II. — Les premières tentatives de réconciliation
A Forigine des négociations secrètes qui préparèrent la réconciliation de Frédéric-Guillaume avec Louis XIV, nous rencontrons un personnage dont nous reparlerons souvent, le comte d*Espense. Louis de Beauveau, comte d'Ëspense. était un ofQcier calviniste, qui avait quitté la France, en 1668, pour s'établir à Berlin, où l'électeur lui donna le commandement de la cavalerie de sa garde. En i674> il fit, avec l'armée brandebourgeoise, la campagne d'Alsace ; mais au printemps de Tannée suivante, à la suite d*un différend dans le service, il demanda et obtint son congé *. Depuis 1675, il ne servait donc ni Tun ni l'autre des deux ennemis ; tantôt à Paris, tantôt à Nimègue, il restait libre de toute attache et se trouvait prêt à jouer le rôle d'un intermédiaire officieux et impartial.
Il était, semble-t-il, en correspondance avec Meinders \ en même temps qu il entretenait des relations assez familières avec Pomponne ; et de bonne heure il en profita pour s'entremettre . Dès 1677, il crut que la réconciliation devenait possible et pourrait être avantageuse à rélecteur * : il écrivit à Berlin. Nous n'avons, sur cette première tentative, aucun témoignage précis et nous n'en connaissons même pas la date exacte ; mais il est vraisemblable que la Cour de France la provoqua et qu'il faut la
1 . Sur d'Espense, voir Erman et Reclam, Mémoires pour servir à l' histoire des réfugiéSy I, 330 sqq ; II, 116 sqq; on y trouvera d'ailleurs très peu dé choses. ~ DaDs la correspondance de Rlumenthal, pendant son ambassade en France {À, R. P., Rep. XI. Conv. 15 D.), se trouve une lettre de Frédéric-Guillaume, en date du 26 août 1668, dans laquelle Télecteur prie Blumenthal d'obtenir du roi le congé du comte d'Esponsc, qui a accepté le commandement de ses gardes à cheval : « Nachdem wir dem Kœnigl. frantzœsischen Mareschal de Camp Depence das commando ûber unsere Trabantengardc ofTerirt, (lerselbe sich auch zu dessen Annebmung willfœhrlg erklehret... » Le 9 novembre, Blumenthal annonce que d'Espense a obtenu son congé. — D'Espense ne quitta point le service de l'électeur dès que la guerre éclata entre le Brandebourg et la France, comme le dit Prutz, Àus des Grossen Kurfiirsten letzten Jahren, 64, mais seulement en 1675, au mois de février. L'occasion de son départ fut la nomination d'un major. Voir Bucb, Tagebuch, I, 94, et une lettre de l'électeur au prince d'Anhalt, citée par Orlich, op. cit., III, 231.
2. Le ton de ses leltres à Meinders, au printemps de 1678, semble bien indiquer une correspondance antérieure.
3. Les lettres do d'Espense, en mal et juin 1678, montrent bien qu'il avait cru, l'année précédente, à la possibilité d'un accord avantageux pour Frédéric- Guillaume.
LES DEUX TRAITÉS DE SAII<(T-GERMAIN (1679/ 3j')
interrompre la guerre suédoise et à promettre Tenvoi de ses troupes vers le Rhin, se ravisait dès le ^4 ^^ songeait de nouveau à préparer avec le Danemark la conquête de Tîle de Rûgen *. Mais Blaspeil s'était trompé, et le jour même où l'électeur lui témoignait sa joie, il était forcé de dissiper les espérances qu'il avait lui-même éveillées. Puis vint ime lettre du prince d*Orange, qui avouait et excusait la paix imminente *. A la fin de juin, les craintes de Frédéric-Guillaume étaient devenues des certitudes.
On ne peut donc s'étonner des résolutions qu'il prit alors et qui n'étaient d'ailleurs que la conséquence naturelle des instructions remises à d'Espense. Il fut décidé que Meinders irait à Nimègue, sous le prétexte de prendre les eaux de Spa et d'Aix-la- Chapelle ; là, il lui serait possible de suivre les événements de plus près, d'attendre les nouvelles qu il recevrait de Paris et, si Louis XIV se montrait conciliant, soit de négocier à Nimègue même, soit plutôt de continuer son voyage jusqu'en France. Ses instructions étaient conformes à la lettre du i8 juin, qu'elles développaient et précisaient. Elles se composaient de trois mémoires, les deux premiers datés du 5 et le dernier du 6 juillet '. Dans le premier, Frédéric-Guillaume affirmait sa volonté de continuer la guerre, si la Hollande et l'Espagne ne l'abandonnaient pas ; si la paix hollandaise ne pouvait être évitée, il consentait encore à y être inclus ; il espérait que, tout au moins, les États-Généraux auraient soin d'y stipuler la neutralité de ses provinces westphaliennes. Enfin, si Meinders en venait à négocier avec la France, l'électeur déclarait se contenter de la partie de la Poméranie suédoise que ses troupes avaient déjà conquise *, à condition que le recès de Stettin fût annulé ; il oilrait en même temps à la Cour de France de renouveler avec elle ses alliances anciennes et de les rendre même plus intimes. Dans le second mémoire, Frédéric- Guillaume recommandait à Meinders d'attendre l'avis du comte d'Espense pour parler de ses instructions ai^ comte d'Estrades, le
1. Il va sans diro que la sincérité de ces préparatifs n'était nullement incompatible avec la mission de d'Espense, puisque Frédéric-Guillaume espérait alors se réconcilier avec la France el continuer la guerre contre la Suède.