‹ Le Grand Électeur et Louis XIV [i.e. quatorze]Chapitre 37 sur 79 · Lettre de Sainl-(iéran, du 9 février · texte numérisé non relu

Lettre de Sainl-(iéran, du 9 février

l'alliance hollandaise 281

Schwerin, écnvait Amerongen, gardait le lit et la chambre par précaution. M. léna disait qu'il avait la goutte, parce qu'une de ses jambes avait été entamée par un accident imprévu. M. Canstein s'absentait et faisait le malade à sa maison de campagne. Lorsqu'on parlait du traité à M. Meinders, il courait comme un lièvre poussé par une meute de chiens. M. Somnitz avait une grosse cour de seigneurs, avec lesquels il jouait, pendant qu'il était malade, et faisait de gros gains au jeu \ »

Mais ce fut alors, précisément, que l'évolution décisive s'accomplit. Le t4 février, les Etats-Généraux avaient voté des propositions nouvelles qui prouvaient assez leur désir sincère de gagner Frédéric-Guillaume. Ils offraient une alliance défensive et demandaient à l'électeur de réunir 22.000 hommes, en promettant de lui payer 540.000 florins pour la levée et de prendre à leur charge la moitié des frais d'entretien ; s'ils ne consentaient à lui rendre qu'une de ses villes, Orsoy, et même en l'échangeant contre Duisbourg, ils se résignaient à annuler la créance Hofeyser qui avait été si longtemps une source inépuisable de mécontements réciproques '. Ce fut dès qu' Amerongen eût revu ses instructions et les eût communiquées à l'électeur que toute conférence régulière cessa entre lui et les ministres. A la fin du procès-verbal de la dernière, celle du 2G février, Schwerin a mis cette note suggestive: « Après cette conférence, M. d' Amerongen n'en a plus tenu avec nous tous ensemble, mais tantôt il a parlé en personne à Son Altesse Électorale et tantôt il a négocié par l'intermédiaire de quelques autres, « durch einige andere '. » Ces antres, ce furent Meinders et surtout Pct^llnitz : Frédéric-Guillaume écartait donc ses ministres trop timorés, même Schwerin, et revenait à la négociation directe que lui conseillait, depuis près d'un mois, avec Pœllnitz. toute la coterie hollandaise. De ce jour, on peut le dire, Amerongen l'emportait sur Saint-Géran.

D'ailleurs, il devenait sans cesse plus évident que la décision de Frédéric-Guillaume ne pourrait être suspendue longtemps encore. Une importante lettre de Crockow, en date du 12 février, dut arriver à Berlin assez tôt pour contribuer peut-être à l'attitude

1. Cité par Peter, U. u. A.. III, 237, note 1, d'après Basnage, Annales des ProvinceS'Unies, II, 201.

2. RosoluUuD des États, ratiQée le H f(Hiicr, U, u. A., III, 226. Ces propositions ne furent d'ailleurs pas maintenues.

3. Ihid., 237, note 1. — C'est à cette conférence du 26 février qu'.Vmeronj^cn donna part de la résolution du 14.

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en fait peu de cas, « surtout de l'Empire Romain, qu'en vérité on ose à peine nommer * ». Lorsque Frédrric-Guillaume reçut et lut cette lettre, dans les premiers jours de mars, il dut sentir se réveiller en lui toutes les haines et toutes les ardeurs assoupies depuis plus de quatre ans.

A vrai dire, il ne doutait plus que l'Angleterre ne fit cause commune avec la France. A la démarche de Blaspeil, Downing, qui s'était empressé dVn rendre comi)le à Londres, répondit en assurant que' son maître et Louis XIV étaient « dans une étroite union contre les Hollandais (»t qu'il ne tiendroit qu'à Son Altesse Électorale d'y trouver son compte ' ». Mais les nouvelles de Stockholm paraissaient plus rassurantes. Brandt y avait appris que Pomponne n'avait point emporté de traité signé et que Courtin rencontrait des diilicultés imj)révues. Le 19 janvier, tout en suppliant l'électeur de ne point se mettre en i)éril, il aflirmait qu'en tout cas la Suède n'agirait pas avec vigueur, et le 10 février. à l'appui de son dire, il découvrait, de fa<;on très clairvoyante, les mobiles secrets de la politique suédoise. A son avis, mieux valait ne point traiter avec la Suèd<^ et la laisser à l'écart. « Elle sent, disait-il, que son prestige et sa puissance faiblissent; aussi veutelle, par des traités, des alliances et des médiations, rester en scène, jouer au dwide et împcra, se rendre nécessaire, et cependant, contre une fumée, recevoir de Targent et persuader à tous les souverains qu'ils tireront d'elle grand avantage et grand secours ». Il conseillait donc à l'électeur de former un parti solide en Allemagne et d'y reprendre à son [)rofit le rôle ancien de la Suède, qui perdra l'opinion, ajoutait-il, « que les Etats protestants dépendent d'elle et doiv<*nt vivre à son bon plaisir \ » Bien que Brandt n'(*ùt jamais dit que l'alliance enlre la France et la Suède ne se ferait pas, Frédéric-Guillaume, à la lecture de ses lettr(»s, en eut Timpression, et cette impi*ession. senible-t il, Tinclina plus encore aux résolutions vigoureuses \

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1. Lettres du 12 et du lî) février 1072. l. u.A., XIII, :\{\ S(|q.

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