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oir BU chapitre premier

UAND KRÉDÉBIC AVANT L'AVÈNEMENT

Das ! Vimperiiim, il prie instamment le ministre

ire toute niîgociation. II cherche les occa- 18 de icnconlrer La Chcîtardie, notre ambussadeur. I

A lui aussi, il dit : Ne bougeons plus, attendons. « De |

grftce, tenez tout en suspens. » El c'est toute une poli- '

tiiiue qu'il lui expose, très neuve et très hardie, à mots I

& peine couverts. Il reproche à la France de ne pas avoir |

soutenu Stanislas en Pologne ; à notre place, plutôt que d'abandonner une cause si just il n'aurait pas « hésité |

à prendre des arrangements a^ ez prémalurtls, quanti même ils auraient pu devenir inutiles », c'est-à-dire que, j

s'il avait été le roi de France, il se serait entendu à ,

fond avec le roi de Prusse contre la Russie et l'Autriche. 1

Mais ce qui est fait est fait, et ce serait perdre du temps ,

que de revenir sur le passé : v Par rapport k l'avenir, i

dit-il à La Chélardie, je vous avouerai confidemment |

que mon plan est tout fait. »

Et le voilà qui commence par établir qu'il a barres sur la France, puisqu'il " lient en dépôt à Kœnigsberg le roi Stanislas auquel la Providence a permis dV^chapper à ses ennemis ». Ce n'est pas qu'il soit capable de violer un asile; un asile, c'est sacr(5, et il ne commettrait pas cette indignité, même s'il s'agissait de quelque misérable qui se serait retiré chez lui, à |)lus forte raison quand le réfugié était « notre bon roi Stanislas ». Mais enfin Stanislas était entre ses mains : « Il est juste que je fasse profiter de cette circonstance le pays dont Dieu ne m'a destiné à être le maître que pour en 5trc proprement l'administrateur ». Après cet exordo, qui était comminatoire en sourdine, il ajoutait: « Engagez donc votre '

ministÈrc à former un plan, sans allendre à la dernière extrémité, alin que, dès le premier moment, nous puissions nous concerter et nous arranger. Moins à vous qu'à aucun autre, Il n'est pas nécessaire que j'en dise davantage pour que vous compreniez bien. » En effet, rien n'était plus compréhensible que cette ouverture, apr&s la déclaration qu'il avait faite auparavant : « Si j'aime quelque chose au monde, c'est la nation française. 11 ne dépendra donc que de vous que je puisse donner un libre cours à mon aiïection et à ma tendresse ; pourvu que le pays y trouve son avantage, vous me mènerez aussi loin que vous voudrez. N'y a-t-il pas eu des Gustave-Adolphe et des Charles XII, et est-il impossible que vous retrouviez des personnes qui pensent comme eux? » Cinq ou six fois, il répéta ce propos sur Gustave-Adolphe et Charles XII, ces grands ennemis, l'un de l'Autriche, l'autre do la Russie.

Ki La Chétardie, qui a entendu cette déclaration, ni le cabinet de Versailles auquel il l'a transmise, n'en pouvait comprendre la gravité, la solennité. C'est, h proprement parler, l'entrée en matière du grand Frédéric. Ce jeune homme, dans sa vingt-troisi&me année, voit son Europe et la place qu'il y peut prendre. Il sait le délabrement de la politique générale. Depuis que le duel entre l'Europe et la France de Louis XIV a pris fin, et que les grands acteurs de ce drame, les Guillaume d'Orange, les Mariborough, les Ueinsius sont morts — (le seul survivant, le prince Eugène, survivait à lui-même), -^ on ne sent plus de direction dans les affaires. Le très intelligent GrUmbkow disait, parlant de la guerre de la

AND FBÉDËHIC AVANT L'AVËNEUE.NT

e Pologne : « Guerre d'une éLrangc nalure.

m premier mobile qui y poorrail ilonoer le

mobile, le prince royal de Prusse le sen-

•.a loi. il se croyait à la veille de donner le branle,

oe il le donnera six ans apr(^. Il voulait être le parle-

B de la France et partager avec elle les atouts. Déjki

ie Toit dans l'action : « Les mois de février et de mars*

I iront pour nous entendre, dit-il à La Chétardîd,! pourvu que vous vouiie !pai^er alors les couiv riers. »

: Qu'auraît-il donc fait, si ses irévisions ne l'avaient pas trompé, si son ptre était mor , et si enfin Versailles, «nbarrassé de celte guerre, était eitré dans ses desseins?

II se serait jeté tout de suite tële baissée sur rAutrichc. A supposer que la France se fût enlètée dans la question des duchés, cl qu'elle eût voulu les réserver aux Sulzbach, il se serait résit^Qé. Résolu à v procurer l'agrandissement do sa maison ». il aurait commencé par ailleurs. Il avait le clioix, pour se guider, entre les quatre points cardinaux. Depuis loniilonips il convoitait la Silésîc, un piiys fort L'IoigUL- du Itliin ot où la France lui pouvait donner carriôro. Il l'eiil cnlevOc aussi aisément qu'il renlèvcra on 17iO. Mais que fût devenue, dès lors, la politiiiuo du xvm' siôclc? Y auraît-il eu la guerre de la succession d'Auliîclio et Fontenoj? la guerre de Sept Ans cl Hosbach ? et nos désastres de la fin du xvui' siècle? Car c'est bien Frédéric qui conduira la politique de sou temps. C'est bien lui qui, pour prendre la Pilésie en 1740, allumera cette guerre dont l'univers sera embrasé. C'est parce qu'il voulut, comme dit Macaulay, voler une pro-

L'ÉTUDE DU TEnnAlN POLITIQUE 235

vmce à un voisin qu'il avait promis de défendre, que des hommes noirs se sont battus sur la cale de Coromandel, et des hommes rouges scalpés auprès des grands lacs de l'Amérique du Nord. » Mais, devenu maître delà Silésie, avant la mort de Charles VI, il eût perdu la principale raison d'attaquer Marie-Thérèse. Et voilà comment, si le roi Frédéric-Guillaume n'avait pas fait mentir les pronostics de ses médecins, tout l'avenir peut-être était changé.

Frédéric s'était donné la courte joie d'un avancement d'hoirie. Aussitôt que le père eut repris sa place à table, sa pipe et la direction des afTaires, le Ris rentm dans le rang. Comme La Chétardie voulait renouer conversation, il se déroba, n'ayant plus de raison « de s'ériger en ces choses 11. Il est réduit, en efTel, à solliciter de son père la permission de retourner k l'armée impériale, pour y faire contre nous la campagne de 173f!. Du moins, au moment où il se croit sur le point de partir, il échange avec La Chétardie des propos galants. S'il va rejoindre nos ennemis, c'est, dit-il, pour se soustraire à la gène oii il est assujetti par son p&re, et son corps seul sera avec les Autrichiens; c'est pour nous qu'il fera des vœux. A quoi La Chétardie répond que le roi de France, « qui porte à Son Altesse la plus tendre amitié, ne peut qu'être fâché de la voir au milieu de ses ennemis, mais qu'il veut préférer la satisfaction du prince à la sienne et qu'il est charmé de le voir en liberté et à portée de se distraire ii. Mais nous savons que Frédéric-Guillaume refusa cette distraction au prince, et qu'il l'envoya en Prusse étudier l'économie de la province. Frédéric ne

2X LE GlAXO rBÉbCKIC ATAST L ATEKEflEMT s'en console que par la joie qu'il $e {wtunpl de Toir le bon roi Stanislas. A Kvoig^wrg. il cbanne les Français par sa bonne grlce; et, ï travers ses propos Ittt^J raircs et philosophûpes, ses dissertations sor Dieu etJ sur rime, tl laisse toît qn'il est on prince ■ qui aime la guerre, et qui a envie de la faire, et de concert avec nous ' •-

Tout à coup, il reçoit la nouvelle des prëliii]iDaires> de Menue et de la volte-face de la France. 11 est pris d'un grand accès de pudeur ofTeusée. 11 rougit pour nous de l'abdication de Stanislas, etil nous plaint d'avoir accepté, en échange de notre honte, la Lorraine. Ce n'est pas loi qui commettra des infamies pareilles! •■ Je suis serritettr de celle politique: elle réussit rarement; la mienne est d'être fidî'le à nos amis, coûte que coûte, et, tôt on tard, on en tire du fruit >>. Très beau programme, en vérité, trop beau. Mais crut-il donc comme son père que la France se minerait pour ramener en Pologne Stanislas, qu'il appelle « cette chère personne, ce cher objet »? L'illusion était un peu forte pour un politique de s'èlre-a imaginé qu'un roi de France aurait dû régler sa condniterf sur les sentiments d'un bon gendre. Évidemment Frédé- J rie s'est trompé; pressé comme il était de se produire ea 1 scène par un coup d'cclal, il s'imagina tenir son eutnSc.J Justement, ce que Frédéric ne pardonnait pas à la France|| c'était l'erreur de ses propres calculs. Il se rengeait en se voilant la face devant notre cjuisme.

\ présent, pendant la crise qui suit la réconciliatioafl

. Voir plm haut, p. 231.

de la France et de l'Autriche, il observe et il conseille avec une clairvoyance admirable et un sang-froid qui contient une passion, que l'on sent très violente. Il voit, au début de l'année 1737, « les desseins cachés se former, les nuages s'assembler •>. C'est la coalition qui s'annonce contre la Prusse, et il s'indigne que l'Europe « ose [>ousser la témérité jusqu'à la mépriser! » Il soufTre de voir une certaine léthargie k Berlin, et que le siècle soit plus fécond en négociations qu'en guerres, et que h la Prusse, qui est en si bonne posture, du côté du militaire, négocie sans vigueur ' ». Ali ! si c'était lui, comme il négocierait! Il aurait l'air de céder à l'orage, et il ferait sa part à la nécessité. Il reconnaîtrait l'électeur de Saxe comme roi de Pologne ; il se mettrait bien avec l'empereur; il terait croire aux UoUandais qu'il a besoin de leurs négociations, sans s'engager avec eux, ni avec personne. ^Et, cependant, il ferait filer quarante régiments de dragons avec ceux des hussards dans le pays de Clèves; il laisserait en Prusse les garnisons avec deux régiments de cavalerie ; il rassemblerait toute l'infanterie avec le reste de la pesante cavalerie en Itrandebourg. De cette façon, si quelqu'un faisait mine de s'opposer à ses desseins, il serait en état de lui passer sur le corps, et, dès que la nouvelle de la mort du Palatin serait connue, les quarante régiments de dragons auraient ordre d'occuper les pays de Berg et de Juliers. Une fois maître des

i. • Personne, fcrît-il à Grumbkow, ne peut l'iatéreMer plus que moi (LU *alii[ Ja la Prusse. Il est naturel et juste que J'y prenne part, et. si vous Irouvcî que me» conjectures mat trop ciagértes, vous les trouverei d'autant plu* excusables qu'une personne qui a des objets (orl a cœur outre toujours ta matière. "

I.E GRAND FHÈDÉRIC AVANT L'AVÈNEMENT (ieux duchés, on négocierait, cl certainement on en garderait un '■

C'est bien là toute sa manière :. pousser ses troupes derri^re un rideau de négociations, surprendre, frapper, et, après la victoire, ne rien pousser à rextrémc, se contenter d'une satisfaction raisonnable.

Il ne pouvait espérer de son père une résolution si hardie; la léthargie prussienne persista. Frédéric s'en consolait au spectacle des changements heureux qui se succèdent comme des coups de théâtre. Quelles révolutions n'avons-nous pas \Ties depuis trois ans! écril-il. El il les énurafere : l'empereur et la Russie s'allient avec Auguste de Saxe pour faire monter celui-ci au trône do Pologne. L'empereur déclare inconsidérément ta guerre à la France ; il perd des batailles, des villes et des royaumes. La Russie, après avoir invesli la Pologne et installé Auguste, attaque les Tartarea, engloutit leurs provinces, et pousse SCS conquêtes jusqu'à Bender où elle met le couteau à la gorge du Turc. Les Kran(;aissonlvictorious, battus, puis victorieux encore en Italie; ils prennent quelques places dans l'empire; on croit qu'ils vont don-

1. Il esl à ce raoment-là le conseiller de Gruaibkow, auquel il écril de Bheûisberg lettre sur leUre. « Peut-ïlre que vous pourrez faire usaiie de mes réflexions; si tous les trouvez bonnes, à vous permis de vous te» approprier... Ce qu'il y a Je plus iuiporlanl S observer, c'eit de faire bientôt défiler les dragons, et avant que le cas (la mort de l'électeur) Tint à exister, car, si nous manquons le moment de la mort de l'électeur, notre coup e»I perJu. — Ne pourr&it-on pas peut-#tre gagner quelques oOlclers palalins qui sont en quartier avec leurs régiments dans les duchés, alin qu'ils noua livrent tes viltei, quand le cas viendra i exister. — Je vous jette toutes icn-tes d'idées qui me passent par la t&te, cboipiiseï, mtrvioliei et ^rrigei! ce que vous voudrez, pourvu que vous puissiei tous servir de quelque chose, n

L'ÉTl'DE DC TEOriAlN POLITIQUE B39

ner des lois à l'Europe, mais ces victorieux dc-mandent la paix aux vaincus, ils abandonnent Stanislas, trahissent la foi publique, et, moyennant l'acquisition de la Lorraine, font une paix honteuse. Cette paix n'est encore qu'^bauchde, et l'empereur, à peine sorti de ses malheurs, se hasarde de nouveau. Contre toute justice, il attaque les Turcs au moment où ceux-ci ont toute la puissance de la Russie sur les bras, et son armi<c est détruite. Le roi de Pologne aussi est battu en Ilongrie, et sa défaite trouble la joie que lui avait donnée sa royauté. Frédéric prend plaisir à voir que » la trahison et la perfidie seront punies tôt ou tard... que la sagesse de Dieu rtgle les événements, et qu'en plaidant les rois au premier rang des humains, elle leur prépare aussi des revers proportionnés avec leur grandeur ».

Il voulait dire tout simplement que les jours se suivent sans se ressembler, et qu'il suffit de quelques actions qui 11 s'écoulent dans la suite des temps " pour rendre possible ce qui semblait incroyable. Ce fougueux avait, avec le mérite de sa fougue, une vertu qui ne vient d'ordinaire aux poliliques qu'avec la maturité: il comptait avec le temps et se fiait en quelque mesure au cours des choses.

En attendant, le concert des puissances dure toujours, et il a infligé au roi de Prusse les notes identiques. Le prince sent l'injure avec une extrôme vivacité. Il a lu la réponse du roi, et ne s'en contente pas : « J'y trouve un conflit de grandeur et de bassesse, dont je ne m'accorde pas. Cette réponse ressemble à celle d'une personne qui n'a pas envie de se battre, mais qui en fait le semblant,.. Je ne suis pas assez fin politique pour accorder ensemble un

,E GRAND FRÉDÉRIC AVANT L'AVÈNEMENT sle de menaces et de soumissions ; je suis jeune, je is peul-ôLre l'impéluositiS de mon tempt^ramenl. e ne ferais pas les choses h. demi. >i II parlait ir oiTensivetnent » contre ces orgueilleuses puisqui afTectent de donner la loi à l'Europe. Il se mole ce ton de Fopilius Lœnas que la France faisait à ses ambassadeurs : >< 11 semble que la France ne î pas en puissance et en pouvoir à Dieu le Père! c'est s'opposer aux desseins de la mpcrtinence » ! Et pourtant, ajoun est pas un homme à dédaigner que le roi de : roi de Prusse est comme

La nobile palma Se apiantare si lenta atlor inalza la cima althra...

Mais que peut-il faire, lui dans sa rciraile. pour secourir le roi de Prusse? Puisqu'il ne peut se servir de l'épôe, il prend l'autre arme qu'il a soigneusement aiguis<!e, la plume. C'est alors qu'il rédige ses Considérations sur fêlai de l'Europe, qui sont un appel passionné à l'Angletenc et à la Hollande contre la France. C'est là que pour secouer » l'état léthargique » où plusieurs princes sont tombés, il leur dénonce notre » système politique bien lié, uniforme, et qui ne varie jamais ». Il nous prûte dos crimes que nous n'avons pas commis, des finesses dont nous n'avons pas eu le mérite. A renfort d'érudition, il nous compare à Philippe de Macédoine, - car nous savons « semer la dissension, cimenter la désunion parmi les princes de l'empire », comme Philippe parmi les cités grecques, el soutenir arlificiousemenl les

pelils princes contre les grands, tout comme il défendait les faibles contre les puissants, gagnait des alliés et corrompait des orateurs. De même que Philippe s'est emparé de la Phocide et des Thermopyles, ces clefs de la Grèce, afin de la pouvoir attaquer à sa convenance, nous avons pris à l'Allemagne l'Alsace et Strasbourg, qui en étaient comme les Thermopyles, cl nous venons d'envahir la Lorraine qui « répond à la Phocide par rapport à sa situation ". Ce n'est pas l'Allemagne seulement que nous menaçons, c'est toute l'Europe. Nous en agissons avec les États d'Europe comme avec les princes d'Allemagne, distribuant nos subsides, nos caresses, payant, endormant, trompant, souples quand il le faut, puis, tout à coup, hautains, arrogants, et toujours mêlés à tout. Itien n'arrôlera la France, à ce qu'il semble; elle n'a <• personne en tête dont la profondeur d'esprit, la hardiesse, l'habileté puissent, comme au temps d'Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV, lui Ctre dangereuse ». Plus de Philippe d'Espagne, plus de Cromwell ni de roi Guillaume en Angleterre, plus de prince d'Orange en Hollande, plus d'empereur Ferdinand en Allemagne, presque plus de vrais Allemands dans l'empire, plus d'Innocent XI à Rome, plus de Tilly, plus de Montecuculli, plus de Marlborough et d'Eugène à la tOte des armées ennemies de la France. C'est « un abâtardissement général parmi ceux & qui est confiée la destinée des hommes dans la paix et dans la guerre ».

On aurait dit que les vieilles passions de tous les ennemis de la France se rallumaient en lui et qu'il voulait en animer l'Europe. Il espérait de son factum, qu'il achfi-

vaît à la fin de l'année 1T37, un merveilleux eiïet sur le ■fuiblic, d'autant plus, comme il disail, que le public est paresseux, et que, dès qu'il trouve un raisonnement tout fait, il l'adopte pour s'inviter la peine d'en tirer un de son .propre fonds. Comme on savait & Vienne qu'iV jetait son feu contre la France, contre « l'infilme cardinal qui ■mérite bien de faire agir un roi... comme Louis XV ' » le bruit s'y répandait que le prince royal de Prusse était devenu ■' impérialiste h brûler ".

C'était un faux bruit. Frédéric n'avait pas cessé un moment do " chipoter " avec La Chétardic. Il est vrai qu'aprfes la nouvi'lle de la signature des préliminaires, il bouda le ministre de celte France perGde ; quand il le rencontrait à la parade, il faisait semblant de ne pas le voir. Mais, parce qu'on est brouillé en politique, ce n'est pas une raison pour ne pas parler littérature. Il commence par faire demander k La Gbétardie des nouvelles de la Pucfl/e de Voltaire, puis il en demande lui-môme. H le prie par des iustauces répétées de lui procurer quelque lambeau de ce poème; il est très friand d'une primeur de ce scandale qui fait grand bruit dans le monde des lettres. C'est à ce moraenl-là que La Chélardie s'entremet aupriis de notre gouvernement pour procurer au prince un secrétaire français. Pendant ses séjours à Berlin, Frédéric voit La Cliétardïe tous les jours, ou plutùt tous les soirs, à la promenade, pour ne pas'

't.CuiL & propo* de lu retraite do CHiaiivelia qu'il l'exprime ainsi ; I M. CliïuruUa était trop baanéte hommi: pour rester dans ud ministère, uù il n'y a que des inKniet, comme le carilinul, qui uiêriteot de nîro agir UD roi > coiuiqe'Loiiiï XV...

L'ÉTUDE DU TERRAIN POLITIQUE St3

éveiller de soupçons. 11 ne peut plus se passer du marr :quis, qu'il fait venu* à Rhcinsberg, où U le reçoit comme un gourmand reçoit » un bonbon ». Et, de la littérature, on est revcniï à la politique naturellement. Un jour enfin, Frédéric reparle des idées qu'il a confiées à La Ghélardie pendant la maladie du roi : u Quel meurtre que cela n'ait pu avoir lieu ! Jl faut espérer que l'avenir -fournira quelque occasion de le récupérer, »

Déjà, il a l'ait grâce à l'infâme cardinal de son infamie. 11 ne dédaigne pas d'écrire à Fleury, de sa fine et ferms écriture, une petite lettre fort gentille, pour le prier d'autoriser un de ses officiers qu'il envoyait en France h lever quelques grands hommes destinés au régiment de son père. Il parle à l'Érainence très révérencieusement, avec le regret que « son suffrage soit de peu de prix aux yeux d'un homme d'État accoutumé i recueillir les témoignages de l'eslime de l'Europe entière ». Après que sa lettre est partie, il a peur de n'y avoir pas rempli tout ce que le cérémonial pouvait comporter, et il charge La Chétardic « de prier son hminence de remarquer qUA cette lellre n'était pas l'ouvrage de la chancellerie, mais qu'il l'avait écrite de sa propre main, occupé seulement du plaisir de manifester avec les sentiments de son cœur la reconnaissance et l'estime particulières dont il est pénétré ». Il espérait, par le recrutement de grands hommes, gagner à la France le cœur du roi, car vingt fois il a reproché & La Ghélardie de ne savoir point mettra à profit celte étrange faiblesse de son père pour lea géants. Enfin un jour, à Uhetnsberg, il traite à fond avec La Chétardie la question de l'alliance : « 11 adoptait, dit-;

Mi LE GRAND FRÉDÉRIC AVANT L'AVÈNEMENT

il, te principe qu'un roi de Prusse peut tout attendre de l'alliance française ; vu la distance qui sépare le royaume des États du roi de Prusse, il ne voyait pas que l'on pût, avec fondement de part et d'autre, prendre ombrage des agrandissements que l'un ou l'autre se procurerait ; et il ne pensait pas que l'on fût jamais dans le cas de se faire la guerre, à moins qu'un roi de Prusse méconnût assez son intérêt pour se sacrifier à l'avantage des autres », — c'èst-à-dire pour faire la guerre au profit de l'empereur.

Comme sou père, il avait donc oublié ta grande trshi- Bon de la France. Il apprit avec joie que des négociations sérieuses couraient entre Paris et Berlin, vid la Haye. La nouvelle lui en étant parvenue, au moment où il s'apprfttait à i< faire rouler la presse » et à publier en .Angleterre ces Considérations où il avait dépensé contre nous tant d'érudition et d'éloquence, il garda son manuscrit dans son portefeuille.

Alors, il est redevenu bon Français? Pas le moins du monde.

La Chétardie s'en fait accroire quelque peu sur i point; sa vanité trouvait son compte à celle illusion. ' Valory, qui lui succède, n'est pas si confianl. Il voit bien que Frédéric n'aime des Français que leurs manières el leurs livres. Il le croit, lui, attaché à l'Angleterre ; il t marque qu'à fable, quand le roi n'y est pas, ou si seule^^ ment il sort un moment, le prince ne perd pas une occasion d'exprimer sa sympathie pour l'Angleterre. Frédéric, en elTet, s'amuse à provoquer des disputes entre les nù-^ nistrcs d'Angleterre, de Hollande et de France,

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au secours de l'Anglais en tombant sur la France, aux applaudissements de la reine et des princesses, qui sont grandes anglomanes. <> Ce n'est point par le canal de la France, écrit Valory, que le prince imagine, quant à présent, satisfaire son goût pour la gloire et la réputation h. Au reste, le nouveau ministre de France confesse qu'il ne se sent pas capable de pénétrer ce personnage impénétrable.

Ainsi, tour à tour, et mfimc au même moment, Frédéric parait Ctre impt^rialiste à brûler, Français à brûler, Anglais à brûler. Qu'était-il donc? Il était le prince royal de Prusse.

Il ne se croira pas lié, le jour de son avènement, par les sympatbies qu'il aura montrées et les déclarations qu'il aura faites. Ce jour-lfi, disaient ses intimes, il ne sera plus le môme homme, et « il faudra recommencer à faire connaissance avec lui sur de nouveaux frais ». Mais les intimes se trompent : il sera le même homme toujours. Si habile et dissimulé qu'il soit, et bien que Grumbkow annonce que « Junior trompera tout le monde .1, Frédéric n'a dit à personne, ni Autrichien, ni Anglais, ni Français, qu'il soit homme à sacrifier une parcelle des intérêts de la Prusse à ses goûts personnels. C'est un marché qu'il proposait à La Chétardie; le môme marché, il l'offrira fout aussi bien à l'Angleterre. II sait que, dans tous les conOils de l'avenir, quels qu'ils soient, la France sera d'un côté, l'Angleterre de l'autre, et qu'il pourra toujours s'allier, soit à l'une, soit à l'autre de ces deux grandes puissances.

Junior ne trompera que ceux-là seulement qui vou-

SI6 LE GRAND FnÉDÉniC AVAST L'AVÈNEMENT

dront sn laissor abuser. Il était évident qu'il serait très bon Prussien. Prussien très solide et très fier, et résolu à étendre la Prusse et à la " surélever >i. Les voies et moyens, il ne les avait |)as arrêtés à l'avance, mais il (enail à garder en sa main les prétextes et les raisons d'agir. Il voulait laisser ouverte la question des duchés : -n La raison qu'il semble toujours écouter, écrit La Chétardic, cesse sur cet article ». Grumbkow disait que le roi se prêterait volontiers à un accommodement, mais qu'aucun minisire n'oserait le lui conseiller, « de peur du prince royal, qui souhaite longue vie au palatin, alîn que, du vivant du roi, il ne soit fait un maigre accommodement, dont il se vengerait d'ailleurs sur ceux qui s'y seraient employés n. Les droits sur les duchés étaient des munitions diplomatiques bonnes à garder.

Frédéric ne dissimulait même pas ses projets sur la manière d'entrer en scène. Il donnait à tous ceux qui le voyaient l'idée que « son sentiment dominant était la gloire, et que celle qui s'acquiert parles armes et conduit à l'héroïsme aurait sa préférence ». 11 disait : <i Je commencerai par un coup d'éclat, au risque d'en recevoir aussi àmon tour )i. A ceux qu! lui opposaient la prudence, îl répondait : " Souvenez-vous, je vous prie, que la prudence est fort propre h conserver ce qu'on possède, mais que la seule hardiesse fait acquérir ». Enfin, prophète de sa propre histoire, il écrivait : « On verra qu'on n'aura pas lieu de m'accuser de sacrifier mes intérêts fi d'autres puissances. Je crains plutôt qu'on pourra me reprocher trop de témérité et de vivacité. Il semble que le ciel ait

desLind le roi pour faire tous les préparatifs que la sagesse et la prudence exigent qu'on fasse avant de commencer une guerre. Qui sait si la Providence ne me réserve pas pour fait l'usage glorieux de ces préparatifs et pour les employer îi l'accomplissement des desseins auxquels la prévoyance du roi les avait destinés n?

Voilà, en termes d'une précision extraordinaire, l'épigraphe du r^gne.

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