‹ Le Grand Frédéric avant l'avènementChapitre 51 sur 64 · agit ici de la bulle Unirjfailiu · texte numérisé non relu

agit ici de la bulle Unirjfailiu

i. En liaa, il y avail un .onhit en Fr<n.e en

m particulier aiL tujH de la proci-dure à

e Sti^ltin el W

Cour el le p« j po.ir lei spj

rasser, « Sire, lui répondis-je, on a très mal informé Votre Majesté; les choses dans Téloignement deviennent souvent des fantômes. Ce que je peux avoir Thonneur de vous assurer est que notre Cour n'a jamais regardé cette affaire que comme des petites tracasseries excitées par des esprits brouillons, à qui Ton en imposerait promptement, si Ton voulait s'en donner la peine. — Mais, Monsieur (en parlant si prodigieusement du nez qu'à peine pus-je Tentendre), pourquoi voit-on autrefois des Français, graves, posés, et qu'aujourd'hui ce sont presque tous des comédiens? — Je crois très aisément, Sire, lui ai-je dit, qu'il y en a de ce caractère, mais ce ne sont pas de vrais Français; ceux-là, nous les renions et les livrons au bras séculier. Votre Majesté en peut dire tout ce qu'Elle voudra; je me joindrai à Elle si Elle le souhaite. — Eh bien, Français, ne ferez-vous donc jamais la guerre? — Sire, ai-je répliqué, si l'on consultait les militaires, on la ferait sûrement. Mais nous vivons sous les lois d'un prince qui préfère la justice d'une paix aux motifs d'une guerre qui ne serait peut-être pas juste. — Vous avez vu Wesel, m'a-t-il dit en continuant, ce ne serait pas là un mauvais siège à faire pour la France. » Je l'ai assuré que rien n'était plus éloigné de notre pensée et que le Roi souhaitait fort d'entretenir une bonne intelligence avec lui. « N'importe, reprit-il,. ce ne serait pas un mauvais siège à faire; convenez-en, et cela vous amuserait sûrement. — Je vois bien, Sire, lui ai-je dit, que Votre Majesté veut se divertir et faire jouer les marionnettes. Ainsi, je ferai avec elle l'attaque de la place qu'elle jugera à propos. » Ensuite la conversation a cessé, de môme le dîner, par une rasade que le Roi a fait boire à tout le monde, à la confusion prochaine de toute l'Europe

le même principe, il est opposé aux Anglais, mais il eût été favorable si le Roy d'Angleterre eût été moins resserré et je crois pouvoir dire que quelque ancré que paraisse M. de Seckendorf on réussirait ici si on voulait s'en donner la peine et payer cher le comte de Grumbkow *.

MH. de Borck, Thulemeier et Podewils, travaillent aux Affaires étrangères; le premier est un homme de guerre, honnête homme, à ce qu'on prétend, estimé par là de son maître et peu par son esprit. Il est impérialiste de cœur et d*affection, sans que les circonstances présentes lui aient inspiré ces sentiments-là

M. de Podewils n'a nul crédit. Son principal mérite est

d'être gendre du comte de Grumbkow Il faut pourtant dire

à sa louange qu'il est fort poli et, du reste, le regarder comme aCttaché aux sentiments et à la fortune de son beau-père.

Thulemeier est aujourd'hui ministre d'État. Comme ses deux collègues, c'est à M. de Seckendorf qu'il en a l'obligation, et il n'a pas balancé à lui en prouver sa reconnaissance en étant impérialiste outré. Cesi d'ailleurs un homme bourru, sans monde, qui, à l'imitation des sénateurs de Venise, ne reçoit jamais chez lui de ministres étrangers et n'en va voir aucun. Il est au fait de la chicane et c'est son plus grand mérite. Le Roi lui rend cette justice et même, quand il le fit ministre, il voulut que tout le monde en fût instruit, disant qu'il savait bien que Thulemeier était un fripon, mais qu'il était chicaneur et en cela fort nécessaire.

Par ce que j'ai eu l'honneur de vous mander précédemment, et parce que je vous marque ici, vous pourrez vous apercevoir qu'on trouve très difficilement les ministres des Affaires étrangères; indépendamment de cela, leur réserve est extrême avec moi, leurs discours sont vagues et généraux ; souvent même ils se font celer chez eux pour s'évi-

1. La Chctardie a fini par gagner Grumbkow, après une longue négociation, dont il est très souvent question dans sa correspondance.

308 APPENlllCE

1er l'embarras d'élre sur leurs gardes. Ma seule ressource pour les joindre serait donc d'aller à la conféreDCe ; mais je ne peux en prolïter, d'autant que l'on n'y va que quand il s'agit de quelque chose à enlamer ou à traiter; supposant même que je fusf^e dans ce cas-l&, il n'y eut jamais de cootrainte semblable : ils sont autour d'une table : M. Tliulemeier lieiiL la plume et écrit tout ce rgue l'un dit, soit que vous le vouliez, soit que vous ni le vouliez pas. La conversation n'est point une chose éludii5e d'avance, et si vous ne pesez vos paroles au poids du sanctuaire, vous êtes exposés à des difliculLiis dont il serait aisé de fournir plusieurs exemples.

M. de Seckendorf, sans être ministre prussien, mérite de trouver ici sa place, et par sa faveur et par les qualités qui le rendent digne de l'être... Sa fausseté est d'autantplus dangereuse que jamais homme n'eut si bien l'art de paraître simplf et franc. Il a l'encolure et les propos d'un bon fermier et l'on n'y méprendrait sans le cordon bleu de Pologne et sans l'bahil uniforme dos grands grenadiers de Polsdam qu'il porte sans inlerruptinn. Il ne craint point d'hasarder, pourvu que cela lui réussisse, et il a heureusement pour lui l'avantage d'être cru infaillible sur des choses que personne n'oserait avancer, tant elles sont peu vraisemblables

CONVERSATIONS DE LA CDËTARDIK AVEC LE HOI DE PRUSSE SUR LES AFFAIHES DE POLOGNE*.

(DépEche de la ChÉtariiie du 15 octobre 1133, t. 9',).

Dans les deux avant-derniers voyages que je fis* il n'y eut que deux moments assez intéressants pour vous les rappeler.

L'un fut occasionné par ce que me dit en particulier le roi de Prusse au sujet de la manière dont la maison des commissaires de Saxe avait été assiégée et pillée*, et il en parlait avec contentement. Je lui répondis que cette démarche de la part de la nation polonaise ne montrait pas qu'elle fût si disposée en faveur de Télecteur de Saxe. « D'ailleurs, Sire, continuai-je, j'ai l'honneur de vous être trop respectueusement attaché et je m'intéresse trop à la grandeur de la maison de Brandebourg pour n'être point charmé de voir Téloignement que font paraître les Polonais pour l'électeur de Saxe, et Votre Majesté est trop éclairée pour ne pas sentir qu'en soutenant aujourd'hui l'empereur, elle conduit l'électeur de Saxe, à rhérédité du trône de Pologne. » Ce discours fit l'impression que je désirais: le roi de Prusse me sut bon gré de l'intérêt que je prenais à ce qui le regardait, et il fut frappé de Targument par lequel je lui prouvais qu'il serait lui-môme l'instrument de l'élévation de l'électeur de Saxe.

Ce fut en pleine table que l'autre moment eut lieu. Le roi, la reine et toute la famille royale y étaient. M. de Seckendorf était aussi présent. Le roi de Presse me dit que si nous attaquions Fribourg et Brisach, qu'on pourrait dire que c'étaient des bicoques dépourvues d'hommes et de munitions. « En effet. Sire, lui répondis-je, si nous faisons quelque chose de ce côté-là, nous nous plaindrons de n'avoir pas eu assez de gloire à acquérir en prenant ces deux places. Toutefois ce n'est pas notre affaire de les mettre plus en état de défense. » Quelques propos que le roi de Prusse tint ensuite me donnèrent sujet de récapituler les moyens contradictoires dont Nf. de Seckendorf s'était servi : je détaillais donc la façon dont, aux commencements, on avait voulu nous peindre faibles et hors d'état de rien entreprendre, comme incontinent après on nous avait fait formidables et voulant tout envahir. <( Il serait à souhaiter, continuai-je, que ceux qui tiennent de

i. A Varsovie.

avait attaqués si grièvement; que d'ailleurs, il se trouvait le seul prince de Tempire qui agirait en se déclarant contre nous, ce qui ne pourrait que rendre la chose encore plus sensible au roi ; que je le suppliais d'examiner l'alternative dont il était le maître ; qu'au lieu de nous forcera le regarder comme notre ennemi, il pouvait assurer à sesËtatsune tranquillité parfaite, s'épargner les frais immenses d'une guerre qui ne pouvait que lui être préjudiciable, enfln se préparer l'agrément d'être le médiateur entre les plus grandes puissances de la chrétienté, et qu'il n'ignorait pas que de jouer un aussi beau rôle était tout ce qui pouvait flatter l'ambition d'un grand prince comme lui. Puis, voyant qu*il m'écoutait attentivement, je voulus l'animer et l'aigrir contre l'empereur, par des motifs que je sais être puissants auprès de lui. J'ajoutai donc qu'il m'était facile de lui détailler les vues de l'empereur, en cherchant à faire monter l'électeur de Saxe sur le trône de Pologne; que ce n'était que pour le rendre plus dépendant; que c'était une suite de l'ombrage que donnaient à la cour de Vienne sa puissance et la grandeur de la maison de Brandebourg; qu'en élevant celle de Saxe, l'empereur n'avait autre dessein que de lui susciter un rival dans l'empire, et de tâcher de l'affaiblir; qu'au contraire nous le verrions s'agrandir avec plaisir, sans en concevoir la moindre jalousie, et que cela devait lui paraître bien naturel à croire, tant par ce qui s'était fait autrefois, que par la position des Ëtats du roi et des siens.

Le roi de Prusse me répondit qu'en effet le procédé de rempercur était irrégulier et qu'il pourrait s'en plaindre; qu'il savait bien que son intérêt serait d'être libre dans ce moment-ci, pour être en état de profiler des circonstances heureuses; qu'il n'ignorait pas qu'il avait fait une sottise de s'engager, mais qu'ayant une âme et devant rendre compte â Dieu de ses actions, le principal était de ne pas violer ce qu'on avait promis; que d'ailleurs, s'il manquait à l'empereur, il le mettrait dans le cas de ne lui pas procurer Berg

elJuliers'. Je pris la liberté d'interrompre le roî de PruM pour lui demander s'il pouvait être diins la cunDuiice qa l'empereur fût eu situation de lui Taire avoir Berg et Juliei 11 Oui, assurêmciil, me dit ce Prince, puisque : ments portent qu'il fera plutôt la guerre à toute l'Eurwpe, . est nécessaire, pour me les procurer. — Votre H^esU répliquai-je, peut juger par ce qui arrive aujourd'hui. Majesté Impériale peut Taire la guerre <l toute l'I^urupe. Miew instruit que moi. Sire, des constitutions germaniques, voij savez très bien que l'empereur perdrait sa qualité tic juj suprême de l'empire, s'il employait la force. Il ue peut (loi faire autre chose que de laisser le libre cours à une aftuirt qui est à la décision du conseil aulique. — Mais vous qui parlez, reprit le roi de Prusse, si je m'en rapporte à tout 4 que le monde dit, vous êtes dans cette affaire les protecteul du la maison palatine contre moi. i> Je lui dis que c'était u^ chose sur laquelle il ne m'avait pas fait encore l'hoiiai me parler, que j'étais charmé que l'occasion s'en présentùl. pouvant lui répondre à ce sujet d'une manière juste et satisfaisante ; que ni'étant fait une loi de lui parler toujours vrai, et sincèrement, je ne lui cacherais pas que le roi, par les raisons de voisinage, ne pouvait manquer de s'intéresser A cette affaire; qu'en même temps. Sa Majesté ne souhaiterait rien lauL que de pouvoir concilier les deux parties et qu'il n'était pas douteux que ses intentions ne fussent beaucoup plus désintéressées que celles de ceux qui avaient pu s'en mêler jusqu'à présent. Le roi de Prusse goûla mon raisonnement. <> Mais comment vouliez-vous que je fisse? ajoula-l-ïl. t Depuis le comte de Rnlhcmhourg' jusqu'à votre arrivée, je n'ai point entendu parler de la France, et elle n'a pas daigné me faire dire la moindre chose. i< Je l'assurai fort que le roi

r préilt

lie la Clii'UrJie à la

n'avait point varié dans les sentiments d'amitié qu'il avait pour sa personne.

Je me plaignis après à ce prince de la manière dont M. de Seckendorf faisait trophée de la promesse qu'il disait lui avoir été faite nouvellement que dix mille Prussiens étaient prêts à marcher au secours de l'empereur ; que de tels bruits ne pouvaient faire qu'un mauvais effet, d'autant qu'il n'était encore question de rien. Le roi de Prusse m'avoua qu'il avait promis ce secours à M. de Seckendorf, que même les régiments étaient nommés, qu'il ne voulait point m'en faire mystère et qu'il allait si droit en besogne qu'il consentait que je marquasse à ma cour tout ce qu'il me disait. <c Mais, pensez-vous, ajouta-t-il, que ces dix mille hommes de mes troupes puissent agir cette année contre vous? » Je lui répondis qu'à la vérité il me paraissait difficile que cela pût se faire. « Vous avez raison, continua-t-il, cela n'arrivera pas, et pendant cet hiver, il passera bien de l'eau sous le pont. » C'est* l'expression dont il se servit, comme aussi de me dire qu'il pourrait m'eufariner le nez de belles paroles, mais qu'il était trop honnête homme pour ne me pas parler vrai et que d'ailleurs il savait discerner qu'il ne me tromperait pas plus d'une fois. 11 reconfirma ce qu'il m'avait dit par rapport à l'Italie \ et il me quitta ensuite, m'invitant à venir à la tabagie.

Je remarquai qu'il y fut d'abord pendant plus d'une demiheure extrêmement rêveur et tout le monde s'en aperçut. On fit mention de la proclamation de l'électeur de Saxe : M. de Grumbkow avança que, quoiqu'il n'y eiU pas lieu de douter que nous agirions maintenant, que cependant il semblait par ce que nous avions déclaré, que nous aurions dû commencer plus tôt nos hostilités. Le roi de Prusse ne me donna pas le temps de répondre et prenant la parole, il dit ; « Les F'rançais ont agi en gens sages, en ne se pressant point. S'ils

Page 1