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LE CLASSEMENT DES PUISSANCES

Certes Frédéric voyait bien les personnages de la grande famille : ce sont de ressemblantes peintures, celles de l'Autriche, antique dame très noble, douairière habillée de vieille pourpre, et qui supplée à la jeunesse et à la force par de hautes mines ; de la France, légère et folle, aimable de naissance et amusante, et qui ne peut s'empêcher d'être riche et d'être forte ; de la sanguine Angleterre, heureuse, sage et rude; de la Uollande, retirée en son fromage; de la Suède usée sous le harnais de guerre; de la Russie, chaos organisé d'hier et lancé par un démiurge dans le devenir de l'histoire. Mais, pour les observer et les peindre, Frédéric a dû immobiliser ces

léti;de du terrain politique ma

personnages sous son regard; et, comme ils vivent, comme ils sont en marche, ou, du moins, comme il en est qui pif'tinent, d'autres qui reculent, d'autres encore qui doucement cheminent, d'autres enfin qui dévorent la route de leurs larges enjambées, ii les fait descendre de leurs cadres et les regarde aller.

Un coup d'ceil dédaigneux suffit pour les piétinants, mais quelle joie pour Frédéric que de voir la Suède et l'Autriche marcher de l'allure des écrcvisses! C'en est fait de la Suède; dépouillée de ses provinces extérieures, elle ne disputera plus à personne l'empire de la Baltique. Vieux météore, la Suède, qui, après avoir parcouru l'Allemagne sous Gustave-Adolphe, la Pologne, la Tartarie et les frontières russes sous Charles XII, a disparu du système de l'Europe! Quant à l'Autriche, il y a beau jour qu'elle est au pillage. Une brancdic de sa maison, celle qui régnait en Espagne, est morte, en 1700, et, de tout l'héritage du Habsbourg de Madrid, le Habsbourg de Vienne a gardé quelques villes du Urabant et une pai-tie du Milanais. L'Espagne, une partie de la Flandre, Naptcs, la Sicile sont passées aux Bourbons. Et ce n'est pas Gni'. L'Autriche a deux ennemis assurés, la France et les Turcs; elle en a d'autres qui se révéleront à la mort de l'empereur, car la Bohème, la Silésie, le Milanais, l'Autriche même sont guettés par des amateurs convoiteux. Comment se défendra-t-elle? " Ce corps, en apparence robuste, a, dans les intestins, des parties squirrcuses, qui, pour peu que les humeurs soient mises en fermentation, enfantent les maladies les plus dangereuses. »

lilt LE GRAND FllÉDÉRIC AVANT LAVENEMENT

Voici venir le cortège des puissances en progrès ; en tète, la Russie s'avance, et Frédéric la salue de paroles solennelles : » Le couchant de la Suède a été son aurare ; elle semble sortir du néant, et c'est bien à Pierre I", ce héros véritable et réel, que l'on doit appliquer ce qu'Homère dit d'un de ses héros : » Il lit trois pas ol il fut au bout du monde. » Qui vient ensuite? C'est sans doute la France, car, depuis cent ans, elle s'est accrue de la Franche- Comté, de l'Alsace, d'une partie de la Flandre et de l'expectative de la Lorraine, et elle a fait entrer dans sa maison l'Kspagne, si longtemps son ennemie? Non, ce n'est pas la France. C'est une personne, toute petite, mais qui, de ses courtes jambes, fait de grands pas, une personne dont Frédéric n'a pas parlé encore, dont il n'a pas suspendu le portrait dans sa galerie; c'est la maison de Brandebourg elle-même. Sobrement, ctcontenîuit sa Qerté, le prince rappelle que sa famille a quitté le rang des électeurs pour monter au trône des rois, et que ses acquisitions accumulées, la promptitude de ses progrès, ses arrangements perfectionnés, son induslrie, sou égale et invariable fortune inquiètent ses voisins, qui ont peur d'ôlrc subjugués par elle. Après seulement, derrière ce petit Itrandebourg, viennent la France, piiîs l'Angleterre, et enfin la Savoie, qui a tout récemment acquis la royauté, et n'est pas <• endormie sur son agrandissement. "

. Ce n'est pas tout que d'avoir jugé l'allure et calculé le train dos marcheurs. Frédéric considère de nou-; veau toutes les puissances, ou, pour parler comme lui, il lassemble sous un mémo point de vue ces

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objets', afin de les comparer les uns aux autres et de les ranger par ordre d'importance, car la mesure des vitesses ne donne pas le rang des Étals, et les puissances nouvelles, pour avoir pris le pas accéléré, n'ont pas encore dépassé, ni môme rejoint toutes les anciennes.

Au premier rang, Frédéric met la France et l'Angleterre, mais en donnant le pas à la première, parce que l'Angleterre, si elle est aussi riche que la France et plus forte sur mer, ne peut combattre sur le continent que par des armées de mercenaires, au lieu qu' « une armée française ne forme qu'une nation ». Forte par In nombre d'hommes capables de porter les armes, par les ressources que lui procure l'administration dos tinances, par son commerce et par les richesses de ses particuliers, la France « réunit dans la plus grande perfection toutes les parties de la puissance ».

Au-dessous de la France et de l'Angleterre, Frédéric range quatre puissances, qui, toutes, dépendent h. quelque égard des premières : l'Espagne, obligée d'employer le concours de la France dans toutes ses entreprises; la Hollande, qui doit se liguer, soit avec l'Angleterre, soit avec l'Autriche, pour défendre la Barrière contre la France; enfin, l'Autriche et la Prusse.

C'est la grande nouveauté politique du temps, qu'Au-

1. Toujours 1& mflhode el la langue d'un philosophe : • Après avoir exposé en détail ia aitualion de ces empires et de ces monarchies, après avoir récapitulé... ia farce des royaumes telle qu'elle est à présent, avec ce qu'elle tut autrefois, il etl i propos que je rassemble tous ces différents objets sous un mfime point de vue, pour vous mettre en état d'en considérer la toEallté, Nous avons dissfqué des parties; Il présent, nous allons voir quelles conséquences résultent de ces différents rapports à l'égard de la machine entière. >i

tSC LE GRAND FRÉDÉRIC AVANT L'AV£NEU£NT triche vi Prusse, ce grand nom illustre et ce nom parvenu, soient là juxtapo<<îs dans cette catégorie des puis" sauces secondaires. Et, si la Prasse passe après rAutrî— i cbe, ce pourrait bien être par un eiïot de la politesse d» Frédéric. Très exactement, d'une main précise, il fait la balance des deux forces. Il reconnaît que la Prusse est moins formidable que l'Autriche : mais, tandis que cellc' ci, après avoir fourni à la dépense de quelques carapa-l gnes à force d'impùts et d'emprunts, s'arrêtera efflanquée, hors d'haleine, et ne pourra plus se mouvoir qu'à 1 l'aide de subsides étrangers, la Prusse est assez forte tte ] reiihi pour fournir d'elle-mùme à la dépense d'une guerre "* ni trop onéreuse ni trop longue. Ses finances et son industrie lui permettent >< de tirer parti des conjonctures, de saisir les occasions avec vivacité ><. Efflanquée, forte de reins, — voilà bien les termes du contraste, mats^ Frédéric sait la limite de sa force, et qu'il ne faudrait pas trop prolonger le coup de reins ; une monarchie comme la sienne, dont les provinces disséminées de I ocoident à l'orient de l'Europe sont menacées par de mul-l tiples voisins, ne peut agir sans l'alliance de la France et ] de l'Angleterre.

France, Angleterre, Espagne, Uollande, Autrichefl Prusse, voifà, mis en place et en ordre, les grands ac- 1 leurs de la politique. Mais que fait-il donc de la Bussic? n l'a oubliée dans ce classement. Il semble ne point se ré- j signer à la compter en Europe; il la met à part avec IftJ Turquie et avec la Perse. Russes, Turcs, Persans, loïa-l taines machines que font mouvoir tour à tour la France, l'Angleterre et l'Autriche.

LA critique: des jugements de FRÉDÉRIC

Telle était donc, dans Tesprît de Frédéric, la représeulation de l'Europe et du inonde. Je l'ai reproduite, autant que j'ai pu, dans les termes même où il l'exprime, pour faire voir comme il manie sa matière, la prend et la reprend, la tourne et la retourne, et comme il en est le maître, mais aussi pour que nous puissions, en connaissance de cause, juger sa miïtbode et ses jugements mômes, et prendre la mesure d'un grand homme d'Ktat, à ce moment du xviu' siècle,

Oserai-je dire que ce regard sur le mondt> est court, et ne va pas jusqu'au bout du monde; que là oii il perçoit avec une nettetii parfaite les formes et les couleurs, il ne pénètre pas le fond des choses; qu'enfin presque jamais il ne dépasse une date ou un moment précis, et que souvent Frédéric voit sans prévoir?

D'abord, les choses de la mer lui échappent. Frédéric ne parait connaître ni les motifs, ni les lieux de la concurrence des puissances maritimes, ni l'histoire des grandeurs et des décadences de ces rivales'. Il ne

I. Voir, par oxempla, ce paasagu singulier àe V Avant -propos Je l'Bialoire de mon temps. - Je vois que les Oottes frauqaise et espagnole De peuvent résilier à la Qotte anglaise, et je u'êloane que. il de Philippe lE, la marine eapaynole ail été supérieure seule ici gleterre et de Hollande. Je reiuarque avec surprise que toue c menls de marine no produisent rien que la perte du c doivent pro léger. »

sait pas l'iiisloire marilimc, et il donne des preuves de son ignorance. Il fait peu de cas des forces de mer : » Je lemaïque avec surprise que tous ces armements de marine ne produisent rien que la ruîno du commerce qu'ils doivent protéger. )> Les guerres maritimes lui semblent des folies ruineuses : « Les Anglais viennent de d(îclarer la guerre à l'Espagne, l'anntïe 1739, pour proléger les contrebandiers; un objet de quatre-vingt mille écus fait dépenser des millions à ces deux nations. Que le monde éviterait de guerres, s'il était raisonnable ! " Il n'a pas, lui, de marine, qui vaille la peine d'être comptée. 11 ne convoite aucune terre lointaine; les objets de son ambition sont tout près, sous sa main. C'est un politique de terre ferme, un terrien. Toute une partie de l'histoire et de la politique lui échappe. Si son regard avait embrassé le monde entier, Frédéric n'aurait pas mis l'Angleterre si bas sur la liste des États en progrès.

Ce regard trop court est souvent superficiel.

Des faits de la politique, Friïdéric prétend remonter aux causes lointaines, aux principes et i< aux sources des événements ". A la vérité, il sait le chemin ; il connaît la force des fatalités naturelles et des fatalités historiques, ou, comme il dit, du climat, de la nourriture et de l'éducation. Mais il s'arrôle aux premières explications, légères et faciles, qu'il rencontre; il attribue, par exemple, la décadence de l'Autriche aux intrigues de cour et au désordre du gouvernement. Une des causes de ce désordre, c'élait assurément l'étrange composition d'un empire dont le chef commandant à des Italiens, à des Allemands, à des Tchèques, à des Magyars, oe pouvait être

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un souverain comme un autre. Aucune de ces races n'avait encore conscience d'elle-même; aucune n'avait fait la connaissance de son âme, mais chacune existait, dilFiîrente et sourdement ennemie de sa voisine. Ce chaos ri^iJugnait à une discipline commune, et il y avait une résistance ohscure de la nature à la politique. Nous sommes mieux placés pour voir le fond de l'Autriche et y découvrir les causes de sa décadence trois fois séculaire, — et nous n'avons point de m<îrite à ôtre plus clairvoyants que Frédi^ric, — mais il est impossible de ne pas trouver superficielle une di^claration comme celle-ci : 1' En examinant les causes de la décadence de la maison d'Autriche, on trouve le prinvipe de ses malheurs dans la mort d'un grand homme (lo prince Eugène) et dans l'incapacité de ceux qui, dans sa caducité et après sa mort, se sont partagé les dépouilles de son pouvoir. »

Très dur, en même temps que très étroit, est le jugement de Frédéric sur l'Allemagne. Ce jugement lui est reproché par les rares historiens allemands qui ne se sont point faits les courtisans de la Prusse, et qui l'accusent d'avoir détruit la vieille Allemagne historique, pour édifier sur ses ruines sa fortune et son hégémonie. Ces historiens ne concèdent pas à Frédéric que cette vieille Allemagne fût irrémédiablement perdue au moment où il en décrivait la décrépitude. Ils essayent de prouver que, malgré le morcellement en principautés et en républiques, elle tenait encore ensemble. Ils énum^rent toutes les formes et formalités qui demeuraient comme des symboles de l'unité allemande, régie par la majesté impériale : le serment de fidélité à l'Empereur, qui était la

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source de toute justice et de toute juridictiou, les prières pour l'empereur, rtîciti^es chaque dimanche des rivages de la Baltique aux pieds des Alpes, et même ces longues procédures solennelles de la Diète, qui servaient à montrer combien l'Empoieur Ctait élevti au-dessus des membres de l'empire. Et ils concluent qu'il était possible encore de rendre à l'Allemagne un régime et une discipline. Mais c'est, en vérité, une querelle d'Allemand que ces Allemands cherchent à la Prusse '.

La vieille Allemagne avait toutes les vertus, peut-être, mais point celle de vivre. Les êtres politiques dont elle se composait, principautés ecclésiastii|ues et laïques, chevaliers et villes, avaient eu jadis leur raison d'être, mais ils l'avaient perdue. Ces formes vides encombraient l'Allemagne et l'éloulTaicnt. De s'en dégager, de se ressaisir, de recommencer à vivre une vie, qui ne fût ni autrichienne, ni prussienne, l'Allemagne n'avait plus le pouvoir. Elle en était au point oïl elle ne pouvait plus rien pour elle-même. S'il est vrai qu'un individu, arrivé au moment où des événements accumulés, les uns voulus, les autres subis, ont déterminé sa vie, n'est plus

I. CeUe insoulennble lhÈ»e e»l siutenae, pnr exemple, par Onn.i KIopp, itanB «on livre sur Krédéric 11 {Dtr KSnig Fritdrieh II von Prtujlen, SchalTausen. 1869), qui estuoe œuvre do parli. Purmi les piibliciitet qui BoDt les tenants de la vieille Allemagne, Couilaotia FranU est un de ceux qui onl le mieux eupriicS la grandeur de ce rfive d'arcbéologiie», Burlout dans Dos iieae Deuischtanil. Leipxig, 1871. La bibliographie de celle querelle csl Irris con*idérable. Je »igaa!e ici un livre qui me femble excellent : Uiu driiliche StaattUbtn eor lier RevoliiHon, dtt C.-T.JPerlhes, Hambourg et Gotha, I84S. — L'Allemagne actuelle est l'œuvre <le la Prusse, aidée par ta RéroUition rrançaïie et par la politique française des nationalités. Od ne peut imaginer de bonne foi qu'elle ail pu ^ Ire fuite autrement.

rfil

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capable de la changer et suit une destint^c, cela est plus vrai d'un peuple, dout la somme de liberté est moindre que celle d'un individu. Peut-on se représenter ces princes, ces villes, ces chevaliers procédant à une revision de l'histoire, et, après un examen do conscience, rapportant à la masse ce qu'ils en avaient distrait, c'est-àdire reversant dans la vie commune les droits et les privilèges acquis ou usurpés? Cela n'était pas même imaginable au temps de Frédéric; aussi personne ne l'imaginait-il. Et Frédéric avait raison de se moquer de la comédie que donnaient à l'Allemagne les débris des vieilles institutions, et de dire qu'un ministre envoyé par un souverain à la Diète était « l'équivalent d'un chien qui aboie à la lune ».

Seulement, il est clair que Frédéric prend vite son parti de cet état des choses. Il ne se donne pas la peine d'en rechercher les raisons lointaines. Le sens de l'histoire de l'Allemagne lui échappe, de celte histoire étrange, poétique et grandiose, qui commence avec le rôve inspiré & Charleraagne par l'évêque de Rome, et se poursuit par une lutte acharnée entre ce rêve et les réalités. Il use sans scrupules de la phraséologie courante des politiques ; il parle de l'antique constitution démocratique de l'Allemagne et des libertés germaniques, comme faisaient nos rois, nos ambassadeurs et nos ministres, sans se préoccuper du sens de ces mots, qui, en vérité, n'en avaient aucun. Il est aussi peu curieux des origines intellectuelles de « sa nation », et son ignorance passe toute permission, lorsqu'elle va jusqu'à ce point invraisemblable d'attribuer la corruption de la langue germanique

203 LE GRIND FRÉDÉRIC AVANT L'AVÈNEMENT aux Huns, qui en sont fort iDiioccnts, et auxGotlis, h. qui f Allcmagac précisément doit le premier moaument de sa langue. Il ne sait pas que le génie germanique s'est exprimé, à travers le moyen âge par des poèmes, par des légendes et par une façon de vivre très particulière, ni que la féconde Allemagne abondait aux xv' et XVI* sifccles en penseurs, en écrivains et en artistes allemands et bien Allemands; et ils ne pressent pas la poussée prochaine du génie germanique.

Vues incomplètes, vues superficielles, mais vues du temps, comme elles étaient, avant que Montesquieu et Voltaire eussent ouvert à l'histoire des mœurs et de la politique de nouveaux horizons. Comme nous voyons mieux aujourd'hui, et plus profondément ! Nous sommes des explorateurs des lointains, et d'infatigables chercheurs de causes. Nous remontons jusqu'au dernier point visible la file des idées et des mœurs. Nous sommes obsédés par la queslion : fatalisme ou liberté. Parmi nous, les uns confondent l'homme dans la nature, l'esprit dans la mali<'re, l'histoiro et la politique dans la géographie et l'ellmographie ; les autres veulent que la coalition des forces naturelles laisse aux humains quelque liberté, en quoi justement l'humanilé consiste, VA nous avons, en politique, des émotions inconnues jadis. Nous croyons, pour les voir vivre, triompher ou souffrir, à des âmes de peuples. En mi^mo tomps que plus cbirvoyants, nous sommes plus sensibles. Mais, de ces idées et de ces sentiments, la polilique du xviii' siècle n'avait que faire. Entre la polilique qui naquit de la Réforme el celle qui naîtra de la Itévolulion, elle est chose légère et vaine.

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Il ne s'agit plus, au Icmps où Friîdérîc étudie et médite, de choisir entre les traditions de l'Église et les réformateurs, entre Rome et l'Évangile; il ne s'agit pas encore de décider qui, des rois et des peuples, doit demeurer le maître, et si les monarchies laisseront la place aux nations. Dans les querelles ne sont engagés ni Dieu ni rhumanité. Messieurs des cabinets intriguent et intriguent, ils guettent les occasions de guerres; ils les font nailre au besoin ; ils les exploitent, en tirent tout ce qu'ils peuvent, et, avec le moindre incident, se procurent une bonne guerre générale. Intrigues et guerres, c'est le pain quotidien. La philosophie politique du temps tient dans cette maxime qu'un Etat doit chercher tous les moyens de s'agrandir et, la morale, dans cette autre, qu'il faut ôtrc le plus habile et le plus fort '.

GAl,EniE DES PRINCES.

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