SUR LES BOULEVARDS
Le petit hôtel de la rue Boudreau , ordinairement silencieux , était ce soir^là plein d'animation, de bruit & de lumières.
La marquise de Sauges, sous prétexte de médianoche, avait convié quelques intimes de Pun 8c de l'autre sexe — des femmes du meilleur monde & des hommes de la meilleure élégance — à venir juger, dans son saloh, d'un èq^mê dont elle voulait .essayer l'effet sur eux avant de l'essayer sur d'autres.
Un coftume?... En vérité, je suis fort embarrassé de le décrire, car il était iftdesciriptible. Vous avez entendu parler de celui que madame Tallien , dite Notre-Dame de Thermidor^ por-
tait, en 1798, aux bals de Frascati? Sinon, vous connaissez au moins celui des abeilles, n'eft-ce pas? vous savez qu'il ne consifte qu'en deux ailes imperceptibles qui ne leur servent absolument qu'à voler ? Eh bien ! le coftume de la marquise était à peu de chose près semblable, avec cette différence que, si elle avait voulu s'envoler, il aurait fallu qu'on l'enlevât, — ce qui, par parenthèse, avait dû venir plus d'une fois à la pensée de quelques-uns de ses invités, jeunes & téméraires pour la plupart. Une tunique de gaze blanche, que sa transparence faisait paraître rose, & qui accusait l'exquise pureté des formes qu'elle avait mission de dérober aux yeux indiscrets. Par-dessus, un péplum de pourpre broché d'or, comme les anciens avaient coutume d'en orner les épaules de leurs divinités préférées, particulièrement de Vénus. Aux bras^ tout à fait nus & tout à fait beaux, étincelaient des anneaux de métal poli. Aux jambes, en guise de jarretières, deux cercles d'or. Aux pieds, que laissaient à découvert des sandales d'écorce, des bagues de prix. Dans les cheveux, relevés à la grecque & crespelés, des rubans couleur de feu. Au cou, pour en rehausser encore l'éclatante blancheur, un triple collier de corail de Sicile. Puis — plus rien... Je me trompe : par un raffinement de coquetterie qui ne pouvait pousser que dans la cervelle d'une femme qui se savait irréprochable
des pieds à la tête, & surtout de la hanche aux épaules, on voyait par-dessous le péplum, serrant la taille & soulignant les splendeurs marmoréennes du bufte, une large ceinture de soie blanche, — le celle magique auquel les anciens poètes, Homère tout le premier, attribuaient le pouvoir d'inspirer de Tamour & d'ensorceler les cœurs. La marquise donnait à ce coftume invraisemblable & charmant le nom que lui avaient donné, soixante ans auparavant, les Merveilleuses du Diredoire, cette Régence rouge; mais il eft douteux que Tombre de Périclès , évoquée par quelque spirite de bonne volonté, eût consenti, sinon par galanterie, à reconnaître en elle une Athénienne, — même une Athénienne de la dernière olympiade. Aspàsie n'était pas plus belle, mais elle était habillée d'une autre façon. La marquise de Sauges n'y regardait pas de si près. Pourvu qu'on la trouvât pittoresquement vêtue & qu'elle gagnât surtout à l'être ainsi, c'était tout ce qu'elle demandait, sans réfléchir qu'une mode comme celle qu'elle adoptait là & qu'elle voulait faire adopter par les Parisiennes, si elle allait avoir pour elle tous les hommes épris des belles chairs - & amoureux des beaux marbres, allait, en revanche, avoir contre elle toutes les femmes qui avaient trop à perdre à s'habiller — ou plutôt à se déshabiller ainsi. Les modes qui dissimulent les im-
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perfedions ont toujours chanœ de réussir : mais celles qui ont pour but d'accuser des perfedions — imaginaires?
En attendant Téprçuve solçnnelle, définitive , du grand jour & de la foule, — car la marquise de Sauges était une sorte de Brummel féminin, un dandy audacieux parce que plein de goût, t— Tessai qu'çUe en faisait ce soir-là en petit comité, dans son salon, était des plus encourageants & des plus flatteurs. Ce n'avait été qu'un cri d'admiration de la part des honmies — & qu'un cri de jalousie de la part des femmes. Les unes & les autres savaient déjà combien Impéria était attrayante, séduisante, dangereuse, mais jamîûs ils n'eussent supposé qu'elle le fût à ce point.
Seuls, le marquis de Sauges & \q jeune poëte Henry de La Barthelasse étaient au courant de toutes ces richesses plaftiquQs dont elle faisait , pour la première fois, ce soir-là, un si éblouissant étalage^ — r* le premier en qualité de mar<juis de Sauges, & le second à je ne sais plus quel titre, égal en tout cas à celui du marquis.
De ce qu'elles étaient jalouses de la supériorité d'Impéria sur elles, il ne faut pas en conclure que ses invitées fussent laides ou vieilles. La marquise n'était pas encore d^ns l'âge où l'on s'entoure de repoussoirs , sa splendeur ladée n'avait pas besoin d'un cadre d'ébène, son inconteftable beauté ne redoutait pa§ encore l^s
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comparaisons & les voisinages. Aucune des femmes présentes à ce niédianoche n'était laid^ ni vieille. Deux ou trois, sur une douzaine, avaient dépassé trente-cinq ans depuis quelques années, sans qu'il y parût trop. En dépit de Balzac & de sa paradoxale théorie de la femme de quarante ans, à cet âge-là on n'eft plus fenime, on eft mère^ & je comprends que celles qui ont quelque répugnance à accepter ce rôle respeftable emploient tous les moyens — imaginés par les parfumeurs, possesseurs des fameux « secrets de beauté » de la fameuse Ninon de Lenelos — pour faire croire qu'elles ont encore de la jeunesse devant elles. Il n'y a pas de loi qui défende d'être coquette.
Aucune des amies d'Impéria n'était laide ou vieille. Celles qui n'étaient pas tout à fait jolies étaient tout à fait jeunes , & celles qui n'étaient plus tout à fait jeunes étaient encore très-jolies. Telle était du moins leur propre opinion & œlle de leurs cavaliers, presque tous beaux & jeunes^ à l'exception d'un çu deux d'entre eux, & principalement du marquis de Sauges lui-même, dont un commencement de calvitie & d'obésité indiquait qu'il avait reçu ou qu'il était bien près de recevoir le « coup du lapin. »
Mais le plus jeune ^ le plus beau , celui qui était assis à gauche de la marquise sur un lit de repos à la grecque^ — car, pour être consé-
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quente avec le nouveau coftume qu'elle voulait mettre à la mode, Impéria avait renouvelé récemment son mobilier , & Ton ne voyait dans son salon, transformé en gynécée, que trépieds, candélabres, autels, etc., d'un grec douteux mais riche, — le plus jeune & plus beau des hommes présents était un poëte aux yeux noirs & doux comme des yeux d'antilope , aux longs cheveux noirs bouclés comme ceux de Léandre, au visage pâle & fatigué comme celui de don Juan — & pour les mêmes raisons. Il causait nonchalamment avec Impéria, dont le voisinage liii causait de continuelles distrayions auxquelles son savoir-vivre avait grand'peine à mettre ordre, enveloppé qu'il était par l'atmosphère parfumée, enivrante, qui faisait comme une seconde tunique à la marquise. Toutes les femmes le couvaient du regard & l'enviaient à Impéria qui, ce soir-là, n'aurait permis à aucune d'elles de le lui enlever. Elle y tenait d'abord parce qu'elle y tenait, ce qui était déjà une raison suffisante; ensuite, parce que ses amies avaient l'air d'y tenir elles-mêmes, — ce qui n'était pas une raison moins déterminante.
Ce Lucien de Rubempré méritait, du relie, d'être adoré, car il était adorable. Je viens de dire qu'il était jeune, qu'il était beau, deux qualités précieuses aux yeux des femmes. J'ajouterai que, quoique petit, mais de taille bien prise,
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on devinait en lui une force nerveuse ou réelle non moins prisée du sexe faible -^ qui aime tellement à être protégé qu'il protège volontiers le nôtre, surtout lorsqu'il eft représenté par de splendides échantillons comme Henry de La Barthelasse. En outre, comme si tout cela n'avait pas suffi pour le rendre irrésiftible, Henry était d'une souveraine impertinence qui lui allait à ravir — au dire de toutes les femmes présentes & de la marquise de Sauges elle-même, quoiqu'elle en soufiFrît parfois, sans oser le laisser voir. Quant aux hommes, égaux comme les femmes devî^nt cette impertinence spirituelle, ils n'en souffraient pas, ils la souffraient seulement — quitte à la châtier plus tard, lorsque l'occasion s'en présenterait. Pour l'inftant, ils s'inclinaient, souriants, convaincus que leur rival à tous avait à sa disposition & à la leur autant de bravoure qu'il avait d'esprit, de grâce & de jeunesse.
Le marquis de Sauges savait tout cela, parce qu'il était un homme fort intelligent , fort perspicace, & il ne s'en fâchait pas, parce qu'il était un homme bien élevé & que la marquise ne le compromettait pas plus qu'il ne fallait en ne se compromettant pas trop elle-même.
J'ai parlé d'une douzaine de personnes appartenant au sexe aux pieds duquel nous tombons tous si volontiers sans attendre l'invitation en
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vers de M. Legouvé; mais je n'ai pas donné d'autres détails, & peut-être les attend-on. Je ne les crois pas bien nécessaires. Et puis, si j'entre dans la voie des indiscrétions à propos d'elles, il n'y a pas de raison pour que je ne continue pas à propos de leurs cavaliers, gens ombrageux & susceptibles, qui veulent bien dépenser leur Jeunesse & leur fortune dans des prodigalités libertines, mais ne veulent pas que les chroniqueurs s'occupent de cela pour défrayer leurs chroniques. C'eft bien assez déjà que, de temps en temps, à propos d'un duel ou d'une réclamation de fournisseur, les tribunaux se cçoient autorisés à entrebâiller leur vie privée !
Le petit hôtel de la rue Boudreau a exifté, la marquise de Sauges a vécu, & si j'esquissais ici le portrait de quelques-uns de ses familiers, je suis certain que le ledeur n'aurait pas de peine à mettre des noms dessus, — des noms de U high life parisienne, du moins d'une certaiiMf fraftion de la high life y celle qui fait le plus parler d'elle. Je crois même qu'il y avait là quelques journaliftes & quelques adricQs. A quoi bon vous entretenir de leurs faits & geftes?
D'ailleurs, les uns & les autres se trouvent trèsincidemment mêlés à mon récit, & je n'ai pas plus à m'occuper d'eux qu'ils n'ont à s'occuper de moi. Ils apparaissent ici pour disparaître tout à l'heure*
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Cependant, la baronne Césanne, la rivale la plus dangereuse de la marquise de Sauges — &, à cause de cela, la moins redoutée de celle-ci, qui la croyait complètement accaparée par les galanteries du marquis, — la baronne Césarine valait bien qu'on s'occupât d'elle tout spécialement, comme le faisaient depuis un inftant les yeux d'Henry de La Barthelasse. Junon avait emprunté le cefte de Vénus pour se faire aimer de Jupiter; la baronne, pour se faire adorer d^Henry, n'avait rien emprunté à Impéria — que son envie de plaire, & cela avait bien Pair d'être en chemin de lui réussir comme cela avait réussi à son incomparable rivale.
Si Marmontel l'eût connue, c'eft elle & non pas la Guimard qu'il eût appelée la belle damnée, car elle avait véritablement une beauté à la perdition de son âme & de celle de ses amants,
— dont quelques-uns s'étaient scandaleusement ruinés pour elle, & dont le dernier s'était même brûlé le peu de cervelle que lui avait encore laissée sa fatale passion pour elle.
La baronne était blonde comme la marquise,
— mais d'un blond plus cendré, la nuance rare par excellence. Elle n'avait pas les yeux noirs, mais "de ce bleu adorable qui semble fait d'un pan du ciel quand on y regarde extasié , — les yeux des madones, qui rendraient bigots les plus athées. Avec cela, des traits d'une pureté ex-
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quise, un teint pour lequel Dorat eût réinventé l'image c des lys & des roses, » des épaules que Boucher eût choisies pour modèles de sa Diane au baifîy & une taille qui n'avait pas besoin d'être soulignée par une ceinture comme celle d'Impéria. Elle avait la beauté*, elle avait la grâce , elle avait la coquetterie , elle avait le charme comme la marquise de Sauges, — & elle était un peu plus jeune qu'elle. La marquise n'avait pas trente ans, & elle portait royalement sa beauté; mais la baronne en avait vingt à peiné, &, pour les raffinés du genre d'Henry, c'était une saveur de plus, — parce que c'était quelque chose de moins... La marquise adorait — ce soir-là — Henry de La Barthelasse ; mais Henry voulait depuis une heure la baronne Césarine, qu'il était sur le point d'avoir comme la marquise de Sauges l'avait eu , entr^ deux sourires & deux regards. C'était, du refte, le seul moyen que le poëte eût de se faire entendre de la baronne — qui était sourde, sans vouloir l'avouer à personne.
— Henry, — dit la marquise qui avait surpris quelques mots de ce bavardage oculaire & voulait accaparer pour elle seule ce jeune conquérant qui entrait tout botté, le fouet à la main, dans le coeur des femmes, comme le jeune Louis XIV dans la salle du Parlement, — Henry, vous m'aviez promis quelques vers de votre belle lan-
gue provençale : pourquoi ne me les dites-vous pas? Et, ajouta-t-elle plus bas, en se penchant tout à fait sur lui de façon que son corsage s'échancràt & que ses beaux cheveux blonds, ce soir-là frisés, se mêlassent aux cheveux noirs du jeune homme, — pourquoi regarde^^-vous si tendrement cette grue de Césarine? Attendez au moins que je ne veuille plus vous aimer, cher petit; alors vous Taimerez à votre aise, si le cœur vous en dit... Je vous préviens seulement qu'elle eft sourde & qu'elle use une boîte de C2^chou par soirée...
— Impéria ! murmura le jeune homme qui avait reçu de ce contad: féminin une commotion éledrique & qui frissonnait, enivré. Impéria! pourquoi tout ce monde?... Je vous aime, Impéria!... Ah! soyons seuls!...
— Eh bien! ces vers en patois provençal?
demanda le marquis de Sauges.
' — Oui, oui ! des vers ! dit la baronne Césarine qui avait entendu avec ses beaux yeux toujours aux écoutes.
Les autres femmes dirent comme Césarine, & les autres hommes dirent comme le marquis.
Henry de La Barthelasse, qui savait combien il eft ridicule de se faire prier, & qui aimait à parler la langue harmonieuse de son pays natal, se leva^alla s'adossera la cheminée du salon, &, tout en roulant une cigarette de latakié, — la
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marquise permettait qu'on fiimât chez elle, & elle prêchait quelquefois d'exemple , — il récita les vers suivants :
Ah! se moun cor aviê d'alo.
Sué toun cou, sus toun espalo, ' Voularié tout en coumhour,
O mignoto! à toun auriho Te dirié de mereviho, De mereviho d'amour,
— Ah! charmant! charmant! ravissant ! crièrent les hommes en battant poliment des mains,
— Adorable! adorable! crièrent les femmes, qui eurent la bonne foi d'ajouter : Qu'eft-ce que cela signifie en français ?
— Je vais traduire, mesdames, répondit le marquis de Sauges.
Ah! si mon cœur avait des ailes, Sur ton col & sur ton épaule Il s'envolerait tout en feu, O ma mignonne! à ton oreille Il réciterait des merveilles.
Des merveilles d'amour!
— C'eft très-poétique! déclara la baronne Césanne, qui n'avait pas entendu un seul mot.
— Continuez j mon cher Henry, dit la marquise.
Henry de La Barthelasse reprit :
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Ah! se moun cor avié d'alo.
Dessus ti bouljueto palo Voularié coutne un perdu; Moun cor tefariéy chatouno, Cent poutoun e cent poutouno!
Parlarié, parlarié plu !
— Exquis! murmura la baronne, extasiée.
Cela a du nombre, cela sonne comme du Bellini!
— Bouqueto palo me ravit ! murmura la marquise, pâmée.
— Moi aussi, exclama une dame; qu'eft-ce que cela veut dire?
-r Voici, madame, répondit le marquis de Sauges en souriant :
Ah! si mon cœur avait des ailesj Sur ta bouche bellemeïit pâle Il volerait comme un perdu ; Mon cœur te ferait, ma chatte, Cent caresses & cent baisers!
Il crierait, puis ne crierait plus I...
— C'eft vraiment divin ! soupira la baronne en lançant un regard passionné au jeune poëte.
— Veuillez continuer, monsieur de La Barthelasse, dit vivement la marquise.
Le poëte s'inclina, &, de sa voix mélodieuse, vibrante, sonore, récita la ftrophe suivante :
Pieta! moun cor n*a ges d'alo!
Lou langui, la fre lou jalo :
Te! lou vaqui sus ma mon ; Pren-lou dins la tiéuno, o bello!
Coume un agnèu mouft cor bêlo, E plourocoume un enfant.,»
Ce qui signifie, mesdames, en bon français :
Pitié! mon cœur n'a point d*ailes!
La langueur & le froid le glacent.
Tiens! tiens! le voici sur ma main ; Prends-le dans la tienne^ ma belle !
Comme un pauvre agneau mon cœur bêle.
Et sanglote comme un enfant...
— Recevez tous mes compliments , mon cher poëte ! s'empressa de dire la marquise, qui voulut être la première à féliciter le jeune homme.
— Je les reçois, madame, comme un dépôt que je reftituerai à qui de droit, répondit Henry en s'inclinant.
— Quoi ! ces beaux vers ?...
— Sont des vers de mon cher maître Théodore Aubanel, madame... Inédits aujourd'hui, peut-être seront-ils publiés demain. Je voudrais me les attribuer que je ne le pourrais pas.
— Vous avez un talent d'ange, monsieur de La Barthelasse ! lui dit la baronne Césarine en lui envoyant de l'œil un baiser. Je n'ai pas compris un seul mot de ce qu'a dit ce jeune homme , ajouta-t-elle plus bas en se penchajit vers le marquis de Sauges.
En ce moment un valet dç pied entra, apportant un large plateau garni de sandwiches, qu'il posa sur une console.
— Madame la marquise veut-elle recevoir M. Antonelli? demanda-t-il ensuite, en se rapprochant de sa maîtresse.
— Qu'eft-ce que ce monsieur Antonelli ? demanda le marquis.
— Mais c'eft le sorcier de la rue de Douai !
s'écrièrent plusieurs dames.
— Précisément , répondit la marquise , involontairement émue. Je l'ai engagé à venir cette nuit pour nous dire à toutes notre bonne aventure... C'eft une surprise que je vous ménageais, mesdames, pour vous remercier de vous être dérangées ce soir.
— Ma chère belle , il n'y a que vous pour savoir faire les choses! chuchotèrent quelques voix.
— Faut-il faire entrer, madame ? demanda le valet de pied.
— Faites entrer, oui... à moins que monsieur de Sauges n'y voie quelque inconvénient? répondit Impéria, en se tournant vers le mar quis.
— Vous êtes ici la maîtresse, madame, dit galamment celui-ci. Faites donc ce qu'il vous plaira... Je vous demanderai seulement la permission de me retirer chez moi... J'ai une visite
à faire demain, à la preftiire heure, à Tambassade d'Eiîjjagne, & je craindrais de ne pouvoir me lever... Je vous baise les mains.
Le marquis salua ta se retira.
Pendant qu'il sortait du salon par une porte, Antonelli y entrait par une autre, précédé du valet de pied qui Tannonçaît.