‹ Le Grand Frédéric avant l'avènementChapitre 36 sur 64 · Dans Vttiiloire de n · texte numérisé non relu

Dans Vttiiloire de n

LÉTDUE DU TBTIRAIN POLJTIQEE . 187

reux a beau y verser ses bienfaits, il pe le remplira ppinl. Au-dessojis des grands él de la foule des genlilçhommes, le peuple est serf. L'esprit est tombé en quenouille dans ce pajs-là ; les femmes y intriguent, pondant que les iiommes se soûlent. Ni commerce, ni manufactures ; dans la maison Je chaque seigneur, un juif gouverne; 12,000 hommes de troupes riigiilières, plus i'arri6re-ban, qu'il est impossible de rassembler. Pays perdu, évidemment.

Nous voici à présent devant l'Allemagne, mais pourquoi ce tableau est-il à cette place dans la galerie? Pour-, quoi si loin de l'Autriche, et après tant de pays, grands ctpelits? Parce que Frédéric ne sait oïi loger cet i^lre, qui n'est point. Gomme le roi de Pologne est électeur de- Saxe, c'est-à-dire prince allemand, voil& une transition, une petite porte dérobée pour introduire la pauvre Aile-, magne. Mais quel portrait et quelle figure lamentable!

Frédéric décrit rapidement les électorals : la Saxe, dont il loue la beauté, l'industrie, l'intelligence, mais où il voit plus d'ostentation que de puissance réeUe, et, avec, un désir de dominer, une véritable dépendance à l'égard de la Russie' ; la Bavière, le pays d'Allemagne le plus fcr-

1. Le JugemeDl sur l'électoral >le Saxe, qui lembUit au iw siècle devoir prendre le rAle que la Pruiee joue dans la suite ait un modèle de jugement pôlilique. Frédfric trouve en Saxe des gm s d'esprit • dont l'espèce est >1 rare dans tous les paya, > TbabUelé d'iiu peuple indu»- Irieuï.et Uborieui, de belles fabriques. qui allircnl l'argent des étranger^, de bons reTEous, de la culture iutellccluelle, l'étude ^es belleslettres allemaudcf, uae gazette, qui a eaepre quelque réputation..., malt un mauvais gouvernement, un électeur médiocre, qui est en inème' temps roi de Pologne, un ministre fourbe, BrQlil, qui • n'a ni asiex d'esprit ni assci de mf'moii'e ^out* <dégut9er;ses nensougei, l'bomrae, da siècle qui a le plus de porcelaines, -de montre*, d'hqbils et de boltet. ■ Ce sont prÉeiséroent ces, richesses et ces.^ïfg^R.ces .qui firent.

ISS LE UltAND FRÉDÉRIC AVANT L'AVËNEHENT

tile et oii il y a le moins d'esprit, un paradis terrestral habité par des bêtes ; Cologne, dont l'archevêque a mis I sur sa tôle le plus de mitres qu'il a pu, trafique de ses 1 soldats comme un bouvier de ses bestiaux, et s'est vendu I à l'Autriche ; Mayence, dont l'électeur, bon citoyen et I honnête homme, résiste à l'Autriche ; Trêves, qui ne sait I que ramper devant elle ; le Palatinat, qui a des forteresses t et n'est pas capable de les défendre. Comme il ne dit mot! de son électoral de Brandebourg, — et cela est à noter et à' retenir, — il est à l'aise pour tancer ses collègues, d'abord messeigneurs les ecclésiastiques, qui distinguent scrupuleusement entre les attributs du corps et ceux de l'esprit, mais confondent en eux-mêmes sans scrupule le spirituel et le temporel, ensuite messeigneurs les laïques, occupés du seul intérêt de leurs maisons, et qui manquent de ^ patriotisme autant que les archevêques, Frédéric prévoit J que, loi'sque la mort de l'empereur aura ouvert la succession d'Autriche, des électeurs se jetteront dans les ] bras de ta France, pendant que les autres se déchireront ] entre eux.

Au-dessous des électeurs grouille la cohue des petits 1 princes, les ^;-mci))//ii, hermaphrodites de princes et de j particuliers, qui jouent au Louis XIV, bâtissent leur Versailles, et... leur Maintenon. N'y en a-t-il pas un qui, raffmant la grandeur, entretient tous les corps de troupes qui composent en France la maison du roi, mais en diminutif, si bien qu'il faut un microscope pour apercevoir I

croire à la Baxe que m [orluoe était raite, au lieu que la miiire de Brandebourg était uu perpétuel elimuloiil. La Saxe jouîsiait de U i Brandebourg ta était réduit à gagner la sieaDfl. ■

L'ÉTUDK DU TEHRAIN POLITIQUE IS9

chacun de ces corps en particulier, et que le tout suFfirait peut-ôli'e à représenter, une bataille sur le thiîâtre de Vérone ? Et il faut voir l'opinion infinie qu'ils ont de leur grandeur, l'extrême vénération qu'ils professent pour leur ancienne et illustre race et le zèle inviolable qu'Us gardent à leurs armoiries !

Ce sont encore des princes à leur façon que les villes impériales d'Allemagne; elles ont aussi des troupes, mais mal disciplinées, commandées par officiers qui sont le rebut de l'Allemagne, ou par de vieilles gens hors d'état de servir. Elles sont fortifiées d'anciennes murailles, flanquées en quelques endroits de grosses tours et entourées par des fossés, que des terres écroulées ont en grande partie refermés. Pour que l'empereur se rende maître de ces villes, il suflit d'un pétard, voire même d'un mandement.

C'est tout cela qui compose le corps germanique, et ce corps est régi par des institutions misérables. Les délibérations de la Diète sont des chicanes pointilleuses ; ses résolutions sont toujours incertaines ou équivoques, ses opérations pénibles. Frédéric se demande pourquoi cette constitution bizarre a subsisté si longtemps, et il répond qu'il n'en faut pas seulement attribuer la durée au flegme de la nation germanique : l'Angleterre, la Hollande et la France ont intérêt & faire durer l'anarchie de l'empire, et, d'ailleurs, les choses ridicules sont plutôt faites pour entrer dans l'esprit des hommes que les raisonnables.

Avec la même âpre sévérité, Frédéric juge l'élat intellectuel et moral du pays. Tandis qu'il salue et qu'il honore en Angleterre le siège de ta philosophie, en France une

GIlANff KnÉDÉJlIC AVANT LAVÈNEMENT

'e supiSrieufe à celle des anciens', il se moque d\i

liiquo et de rénidition pédantesque des savants

^ne, prodigieusement érudits, mais qui usent

noire par l'ouvrage qu'ils lui donnent et niéna-

• jugement jusqu'à n'en point faire usage ; dic-

s vivants de faits entassiîs sans choix bi goût;

s et dogmatiques dans leur conversation; rîdi-

)la£s dans leurs manières ; archipéJants qui font

encès que l'ignorance môme, car ils

In sur elles. Et ces savants, tous fils de

et d , irs, élèvent la noblesse, à laquelle

ivent apprendre que le droit germanique, du

aëmû du grec, même de l'hébreu, dont elle n'a que

La langue allemande bsl'coupàble aiissi de l'iîtat des lettres. Elle est barbare, comme n les Golhs » ot les Uuns, qui la corrompirent, Y a-l'-il, d'ailleurs, Hne> langue allemande? En vertu des libertins germaniques, chaque petit territoire affecte un langage particulier; pour s'entendre, les deux extrémités de l'Allemagne ont besoin d'interprètes. Lequel de ces Jargons est le véritable ? Voilà, tm point qui ne sera jamais décidé. Les auteurs, qui ne con-

I. Frédéric, diiis cette purlie de Vlliiloire de mon temps, compare l'IUlie, t'Aiigleterrc et la France. Ea IUlic, la fécondité 'de l'esprit vif et sublil est faitepour recevoir et 'pradiijre leé Eirts'. Les' lettres annt encouragées en Angleterre par las seigneurs qui représentent la nalioji en corps et qui' s'y intéressent eux-olEuies. La sociabilitédes Français contribue au progré» des' lettres ; do l'esprit et' dts talents suFÛsent p6iir hlre admis dans la bonne compagnie; l'ussge du beau, monde répand sur les esprits un vernis do politesse, Ingréuienl du style et une sorte d'aisance que la retraite du cabinet n'attrape j&inais. . Les savants français reasembleul auJ artistes et les savants allcmanjs aux ma-

LÉTUBE DU TEIlltAlN POLITIQUE 191

haïssent pas la discipliae (l'une Aoaddmie', écrivent sans pureté, sans élégances sansconcision, dans un slyle ini^gal et sauvage. Sans doule, l'Itallie est divisée fiti pçUts'Étafs, elle aussi, mais c'est un vieux jardta qu'on avait laissé dépérir; les allées s'en élaîent conservées ; il pouvait aisément être fertilisé de nouveau, de nouveau produire les arbres et les tleurs, être paré de jets d'eau, de statues et de cascades; au lieu que l'Allemagne est un champ qua l'on commence à peine à défriclier, qu'il faut embellir do plantes (étrangères ; et ces plantesont de la peine à poussçp dans la crudité de ce territoire et às'acclimater aux intempéries. Bref, on croirait qu'il désesp^e à jamais de«.aa nation ", s'il ne notait quelques progrès depuis cent ans, et n'insinuait que le jardin d'Allemagne prendrait peulêtre une autre figure, s'il avait un jardinier habile *.

Au sortir de TAIIemagnc, Frédéric rcncDnti'c la Suisse. Le philosophe ne peut s'empêcher d'admirer en passant cette république de paysans, heureux, riches et libres, qui suit invariablement des principes de modération^- et , à laquelle les plus grandes puissances n'oseraient tour cher, parce qu'elle a, pour se défendre, 200,000 hommes et des forteresses. 11 jette un coup d'œil sur les ruines de l'Italie; il y signale les progrès du roi de Sardaigne, qui a une armée de 30,000 hommes et de beaux revenus, et qui est estimé grand homme d'État en ce pays où tout îe monde se piqued'ètrô politique. Il se doane le plaisir dé

1.' D'une à(!ftdËmrë'< qui ierye de tËofolna t l'ange dis mats, qulftia leur véritable séDs.etleur emploi Avec pricisîûn ". ,

2. r reut-âtre ce jardia mantiue-t-il encore pir-dessui cola d'un Jardinler habile. - - '

ir du pape, qui tient en main les foudres éteintes

)mmunication, fait un saint de temps en temps

a pas perdre l'habitude, et jamais plus ne parle

croisade, sachant bien que, s'il la voulait prêcher,

unirait pas en tout vingt polissons. Du pape,

passe aux Turcs, ces conservateurs fidèles des

usages, abrutis par l'ignorance, braves ioutile-

lisqu'ils ignorent l'art de la guerre qui est supé-

, valeur « en ce qu'il la réduit en règles ». Enûn

quelques mots sur la Perse, la naturelle ennemie

toraans, il clôt la galerie des acteurs de la poU-

e de son temps.

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