LE PÈRE ET LE FILS DEPUIS LA SÉPARATION
' Depuis que le roi de Prusse et son fils s'étaient séparés et qu'ils avaient pris le parti de se voir le moins souvent possible, ils faisaient quelque effort pour parvenir & s'aimer, mais entre eux s'interposaient un passé de violences
i . Outre la correspondance déjà ciWc de Frédéric avec le roi «on pi^rp, la margrave Wilhelmine, la princeue rojrale, Gruinbkow, Camas. Jordan, Algarotli, Voltaire, Manteiiffel, voir, dans les Œuvrei de Frédéric U Grand, la correpponJance avec Duhon de Jnndun, au l. XVII, et avec le baron de la Holte-Fouqoé, au t XX. — PolilÎKke Corrftpond'm Fr'itdrich'i dea Groisen, t. I, — Archives du ministùre des alTaires Mratigères, Corresjtondanu de Pruiie, années 1133-11*0. — Aut vhr Jahrhunderien . Mitlheilungen nui dem Haupl-Slaaharcliine lu Drriden. von K. too Weber, Neut Foljf, t. I, «rticle Vom btrliner llaft unler KBnig Frirdriek Wilhelm I. et l. 11. articiFi Au» der Jugfnd und Correipotideni Fritdricki dei Groiseri, et Die Polidamer Garde. — Nalala ex ore Rotoffi, au t. II, p. 15* et auiv. de Friedrich Wilhelm I. Klnig Ton Preuiien, par Fr. Filriler; Extrait de la relation deederniirt* heurci de S. àl. le roi Frédéric Guillaume, faite par M. Cochiiii, ion chapelain â Tolidam, en date du 11 Jiiio 17*0. aux p. 420 et suiv. àelBiiloire de Frédtrie-Guiltaume I", par^I. M. de M. (Maiivillon) ; luitructions de Frâdfrle-Guillaiime I" sur la manière dont il veut qu'on en uie avec son corps, ibid., p. *32 et auiv , et au t. II, p. 317 et biiît. des Mifmûirea pour tervir ù fhitlQire dei quatre ditmitri toureraint de la maiton de Brandebourg rayait dt Pruue, par le baron de POlInit». — Journal lecrel
tA.ND FRÉDÉRIC ATANT L'AVENEMENT
ei le haineux sonveair de paroles et
|wnU>le5. Aussi bien continuaient- il s d'avoir
{'•atre des griek grares. Lorsqu'il voyait ar-
ÏBsber^g le hussard qiù lui apportait l'ordre de
■L iprH du roi, et qui laî semblait une " préfigu-
a de la mort •>, le prince se demandait en quelle
humeur il trouverait son père, et s'il aurait affaire à une
divinité bienhisante ou à Jupiter foudroyant. Le plus
deux. Le père se mon-
tnème, et le fils se r^pan-
mais, brusquement, le
la lète sous les plaisaU'
de ne pouvoir ni repli»-.
sonvcnt, il avait i
trait d'abord aima
dait en effusions d'awv-
Tent sautait '. Frédéric bi
teries et les sarcasmes, ei
fl«i bMt; LHtrm (tmilièn, H «ii
/; Ufmoîres de PAIlniti ciUi de M. U baron <U BitSfeU, a Stnitbourg, au L XIV â«»
W ér Préâiric U Grmmd ^Preim). — Corresponilance de U reiiM ^^ Êliubrfk-CbriitiM, el bîbliofrapfeie de se« «BiiTres, o& se trounut^^^^ la Ltllrr drdicaloirt i won frirt et la R^fitriOH tl mfdïtalioH à loceO' ^^V non du rmouttUrnunl de rainée, en appcDJict» à Slitaitlh-Chrûliite, KÔKijit ton Preuiifn. pir Fr.- \V, -M. - V. Hshnke. — Duc de Broglk. FrtJéric II el .Varie-Ther^se : Ruser, Friedrich der Groue aU Kronprin:: RanLf, ZuJf Buclter preuisischer Geichichle. t. XXYIL et XXVIII des StlmMiliche H>ri».
I. • J'ai trûUTi; un cbançt'meDl sensible dana l'bumeur du roi. Il est derenu cilr^niement gracieux, doux, affable el juste. Je sens redoubler en moi lis senliments df l*anmur filial, lorsque je toIs des senlitnenti si rai^'oonable^ et si louables dans Tauteur de uies jours. Je soub&ite de tout uion e(Bur que je puisse loujoiira m'ttendre plu» sur les louanges d'un ptre que jVsliuie oalurellement et dont les bonnes actions nieutour-nl. . Et, quelques jours après : " Je suis obligé de chanter la palinodie. L'humeur du roi s'est aigrie si fort, et sa baioe contre lua personne s'estiuanifeslée sous tant de diffi'renles formes que, si je n'étais ce que je suis, j'aurais dcujandé mon congé depuis longtemps, et j'aimerais mille fois mieux mendier mon pain honorablement autre part que de me nourrir des cbagrins qu'il me faut déTorer ici. h (Lettres à Camas.)
LAVÈNEMENT DU GHAND FRÉDÉRIC 253
quer au maître, ni châtier de leur lâcheté les courtisans dont les visages approuvaient ces vilenies. A quoi bon, disait-il, chercher les raisons de choses qui n'en ont aucune autre qu'un caprice arbitraire mêlé d'une opiniâtreté contradictoire? Résigné à voir en son père son plus cruel ennemi, il regrettait que sa qualité l'empêchât de quitter le service d'une couronne à laquelle il était destiné.
Le roi ne lui donnait pas de quoi vivre à Rheinsberg, et Frédéric, qui était lu plus souvent sans un écu dans sa poche, criait misère à tout le monde'. Comme un édït avait interdit en Prusse les prôts aux princes de la famille royale, il cherchait de l'argent au dehors. Son ami Suhra était alors ministre de Saxe à Saint-Pétersbourg. Frédéric continuait de correspondre avec lui, et l'on croirait, à les lire, qu'ils s'entretiennent encore de choses intellectuelles. Suhm lui envoie trois volumes de mémoires de l'académie de Pétersbourg, et le prince le remercie de lui avoir procuré ces documents, qui ont éclairé plusieurs points de l'histoire des lettres sur lesquels il était en dispute : les trois volumes étaient trois raille écus, et les points de l'histoire, c'était sa misère. 11 réclamait de nouveaux envois et se lamentait do ne les pas voir venir; « Comme les bons livres sont rares ! " Il stimulait le pauvre Suhm et lui soufflait des arguments : « Le roi est très mal, aervez-vous de cet argument pour qu'on m'a-
1. Les plaintes sont perpËluellet : ■ Jamais l'amour de U pauvretâ ne fut i si baut degré chez les Romaiot que chex moi. ■ — ■ Je n'ai pas un sou K la maison ni dans mon pouvoir. ■ — ■ Un horanie Échappé des maios des corsaires n'est pas en plus mauvais élat que Je le siiia. ■
ZU LE GBAND FRÉDÉRIC ITANT L'AVÈNEMENT
-vance une bonne somme l'été prochain, car, aâsurémcol, â l'on veut m'obliger, il TauJra se hâter I >• Il trouvait un malicieux plaisir à emprunter de l'argent à des étrangers, — son prêteur était Biren, le duc de Courlande ', - — parce que, disait-il, s'il venait à mourir, le roi serait oblige de les rembourser, ce qui lui serait une occasion de verser au moins quelques larmes sincères. Une seule fois, il reçut une libéralité de son père, qui lui donna les revenus des haras de Lîthuanie, mais ce fut en 1739. quelques mois a^'ant l'avènement.
Le roi était mécontent de toute la façon de vivre du prince. 11 le laissait assez tranquille à Rheinsbei^, où il ne le visita que deux fois, mais ÏI savait qu'on y dansait, qu'on y donnait la comédie, et que les lettres et la philosophie ajoutaient leurs inutilités à celte frivole existence. Il est vrai que, par un étrange caprice très inattendu, il parut se réconcilier avec la philosophie. On lui démontra que WolC, le philosophe de Halle, qu'il avait proscrit bmlalemcnt, avait été calomnié auprès de lui ; il se fit lire les œuvres de l'exilé, étudia les règles du raisonnement, s'en émerveilla, apprit h construire dos syllogismes et pensa tout de suite a. mettre la logique au sorvicc de l'Etat. Un soir, à la tabagie, il lut et critiqua on logicien une lettre du génénil qui commandait à M'esel, et démontra que cet officier u raisonnait comme un coffre »; sur quoi il lui écrivit pour lui conseiller en ami d'apprendre à penser
1. Siihiu avait proposé irabord J'euipnintcr de l'argent i l'impératrice. Fr*^diiric s'j refusa d'aboril : " Gucuser de l'argeut est diamétralement opposé à nia Tuçon de penser. Je puis avoir des obligations à un dar, mais jugpz des suites avec une impératrice. <■ A la Qa, il se résigne : n II taut tourner nos jcui vers cet astre éda,lanl. •
raisonnablement et à émettre en bon ordre des propositions justes. Frédéric se réjouissait de cette conversion inattendue du « papa •>, maïs le papa ne s'était réconcilié avec Wolf qu'après la preuve faite que la doctrine de ce professeur n'était pas contraire à la religion, et que même il était utile, pour devenir un bon iheoloi/us, d'être un bon philosophus. C'était un des tourmenls de sa vie de penser qu'on verrait après lui a l'athéisme sur le trône », ej; il suffisait qu'un rapport lui arrivât de quelque parole suspecle prononcée par son fils pour que l'entourage redoutât le retour des scènes terribles.
Le prince n'avait pas d'enfants, et son pire le lui reprochait perpétuellement. II n'était pas vrai que FrJdéric no vécût pas en mari avec sa femme, comme le prétendaient les méchantes langues. Le prince ne faisait pas difficulté de s'expliquer sur ce point ;
Et, la nuit, nous payons aaa Iribuls à Vénus...
écrit-il dans un des poèmes oi!i il chante les charmes de Rhcinsbcrg. Il vantait même à ses amis les agréments de la princesse royale, qui possédait... mais cela est impossible à répéter ; quand il recourait à des circonlocutions, il disait: i< Le moule est fort joli. » Seulement, il avouait qu'il ne mettait pas de passion à son devoir. Ses amis le morigénaient, l'exhortaient et le conseillaient; Manteuffel lui fit un petit cours sur cette matière délicate. Comme la conversation se tenait à Berlin, Frédéric s'excusait de no pouvoir faire rien de bon, étant toujours regardé de mauvais œil, inquiet et craintif, mais il promettait qu^une fois à Rheinsberg, où il serait tranquille, U p&nserait aux.
L£ CRAIt» ntDillC ATATfT LAVË.SCJf ENT
boas avisas Hmleaiel. Le roi Hoessait de l'animerila friiiT*T *ri *". *~~"^*— J Mmivmm t ke n; U laipromil d«Ie lM«erTOjagcr, s'HanHimeBlaiit.etilIai fif faire un lit «■pette ca v«lo«rs vett. Vais les années passaieol ; le t Ttafoa i^ Toîr naître nue recrue daas Is , «1 9 slBf«i«Uît à l'avacce des intrigues aux- ■• mBifvnit pas de donner Ueo le mariage de IBSiGaiDasiBe.qn'ilaaraîl marié sans façoDs, CB cadet, «i edv-eî n'était devenn. par la Sùnéantise de sca alBJ. rhérilîer de U cooronne.
Cependant, nu%ré toat, en dépit des grieEs anciens et ooareaox, oca deux hommes, à memre qu'ils se coonaisaieat mîeBX. anÎTaieait i se rendre justice. Frédiîric ■'étaîl pas arenglé par les dé/auls ridicules ou cruels de MM pire. D révérait en toi on créateur de forces. En 1 739, •Booorsd'an rova^eo Prusse et en Lithoanie, il admire h prospérité de ces provinces n^uère encore barbares et désolées. Dans une lettre en style épique, îl raconte A Vollaîn? le miracle accompli, tout un pays refleurissant, où un J^mt-milliou ■ d'être? pensants " doit au roi de Prusse la vie ot lo bonheur, n .\'y a-t-il pas là, dif-ïl, quelque cho5e dhéroïque ? ■' En mi^me temps, sans doute, il «Scrivail ;i se> ami?, d un autre style ; il se moquait de l'agitation do son pire pour des riens. 11 contait à Jordan i]u'il ôlait chargé des affaires matrimoniales et des haras, ot. oubliant Iadij;n!té des ^Ires pensants dont il parlait, il lui offrait au choix une fille lithuanienne ou une belle cavale, la ditTôrenco entre fille de ce pays et jument n'étant que lie bote à biMe, Et il se plaidait dfilre obligé de retenir par des boulevards de circonspection, plus forts
L'AVÈNEMENT DU GRAND FHÈDÉRIC 2î7
que les dignes hollandaises, une mer d'idées qui l'assiégeaient'. Mais, au fond, il admirait l'œuvre paternelle. Toute cette peine que le roi s'était donnée, ces voyages, ces inspections, ces milliers de questions et de réponses marginales sur les affaires lithuaniennes, ces colères contre les résistances, cette impatience des lenteurs, la douleur des dépenses sans fm, tout cela, c'étaient des (1 préparatifs' » dont la Providence réservait à Frédéric le « glorieux usage ». 11 ne pouvait s'erapCcher de penser déjà ce que plus tard il écrira : « S'il est vrai de dire qu'on doit l'ombre du chêne qui nous couvre à la vertu du gland qui l'a produit, toute la terre conviendra qu'on trouve dans la vie laborieuse de ce prince et dans les mesures qu'il prit avec sagesse les principes de la prospérité dont la maison royale a joui après sa mort u. Le roi était obligé de reconnaître que son fils remplis-
1. Presque toujours, quand on compare des tellres de Frédéric à diverses pcr»onuci sur le même sujel et à la m^me date, ou trouve dei contradictions de cette «urte. Toute sa correepnndance avec Jordan pendant ce voyage, est un persiflage. 11 le plaint de tout ; <• Il Tait une
, cbalear comme si nous Toyagioas à califourchon sur un rayon de ■olril; il Toit un? poussière, comme si un nuage nous rendait invisibles aux passants. Si cela continue, on deviendra tout hébété el stupide. • Il accumule les eipressiona de son mépris k l'égard de cette Prusse, >■ région Toisine des contrées hyperborées, plus propre à nourrir des ours qu'à £lre le IhL-àIre des sciences..., pays si fécond en chevaux, si cultivé, si rempli de monde ", et qui ne tournît pas un leul tire qui pente. Il se compare A Ovide, exilé chez les Gélea; il a grande bâte de partir : ■ Je partirai samedi comme une fronde crétotse. "
2. Et pourtant, il se moqua même de celle peine. Il écrit i la princesse royale ; ■ Nous ne dormons pas les nuits pour veiller. • A Jordan encore, il disait : • Nous nous donnons tout l'ciercice imaginable, el cela depuis la pointe du jour Jusqu'aux ténèbres de la nuit. Ne croyei p&s que ce soit pour faire quelque grand ouvrage. Nous ne faisons que promener tout doucement avec noua l'oisiveté el i'conui. • Il est toujours ditDcile de uvulr quand il est sincère.
Ïâ8 LE GRAND FRÉDÉRIC AVANT LAVÈNEMENT ^^M
sait dana !a perfection son devoir d'officier. S'il avait su que Frédéric professât une haute el philosophique idée du mililaire, et qu'il cherchât « dans une élude constante de l'esprit humain le moyen de rendre sensibles à la gloire les âmes les plus épaisses, de plier sous la discipline dea caractères rehelles et de moraliser des libertins et des criminels ", il lui eût reproché cette sottise avec l'habituel accompagnement d'injures, car il avait, lui, une théorie toute contraire, qu'il exposa un jour au ministre de France : " 11 ne faut pas que les soldats aient de l'honneur ■ cela est bon pour les officiers. Je fais grand cas d'une troupe que la seule crainte fait tenir en place. Je sais bien que vous ne pensez pas comme cela. Le Français n'est pas propre à celle discipline; un soldat chez vous veut savoir où il va el pourquoi on l'y mené. Moi, je s'aime pas ces raisonneurs... h Mais Frédéric ne prenait pas son père pour confident de ses ponsers de philosophe ; il se conlcnlait de lui montrer aux revues de hautes recrues, qu'il appelait des arguments de six pieds, et la perfection de l'exactitude dans les maniements d'armes el dans les mouvements'. Chaque année presque le plus grand succès était pour le régiment A\i. kroiipt-inz. Une fois, le roi embrassa le prince devant la troupe, el la joie se répandit h depuis le cèdre jusqu'à l'iiysope, depuis
i. En iTil, le roi faiiait mauTaise mine ftu prince, dans le tompa im revues, à cause d'une accusalion d'irréligion qu'on avait porU« contre le prinra : " Je me buis tenu «erré, ficrit Krédéric A Sului, mon régimenl a fait des merveille», et le iniDiemcnt des armei na peu cle [ariiie Jetée sur la tète du soldat, des hommes de tîx pî«d« «I beaucoup de ri^cnies ont él* des ar|[umeDls plu» forts que m«* c«1od>. id&tBurs. •
Dans les lellrcs à Camag, où il donne cours k sa haute idée de mUÏ-
I/AVÈXEMENT DU GllAND FRÉDÉRIC 259
le chef jusqu'au Uernier fifre ». S'il ne convenait pas de bonne grâce qu'il s'était trompé jadis en croyant qu'un roi comme Frédiîric perdrait la Prusse, il le confessait à demi, quand il disait au vieux Dessau : « Mon fîU sera un vaurien ou quelque chose de très bien ". Il savait au reste depuis longtemps que Frédéric avait de l'esprit, qu'il était fort habile et même etors, et pas tendre, et pas bon ; il pressentait qu'il serait un maître dur : « Quand je mourrai, dit-il un jour, on s'écriera : le voilà parti, ce vieux tourmenteur d'hommes ; mais celui qui vient après moi vous enverra tous au diable ; c'est toutce que vous aurez de lui ". Et la pensée que ceux qui attendaient le nouveau règne pour faire la fi>te se trompaient lui était très douce. Les ressemblances entre son fils et lui, que l'entourage avait depuis longtemps remarquées, lui apparaissaient enfin. Un jour, dans un dfnerqui suivit les grandes revues de l'année 1739, devant la famille royale, les princes et les généraux, il félicita Fritz des soins qu'il s'était donnés pour embellir son régiment, et lui dit entre autres paroles flatteuses: « Il y a en toi un Frédéric-Guillaume, Essteckt ein Friedrich Wilkelm in Dir ». Si bien que le père en arrivait à se convaincre que Fritz n'était pas le plus mauvais successeur que Dieu pût lui donner, pendant que Fritz avouait que son père était un prédécesseur très estimable. Mais précisément la relation
taire, il se moque de l'iilfs qu'en ayiiil son pËre. * Vqu9 avei td dei merveilles, écrit-il à Cauias, qui revient de Pûladam ; je suis m?me sûr que ni roui Di mol noua ne les imilerons pai; • mais, en attendant, il se toumet : k Mon régiment est muni d'arguments à six pieds, que c'est une bénédicllon. Si par une rigide observance de la loi, on est sauvé, nous le serons. ■
3M LE CKISD rRÊOtBIC IVAKT L AV£.VEHE!<T de roi t^^Btnt à priDoe qui régnen empêchait la récoaciliatioo définitive de c«s deux hommes. Le prince prenait tontes les pr^cantions imaginables pour dissimuler cette dançenuse qualité d'héritier*. Même ses lettres intimes à Gnunbkow, qo'il savait devoir rester absolument secrètes, puisque $OD correspondant eût couru un grand péril à les communiquer an roi. scmt encombrés de protestations de dévotion filiale. Il y demande à Dieu la gr&ce de pooToir diro toute sa vie comme le grand dauphin : « Le roi, mon père! • Par moments, triste, surmené de travail, toumenté d'insomnies, de coliques et de li^>Tes, il crovait qac Dieu exaucerait sa prière : <« Je suis, pour ainsi dire, sûr de mourir avant le roi! >• Et certcs.il en avait, comme disent les bonnes gens, plus penr qu'envie. Il ne se ré5)g;n8it pas h l'idée de ne pas régner. S'il s'empêchait •• de penser aux grandeurs qui peuvent l'attendre un jour ", c'est parce qu'en y pensant i< naturellement on ne peut s'empêcher de les désirer ". — " Nalurelli'menl ! » Voilà le mot juste et iorrible. A ce fils de roi, k la fois tout ju-èj; el si loin de* grandeurs', l'attente était longue naturellt-mcnt, et d'aulant plus qu'il avait devancé l'avenir non poinl par des rtHcs vagues, mais par des desseins
1. Dans un<< lellre 1 Caïuns. Fr^Jéric dit qu'il ne se coDuaft qu'uD crime qui est U^tre • hchtier prê^ompUt >. Il t» jusqu'à laisser entendre que le roi .'l'ubiile ;a mort. De ion cût^, le roi croy<iil que son Ois aUendail M lutirl inipalieiiimenl. Il avait toujours ce senlimcDl qu'il eipriluait pcndaiit 93 grande maladie en 1733 : ■ Oui, si je meur», il y aura quelque cliose j gagner pour le courrier qui sautera à cheval et portera la nouvelle à mon fils- •