MONTRER LES TALONS
Un vendredi de la fin de Juin, un matin, au moment où Louise mettait sa faille & s'apprêtait à descendre pour sortir avec Ursule, la porte du rez-de-chaussée tourna sans bruit sur ses gonds, & Georges Le Mayeur entra sous le veftibule.
— Elle va sortir, dit le vieil Holbein d'une voix qui ne voulait pas être entendue & en indiquant du gefte au visiteur une petite pièce qui servait de parloir.
— C'eft bien ! répondit Georges, qui avait l'air préoccupé. Dites-lui que je suis ici & demandez-lui si elle consent à me recevoir...
La vieille Ursule fit un mouvement pour se diriger vers l'escalier ; puis, se ravisant :
— Elle eft sortie il y a deux jours, dit-elle, toujours à voix basse. Sans doute, elle eft allée à Paris, car elle s'eft habillée... Partie à midi, revenue à sept heures du soir, exténuée, trèspâle, très-agitée...
— C'eft bien, mère Ursule ! c'eft bien ! je ne vous en demande pas tant ! répondit Georges avec impatience. Allez, je vous prie, la prévenir de mon arrivée.
— EUç a reçu deux lettres , qu'elle a relues plusieurs fois, ajouta l'incorrigible Ursule, qui tenait à s'acquitter consciencieusement des fondions inquisitoriales qu'elle s'était imposées.
— Elles sont de moi, mère Ursule. Faites ce que je vous dis, maintenant.
L'ordre était formel. La vieille Ursule, qui poussait jusqu'au fanatisme, jusqu'à l'aveuglement, son dévouement pour l'homme qui l'avait tirée de la misère, — la mère Ursule obéit. Bientôt son pas pesant fit crier les marches de l'escalier qui conduisait au premier étage.
— Je descends, mère Ursule, ne montez pas !
dit d'une voix douce Louise, qui voulait éviter une fatigue à la vieille femme, un peu essoufflée par l'âge.
Georges avait dit à Ursule de monter : elle montait. Quand Georges n'était pas là, Louise
était sa maîtresse; mais lorsqu'il arrivait, lui seul était le maître...
— Monsieur Georges eft en bas, dit-elle brusquement à Louise, en arrivant au haut de Tescalier.
— Geor... Monsieur Georges?... répondit Louise, émue. Mais qu'ilmonte !. . . qu'il vienne!. . . Il eft chez lui, ici...
La vieille Ursule redescendit: Georges, qui avait entendu, monta.
Louise se tenait debout, embarrassée comme une pensionnaire devant un monsieur* En redevenant honnête, elle était redevenue timide.
— Georges... murmura-t-elle en lui tendant la main avec hésitation, car elle craignait qu'il ne la refusât comme il l'avait fait à sa précédente visite.
Elle craignait jufte. Georges Le Mayeur n'eut pas l'air de remarquer ce mouvement, & il fit quelques pas dans la chambre, en affeftant de regarder tout, excepté celle qui ne regardait que lui.
— Ah! murmura Louise, douloureusement blessée de la persiftance que mettait Le Mayeur à éviter tout contad trop dired avec elle.
— Vous ne m'attendiez pas ce matin, repritil; je vous avais écrit, en effet, que je ne viendrais que ce soir, par le train de cinq heures, mes affaires devant me retenir toute la journée à
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Paris... Mais j'ai devancé Theure, parce que Jçs événements me devancent aussi, eux; des événements terribles, une catastrophe, madame!...
— Oh! mon Dieu! Georg... Moiisievir...
Qu'y a-t-il donc ? s'écria Louise en pâlissant.
— Il y a, madame, que votre mari se remarie! répondit brutalement Le Mayeur.
Il aimait mieux se débarrasser tout d'un coup de ce fardeau, au risque d'en écraser la femme sur le cœur de laquelle il le rejetait. Sans doute elle allait bondir, protefter énergiquement, aller, courir, voler, pour empêcher ce mariage, une folie, un crime puni par la Loi avec la dernière sévérité, — de la peine de mort autrefois, aujourd'hui des travaux forcés à perpétuité. Mais contre son attente & à sa grande ftupéfadion, Louise ne bondit pas, ne protefta pas, ne cria pas.
— Le malheureux ! se contenta-t-elle de dire d'une voix où il y avait plus de pitié pour le fou que de courroux contre le criminel.
— Voilà comment vous accueillez une nouvelle qui vous supprime, puisqu'en se remariant, Jean vous considère comme morte ! s'écria Le Mayeur, scandalisé du calme relatif de Louise, Le malheureux ! le malheureux ! ajouta-t-il en se promenant avec agitation à travers la chambre. Oui, sans doute, le malheureux ! Mais la malheureuse aussi, la malheureuse, sàvez-vOus
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quelle elle eft?... AhJ ce n'eft pas vous !,.. Je ne me soucie pas plus de vous, en cette affaire, que vous ne vous en souciez vous-même... La malheureuse, madame, c'eft Marie, cette innocente enfant que son père va déshonorer à son tour conmie vous Tavez déshonoré, lui!...
— Marie ! s'écria Louise en chancelant. Ah !
mon Dieu! comme vous me punissez!... Marie! ma fille ! déshonorée !... Ah ! ne sortirai-je donc jamais de cette fange de honte où je me débats!... Marie! Mais tout cela n'eft pas vrai, Georges!... Vous pe dites cela que pour m'éprouver... Je coniprends... Vous doutez de ma sincérité... Vous ne croyez pas à la possibilité
de mon retour au bien, à l'honnêteté je n'ose
pas ajouter à la vertu... Ce mot-là, en passant sur mes lèvres impures, s'y souille comme tant d'autres mots vulgaires... Ah ! Georges! ne pro* longez pas cette douloureuse épreuve... Je suis sincère, je vous le jure... je vous le prouverai... plus tard... par ma tendresse pour Marie...
quand elle me sera rendue... Mais ne soyez pas trop cruel... ne me frappez pas trop fort... je suis femme & je pourrais en mourir... & je ne veux pas mourir avant d'avoir été pardonnée & dessouillée par les baisers de mon enfant!... Georges, je vous en supplie, cette affreuse nouvelle n'eft pas vraie, n'eft-ce pas ?
— Elle eft vraie, répondit plus doucement
Le Mayeur, touché par cette explosion de sincérité.
— Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! murmura Louise accablée, anéantie, en se cachant le visage de ses deux mains pour que Le Mayeur ne la vît pas pleurer.
— Cœurderoy m'avait averti de cela chez lui, il y a cinq ou six semaines, reprit Le Mayeur. Mais je n'avais pas cru à cette improvisation de la folie... Sa fille venait d'avoir une crise... Il venait de vous rencontrer... vous savez où... car si vous ne l'avez pas reconnu tout d'abord, il vous avait bien reconnue, lui!... Il avait la tête perdue, l'esprit noyé de visions siniftres, le cœur abîmé de douleur... J'avais évoqué votre souvenir, j'avais cité votre nom, j'avais attefté vos droits d'épouse, pour éclairer, en la désabusant, une pauvre fille qui aime Jean & qui, depuis six ans, prodigue à Marie toutes les tendresses d'une mère... Jean intervint alors pour abuser de nouveau celle que je voulais avertir des périls de sa situation... Il jura à la Borgnotte qu'il l'épouserait.
— La Borgnotte? demanda Louise, qui sui-' vait toute pantelante ce récit désolant. La Borgnotte? C'eft bien cette fille jeune, fraîche, à l'air doux & bon, que j'ai rencontrée avant-hier sur le boulevard Rochechou^rt, conduisant une enfant blonde par la main?
— Vous êtes allée à Paris, malgré la promesse que vous m'aviez faite, sans que je vous la demandasse, de n'y plus remettre les pieds avant l'heure?...
— Oui... je vous en demande pardon, Georges. . . mais je n'ai pu résifter au besoin de voir Marie, ne fût-ce qu'à la dérobée... J'ai été à Paris... J'ai rôdé, voilée, toute la journée, dans le voisinage de la cité des Bains... Madame Gé-' déon m'avait dépeint la femme que vous appelez la Borgnotte... Quant à Marie, j'avais son signalement dans mon cœur... je l'aurais reconnue entre mille, maintenant que je voyais clair, opérée par vous, Georges.. . Après quatre heures d'attente... quatre heures !... la Borgnotte descendit l'escalier de la Cité, avec Marie, avec ma fille... Mon cœur sauta dans ma poitrine... Je voulus crier... je voulus m'élancer... mes pieds étaient cloués au sol, mes lèvres semblaient closes à jamais : mon cri s'arrêta dans ma gorge... La Borgnotte & Marie s'en vinrent de mon côté... j'eus peur... je me reculai... Elles passèrent près de moi, à me toucher... Ah! tout mon sang ne fit qu'un tour !... Je n'y pus résister... je me penchai vers Marie, je la pris dans mes bras, & je la serrai avec énergie contre mon cœui^ sans oser poser mes lèvres sur son front virginal... Georges ! Marie jeta un cri d'effroi & me repoussa... non pas comme on repousse une
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étrangère, mais comme on chasse une ennemie. . . Ah! ces souffrances- là me seront comptées, n'eft-ce pas ?... Georges ! Georges ! Etre haïe de ma fille ! Parmi tous les châtiments auxquels je pouvais m'attendre, celui-là était le seul auquel je n'eusse jamais pensé !...
Il y eut un silence de quelques minutes, pendant lequel on n'entendit dans la chambre que les sanglots de Louise Gœurderoy. Georges n'essayait pas de les arrêter, ne trouvant en lui nulle parole assez puissante pour cela. A quoi bon, d'ailleurs? Les larmes sont la soupape de dégagement de l'âme en ébuUition de douleur : sans elles la poitrine éclaterait.
Georges était ému plus qu'il ne voulait le laisser paraître, il se sentait pour Louise plus de pitié qu'il n'en voulait laisser voir, &, malgré le refte de défiance qu'il conservait à son égard , il était forcé de s'avouer qu'elle méritait, sinon de l'eftime, du moins de l'admitation. Toutes les femmes flétries conune elle par la passion n'auraient pas su , comme elle, se réhabiliter par la maternité! Toutes ne l'auraient pas su, parce que toute ne l'auraient pas pu, — parce que toutes, plutôt, ne l'auraient pas voulu! Le lit de la honte eft si moelleux, on y enfonce si profondément, on s'y trouve si bien, que, pour en sortir, il faut être doué d'un rare ressort de volonté !
Devant ce que Louise avait fait deux jours auparavant, & en songeant surtout à la douleur qu'elle avait dû ressentir, la roideur de Le Mayeur se détendit, sa parole se fit moins dure, son regard se fit moins froid. Certes, il n'était plus, il ne pouvait plus être pour Louise ce qu'il avait été pour Impéria : un amant. \\ s'y refusait, il chassait ce souvenir avec horreur^ son amour était mort, bien mort, il le lui avait dit parce que c'était vrai, — parce qu'il en eft de certains amours comme de certains arbres, du cyprès par exemple : une fois coupés, ils ne repoussent plus. Georges avait coupé le sien! Mais il avait en lui de nobles inftinfts, de chevaleresques sentiments , — & le premier de tous, l'équité : il ne se reconnaissait plus le droit d'être sévère, lui homme, après cette impitoyable sévérité d'une enfant !...
— Ecoutez-moi jusqu'au bout, madame, je vous en prie, reprit-il doucement. Le temps s'écoule, le mal s'aggrave...
— Je vous écoute, monsieur, répondit humblement Louise en essuyant ses yeux sans cesse mouillés de nouvelles larmes.
— Le mariage de Jean avec la Borgnotte, quoique la chose fût la plus folle du monde, était donc projeté, ajouta Le Mayeur; mais il n'était pas encore fait, il ne pouvait pas se faire.,. J'avais essayé plusieurs fois de voir Jean, afin de
juger une bonne fois de la sanité ou de Pinsanité de son esprit & d'agir en conséquence, car Tamitié a des droits impérieux, & Jean était mon ami d'enfance... Mais il semblait me fuir... J'allais chez lui sans le rencontrer... Je lui écrivis plusieurs lettres : il ne répondit à aucune... Prévenir la Borgnotte? j'y avais songé d'abord, comme au moyen le plus court & le plus sûr... mais c'était aussi un moyen déloyal... Et puis, cette fille eft. d'une simplicité d'esprit qui n'a d'égale que la richesse de son cœur... Elle adore Jean, elle ne voit que par ses yeux & n'entend que par ses oreilles; Jean avait promis, Jean tiendrait... Il fallait renoncer à la convaincre... j'y renonçai... Hier j'avais adressé une dernière lettre à Jean... Même silence que pour les autres... Ce matin, de bonne heure, je me rends chez lui, résolu à le voir, à lui parler, à m'expliquer avec lui : il était parti avec la Borgnotte, avec Marie, avec d'autres personnes encore, pour aller se marier... Où? je l'ignorais... je l'ignore... mais on peut le savoir... on peut encore tout empêcher... votre présence eft nécessaire, madame...
— Partons, monsieur! dit résolument Louise.
— Je vous remercie, Louise, répondit Le Mayeur.
Comme ils descendaient, la vieille Ursule montait.
— Monsieur Georges, dit-elle à Le Mayeur, le fils du concierge de la rue de Douai , à qui vous aviez recommandé en partant de venir ici vous apporter les lettres qui pourraient arriver en votre absence, m'a remis celle-ci pour vous.
Georges prit la lettre & la mit dans sa poche.
— Lisez-la, monsieur, je vous en prie, dit Louise, vous êtes chez vous, vos affaires doivent passer avant les miennes. Cette lettre, d'ailleurs, nous intéresse peut-être tous les deux... Vous en attendiez une de... quelqu'un chez qui vous êtes allé ce matin ...
— Puisque vous m'y autorisez, madame...
répondit Le Mayeur en reprenant la lettre & en en rompant le cachet. Elle eft de Jean ! ajoutat-il en apercevant la signature.
Louise se tut, attendant qu'il plût à Le Mayeur de lui faire connaître le contenu, ou seulement la subftance de cette importante missive.
« Tu es venu plusieurs fois chei moiy vieux Georges y écrivait Jean, & chaque fois tu as trouvé visage de bois. Je vais f expliquer tout cela.
« Je t'ai parlé de la Borgnotte, de sa toquade favorite, ob/Hnée^ fatidique, la ritournelle de sa pensée, ou plutôt sa pensée unique.
Je fai dit aussi quelle ejl l énorme, l incroyable, /'épatante naïveté de cette enfant; si Je n'avais pas pour elle Vaffeâion que me commande la reconnaissance [elle aime Marie & Marie l'aime), je mettrais un autre mot à la place de naïveté ^ quelque chose comme bêtise. Elle ne croit pas précisément que les alouettes tombent toutes rôties du ciel^ parce qu elle sait parfaitement le contraire, ayant eu de fréquentes occasions d'acheter des mauviettes au marché Saint-Pierre & la peine de les faire revenir dans la casserole; mais elle prend pour articles de foi une foule de bourdes que je me plais j de temps en temps, à lui envoyer au ne^. Cejl ainsi, par exemple y qu'elle ejl cofivaincue que la colonne Vendôme ejl en bois fondu ^ que V Arc-de- Triomphe ejl un massepain cubique antédiluvien y que le canon du Palais-Royal ejl allumé chaque jour, à midi, par un colonel d'artillerie en retraite, que les Académiciens du bout du pont des Arts sont vraiment des Immortels, comme ils le pré^ tendent y c'^eji-à-dire que ce sont toujours les mêmes quarante membres de la fondation, GodeaUy Gombault, Chapelain y Conrart (au silence prudent), Seri^ay^ Malleville, etc., conservés y par le procédé Gannaly sous les noms de duc de Broglicy Ernejl Legouvéy Silvejlre de Sacy {dit Uftazade), Désiré Nisardy
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duc de Noailles, Montalembert ^ etc. Je te fais grâce du rejie.
« Ces prémisses [pardon, vieux Georges, mais le voisinage des Immortels, vois-tu...) ces prémisses, Vune majeure & Vautre mineure, étaiefit nécessaires : ils f expliquent ce qui, dans ma résolution de Vautre jour & dans ma conduite d aujourd'hui, aurait pu te paraître inexplicable. La simplicité d* esprit de la Borgnottc étant donnée, »<5 sa. toquade aussi, tu devines maintenant le résultat, fai acheté à cette chère bête une robe de noce, je me suis fait faire un habit à manger du rôti, fai retejiu quelques amis des deux sexes, que j'ai avertis du rôle à jouer, &, parmi eux, un cabotin à qui j'ai confié le plus scabreux, &... nous partons! nous sommes partis! Quand la pauvre Borgnotte reviendi^a ce soir au domicile conjugal, elle se croira bel & bien madame Cœurderoy & sera toujours aussi Trépignette Fourdinois que par le passé, & cela suffira à son bonheur & à mon repos. Il y a, à Paris, des milliers d'honnêtes gens qui ne sont pas mariés autrement. D'ailleurs, quelle différence f a^t-il, je te prie, entre une femme qui se sait épousée pour de bon & une femme qui le croit? Aucune, sinon que, parfois, la première abuse de son droit pour manquer à son devoir, & que la seconde fait son devoir comme si elle
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en avait le droit. Personne n'éclairera la Borgnotte sur la farce sacrilège ^^aujourd'hui y puisque demain 7ious changerons d'amis en changeant de quartier ^ &, n'étant pas éclatréey la chère bête rejlera dans les ténèbres opaques qui font sa joie & qui assurent ma tranquillité. Quand je mourrai ^ tout se découvrira, mais j'aui^ai eu soin de préparer un cataplasme d'écus pour calmer les élancements de la déception que ne mafiquera pas d'éprouver la Borgnotte; elle me maudira, mais, outre que je ne serai plus là, mon exécuteur tejlamentairey toi , y sera^ & la priera de me pardonner en lui faisant accepter les petites rentes dont je puis disposer.
« J'aurais bien voulu t' avoir avec moi aujourd'hui, cher vieux Georges; mais j'ai eu peur de tes reproches , de tes jujtes & sévères admonitions^ &, comme un capon^ f ai fui. Je te reverrai demain ^ je te le promets.
« Jean Cœurderoy. »
Après cette lefture, Le Mayeur respira comme un homme à qui on ôte un lourd poids de dessus la poitrine, — l'article 840 du Code pénal.
— Madame, dit-il à Louise qui interrogeait
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anxieusement sa physionomie; le mal eft moins grand que nous ne l'avions craint d'abord, tout n'eft pas encore perdu... Espérons!
— Ainsi, cette lettre?... demanda Louise.
— Cette lettre me rassure un peu... Mais il* faut que je vous quitte... que je retourne à Paris... J'ai des renseignements à prendre... Je reviendrai... Jusqu'à mon retour, soyez calme... Point de préoccupations folles, pas de craintes exagérées, je vous en prie!...
— J'ai confiance en vous, Georges : j'attendrai en silence! répondit doucement Louise.
Le Mayeur reprit son chapeau, qu'en entrant il avait posé sur un meuble, s'inclina gravement devant celle qui avait été Impéria, & se retira.
Louise refta quelques inûants sur le seuil de la chambre, écoutant le bruit de ses pas. Quand il fut parti, elle vint s'accouder à la fenêtre qui donnait sur la vallée de la Seine, & son regard erraçà & là, rêveur. Bientôt un sifflement aigu retentit, une aigrçtte de fumée blanche s'éleva dans l'air : c'était le train de Versailles, en arrêt à Bellevue, qui se remettait en marche vers Paris.
Louise ferma brusquement la fenêtre.