‹ Le Grand Frédéric avant l'avènementChapitre 53 sur 64 · M. de Lœwenvolde. — Voir p · texte numérisé non relu

M. de Lœwenvolde. — Voir p

2. C'est-à-dire le contingent qu'il devait comme prince d'empire, quand la Guerre d'empire était déclarée.

manque à ce & ()ut>i elle s'est engagée, le traité est nul de ce moment-là. ><

Je répétai au roi de Prusse que le cas no pouvait exister, n'ayant que des engngemeols dérensirs; que, par la même raison, son droit ne pouvait péricliter, lorsqu'il s'agirait que l'empereur remplit l'exécution de ses promesses; que ce n'était point son intérêt de se brouiller avec la France, qui avait en plusieurs occasions été charmée de faire plaisir à la maison de Brandebourg. Ce prince me répondit qu'il regi duit bien comme une punition du Ciel ce qui lui aujourd'hui; qu'il prévoyait bien qu'en agissaut contre noi on le bnUerait, on le pillerait: qu'il serait ruiné de cetl affaire ; que les Suédois lui tomberiiient sur le corps, quoiqil de ce cftté-là il ne fût pas embarrassé de se défondre ■• Naiai Sire, répliquai-je, ne vous esl-il pas possible de prendre un juste milieu entre l'empereur et nous? Par In vous évitez tous les inconvénients que vous envisagez, vous vous épargnez des frais immenses, qui ne vous rapporteront rien. Vous assurez la tranquillité à vos Ëtats, et d'ailleurs le roi ne peui croire que vous preniez part à une chose que l'empereur s'e&t rendu personnelle. «

Le roi de Prusse me rappela & ce sujet les conseils qu'il donnait depuis peu au Prince royal, qu'il lui avait dit : » Suis l'exemple de ton Pèi-e pour les linances et les troupes; fais plus encore si tu peux, quand tu seras le maître, mais en consultant toujours tes forces, et to mettant en état de faire sans aucun secours étranger. •• Puis, en lui donnant un soufflet d'amitié, il avait ajouté : « Garde-lui de m'imiter pour ce qui s'appelle affaire du ministère' ; Je n'y ai jamais rien entendu. » Que eonséquemment t cette leçon paternelle. Il ne pouvait manquer de sentir que sa situation serait aujourd'hui d'écouter les offres de M. le marquis de La Chétardie el de M. le comte de Seckendorf, et de se déterminer poar

. C'est-ii-i!ire dans les affaires de poliliiue c\[érieum.

celui qui lui présenterait les avantages les plus réels, mais que malheureusement, il s'était lié ; que dans une circonstance pareille à celle-ci, s'il voulait suivre les exemples de son frère et de son grand-père, il pourrait tirer de gros subsides tant en donnant des troupes qu'en les faisant agir à propos, ou en demeurant à ne rien faire; mais que c'était une chose qu'il n'avait jamais faite et qu'il ne ferait Jamais ; que s'il faisait un traité avec nous, ce serait pour l'observer exactement; que néanmoins en pareil cas il ne me cacherait pus qu'il ne pouvait être touché que de certaines garanties sur lesquelles il ne lui était pas possible de s'expliquer davantage ; que le même principe l'obligeait à ne pas manquer à ses promesses envers l'empereur, d'autant qu'il se mettrait au risque de perdre ses expérances, sur des choses qu'il croyait lui être justement acquises ; que ce serait un point, s'il le négligeait, sur lequel ses descendants lui feraient à jamais des reproches, et sur lequel ils donneraient mille malédictions à sa mémoire, ce qu'il voulait éviter. Je ne crus pas placé d'entrer sur cela en détail. Je dis seulement à ce prince qu'il ne songeait pas qu'il travaillerait à affermir l'électeur de Saxe sur le trône de Pologne. J'allai plus loin, en lui faisant sentir qu'un roi de Pologne fait par l'empereur et la czarine, il se trouverait tellement entouré par ces trois puissances qu'elles voudraient ensuite lui donner la loi. Je voulais l'indisposer contre les menées de M. de Seckendorf et le mettre en colère. J'y réussis par ce discours : le roi de Prusse m'assura, avec une vivacité singulière, que, « si l'on osait jamais entreprendre de le jouer de la sorte, il vendrait sa dernière chemise pour s'en venger » (ce sont les propres termes dont il ce servit); qu'il en userait de même qu'il avait fait avec les Anglais, dont il ne s'était détaché que parce qu'ils avaient voulu lui montrer la verge haute. Je ne me contentai pas de cela ; le secrétaire anglais, dont les sentiments sont tels que je les peus souhaiter, m'avait rapporté que le ministre impérial lui avait dit qu'il n'élait pas en peine de

3|g APPENDICE

mener le roi de Prusse à maintiïnir l'élocleur de Saxe, poi de Pologne. En me faisant pari de ce propos, il m'avait prié de ne le point commettre. Je le lui promis ; mais sans toutefois nommer, je crus nécessaire au service du roi de peindre au roi de Prusse la confiance dans laquelle était M. de Seckeudorf. Je dis donc à ce prince que rien ne convenait si fort & sa grandeur que de penser avec l'élévation qu'il faisait ; que cependant M. de Seckeudorf présumait assez du crédit qu'il avait prés de sn personne pour avoir dit qu'il saurait bien l'engager à affermir par la suite l'électeur de Saxe sur le trône de Pologne. « Eh bien ! eh bien 1 mon cher ami, qu'il y vienne, répondit-il avec emportement, et nous verrons beau jeu. » Son éloignement à cet égard subsiste également fit il a même refusé audience t l'envoyé de Saxe qui voulait lui faire notifier la proclamation de son maître.

Le roi de Prusse, changeant de discours, me demanda si nous voulions donc faire la guerre éternellement. Je lui répondis que puisque nous avions été forcés de prendre les armes pour repousser l'injustice qui nous avait été faite et maintenir l'élection unanime du roi de Pologne, qu'il é\ naturel que nous voulussions avoir satisfaction sur ces d articles. " Vous écraserez donc l'empereur, reprit-il quand même ce prince consentirait à ce que vous pouvez désirer', l'impératrice de Russie s'y opposera toujours. L'on craint, et peut-être avec raison qu'au moyen de vos subsidi le roi, votre beau-père, puisse mettre 200,000 hommes pied et inquiéter après ses voisins, ce qui lui serait aisé a votre argent. " Je répliquai que nous n'étions point dans volonté d'écraser l'empereur, que nous savions que l'Europe ne le pourrait souffrir ; que ce prince néanmoins, ayant déterminé la czarine k agir, qu'il pourrait aussi la persuadi de cesser toutes violences; que la lettre du roi au prii prouvait assez combien il était éloigné de porter le roi

sli^

l. C'est-à-dire i lai:

trûue de Pologne.

beau-père, à ne pas bien vivre avec ses voisins ; qu'il verrait celtre lettre à la suite du manifeste et qu'il pourrait juger alors de l'équité des principes de Sa Majesté ; que d'ailleurs un roi de Pologne ne pouvait rien entreprendre sans le concert de la république ; que voulant même supposer que ce qu'il venait de me dire pût arriver, que rien ne serait si fort à sa bienséance que d'être ami de deux princes entre lesquels ses Ëtats seraient placés. Cette réponse lui plut, il la trouva sensée et il me quitta pour aller à la tabagie, où j'eus rhonneur de le suivre.

L'insinuation du roi de Prusse a été toutes des plus fortes par rapport à Berg et Juliers; malheureusement il est difficile d'en faire usage vu nos liaisons avec la maison palatine ; par tout ce que ce prince m*a dit depuis un certain temps, il est aisé de voir qu'il n'est frappé que de cet objet. Dans une de mes instructions, vous m'ordonniez de découvrir ce que la cour de Vienne aurait pu faire envisager à celle-ci, pour avoir sur elle un si grand ascendant; c'est aujourd'hui principalement que cela se développe d'une façon très manifeste par la manière dont le roi de Prusse insiste toujours sur l'exécution de son traité ; il est facile de juger que nos adversaires, connaissant son faible, lui ont fait des menaces pour le retenir; le langage de M. de Seckendorf, j'en répondrais, aura été de dire à ce prince qu'il est le maître de faire ce qu'il voudra, mais que la conduite qu'il tiendra dans la crise présente servira de règle pour celle que l'empereur devra tenir lorsque le cas d'ouverture de succession écherra après la mort de l'électeur palatin. D'un autre côté, il n'y a pas de temps à perdre. Je suis obligé de vous en avertir, si vous avez dessein de faire quelque chose avec le roi de Prusse ; je ne peus le déterminer par de simples discours qui sont promptement détruits par des avantages que le parti qui nous est contraire lui fait envisager. MM. de Seckendorf et le comte de Grumbkow redoublent d'attentions pour plaire à ce prince et le mener à leur but. Ils lui donnent à dîner une

I lSKk<

■ IVasIeihiaae*. Rico n'y est épxrpié Ipnfilc amc etBp>«asement d'avoir carie caacs qB*îI croit utiles & faJK e 4e rca^emr. n fit, îl y a trois joars. présenl . le Pram tf"** chml I&r. EnSn. rien n'est épargné, ^^MMflcrqBilrvaitîdesaBrlp^qtié'ls le ministre impêrisl bie* de la J B fiii orilê sur moi. l'an d'aroir k ses gages le ■le ée GwmnVkew, qei a la canBaiice du roi. ainsi qDec«Di il pris de oe prince, qni l'avertissent tabaeie on à taJ)le, sar quoi

aagnsdcoùt di rnî de Prusse loi-mt sonne ; letrotnèmed prussienne; le qnalrtêm<.

avoir par eonséqnenl sa b.

nien articles sont dens forts i

lire, d'avoir été choisi par le n employé près de sa per- Bètne religion que Sa MajesU menl d'être allemand et de e malemelle. Ces deox derfjagéschei le roi de Prusse.

Il serait da reste peal-ètr dangereos de dilTérer plus longtemps i s'expliquer avec <• prince ; pressé comme il va l'être par H. de Seckendorf, .i poarrail Taire mettre ces 10,000 hommes en mouvement, et cette démarche une fois Taite, par une résolution prise défjDilivement, peut-être ne pourrait-on plus en suspendre l'exécution.

,r>K ENTFti: l,A CIIETARIHE ET LE H0[ HE

; KT LES AtKAInKS HÉSEB.ALES. ms-

K SLJHT ENTHE LA C11ÉTAHD[E ET LES ;HK.\i;E 'I. — IDEt; SLVGfLIÈRK DL' l'RINCE

' li;tlro du :> de co mois, je ["rtissc y vint et je lui rap-

pelai qu'il avait trouvé bon que Je le fisse souvenir que j'avais des choses nouvelles ^ lui communiquer. Ce prince me reçut assez froidement, et ne me dit autre chose, sinon qu'il me ferait avertir après midi. Il vint à passer dans sa voiture, comme je sortais d'une maison, et par une inconstance qui lui est naturelle jusque dans les plus petites bagatelles, il s'arrêta, me lit un accueil gracieux, s'entretint un moment avec moi, et m'invita à. me trouver le lendemain dans soq appartement.

Je fis d'abord conuullre au roi de Prusse quels étaient les sentiments du roi, le passage accordé k l'artillerie russienne', ensuite la nécessité qu'il y avait à constater mutuellement la situation, et de s'en donner des assurances réciproques par écrit : celte particularité est nécessaire si l'on veut s'assurer de quelque chose à la cour de Berlin; enfin ce que Sa Majesté pourrait penser si Elle voyait le roi de Prusse rejoindre le prince Eugène et le prince royal faire la campagne contre nous Cela n'eut aucun effet et je ne vis

jamais le roi de Prusse si peu raisonnable; je n'eus pas ouvert la bouche sur ce passage de l'artillerie que ce prince, s'abandouuanl à sa vivacité, me dit que la conduite qu'il avait tenue sur les affaires de Pologne aurait été payée par millions du temps de son père ; que l'empereur et la czarine qui ne lui avaient point manqué jusqu'ici lui faisaient encore journellement des offres Irùs favorables; que nous ne lui avions rien offert; et que nous ne pourrions lui rien offrir, attendu nos engagements avec la maison palatine; qu'il ne demandait cependant rien, et que. puisque l'on n'était pas content, il ferait marcher cinquante mille hommes sur le Rhin : « Vous les avez. Sire, lui répondis-je; ainsi vous pouvez les faire marcher; ce sera à la vérité vous déclarer notre ennemi, nous serons le vAtre et je ne pense pas que cela convienne à vos intérêts »; ce propos joint au contraste que

i . Passage par les te

3*1 de Priissi) pour aller asaifger Dacliiek .

avait donc qu'à faire la guerre, que c'était même le servir dans son goût puisqu*il n'aimait que cela au monde et qu'il n'avait pas d'autre passion. Il me quitta sur cela pour aller à la parade, sur quoi je lui marquai que j'étais très fâché de le voir si peu disposé à entendre le véritable sens de mes paroles, et aussi prévenu contre mes représentations; que comme elles renfermaient néanmoins des objets importants, je le priai d'ordonner à ses ministres d'entrer en conférence avec moi.

Je reçus peu d'heures après un billet de M. Borck, qui m'invitait pour le lendemain à conférer avec lui et ses collègues. Je sus qu'au sortir de la parade le roi de Prusse avait fait appeler MM. de Borck et de Grumbkow. J'allai voir celui-ci l'après-dînée. Il me prévint d'abord en me demandant ce que j'avais donc dit à son maître qu'il avait trouvé dans une agitation singulière. Je lui demandai à mon tour ce qu'avait en tête Sa Majesté prussienne pour répondre comme elle avait fait; et pour le mettre en état de juger de la chose, je lui fis une récapitulation succincte de ce qui s'était passé, lui faisant sentir en même temps que c'était le cas où il pouvait me prouver si sa bonne volonté était aussi réelle que je souhaitais m'en persuader. M. de Grumbkow ne balança pas à convenir qu'il y avait de l'humeur de la part du roi de Prusse, que je ne devais l'attribuer qu'à sa mauvaise santé, ce qui pouvait évidemment être fondé, car ce prince avait eu la veille à la tabagie une espèce d'attaque d'apoplexie qui alarma beaucoup, et qui se borna néanmoins à devenir tout d'un coup violet sans pouvoir respirer, ce qui dura un assez gros moment.

11 ne fut question le lendemain, à la conférence, que d'éclaircir ce qui s'était dit à mon audience et j'y traitai dans le même ordre les matières qui en avaient été le sujet; ces messieurs se gardèrent d'insister sur le passage de l'artillerie russienne; ils voulurent, quant à ce qui concernait le prince royal, donner un tour à la chose qui ne devait la rendre

susceptible d'aucun inconvéoient, qu'il ne marchait pas même comme voloolaire, et qu'on ne veut le regarder que comme simple voyageur que la curiosité attire. M. Borck qui serul charmé que sur cela les impériaux eussent contentemeot m'assura, avec un air de satisfaction, que j'avais tort h cel égard; je lui fis connaître qu'il se trompait, et me renfermant dans mes ordres, j'alléguai les choses propres à détruire la façon de penser de ces Messieurs, s'ils étaient moins prévenus. Ce fut sur ce qui tendait à constater la situation des deux cours qu'ils s'étendirent davantage, et ils employL'renl tous les moyens capables d'éloigner d'en venir là, sans loutefoisi réussir h me persuader ; ils se mirent même à découvert sur; leur système à vouloir toujours consulter les circonstances en me disant que leur maître se prêterait diriîcilement à ma proposition, la chose du monde qu'il souhaitait le plus étant de' conserver les mains libres, dans la vue de ne laisser aucuoe ambiguïté. M. deThulemeier prit une note de ce dont Je venais de lui faire part, et les ministres prussiens, sur la demande que Je leur en fis, me dirent que je serais bienlât instruit des intentions du roi de Prusse.

Soupant avant-hier chei M. de Grumhltow, Je lui demani si M. Podcwils l'avait informé de la conférence que j'availi^ eue, que je le désirerais puisqu'il pourrait s'apercevoir deplus en plus par là, combien Sa Majesté prussienne était peui disposée à entendre le français le Jour de mon audience. M. de Grumbkow me répondit que M. de Podewils ne lui' avait laissé rien ignorer, mais sans attendre ce que son, gendre lui avait rapporté, il avait rendu compte de la con' versalion que nous avions eue ensemble au roi de Prusse, qas.'J ce prince avait été surpris d'avoir pu prendre si fort & gauche] et qu'il avait été très fâché de la vivacité à laquelle U s'étai) laissé emporter.

Une personne de mes amis et assez avant dans les boDn< grâces du prince royal, m'a lait une ouverture sur laquelle vous pourriez peut-être avoir quelque chose à m'ordooner,

APPENDICE 3ÏS

que le prince royal, ennuyé de la contrainte où il vivait, ambitionnait beaucoup d'aller sur le Rhin, plutôt pour se dissiper que pour tout autre motif; que si c'était un inconvénient que ce prince rejoignit l'armée impériale, selon que le bruit s'en était répandu que J'en avais parlé au roi de Prusse, il serait peut-être possible que cet obstacle cessât, le prince royal, pour mieux soutenir le rdle de voyageur, allant également passer quelque temps dans l'armée du roi, ainsi que dans celle de l'empereur, que ce serait même une chose qui ferait un plaisir extrême à Son Altesse royale, au ca^ que cela fût pratiquable. Pour m'exempter d'entrer dans le détail, je répondis à cette personne que je ne pouvais lui rien marquer sur l'idée qu'elle me communiquait, que les princes trouvant toujours en France qu'un chacun s'empresse k leur marquer les égards dus à leur rang, l'héritier présomptif d'une couronne ne pouvait venir dans notre pays sans qu'on eût pris des arrangements pour le recevoir d'une façon convenable...

CONVERSATION POLITIQUE DE L\ CHETAHDTB AVEC LE PRINCE BÛY*L PENDANT lA GRANDE MALADIE DU ROI ET AVEU GftUHBEOW '.

(Dépècbe de Is Chélardie du 19 novembre 1734, t. 9g).

Je n'ai point encore pu vous rendre compte des différentes conversations que j'ai eues avec le prince royal, tant h Potsdam qu'à un diner qu'il lit, il y a trois jours, chez le général Kleist et auquel il voulut que Je fusse invité. Ce prince ayant exigé de moi d'user de la plus grande précaution en vous instruisant des détails qu'il m'avait communiqués, d'autant qu'il savait, de science certaine, que la cour de Vienne avait

Page 1