Pester, op. cit
2. C'est Fridag qui l'avait obtenu de Frédéric-Guillaume, et c*est lui aussi qui raconte ce curieux incident dans une lettre du 7 novembre 1686. Le secret de l'alliance suédoise fut communiqué au conseil par Fuchs.C/. u. À., XIV, 1329.
3. Il l'annonce à Spanbeim le 19 novembre ; la minute de la lettre, rédigée par Fuchs, porte la mention : lectum et approbatum a Serenissimo.
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U est pea vraisemblable que Groissy, en hasardant la démarche, n'eût pas espéré qu'elle dût réussir; et les instructions du ao décembre montrent bien qu'il ne la tentait qu'avec prudence. Il ne les adresse pas à l'ambassadeur du roi, le duc d'Estrées, mais à son frère, le cardinal, et il en explique à celui-ci la vraie raison : ce n'est pas tant, lui dit-il, parce que le duc est malade *, « qu'à cause aussy que le Roy est bien esloigné de vouloir estre demandeur., dans une affaire qui est beaucoup plus avantageuse à l'Empereur qu'à Sa Majesté mesme; et V. Em*"® juge bien que cette fonction convient mieux à un cardinal qu'à un ambassadeur '. » Le cardinal lui-même ne devra qu' « insinuer au pape... ce que Sa Sainteté pouroit faire. » Il ne s'agit point d'une négociation en règle. Il est probable que le pape, ainsi que Ranuzzi l'a fait entendre, proposera son intervention : le cardinal pourra l'assurer alors que le roi de France agréerait volontiers l'expédient « comme le moyen le plus propre de faire finir de part et d'autre tous sujets d'inquiétude et de défiance » — pourvu, ajoutait cependant l'instruction, « que cette affaire s'achève promptement, en sorte qu'il n'y ayt plus à douter du succez dans le commencement d'avril. » Quant à la façon d'agir, le roi pensait que le pape devrait se contenter de « disposer les parties à l'accommodement », car il était certain — laffaire palatine l'avait prouvé — que les princes protestants d'Allemagne ne voudraient jamais prendre le Saint-Siège pour arbitre ; puis Verjus négocierait à Ratisbonne. Enfin, quant aux conditions, le roi, qui voulait une solution rapide, posait en principe «qu'on ne ferait que convertir la trêve en paix, sans rien changer à ses clauses.
Mais la prudence de Groissy fut trahie par les circonstances, ou peut-être par ceux même qui devaient exécuter ses ordres. Le cardinal d'Estrées ne put être reçu par le pape, alors malade, qui le renvoya à son Secrétaire d'État, le cardinal Gybo. D'Estrées ne parla d'abord à celui-ci qu'en termes vagues; mais, comme il attendait en vain l'offre d'intervention qu'il espérait, il commit aussitôt une double imprudence : il s'avança jusqu'à proposer luimême la conversion de la trêve en paix ; puis, bien que son instruction ne le chargeât que d'insinuations verbales, il remit à Gybo deux mémoires successifs — le 3o décembre et le 2 janvier — dont la rédaction hâtive ou perfide semblait faite pour inquiéter
1 . Le duc d'Estrées De se rétablit pas et mourut le 30 janvier 1687.
2. Lettre de Groissy, jointe à rinstruction, et de môme date. A.E., Rome, 302.
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4 janvier, tout le monde en avait icy des lettres de Viçnne ' . » Celles-ci, bien entendu, attribuaient à Louis XIV les intentions les plus noires. Sa Majesté, disait-on, avait déclaré « que ne trouvant plus de son interest de maintenir la trêve, Elle ne vouloit plus y avoir d'égard et désiroit une paix définitive qui fust signée avant la fin de mars, à moins qu'on aimast mieux sentir la force de ses armes. » Voilà ce qu'étaient devenues, sur les routes de Paris à Rome et à Vienne, les déclarations pacifiques de Croissy ! Quant à Frédéric-Guillaume, il fut informé d abord par une lettre de Spanheim, en date du 37 décembre, qui n était pas très précise encore, mais que le bruit public ne tarda pas à confirmer. Il crut, lui aussi, que la diplomatie française se ménageait une occasion de rupture, et il en douta d'autant moins qu'il en était, à vrai dire, convaincu d'avance depuis l'incident de Hambourg. Mais ni Rébenac, ni Spanheim n'attribuaient aux propositions royales le caractère menaçant qu'on leur prêtait à Vienne; le premier, en janvier, n'était pas instruit encore, tandis que le second, toujours conciliant, et qui d'ailleurs traitait directement avec Croissy, affirmait que la Cour de France irait « bride en main » et qu'elle était « fort éloignée d'aucune envie d'entrer en guerre '. » Aussi Frédéric- Guillaume, bien qu'il se défiât malgré tout, n'avait-il point hâte de se compromettre. Le 17 janvier 1687, ^^ écrivait à l'empereur qu'il était certain que Louis XIV voulait commencer la guerre l'été suivant; mais il ajoutait qu'on devait tout faire pour retarder la rupture, tant que la paix turque n'était pas signée '. Pour sa part — il le déclarait à Fridag — il se croyait plus utile en employant, auprès de Louis XIV, les restes de son infiuence qu'en se déclarant trop tôt * ; et il conseillait de négocier, pour gagner
1 . Cette date seule suffirait à prouver, semble-t-il, que le projet de conversion de la trêve était formé déjà lorsque Croissy trouva l'occasion d'en parler avec le nonce. Je ne trouve pourtant, dans les lettres du roi à Verjus antérieures à celle du 19 décembre 1686, que cette allusion peu conclu intt% le 13 : « Vous ne devez rien faire ny dire quant à présent qui puisse faciliter les conférences, qui ne pouront jamais estre d'aucun avantage pour ma couronne jusqu'à ce que les Estât de l'Empire soient bien résolus de convertir en un traitté de paix tout ce qui a esté accordé par celuy de Trêve.. » A. £f., Allemagne, 315. Voir la lettre du 4 janvier 1687, ibid., 316.
2. Lettres citées. — « Au reste, Spanbeim,,. n'en est pas moins persuadé jusques icy, et en quoy il n'est pas seul de son avis, que ce n'est pas l'intention présente de cette Cour de rompre et d'entrer en guerre avec l'empire ; qu'on est autant porté que jamais à désirer la continuation de la paix... w 3 février 1687.
3. Lettre citée par Pester, Die Abberufung Gottfrieds von Jena, dans Forsch z. br. u. pr. Gesch., 1902, XV.