AUX TRAVAUX FORCES A PERPÉTUITÉ
Les fenêtres étaient ouvertes pour que l'air pût entrer dans toutes les pièces du petit logement de Cœurderoy, et, avec Tair nécessaire à la respiration, les parfums des jardins voisins.
Le jour s'en allait & la nuit venait, — mais lentement tous deux, comme à regret. Huit heures sonnèrent à la vieille horloge de Gaudron , achetée par Cœurderoy dans une de ses excursions & encadrée par lui dans une vieille boîte en cuivre ciselé à jour iSc doré du temps de Louis XIII,
— Jean ne rentre pas! murmura la Borgnotte, assise près de la fenêtre & regardant mélanco-
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liquement le ciel de son meilleur œil, comme pour en sonder les ténèbres bleuâtres.
— Petit père ne tardera pas, petite mère Borgnotte ! répondit Marie de sa voix caressante, en prenant à pleins bras la tête de Trépignette & en lui donnant, sans compter, une douzaine de baisers, — une rosée d'âme.
— Puisque tu es tranquille, je n'ai rien à craindre, ma chère mie, soupira la pauvre fille qui, malgré cette assurance qu'elle se donnait ainsi tout haut, redoutait tout bas mille choses.
Le couvert était mis pour le souper. L'appétit serait venu à l'eftomac le plus réfi^adaire à Pasped de cette nappe blanche, de ces assiettes à coqs reluisantes, de ces verres étincelants, & surtout à la bonne odeur qui s'échappait d'une soupière placée au milieu de la table & se répandait doucement dans toute la chambre.
— Veux-tu souper, ma mie chérie? demanda la Borgnotte a l'enfant qui jouait avec les brides de son bonnet de linge d'un blanc éblouissant.
— Je n'aurai faim que lorsque petit père sera assis à table entre nous deux, répondit Marie.
La Borgnotte, tout en caressaTit de la main les boucles soyeuses de la chevelure de sa « mie, » se reprit à rêver de plus belle.
Précisément, en ce moment, elle se rappelait — sans savoir pourquoi ce souvenir-là lui revenait à l'esprit, & non pas un autre — un certain
soir d'hiver où, après une scène violente, Jean Tavait chassée brutalement. Elle avait ramassé ses pauvres hardes, les avait roulées dans un mouchoir, & elle était partie, Tâme en proie au désespoir, Tesprit plein de pensées de suicide. Elle avait ouvert la porte de cette chambre où elle avait passé quelques années d'une vie tourmentée qu'elle n'eût pas, cependant, échangée contre sa part de paradis, •& elle avait descendu marche à marche cet escalier qu'elle ne devait plus remonter jamais. Le vent soufflait avec violence. La neige tombait lentement, par épais flocons, & couvrait la terre d'un grand suaire blanc. On n'entendait rien que le murmure lointain de Paris, — une sorte d'aboiement siniftre comme celui des vagues à la marée montante. La Borgnotte s'était appuyée contre ki rampe, prise d'une peur aiguë, le cœur « tout trifouillé, » selon sa propre expression : il lui avait semblé qu'elle allait mourir. Tout à coup, la porte de la chambre qui s'était violemment refermée à jamais sur elle comme la pierre d'un tombeau, s'était plus violemment encore ouverte, & une voix bien connue, avec l'accent le plus bourru, avait crié : c Veux-tu bien remonter tout de suite ! » Elle avait tressailli, elle avait poussé un petit cri faible, mais n'avait pas eu la force de faire un pas en avant ou en arrière. Alors, Jean était descendu comme une trombe, l'avait
aperçue évanouie sur la dernière marche de l'escalier^ &, tout en grondant, il Tavait prise dans ses bras, l'avait remontée dans sa chambre, & Pavait assise près de la cheminée où flambait un bon feu clair comme un sourire, en lui disant : « Ce ne sera pas pour aujourd'hui... Il fait trop froid... Où iriez-vous, pauvre bête?... Dans la neige... dans la boue... sous ce vent glacé?... Vous refteriez en route!... Non! je ne veux pas! Une autre que vous... peut-être!... Mais vous, non... Vous n'êtes pas criminelle, vous. . . vous êtes folle. . . On ne punit pas les fous, on les soigne... Je vous soignerai... Chauffezvous... buvez ce verre de vin chaud... & surtout ne faites pas de bruit... ne beuglez pas... vous réveilleriez Marie. . . Allons, vite ! rencognezmoi ces larme^... mettez-moi un frein à ces sanglots... & allez vous coucher... Demain, nous verrons ce que nous avons à faire... » Et, le lendemain, Jean songeait à autre chose, il parlait à la Borgnotte comme si rien ne s'était passé la veille, seulement avec un peu plus de douceur que la veille, en l'appelant « chère bête » au lieu de l'appeler « bête » tout court.
— Cher bon Jean ! murmura; la Borgnotte, attendrie à ce souvenir.
— Tiens! tu pleures, Borgnotte! pourquoi donc? demanda Marie, en sentant tomber sur sa joue une larme brûlante.
— Je pleure de plaisir, ma mie, en songeant à ton méchant petit père, qui eftbien le meilleur petit père que la terre ait jamais porté ! Je pleure en me rappelant tout ce quUl a fait pour moi , qui ne le mérite guère...
— Si, tu le mérites, Borgnotte, si !
— Non... non...
— Jeté dis que si, moi, na!...
— Chère mie, tu es bien la fille de ton père! . Le bon Dieu eft bien bon d'avoir mêlé ma vie à
la vôtre... Je ne pouvais vraiment être heureuse qu'avec vous...
— Maman Borgnotte, je ne comprends pas bien ce que tu me dis là, mais je sais bien par exemple que je t'aime tout plein & que, lorsque vous n'êtes pas là, petit père ou toi, il me semble toujours que le soleil eft caché, j'ai froid...
— Cher petit ange! dit la Borgnotte, qui ajouta aussitôt : Ainsi, cette dame que nous avons rencontrée tantôt sur le boulevard extérieur, & qui a voulu t'embrasser...
— Oh! la vilaine femme! répondit vivement l'enfant en se cachant, avec un mouvement d'effroi , dans le giron de la Borgnotte.
— C'était pourtant une belle madame, reprit Trépignette; une belle madame, avec un beau chapeau , une belle robe, de beaux gants, & une voix bien douce!...
— Petit père m'a défendu d'^embrasser d'autres mères que toi...
— Mais ce n'était pas ta mère , ma chérie ; c'était une dame quelconque qui se promenait par là & qui s'eft arrêtée pour te regarder, parce que tu es gentille, parce que tu es proprement nippée, & qu'on ne rencontre pas beaucoup de belles petites filles comme toi sur les boulevards extérieurs, des quartiers à pauvres gens... Et puis, cette dame, elle avait l'air trille... Il faut être pitoyable envers qui souffre, Marie... Oui , elle avait l'air trille... j'ai vu cela quand elle a relevé son voile pour t'embrasser... & il m'a semblé qu'elle était* plus trille encore après ton refus.*. Je me surs trompée, peut-être... Peutêtre aussi ell-ce une dame qui a perdu sa fille & qui a cru la retrouver en toi... Il y a tous les jours de ces ressemblances-là, Marie... Il ne faut pas en vouloir au monde, quand il s'y prend poliment... Pourcjuoi faire de la peine quand il en coûterait si peu de faire plaisir?... De toi, qui es si douce & si bonne, ma *mie, cela m'a étonnée, presque chagrinée...
— Tu as raison, maman Bor^notte , je te demande pardon! Mais c'ell que, vois-tu, j'ai eu peur quand la dame s'eft baissée vers moi... Il m'a semblé qu'elle allait m'emporter avec elle.'.. Alors, j'ai crié!.*. Ne le dis pas à petit père, surtout!...
— Non, ma iriie aimée, non... D'ailleurs, ce p'eft pas chose d'importance... cela ne mérite pas qu-on lui en casse les oreilles... Et puis, quoique tu* me donnes raison , il me donnerait tort, lui, puisqu'il t'a appris à ne connaître & à n'aimer d'autre femme que moi, ta petite mère fiorgnotte...
L'enfant écoutait Trépignette, &, en même temps, son oreille épiait tous les bruits du dehors pour tâcher d'y démêler un bruit connu de pas ou de voix.
— Le voilai le voilà! dit- elle tout à coup en se précipitant vers la porte & en l'ouvrant.
La Borgnotte l'avait suivie, joyeuse.
— Éclaire-noug, Trépignette! cria de l'escalier la voix de Cœurderoy.
— Petit père n'eft pas seul , dit Marie en se reculant instinctivement pous laisser passer son père que suivaient, en effet, deux commissionnaires.
— Bonjour, ma chérie, dit Jean en prenant sa fille dans ses bras & en lui donnant deux gros baisers sur le visage. Ce h'eft qu'un à-compte, ajouta- t-il ; je te donnerai le refte tout à l'heure, quand la Borgnotte aura fini d'allumer sa bougie...
La Borgnotte n'en finissait pas , parce qu'elle était émue, & que, dans son émotion, elle tremblait comme une feuille. Enfijr, la lumière se
fit, & ron put voir, plantés sur le seuil, attendant respeéhieusement , les deux commissionnaires, chargés de paquets de toutes sortes, les uns volumineux, les autres petits, les uns* lourds, les autres légers.
— Mettez cela par terre, «mes gas, leur dît Cœurderoy en les aidant.
Marie regardait tout cela sans trop de curiosité, & elle était plus occupée de son père que des paquets. La Borgnotte, elle, tout en étant occupée de Jean, comme toujours, ne pouvait s'empêcher de se demander ce que pouvaient bien renfermer ces myftérieux paquets.
— Quelques vieilles faïenceries, sans doute!
murmura-t-elle, dépitée de chercher sans trouver. Comme si nous n'en avions pas déjà assez ! En met-il de Targent dans ces bric-à-brac-là ! Il ne s'apercevrait pas que ma robe d'indienne a besoin d'être remplacée, non!... Monsieur Jean, ta soupe sera firoide ! ajouta-t-elle brusquement tout haut.
Cœurderoy ne répondit pas. Il était en train de payer les commissionnaires, qui s'obftinaient à lui demander l'éternel « petit pour boire. »
— Mes agneaux, leur dit -il en les mettant à la porte, vous boirez avec ce que je vous ai donné, ou vous ne boirez pas, à votre choix... Mais je ne sais pas pourquoi je vous payerais deux fois le prix de votre course, une grosse fois & une pe-
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tite... Allez vous promener, mes agneaux, allez ! Et il leur ferma la porte au nez, sans colère, mais avec le plus profond mépris.
— Mendiants, va! dit-il en se débarrassant de son habit & de sa cravate & en s'asseyant à table, disposé à faire honneur au souper. Mendiants ! Des descendants de Vercingétorix ! oh !.. . Ta soupe pue bon comme tout, la Borgnotte!
ajouta-t-il joyeusement en plongeant la loudie dans la soupière.
Marie s'était assise à côté de lui , à sa gauche, & elle lui baisait silencieusement la main.
— Ah ! oui, c'eft vrai, reprit Cœurderoy en se penchant vers elle & en Tembrassant de nouveau avec tendresse ; oui, c'eft vrai, je ne t'avais pas donné ton compte... Le voilà!... Il n'en manque pas un... Ah! tu voudrais aussi un petit pour boire, n'eft-ce pas?... Tenez, le voilà, petite Auvergnate!... En veux-tu, toi, la Borgnotte? ajouta Jean en voyant que Trépignette avait l'air de bouder. En veux-tu ? Dépêche-toi, pendant qu'il me refte encore un peu de monnaie sur les lèvres... Tout à l'heure il n'y aura plus que de la soupe...
La Borgnotte ne se le fit pas dire deux fois : elle accourut & reçut son « pour boire. »
Ainsi commencé, le dîner ne pouvait mal s'achever. Cœurderoy était de bonnç humeur ; il taquinait Trépignette, il lui lançait des bouchons
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à la tête, très-adroitement, de façon que les bouchons ne l'atteignissent pas; il racontait une foule d'anecdotes à la portée du jeune âge, dont Marie riait aux larmes & la Borgnotte aussi : tout cela, sans perdre un seul coup de dent, car, s'il se sentait en verve ce soir-là , il se sentait également en appétit. Il y avait longtemps que la Borgnotte & Marie n'avaient assifté à pareille fête.
Cependant, pas un mot des myftérieux paquets. Au contraire, lorsque Jean surprenait des regards curieux égarés de ce côté, il souriait douceipent, malignement, d'un air qui signifiait : « Vous n'en saurez rien ! » & continuait à manger ou à raconter comme si de rien n'était.
Mais la curiosité a été inventée par &. pour la femme : par Psyché chez les païens, par Eve chez les chrétiens. La Borgnotte , n'y pouvant plus tenir, voulut forcer Cœurderoy à parler, &, négligemment, en enlevant un plat, elle le tint pendant une minute suspendu au-dessus de l'un des principaux paquets.
— Tu veux donc tacher ta robe de noces? lui dit tranquillement Cœurderoy, qui avait deviné son intention.
A cette révélation, à laquelle elle était loin de s'attendre , la pauvre Borgnotte faillit en laisser choir pour de bon le plat qu'elle avait eu l'air de laisser tomber pour rire.
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— Ma ro... ma robe... de noces? balbutiat-elle.
— Eh bien! oui! N'était-ce pas chose convenue? Ne voudrais-tu plus, par hasard, maintenant que je me suis mis en frais pouf cette bête de cérémonie? répondit Gœurderoy, en prenant une pose d'homme offensé.
— Oh! Jean! murmura la Borgnotte, qui étouffait de bonheur.
— Voyons, chère bête, apporte-moi mon café, & plus vite que ça ! reprit Gœurderoy avec sa brusquerie bon enfant.
L'émotion avait coupé bras & jambes à la Borgnotte : le bonheur lui donna des ailes.
En un clin d'œil la table fut débarrassée, la nappe secouée, & le café servi.
Gœurderoy souriait de cet empressement.
— Vous pouvez regarder maintenant, dit-il à la Borgnotte & à sa fille, en se renversant avec complaisance dans son fauteuil pour mieux juger de Teffet qu'allaient produire les myftérieux paquets.
Trépignette se pencha & les ouvrit un à un , avec précaution, religieusement pour ainsi dire, &, à chacun d'eux, elle poussait des cris d'admiration, répétés par la petite Marie, dont la joie, quoique plus désintéressée, n'était pas moins vive que la sienne.
Il y avait là une robe de soie gris-perle, une fotonde de soie noire garnie de guipures, un bonnet de blonde garni de rubans de taffetas blanc, un col en application de Bruxelles, avec les mafiches pareilles, des bas de soie blanche, des bottines de taffetas gris, & des gants de chevreau blancs. C'était le coftume deftiné à la Borgnotte.
Il y avait aussi une robe de mousseline blanche avec de petits volants, une large ceinture de soie bleue, de petits pantalons de mousseline garnis de dentelle, de jolis petits bas de fil d'Ecosse, de petites bottines de taffetas blanc, & des gants demi-longs. C'était le coftume deftiné à Marie.
— Ah ! petit père ! petit père ! que tout cela eft donc beau! s'écriait celle-ci à tout moment, en sautant de joie & en battant des mainsl
— Ah ! cher Jean ! murmurait Trépignette qui ne pouvait en croire ses yeux. Cher Jean ! cher Jean!
— Vous êtes contentes? Oui, très-bien! je suis content aussi... par extraordinaire! Ton café eft exquis, la Borgnotte, tu t'es signalée aujourd'hui , je te remercie.
— Et toi, Jean? Et ton coftume de... marié?
dit la Borgnotte en hésitant un peu.
— Mon habit noir? Vieillevillç me l'apporte
demain; tu verras comme c'eft bien, ça! j'aurai Tair d'un parfait notaire... A propos de notaire, la Borgnotte, je n'ai pas fait dresser de contrat, parce que le coût de Tafte serait plus considérable que l'argent qui y serait donné de part & d'autre... Tu n'as rien, je n'ai pas grand'chose : total, zéro ! Cependant, comme il faut tout pré- ^ir, surtout ce qui arrive , tu trouveras dans le tiroir de ma table , sous pli cacheté , une façon de teftament biographe, une donation pure & simple de mes droits d'auteur... Tu ne sais pas ce que c'efl que des droits d'auteur? Tu ne sais pas non plus ce que c'eft qu'un auteur ?. . . Cela ne m'étonne pas. . . Oh ! il ne faut pas rougir de cette aimable ignorance , chère bête ! Je t'aime mieux ainsi qu'autrement*. . Tu n'as pas besoin de savoir, d'ailleurs... Tu n'auras qu'à ouvrir le paquet & à lire ou à te faire lire les choses qui y sont écrites de ma plus belle écriture... Mais pas avant le jnoment prévu , par exemple ! & seulement lorsque la tuile de Damoclès, qui menace toutes les têtes humaines, se sera abattue sur la mienne.
— Oh ! Jean ! fît Trépignette d'un ton de reproche, pourquoi nous parles-tu de ces choses-là?... .
— J'en parle comme je parlerais d'autre chose... La mort, du refte, cela n'eft pas plus trifteque le mariage... au contraire!
— Jean! Jean!... Oh! Jean!.,, inurmurÉt la Bofgnotte,
— Jean-jean ! tu avais bien dit.., tu as eu tort de te reprendre ! répliqua Cœurderoy avec un sourire gâté par un peu d'amertume.
— Qui veux-tu que je choisisse pour mes demoiselles d'honneur, Jean ? demanda timidement la Borgnotte, qui songeait avec complaisance à la « cérémonie. »
— Tes demoiselles d'honneur! «répondît vivement Cœurderoy. Combien donc de douzaines t'en faut-il ? Une, ce sera suffisant... & je te l'ai choisie moi-même : ç'eft Çhjffonnette, une honnête fille dont je réponds presque aut^t que de toi... C'a été une occasion de l'habiller à neuf, la pauvrette!... Si cependant elle ne te convenait pas, dis-}e, ne te gêne pas... j'en trouverais une autre...
— rTu as bien choisi, Jçan... J'avais moi^ même pensé à ChifFonnette, qui eft une bonne fille, obligeante au possible, ôc qui ne s'affiche pas comme toutes ses camarades... Et, ajouta la Borgnptte, toujours en hésitant , nous irons à réglise, n'eft-<ç pas, Jean ?
— Tu iras si cela te plaît, répondit Cœurde^ roy avec un gefte d'impatience^ mais, moi, je n'irai pas, je ne vais jamais dans ces endroitslà... Je crois que le bon Dieu eft partout, comme
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me Ta appris mon catéchisme... & puisqu'il eft partout, il doit être aussi bien dans les bois . qu'ailleurs... Nous irons dans les bois...
— Mais, objefta timidement Trépignette, je croyais qu'uti mariage n'étalît valable qu'alitant qu'il était béni?...
— Avant la Révolution, oui, ma fille; mais, depuis la Révolution , nous avons changé tout cela, nous avons mis le cœur à droite & le maire à la place du curé... Tu trouves que l'écharpe tricolore ne vaut pas la chasuble d'or ? Tu as peut-être raison , au point de vue du goût & de Part; mais, au point de vue de la raison, tu as tort... Le mariage, Borgnotte, eft une collaboration, une association, une affaire purement civile & commerciale; & puis... & puis... voilà Marie qui ouvre ses chers beaux yeux grands comme des portes cochères, afin de mieux comprendre ce que je dis... & je ne veux pas qu'elle le comprenne... Au dortoir, mes enfants, au* dortoir !
La Borgnotte ne répliqua rien & obéit. Mais* tout en obéissant, tout en se taisant, quelque chose proteftait en elle, — la tradition, — tradition pieuse, tradition respedable, qui ne reconnaît pour bien mariés que les gens qui se sont mariés à Téglise. La parole du prêtre, c'eft le fil d'or qui lie les deftinées !
Pauvre Borgnotte! elle souffrait de cette in-
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fraâion à l'habitude que voulait lui faire commettre Jean. « Je ne serai pas mariée comme Ta été ma mère ! » murmurait-elle en déshabillant Tenfant.
Pauvre Borgnotte! si elle avait su...