 33. 33o thalers au lieu de 4o«o<^>o» l<^^s années suivantes*. En second lieu, il n'aurait pas voulu qu'il fût question d'Legerndorf ; tout au plus se résignaitil à ce qu'on passât un article secret i)ar le([uel il promettrait ses bons ofïices, ce qui. ajoutait Lionne. « ne laisse pas de faire beaucoup de peine au Roy parce qu'il ne i)eut servir que de matière a désobliger l'empereur sans pouvoir jamais produire aucune utilité à rKlecteur ». Enfui, tandis que le projet promettait d'accorder à Télecteur la Haute-Gueldre (c'està-dire Gueldre, Venloo, Ruremonde et leurs dé[)endances), en dehors même du cas de guerre, si par voie de négociation ou d'échange le roi de France acquérait « tous les Pays-Bas espagnols », Frédéric- Guillaume voulait que Ton écrivit « presque tous les Pays-Bas » ; ce fut le [)oint sur lequel SchAverin et léna se montrèrent le plus obstinés, et la raison n'en est [)as facile à comi)rendre, car le cas n'était guère vraisemblable et Louis XIV ne cachait pas ([u'il lui paraissait impossible. Quoi qu'il en soit, la discussion se prolongea pendant tout le mois de décembre. Le 25, les deux commissaires n'avaient rien cédé. Vaubrun pressa l'électeur de lever leurs scrupules ; mais ils ne renoncèrent encore qu'à l'article
1. Mémoire de Lionne au roi, daté de Surcsnes, le 1" octobre KMîO, avec les réponses du roi en marge. À. E., France, 416.
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autour de Tempereur, contre Louis XIV ; mais l'empereur se dérobe, tandis que Louis XIV olïre à l'électeur des avantages précis ; si Frédéric-Guillaume ne se lie pas encore au parti français, du moins accepte-t-il une sorte de marché : il abandonne à Louis XIV les villes des Pays-Bas, déjà conquises, contre la promesse d'élever le duc de Neubourg au trône de Pologne. Le traité de 1669 semble donc le terme d'une évolution: Frédéric- Guillaume, obligé sans cesse de se rapprocher de la France, parce qu'il ne voit pas de parti solide formé contre elle, en est venu, par étapes successives, jusqu'à l'alliance presque intime. Ainsi s'est réalisé tardivement, par l'intervention d'événements qu'il était impossible de prévoir, ce que Lisola craignait dès iC)i)^.
Mais on ne saurait prétendre que la dernière étape fût déterminée nécessairement par les autres et il faut exaiuinet* en ellesmêmes les raisons que l'électeur paraît avoir eues de la franchir. Remarquons tout d'abord qu'il ne faut point les chercher dans ce que put dire Vaubrun d'octobre à décembre. En réalité, c'est à Zechlin, le 29 septembre, que fut prise la résolution essentielle, et tout semble indiquer que l'électeur l'avait arrêtée dans son esprit depuis un certain temps déjà, sans doute pendant son voyage de Kœnigsberg à Berlin. Or, il est évident que l'alliance n'est pas alors pour lui une nécessité. Bien ne le menace. Il sait les projets de Louis XIV contre la Hollande *. 11 sait que Louis XIV a besoin de lui, non seulement parce que le Brandebourg n'est plus une puissance négligeable, mais aussi parce que l'attitude de Frédéric-Guillaume déterminera celle d'autres princes allemands, dont le concours est indispensable à la France. L'occasion est donc excellente de se réserver le plus longtemps possible, de marchander, comme l'électeur ne manquait jamais de le faire tant que son parti n'était pas pris. Or, bien qu'il laisse ses ministres discuter le chiffre des subsides, il est résolu dès la fin de septembre à ne point rompre, même s'il n'obtient pas tout ce qu'il demande. — Si c'est bien à Zechlin qu'il a fait le pas décisif, la raison qu'il en a donnée lui-même etqu'Iéna nous a conservée, mérite d'autant plus qu'on s'y arrête. Cette raison, c'est la conduite de l'empereur. Il est certiiiu que l'irritation de Frédéric-Guillaume contre Léopold est alors très vive ; elle date de l'élection polonaise, sinon de i()()", et tout récemment un incident vient de l'attiser encore. L'ambassadeur im[)érial en Pologne, le comte SchalVgotsch,
1 Voir le chapitre suivant.
promesses ne fussent point sincères. On dit qu'elles étaient provisoires ? Sans doute ; il n'est pas d'alliance qui ne le soit et peutêtre celles de Frédéric- Guillaume Tétaient- elles plus que d'autres, parce qu'il avait l'esprit trop pratique pour sacrifier aisément les intérêts, qui changent, aux idées, qui demeurent *. Mais rien ne nous permet de dire qu en signant celle-là il se préparait d'avance à la rompre : seuls, les événements l'ont déconcertée.