A. £., Suède
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et aux dédains du Grand Roi, c'est toujours en songeant à la Suède et pour réserver l'avenir qu'il se résigne aux insuffisances du traité secret du 25 octobre. Entre 1675 et 1679, on ne peut donc exagérer l'importance de la question suédoise : or, a[)rès 1679, et tout au moins jusqu'en i685, c'est à elle encore qu'il faut songer toujours, si Ton veut bien comprendre les hésitations et les revirements de la politique électorale. Puis, il est un autre mobile, permanent aussi, et désintéressé celui-là, dont l'influence s'accroît sans cesse entre 1679 et i685 : c'est le mobile religieux. Après iG85, il semble môme au premier coup d'œil qu'il domine, qu'il annule tous les autres ; et s'il faut se garder de simplifier trop une politique qui jusqu'au bout reste complexe, on ne peut, sans méconnaître l'évidence, oublier un seul instant les craintes et les passions religieuses qu'éveilla chez Frédéric- Guillaume la révocation de l'édit de Nantes.
Il faut considérer d'autre part que les conditions matérielles, au milieu desquelles évolue la politique électorale, ne sont plus, en 1680, ce qu'elles étaient vingt ans plus tôt et qu'elles changeront encore pendant les huit dernières années du règne. Frédéric- Guillaume, bien qu'il n'ait que soixante ans, est vieux avant l'âge. Les épreuves de la guerre, surtout celles du siège de Stettin et de la campagne de Prusse, ont aggravé son mal ancien, la goutte, dont les atteintes sont de plus en plus fréquentes et pénibles ; à la goutte vient s'ajouter la gravelle, puis la pierre, et les médecins, dès 1G80, croient qu'il ne vivra plus longtemps '. Désormais il a, chaque année, quatre ou cinq crises graves, (|ui durent chacune plusieurs semaines * ; sa main droite, presque toujours prise, ne peut tenir la i)lume ; ses jambes enflent jusqu'à mi-cuisse. Souvent il est cloué sur son lit ; rarement il peut monter à cheval. Comment serait-il possible -qu'il eût encore le goût des aventures et qu'il n'hésitiU point devant une guerre nouvelle, dont ses infirmités ne lui permettraient plus de supporter les fatigues ? Aussi Hébenac, l'ambassadeur de France, dit-il et répète-t-il que Télecteur s'aflai-
i. R(^benac <^crlt le 16 janvier 1680, en parlant du prince électoral : « Je crois mesme qu'il ne sera pas longtemps à succéder et c'est le sentiment de quelques personnes qui disent le sçavoir de son médecin, n À. E., Brand., H.
2. Plus tard, on 1684, Rébenac insiste sur les conséquences de ces crises fréquentes : « Il a coustume d'en eslre sy abatu dans les commencemens qu'il ne songe qu'à la mort, de sorte... que quatre ou cinq fois l'année on voit un renversement entier des résolutions qui estoient prises en cette cour. Ces pensées ne durent pas plus longtemps que les grandes douleurs. » Liettre au roi du 24 juin 1684. Ibid., 23.
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A ce moment, quoique Rébenac eût trente ans à peine, son caractère et ses talents étaient formés : ils apparaissent, dès 1680, en plein relief. C'est un ambitieux, qui saura se faire valoir et se mettre « en posture de prétendre à tout » * ; mais il a trop de bon sens pour ne pas comprendre que l'un des moyens de « presser sa. fortune » est de bien servir. Or la nature Ta doué des qualités les plus précieuses du diplomate. Il a Tesprit actif, inventif, prompt à imaginer Fargument qui déconcerte ou l'expédient qui tourne la difficulté imprévue ; mais son imagination nuit rarement à sa clairvoyance et son habileté ne le rend point trop imprudent. Il sait user de tous les moyens et prendre toutes les attitudes : tantôt ferme, fier, portant très haut la gloire et l'orgueil du maître ; tantôt aimable, facile, enjoué. Parmi ceux qu'il veut gagner, il en est bien peu qui ne se laissent aisément séduire ; et la confiance familière que lui témoigna d'abord Frédéric-Guillaume ne s'explique point uniquement par l'intérêt politique : il est visible que le Grand Électeur a subi lui-même, pendant la jeunesse de l'alliance, l'ascendant de cet esprit alerte, souple et charmeur '. Rébenac n'avait point que des qualités. On peut lui reprocher trop de confiance en lui-même, une inaptitude remarquable à comprendre et à apprécier des mœurs et des caractères qui lui paraissaient grossiers, parce qu'il ne retrouvait en eux ni les élégances ni le brillant que l'on admirait à Versailles. Mais ses défauts môme tournaient parfois à son avantage. S'il ne savait point contraindre un perpétuel besoin de faire figure, le faste de l'ambassadeur ne rehaussait-il pas le prestige du Roi ? Et si Rébenac était généreux jusqu'au gaspillage, les ministres, les officiers, les valets de Frédéric-Guillaume, dont sa générosité prévenait les désirs, pouvaientils trouver mauvais qu'il fût prodigue ?
Rébenac, en arrivant à Berlin, n'y avait pas cause gagnée. Il quittait une Cour que Frédéric-Guillaume n'aimait guère et c'était lui (le Grand Électeur pouvait-il Toubliersi vite ?) qui, moins d'un an plus tôt, par le traité de Celle, avait désarmé le Brandebourg. Mais Frédéric-Guillaume, s'il ne lui donna pas dès l'abord toute sa confiance, évita de lui en rien laisser voir ; et la Cour électorale, qui ignorait l'alliance secrète, mais non la réconcilia-