‹ Le Grand Électeur et Louis XIV [i.e. quatorze]Chapitre 65 sur 79 · Voir aussi d'Avaux, 23 mai 1686, Négoeiationê, V · texte numérisé non relu

Voir aussi d'Avaux, 23 mai 1686, Négoeiationê, V

LES DBRNIÙRES ANNÉES (l684-l688) 5'J'J

Si Tempereur, en effet, perpétuait à dessein ses différends avec Louis XIV pour que l'Allemagne ne désarmât pas et subit docilement r influence autrichienne, il n'entendait pas renoncer à la guerre turque, ni aux conquêtes que la prise de Bude lui promettait ; il y était encouragé d'ailleurs par la Cour d'Espagne, trop faible pour souhaiter la rupture, et par le pape Innocent XI, dont la politique n'avait d'autre but que de favoriser la Croisade *. Tant que les Turcs ne seraient pas chassés de Hongrie, il semblait donc qu'il dépendît de Louis XIV de conserver la paix ou de renouveler la guerre. Mais la situation du roi devenait chaque jour plus difficile. Depuis longtemps, la guerre turque n'était pour lui qu'un expédient, une diversion, qui retenait sur le Danube les troupes autrichiennes : il n'avait cessé de la provoquer ou de l'entretenir en secret *. Et voici que ses intrigues se retournaient contre lui. Quoi que l'on pût croire en Allemagne, sa politique, toute menaçante qu'elle fût, était alors pacifique; aux eflbrts sincères de Croissy se joignait, semble-t-il, contre les velléités belliqueuses de Louvois, l'influence de Madame de Maintenou et du père La Chaise, que préoccupait avant tout l'unification religieuse du royaume. Louis XIV désirait donc que la guerre hongroise continuât, parce que la paix en Hongrie eût été presque inévitablement suivie de la rupture sur le Rhin et peut-être aussi parce qu'il gardait un reste d'espoir que la fortune pût rétablir encore, entre l'Autriche et les Turcs, l'équilibre des forces, qui eût paralysé l'empereur sans menacer la chrétienté. Mais il comprenait aisément que la guerre turque risquait de procurer à Léopold de nouvelles victoires et de nouvelles conquêtes, de restaurer le prestige déchu de la dignité impériale et de rendre l'avenir plus périlleux pour la PVance ; et s'il en devait être ainsi, ne valait-il pas mieux hâter la guerre, avant que la coalition menaçante eût achevé de se former? Louis XIV prit alors le parti de se préparer à la rupture, qu'il jugeait inévitable et prochaine, tout en la retardant le plus possible. Il entreprit de rendre formidable sa position sur le Rhin. Heureu-

portance qu'elle n'en avait et que Louis XIV y vit réellement, non pas un péril mimédlat, mais un signe des mauvaises dispositions de l'Allemagne et surtout des intentions dangereuses de la (*oiir impériate. À.E., Allemagne, 314 et 315.

1. Voir ImmicI), Papst Innocenz XI, et Gérln, Le pape Innocent XI et le siège de Vienne, dans Rev, des Questions Historiques, i^^XXXlX.

2. La question des rapports de Louis XIV avec les Turcs n'a pas encore été étudiée dans son ensemble. Mais il n'est pas douteux que ceux-ci fussent encouragés et soutenus par la diplomatie française, et l'article de Gérin, cité plus haut, en fournit déjà des preuves très suffisantes.

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sur son amitié *. » Quant à Louis XIV, dès le i8 juillet, il ne doutait pas des « mauvaises intentions » de Frédéric-Goillaunie; mais, puisqu'il n'était pas dupe, quel avantage eût-il trouvé k dissiper Téquivoque? Les apparences de la bonne entente, si fragiles et si illusoires qu'elles fussent, ne pouvaient-elles aider la diplomatie française à retenir quelques princes hésitants et peutêtre à rendre plus maniables les ducs de Hanovre et de Celle, qu'elle s'efforçait encore de gagner? Puis le roi de Danemark, à qui l'alliance, même incertaine, du Brandebourg et de la France restait précieuse, insistait sans cesse pour que le roi continuât à satisfaire Frédéric-Guillaume *. Enfin, ce qu'il importait surtout d'obtenir, c'était l'inaction de la diète, où l'unique suffrage du Brandebourg, joint à celui des trois électeurs ecclésiastiques, entraînait le vote du collège électoral et rendait les deux autres collèges impuissants et inutiles. Aussi Verjus lui-même conseillait-il au roi de tout faire pour conserver les restes de l'alliance brandebourgeoise ' ; et le roi suivait ses conseils. Rébenac, que le voyage de Clève venait d'éclairer, ne se trompait plus autant qu'il en avait l'air : il obéissait à son maître en entretenant l'illusion.

Ce fut à Wesel que Spanheim prit congé de Frédéric-Guillaume pour retourner à Paris. 11 emportait une instruction qui ne chan-

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