‹ Le Grand Frédéric avant l'avènementChapitre 54 sur 64 · chapitre quatrième, pp. 330 et · texte numérisé non relu

chapitre quatrième, pp. 330 et

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en France des émissaires affidiis, et m'ajant témoigné que de le compromettre serait même ajçîr contre le service du roi, je n'ai pas cru pouvoir mieux remplir cet objet qu'en renvoyant à M, de Fénelon ' le domestique qu'il m'avait dépéché i par votre ordre ; pour éviter de plus en plus que cet envoyé ' soit remarqué, je lui fais faire le détour d'ici & Hambourg, et je le fais aller jusque-là dans les voitures publiques alin qu'il n'ait point l'air de courrier en cette occasion,

Le prince royal, crainte d'affectation, ne m'ayani jamais parlé que peu à la fois, mais & plusieurs reprises, je tàchciai de rassembler tous les discours qu'il m'a tenus d'une manière 6 y donner la suite qu'ils auraient eue, si ces conversations n'avaient pas été interrompues et s'il n'avait pointélë obligé de dissimuler, k Je mourais d'envie,me dil-il, i de vous entretenir k part, par devoir et par inclination ; je i souhaite que mon père vive, cependant comptez sur ce que je vous avance ; cela pourra aller jusqu'il la fin de décembre ou la moitié de janvier, mais cela n'ira pas plus loin : si donc vous avez quelque chose ft traiter, de grûce, tenez tout en suspens, en marquant néanmoins empressement d'entrer en J matière, et faites en sorte que les alTaires et notre bon roi ( Stanislas restent dans la même situation ; en faisant autre- j ment, vous vous embarqueriez dans une chose que vous ne \ pourriez terminer avec le roi, et ce que vous auriez fait pour- j rail peut-être occasionner de mauvaises interprétations. Le j temps perdu sera facilement réparé, eties mois de février et S de mars suffiront pour nous entendre, pourvu que vous vou- I liez ne point épargner alors les courriers; il se pourra même que dans ces commencements il vous revienne que je songe ft vous éloigner 4 cause de la guerre avec l'empire : ne vous en alarmez pas ; si cela arrive, ce sera ce signe : je pourrais vous rappeler, en un instant, ce que je vous dis & la revue I passée au sujet de Danlzick ; vous avez un reproche ft voua J

L'ambassadeur <le Kra

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faire sur cela, et ce motif étant celui de la guerre, vous ne deviez pas abandonner un objet qui vous est aussi cher que le beau-père du roi; j'aurais tout fait en votre place pour soutenir une chose aussi juste, tors même que j'aunds cru y succomber, et je n'aurais point balancé à prendre des arrangements assez prématurés quand ils auraient pu devenir inutiles, pour n'être point dans le cas de me reposer sur les autres, comme il y a grande apparence que vous avez fait. Il ne s'agit plus de cela ; la Providence a permis que le roi Stanislas échappât à ses ennemis et c'est le principal; par rapport à l'avenir, je vous avouerai confldemment que mon plan est tout fait à l'avance, et que je ne m'en écarterai point, s'il est possible. Si J'aime quelque chose au monde, c'est la nation française ; il ne dépendra donc que de vous que je puisse donner un libre coucs à mon affection et j^i ma tendresse, el pourvu que le pays y trouve son avantage, vous me mènerez aussi loin que vous voudrez. N'y a-t-il pas eu des Gustave-Adolphe et des Charles XII et est-il impossible que vous retrouviez des personnes qui pensent comme eux? Nous avons un dépîkt dans le pays en la personne du roi Stanislas, non que je fusse capable de l'indignité de violer tout ce qu'un asile a de sacré, je ne voudrais pas le faire pour le plus grand malheureux qui se serait retiré chez moi, mais il est juste que le pays profile de cette circonstance; Dieu ne m'a point destiné à en être le mailre que pour en ûtre proprement l'administrateur. Il faut donc que je fasse le bien des peuples que je dois gouverner; je me flatte que lorsque vous ferez purt à votro Cour de mes sentimenls, elle ne trouvera rien à redire au principe qui me détermine. Engagez donc votre ministère à former un plan sans alleodre à la dernière extrémité, afin que, du premier moment, nous puissions nous concerter el nous arranger ; moins à vous qu'à un autre, il n'est pas nécessaire que j'en dise davantage pour que vous me compreniez bien; le terme que j'envisage étant une fois arrivé, je m'expliquerai encore plus clairement et nous causerons

ensemble aussi souveol et toul autant que vous le désirerez; je serai même charmé de vous voir aussi rréquemment et aussi souvent que Je t'aurais fait jusqu'ici si je n't^tais dans uue contraiule continuelle qui me force à me séquestrer des personnes avec lesquelles j'aimerais le mieux à vivre. »

Les réponses que J'ai faites au prince royal sur les points principaux ont consisté & lui marquer : 1° toucbaol l'affaire de Dantzick, que loin de perdre de vue les intérêts et la situation du roi de Pologne, Sa Majesté avait déjà donné ses ordres pour l'embarquement de huit nouveaux bataillons dont mon régiment faisait partie, que si ces mesures n'avaient pas produit l'effet qu'on en devait attendre, il ne fallait l'attribuer qu'à la trahison de quelques-uns des Danlzickois... 2» par rapportàl'idéedes Gustave-Adolphe et des Charles XII, qu'il me réitéra cinq ou six fois, que je ressentais la Joie la plus sincère de le voir penser d'une façon si conforme i uo grand prince tel que lui, et que je serais charmé de voir revivre en sa personne les héros qu'il se proposait [tour modèles; 3° quant au séjour du roi de Pologne en Prusse, que la France, s'élant toujours distinguée par sa roconnaîïn' sance pour les bons services qu'on lui rendait, il ne devi pas douter que le roi ne se prét&t volontiers à lui procui autant que cela serait en son pouvoir tous les avantages qu'il pouvait se promettre d'une telle circonstance ; 4' relativement aux sentiments qu'il m'avait témoignés, que Je pouvais l'assurer d'avance et avec certitude d'un parfait retour de la part de Sa Majesté, qu'il reconnaîtrait un jour qu'elle n'exigerait jamais que ce qui pourrait rendre les intérêts des deux cours entièrement inséparables.

Le dernier jour que je fus A Potsdam le général Grumbki me lit part de deux particularités intéressantes, l'une que prince royal l'avait fort sollicité de ne point presser le roi Prusse sur l'exécution de ce dont je pouvais être chargé sujet du séjour du roi de Pologne à kimigsberg, et qu'il vojFait par là que ce jeune prince était bien aise de se réserver

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l'aTantage de mellre la dernière main fL celte aiTaire; l'autre que la cnur d'Angleterre complaît avoir sur celle de Berlin une influence entière, dès que le roi aurait les yeux Termes : V Si cela arrivait, ajoula-l-il, je ne serais point en peine que monatTaire ne fût bientôt toisée. Je connais les sentiments du roi de ta Grande-Bretagne en ma Taveur et je les mérite bien un peu. Je pense qu'il serait à portée de me rendre ce mauvais office, s'il avait autant de crédit ici que la reine de Prusse le souhaiterait, mais tous tant qu'ils sont de celte clique, ils se trompent grossièrement, s'ils s'imaginent que le prince royal n'a pas déjàsonplantojtrait etque Sa Majesté Britannique aura de l'ascendant sur son esprit. Je réponds du contraire, et tant par mon propre intérêt que par reconnaissance, je ne m'endormirai point pour que les choses restent sur le bon pied ". Je témoignai à M. de Grumbkow combienje me réjouissais de l'ouverture que lui avait faite le prince royal au sujet de l'asile du roi de Pologne, d'autant que celte marque de confiance ne pouvait par rapport à lui que me faim augurer favorablement pour l'avenir; sans lui faire connaître que le prince royal m'avait parlé de même, je lui dis que la façon de penser de Son Altesse royale en cette rencontre me paraissait naturelle, en ce qu'un jeune prince qui se voit sur te point de monter sur le trûne ne pouvait être blcLmé d'avoir l'ambition de s'attirer la gloire d'unévénenienl dont il ne semblait pas que le roi, son père, put profiter. Quant à ce qui concernait l'Angleterre, je crus devoir à cet égard animer le général Grumbkow, à quoi il me parut que je réussis assez en lui disant que par les exprès avis que j'avais, il paraissait que le roi de la Grande-Bretagne se flattait de gouverner en Prusse sous un nouveau règne, tout ainsi qu'il pourrait faire à Hanovre

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est. — N'oubliez donc pas, je vous prie, d'en écrire, me répondît-il, et ce que vous m'en direz me soulagera beaucoup, je vous jure. » A peine ce prince m'eut-il quitté que le prince royal m'aborda; il me fit des questions semblables, et mes réponses étant les mêmes, elles me parurent le satisfaire. Il finit par me dire néanmoins qu'autant je le connaissais bon Trançais, autant il le serait peu le reste de sa vie, si nous étions capables d'abandonner le roi de Pologne, et de consentir à des conditions aussi ignominieuses que celles qu'on avait l'audace de nous faire. Je lui marquai qu'une puissance comme la France ne pouvait jamais se manquer à elle-même et qu'il trouverait toujours dans ce qu'elle ferait de quoi l'affermir dans les sentiments qu'il voulait bien conserver pour elle

CONVERSATION DE LA CHËTAHDtB AVEC LE PRINCE ROTAI, AU NO- UENT OU CELUI-CI ESPÈRE FAIRE DNB SECONDE FOIS CAHFAGHE SVH LE itlUN '.

(Dépêche de 1& OiAtariJie ilu 2S juiu I73!>, t. 97).

Les exercices qui se sont faits durant la semaine dernière m'ont aussi procuré l'occasion de converser avec le prince royal, soit sur l'état présent et l'humeur du roi son père, soit sur les objets que l'avenir permet d'envisager; il m"a parlé

d'une manière très ouverte et même j'ose dire confidente

Comme je savais que Sa Majesté prussienne devait dtner aujourd'buï chez lui, et qu'il avait dessein de saisir ce moment pour tâcher d'obtenir la permission d'aller sur le Rhin, j'ai voulu faire usage de celte circonstance pour lui faire connaître la part que je prenais à ce qu'il désirait, et dans la vue de me rendre agréable au prince royal, afin d'être en état de cultiver les bonnes dispositions qu'il m'a fait paraître invariablement,

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