Pester, Die Abberufung GoUfriedê von Jena
3. Voir, sur tout ceci, Immicb, op. cit.^ 223 sqq., 238 sqq., en particulier 239. note 1. ainsi que la correspondance de Verjus et celle de Spanheim. I^ 3 mar», Hanuzzi écrit encore que Croissy insiste pour la conclusion de la paix. ibicL, 233
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léna avait acquis dans la diète une très réelle influence par son habileté, par sa parole et par ses vingt-cinq ans d*ambassade. Les ministres impériaux ne l'aimaient pas : il était trop zélé pour les intérêts protestants et passait pour l'ami et Tallié de Verjus. Depuis la paix de Nimègue jusqu*à la trêve de vingt ans, léna servit la politique électorale avec d'autant plus de conviction et d'ardeur que ses propres idées l'y pointaient : disciple de Pufendorf, il ne mettait point en doute l'impuissance absolue de l'empire, et il est certain que ses sympathies françaises n'ont pas seules inspiré tels de ses votes, qui firent scandale d'un bout à l'autre de l'Allemagne *.
Après la trêve, la situation d'Iéna devint beaucoup plus délicate. Il était venu à Berlin, nous le savons, en novembre i684« et Frédéric-Guillaume n'avait pas dû lui cacher que son alliance avec Louis XIV n'était plus aussi solide qu'auparavant. Il faut pourtant se souvenir que l'évolution de la politique électorale se produisit seulement un peu plus tard, en mars i6b5; que si l'alliance hollandaise devint presque aussitôt publique, l'alliance suédoise, puis l'alliance autrichienne, au moins dans sa forme véritable, ne furent même pas connues, dès leur conclusion, de tous les conseillers secrets de Frédéric-Guillaume et qu'Iéna dut les ignorer en partie. Il faut ajouter enfin qu'en i685 et 1686 un seul conseiller, Fuchs, connut tout entière la pensée intime de son maître et que ce fut toujours Meinders, secrètement favorable à la France, qui rédigea les minutes des ordres envoyés à Ratisbonne. Ce sont autant de circonstances qui expliquent les divergences entre l'attitude d'Iéna et les intentions de l'électeur, et qui peut-être les excusent.
Elles s'expliquent, il est vrai, par d'autres motifs encore. Nous avons vu que la politique électorale dans la diète, jusqu'à la trêve, était conforme aux idées personnelles d'Iéna : ce que nous savons de son caractère ne permet-il pas de supposer qu'il eut quelque peine à les sacritier tout à fait? Enfin Tinfluence que Verjus avait su prendre sur lui n'est pas douteuse et venait s'ajouter à tout le reste. Les Impériaux accusaient léna d'être pensionné par Louis XIV ; Verjus et léna protestaient : la correspondance du premier nous permet de réfuter les calonmies, sans qu'il soit possible toutefois de mettre hors de cause l'intéginté du second.
Godefroy d'Iéna n'a jamais reçu de Louis XIV une pension
1. Pester, op. cit., insiste beaucoup et, je crois, avec raison sur la concordance entre les idées personnelles de Godefroy d'Iéna et les intentions de Frédéric- Guillaume entre 1680 et 1684.
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sacrifice formel à l'empereur '. i> Louis XIV ne put conserver les illusions qu'il ne demandait pourtant qu'à entretenir. Le i3 mars» il écrivit à Rébenac de présenter ses plaintes « sans chercher à en adoucir Texpression. » Le qo, il reconnaissait que Télecteur ne gardait plus de mesures qu autant que l'empereur le lui permettait « pour luy donner moyen de tirer quelques arrérages de subsides. » Ënûn ses ordres du 37 furent plus irrités encore : m II est bon, écrivait-il, que vous fassiez entendre à ce Prince et à ses ministres que je ne me mesle point de scavoir quel ministre il employé ou révoque, soit pour cette Diette ou pour d'autres lieux, mais que je ne puis pas m*empescher d'estre surpris de l'extrême partialité que ledit Électeur témoigne pour la Cour de Vienne en punissant d'une manière si publique ce ministre d'un rapel honteux et d'une disgrâce esclatante sous le seul prétexte du penchant qu'il a témoigné pour le maintien d'une bonne intelligence entre moy et TEiupire et de Talliance particulière que j'ay avec l'Electeur son maistre. »
Quoi qu'en ait pensé Fridag, Louis XIV n'essaya pas d'obtenir que Frédéric-Guillaume révoquât sa décision : il se contenta de faire parvenir à léna une dernière gratilication de a. 000 écus *. Ce fut Frédéric-Guillaume qui mesura le danger et recula. Fuchs luimême, semble-t-il, n'hésita, pas à Ty encourager, et si Godefroy dléna ne resta pas ambassadeur à Ratisbonne, du moins son maître accepta- t-il ses excuses et lui annonça- t-il, dès le q4 niars, sa rentrée en grâce. Il en donnait un motif si extraordinaire qu'on ne peut douter qu'il n'eût qu'un but : réparer la faute que Fridag l'avait entraîné à commettre. « Nous vous avions privé de notre grâce, écrivait-il à léna, parce qiie nous avions cru que vous aviez agi de façon à mettre en péril les relations de paix et de bon voisinage entre l'empire et la France, peut-être même à provoquer la rupture \ )> léna quitta le service électoral, mais de son plein gré.
1 . Rébenac, 1" mars 1687. Lettre citée par Prutz, Ans des Grossen Kurfursten letzten Jahren, 383.
2. « Quoy qu'il en soit, je veux que vous donniez de ma part une gratiffication de :i.000 écus audit S' Yéna... aOin que ce ministre connoisse que je n'oublie pas les lesmoignages qu'il m'a donné de ses bonnes intentions. » Lettre du roi à Verjus, 27 mars 1G87. A. E,, AlKmagne, 316.
3. Cité par Fester, op. cit., ainsi qu'un billet curieux de Fuchs à Meinders. Fuchs avait rédigé la minute du rescrit électoral du 24 mars et la communiquait à Meinders.
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puis le mariage du prince électoral rendit les relations i}hi^ tendues encore, i^ar Tantipathie mutuelle de Dorothée et de Sophie-Charlotte. Au printemps de 1687, la défiance et Tinimitié étaient déjà, de part et d'autre, presque à leur comble, lorsque tout-à-coup, le 37 avril, au milieu d'une fièvre scarlatine que les médecins n'avaient point reconnue et qui ne paraissait pas dangereuse, le second fils de Louise-Henriette, le margrave Louis, mourut. Tout le monde crut d'abord à un empoisonnement *. Le prince électoral en douta moins que personne et n*hésita pas à l'attribuer à sa belle-mère, ou du moins à la confidente de Dorothée, la duchesse de Holstein-Wiesenburg. Il eut peur du poison pour lui-même ou pour sa femme, alors enceinte ; il ne craignit pas de laisser paraître son appréhension, de réclamer à son père le châtiment des coupables ; il se décida enfin à quitter brusquement Potsdam pour conduire Sophie-Charlotte à Hanovre et se retirer ensuite dans son gouvernement de Clève.
Sur Tordre formel de son père, il s'arrêta cependant en route et se rendit seulement à Cassel. Mais il s'obstinait à ne pas revenir, tant qu'une enquête n'aurait pas découvert le crime, et le dissentiment se prolongea de juin jusqu'en octobre. Or, à ce moment, un différend nouveau venait d'opposer l'une à l'autre les deux maisons de Brandebourg et de Brunswick et le conflit personnel entre le père et le fils pouvait aisément devenir un danger politique. 11 était naturel que l'électeur attribuât au duc de Hanovre l'intention d'en tirer avantage ; et bien que Louis XIV eût envoyé à Rébenac Tordre de ne point s'en mêler, il était naturel aussi que Frédéric-Guillaume craignît que le roi de France, au moment où la diplomatie française cherchait précisément à gagner les ducs de Brunswick, n'aidât ceux-ci à soutenir le prince électoral contre lui ".
Quoi qu'il en soit, l'électeur, jusqu'à la fin de Tannée 1687, ne change rien à son attitude. Le i5 septembre, il corrige lui-même
1. C'est par un empoisonnement que la mort du margrave fut expliquée d'abord à Spanheim et Spanheim l'annonça ainsi à la Cour. Je trouve sur le registre d'audiences de Croissy, en avril, cette note, après le nom de Spanheim : «( Demande un moment d'audiance du Roy pour luy présenter une lettre de l'EI' son maistre sur la mort du Pc« Louis qu'il dit avoir este empoisonné. »
t. Consulter, sur le conflit entre le prince électoral et son père : Prutz, Aus des Grossen Kurfiirsten lelzten Jahren^ 384 sqq. (extraits de Rébenac) et Zur Geschichte des Konfliktes zwischen dem Grossen Kurfursten und dem Kurprinzen Friedrich dans Forsch, z. br, u. pr. Gesch., 1898, XI ; Philippson, op, cit., 32 sqq.
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Mais alors se succèdent des événements nouveaux, qui préparent la rupture inévitable, et tout indique qu'au début de Tannée 1688 Frédéric-Guillaume allait se décider à agir.
Depuis l'automne de i685, Louis XIV n avait pas abandonné ridée d'une alliance avec la maison de Brunswick et, tour à tour, selon les dispositions apparentes de la Cour électorale, il la concevait comme un complément à Falliance brandebourgeoise ou comme un moyen d'en compenser la perte. Bien des fois, la négociation s'était engagée, interrompue et renouée. En novembre i685, pour la terminer plus vite, le roi avait modéré ses conditions primitives et permis à Rébenac d'augmenter considérablement les subsides ^ . Mais celui-ci, qui devait aller lui-même à Hanovre, se crut plus utile à Berlin et envoya son secrétaire. Poussin : le duc de Hanovre se déroba ". Pendant quelques mois, on laissa dormir l'afTaire. Pais Rébenac, en allant à Clève, passa par Celle, sur l'ordre du roi, et y dressa même un projet d'alliance, dont on discuta les clauses ; le i5 août 1686, Louis XIV lui écrivait que la conclusion ne pouvait plus tHre dill'érée ; malheureusement, l'incident de Hambourg, en opposant les ducs de Brunswick au roi de Danemark, fit, une fois de plus, tout manquer *. Enfin, les pourparlers recommencèrent en 1687, mais par une autre voie. En avril, Louis XIV profita d'un voyage du duc de Hanovre à Aix-la- Chapelle et lui envoya Gourville ; on fut sur le point de conclure. Pourtant rien ne fut signé encore ; il fallut que le neveu de Gourville allât par deux fois à Hanovre, en mai, puis en septembre, et quand il y eut signé, le i**" novembre, un traité qu'il pouvait croire définitif, de nouvelles difficultés empêchèrent la ratification royale : l'alliance ne fut vraiment conclue et ratifiée que le 10 février 1688. D'ailleurs, même alors, Louis XIV était loin d'obtenir tout ce qu'il eût souhaité ; il ne traitait pas avec la maison de Brunswick tout entière, mais seulement avec le duc de Hanovre, et l'alliance ne devait avoir d'effet qu'après la fin du différend qui mettait aux prises le roi de Danemark et le duc de Holstein-Gottorp, l'un allié à la France, l'autre aux ducs de Brunswick : le traité conclu en février 1688 restait donc conditionnel et provisoire *.
1. Lettre du 15 novembre 1685, du roi à Rébenac, A. £"., Brand., 2.*).
2. Le roi fit reprocbe à Rébenac de ne pas avoir exécuté ses ordres lui même : « Je n'ay pas attendu, écrit-il le 17 janvier 1686, un plus heureux succès de cette négociation du moment que j'ay sceu que vousî l'aviez confiée à uo autre.. » Ibid,^ 26.