Sauf quand il s'agissait de sa foi
l'alliance hollandaise sqS
voqua à la Cour de Berlin une crise qui fut peut-être la plus grave du règne ; elle rejeta l'électeur, après de longs mois d'incertitude et d'angoisses, parmi les ennemis de la France et détruisit d'un seul coup l'o'iuvre de dix années : elle poussa Frédéric-Guillaume à la résolution la plus violente, la plus périlleuse, la plus désintéressée qu'il ait jamais prise. Il est donc indispensable d*en analyser de très près le développement et les conséquences.
Depuis la paix d'Aix-la-Chapelle, Louis \IY était résolu à se venger des Hollandais. Mais ses desseins ne pouvaient prendre forme tant que les Provinces-Unies, l'Angleterre et la Suède resteraient alliées ; et si le roi Charles II lui faisait déjà quelques avances, celles-ci A'étaient point assez précises poui' lui doimer plus que de l'espoir. L'année i6<>8 s'acheva sans qu'il fût sorti de l'incertitude. Pourtant, de très bonne heure et à tout hasard, ceux qui connaissaient les projets du roi travaillèrent à en préparer l'exécution et c'est ainsi que Frédéric-Guillaume en eut pour la premièi'e fois connaissance dès le mois de décembre 1668. Turenne comprenait sans doute combien il importerait au roi de gagner l'électeur, à qui l'on allait envoyer Vaubrun : le aS novembre, il parla des Hollandais à Blumenthal, qui était à Paris depuis trois semaines et y essayait d'obtenir un subside ; il lui fit comprendre qu'il ne réussirait point, à moins que Frédéric-Guillaume ne prit l'engagement de rompre avec la Hollande. Évidennnent, celui-ci ne savait rien encore ; car, dans sa réponse à Blumenthal, le ai décembre, il ne dissimulait ni son étonnement ni sou inquiétude ' .
Un peu plus tard, au printemps, les allusions devinrent plus précises : dans l'intervalle, le frère de Charles II, le duc d'York, s'était converti au catholicisme et Charles H lui-même avait renoué secrètement, par l'intermédiaire de sa sœur Henriette», la négociation à peine ébaucliée l'année précédente *. Celte fois, ce fut Lionne lui-même, qui, vers la fin de mars iGCnj, profita, nous l'avons vu, des plaintes de ]31umenthal contre les Etats-Généraux pour encourager l'élecleurà soutenir son droit, fût-ce par la force, et à compter sur ra[)pui de la France* '. Quelques jours après, il