‹ Le Grand Frédéric avant l'avènementChapitre 32 sur 64 · Et l'échttdoat brille le [rbne · texte numérisé non relu

Et l'échttdoat brille le [rbne

N'eitrien aiiprèid'ua beau

no LE GRAND FRÉDÉRIC AVANT I/AVÈNEMENT

hommes! Et, d'ailleurs, cet amant de l'humanité nous déconcerte par des déclamations sur l'imlx^cillité. et la méchanceté des hommes; il est ftprement sévère pour! rious, pauvre troupeau. L'humanité de Frédéric est-elle 1 donc hypocrisie? Non certes. Il trouve en lui le senti- J ment de la dignité de l'homme; il a le respect de rinlellt-1 gence, la passion des lumières, et cela, c'est aussi deJ l'hiimanilé. Cherchant un emploi de son génie, il n'en] trouve pas de plus noble, comme il n'y en a pas en effet, j ([ue de paître au mieux les brebis dont il naquit le pas- 1 teur, do diminuer le fardeau de leurs misères et de leurs j superstitions. Seulement, mettre son troupeau en valeur, n'est-ce point un bon calcul de berger? L'humanité. de ] ces princes du xvtii* siècle n'exige d'eux aucun sacrifice, aucun renoncement à soi-m(^me. Elle est un insliumen- I tttm regni, ou, si l'on veut, une méthode de gouverne- ] ment. Elle est intellectuelle plutôt que sensible, de tète \ plutôt que de cœur ; c'est une humanité très froide et | qui se pratique sans qu'il soit nécessaire d'ôtre compatis- J sant, tendre et humain. Laissons donc ces doux adjectifs, j pour dire simplement que Frédéric est un sage,

Un sage qui, d'abord, prend la vie comme elle est, et 1 suit docilement les indications et les pentes de la, nature. Le propre de l'homme étant d'agir et de penser, il parla- 1 géra sa vie entre la contemplation et l'action, et il aimera l'une et l'autre, chacune à son heure : « Je mène depuis quelques temps une vie active et très active ; dans quelques semaines la contemplative aura son tour; on peut être heureux dans l'une et dans l'autre. » La vie nous oITre des biens et des maux: ne pestons pas contrôles

LES LETTRES ET LA PUrLOSOPlilE m

maux, qui sont « du domaine inaliénable de notre état », et n'oublions pas de mettre en regard le compte de nos biens ; nous verrons qu'après tout nous ne sommes pas si mallieureux. Tâchons de diminuer nos maux; nous le pouvons, à condition de régler notre imagination, car une partie do nos chagrins nous vient des mensonges de cette folle, et des promesses qu'elle fait et que la vie ne lient pas. Commençons donc par >< refuser l'entrée de notre âme à tout ce que nous ne pouvons atteindre de la réalité n ! Servons-nous au contraire do notre imagination pour ajouter à nos biens : « Puisque le bonheur ne consiste que dans la représentation que s'en fait notre imagination, mettez donc, s'il est possible, une idée de bonheur dans la vôtre: faites régner une illusion tiatteuse sur votre esprit. » Et, au lieu de nous morfondre dans une morosité philosophique, rectierchons et appelons le plaisir : « Je voudrais ouvrir toutes les portes de l'âme par où le plaisir peut venir à nous. »

Ce jeune sage observe en toute chose la juste mesure. Il serait tenté, au fond, d'opposer & la vie l'impassibilité des stoïciens, mais c'est là une doctrine immodérée, qu'il met k cdté de la quadrature du cercle et de la pierre philosophale. Il ne la rejette pas toutefois, elle peut dite d'un grand secours dans la vie, où il y a temps pour Zenon, comme pour Épicurc. La sagesse pratique, Frédéric la déduira plus tard ; il faut savoir Être ,. ■, Dans les jours forlunés, disciple d'Épicure, < -'

Dans les jours désastreux, disciple de Z^non...

A défaut de la chimérique ataraxîe, il saura bien se procurer Il un certain contentement de l'esprit, une certaine

traDquilliti! d'àme 'i. Pourquoi vous démener et vous tourmenter? nous dit-il. Bien que vous vous soyez interdit de discuter si vous êtes libre ou non, vous sentez sans doute que vous êtes conduit par la vie plutôt qnc vous ne la conduisez. Eh bien, imaginez que vivre, c'est " lire un livre où vous êtes obligé à chaque page de suivre l'auteur qui vous mène >'. Les pages se suivent, mais ne se ressemblent pas ; il en est de laides et de tristes, mais attendez et ne dtîsespérez jamais. Au livre des siècles, une série d'actions innombrables, sont >< obligées » de se succéder sans interruption, et toujours un changement se produit apr^s qu'une certaine quantité d'actions se sont écoulées. « Le ciel n'est pas toujours serein; des frimas continuels ne couvrent pas la surface de nos champs; prenons donc, mon cher Diaphane, le temps comme il vient, el pensons qu'il faut nécessairement fournir notre carrière ». Mais, si le malheur s'entête, si, après que vous avez épuisé toutes les ressources de votre prudence et de votre courage, la tempête, contre toute raison, s'acharne, qu'importe ? Ce qui dépendait de vous, vous l'avez fait. Regardez le destin s'accomplir et regardez-le de haut, car une âme d'homme est supérieure au destin :

Sois sage, aois prudcut, commets le reste au sort. Tes succès, tes reïers, et ta vie et ta mort, C'est ainsi que l'Athos, de sa cime exhaussée. Contemple avec mépris la ra;{ue courroucée; Les aquilous mutins se brisent à ses pieds, Les i!ua({es en vain sont contre lui li};uês. L'orage rugissant, la foudre épouvantable, Na sauraient ébranler sa télé inaltérable ;

Enlouré de dangers, il garde son repos. Tandis qa'aax bord; des mers on voit de Cfaancelants, inceilains, donl la lige tremblanle Au soufile des zéphirs s'agile d'épouvante.

Ce ne sont point ici des propos de poète sur un beau thème : c'est l'expression sincère de l'iîtat d'une âme élevée par la philosophie à l'iidroïsme. De même que, tout à l'heure, il n'était point de maximes de conduite politique que l'on ne put commenter par des actes de Frt^déric, pas une de ces règles de la conduite morale ne manquera d'fitre appliquée par lui. Il sera tout à la fois un disciple d'Épicurc et un disciple de Zenon ; il fera sa vie et il laissera faire la vie ; il se donnera la tranquillité d'àrae, dans des situations où tout autre que lui aurait désespériS, Vingt fois la fortune de sa Prusse, de cette Prusse factice, qui était toute en sa raison et en son courage, menacera de sombrer dans la lempèle : sa raison ne sera pas troublée, ni son courage ; son front dominera la fureur des événements, comme la cime de l'Athos la rage des aquilons. Voici un commentaire, entra mille que je pourrais donner, de la métaphore en vers qu'on vient de lire. En 1760, au moment le plus désespéré de ia guerre de sept ans, Frédéric écrira : — « Je mo sauve de là en envisageant l'univers en grand, comme le contemplant d'une planète éloignée; alors tous les objets me paraissent infiniment petits, et je prends mes ennemis en pitié, de se donner tant de mouvement pour si peu de chose. »

Ui LE GRAND FRÉDÉRIC AVANT L'AVÈNEMENT

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