‹ Le Grand Électeur et Louis XIV [i.e. quatorze]Chapitre 68 sur 79 · LES DERNIÈRES ANNEES · texte numérisé non relu

LES DERNIÈRES ANNEES

trêve, taudis que Tempereur et l'empire eu avaient jusqu'alors respecté les clauses. Puis, ou ne pouvait oublier ces contraveutious elles-mêmes. Louvois, cela va sans dire, ne voulait renoncer ni au fort de Huningue, ni à Fort-Louis, ni même à Mont-Royal, dont les travaux commençaient. Introduirait-on dans la garantie l'iiTitante question des griefs ? Croissy voulait qu'on la renvoyât à une discussion amiable et que Ton s'interdit, de part et d'autre, toute infraction nouvelle. Mais Louvois jugeait évidemment la promesse impossible, puisqu'il se disposait à fortifier Mont-Royal ; il demandait que la diète promit au contraire qu'on ne parlerait plus, pendant la durée de la trêve « de griefs passés ny des ouvrages faits ou commencés sur le Rhin. » Aussi le Conseil royal, ou tantôt Croissy, tantôt Louvois l'emportait, paraissait-il hésiter sans cesse, et, d'une lettre à l'autre, Spanheim était-il forcé de se contredire *. On comprend que Frédéric-Guillaume retrouvât toute sa défiance, s'il l'avait jamais perdue, et qu'il écrivît à Godefjpoy d'Iéna, le 20 février, de redoubler de prudence, de réserver l'approbation électorale, même çn faveur d'une garantie réciproque, et de s'interdire toute initiative *.

L'affaire contribua donc à éloigner plus encore Frédéric- Guillaume de Louis XIV. On sait d'ailleurs comment elle finit, sans réaliser ni les espérances de Louvois ni celles de Croissy : la paix ne fut ni rompue, ni rendue beaucoup plus solide. Louis XIV, qui n'obtenait rien à Ratisbonne, profita des instances réitérées du pape pour abandonner la négociation, sans trop paraître reculer. L'ambassadeur impérial, Lobkowitz, avait reçu de l'empereur une letti*e officielle, où celui-ci affirmait hautement sa volonté de respecter l'armistice, même s'il parvenait à signer la paix avec les Turcs. Lobkowitz fut reçu par Louis XIV, lui fit part de la lettre impériale et la confirma par un mémoire qui en renouvelait les promesses. Le roi déclai*a qu'il s'en contenterait ; Croissy fit au mémoire une réponse écrite, qui en constatait et en acceptait les termes, et l'on ne parla plus, ni des contraventions anciennes, ni de convertir la trêve en paix '. Mais, de part et d'autre, toutes les défiances et toutes les craintes subsistèrent.

1 Tout ceci d'après la correspondance de Spaoheiin, Conv. 25, el celle de Verjus, A. £., Allemagne, 31G.

Page 1