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cet efiFet qu'il vouliït préparer les esprits de façon que tout se passât décemment lors de mon audience. Quelque délicate que fût cette commission, vu la pétulence à laquelle le roi de Prusse s'abandonnait en cet instant, ce ministre s'en chargea avec son zèle ordinaire; il s'acquitta le même soir et avant la tabagie de ce que je lui avais recommandé; de retour chez lui, il écrivit à une heure après minuit le billet dont voici la teneur :
Ce 8 décembre. J*ai eu une audience de près d'une heure et demie et j'ai fait ce que vous désiriez de moi, et j'ai préparé tout pour que Ton ne soit pas surpris. Les larmes sont sorties à gros bouillons, quand j'ai fait comprendre que le beau-père de Sa Majesté abdiquerait. On s'est écrié : « A qui donc se fier, si Ton en use ainsi envers ce qui vous regarde de plus près ! » Enfin je puis dire que cela m'a vivement touché, et j'ai vu une véritable inclination pour le roi Stanislas et une haine contre les Saxons. En attendant vous gagnez que Ton soit préparé Je vous avoue que j'ai eu de la peine à défendre notre cause. Je souhaite que vous réussissiez mieux à votre audience. L'argument dont à la mienne j'ai osé me servir pour faire impression, quoique sans fondement, a été de dire au roi qu'il ne devait s'en prendre qu'à lui si les affaires ne tournaient pas davantage à sa satisfaction ; que la cour de Vienne l'avait sacrifié en faisant voir à la France les promesses qu'il avait tant de fois réitérées de marcher avec toutes ses troupes au secours de l'empereur; que c'était là le fruit de son zèle pour la cour impériale et qu'il ne serait pas impossible que la cour de France, sans une pareille découverte, n'eût pris des mesures très différentes. Mon discours a produit l'effet que je souhaitais. Mon maitre^a pleuré de dépit et de colère, et le contre-coup de son ressentiment conti'e les impériaux ne peut que vous être avantageux. N'oubliez rien, je vous prie, de tout ce que nous avons arrangé; que votre cour, en agissant mieux que celle de Vienne, soit la première à s'ouvrir avec mon maître; cela ne saurait avoir que de
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VOUS sacrifiez néanmoins ce qui doit vous tenir le plus à cœur. » Je lui répondis que, loin d*abandonner le roi de Pologne, nous avions rempli tout ce que sa dignité exigeait, ainsi que la gloire de Sa Majesté. Je lui détaillai à ce sujet la manière dont nous avions considéré les deux qualités que réunit en sa personne le roi de Pologne, de proche parent et ami de Sa Majesté et de roi légitime d'une nation libre. Je lui fis voir par la façon dont on avait procédé en conséquence que nous avions satisfait en entier à ces deux objets, et que la royauté exercée en Pologne par Télecteur de Saxe ne serait jamais regardée que comme une chose précaire. Pour lui faire connaître en même temps d'une manière qui ne pût lui déplaire combien il avait à se reprocher son irrésolution, je rappelai la conduite et l'inactivité de la Suède; je m'étendis sur cet article autant que la décence le permettait, et k Tombre de ce prétexte, je conclus qu'il n'était pas praticable d'exiger que la France fît des choses qu'une puissance voisine et intéressée plus que personne aux libertés de la Pologne, n'avait su mettre à exécution; que le roi eût cependant continué à employer bien volontiers la force des armes, si cela avait porté quelque influence sur le sort de la Pologne ; que l'exemple du passé prouvant le contraire, cela n'eût donc servi qu'à perpétuer les malheurs de la Pologne, prolonger la guerre, occasionner une plus grande effusion du sang chrétien, faire périr de part et d'autre un nombre de braves gens et que de tels moyens ne peuvent être conformes aux principes de modération et de justice qui avaient toujours dirigé Sa Majesté. Ce raisonnement le satisfit; du moins les apparences eurent-elles de quoi me faire penser de la sorte, et il n'insista pas davantage.
La restitution des biens du roi et de la reine de Pologne fit un plaisir sensible au roi de Prusse, et il me le témoigna encore plus, lorsque je lui eus rendu compte des motifs pour lesquels on avait inséré cette clause.
Il fut également content d'être rassuré su le prétendu
pouvait être fort éloigné ; qu'il devait toutefois être assuré que tant de la part de ma cour que de celle de Sa Majesté polonaise, il en serait prévenu à Tavance.
Dans une conversation que j'eus précédemment avec le comte de Grumbkow, nous avisâmes aux moyens de contenir le déchaînement du roi de Prusse, et nous fixâmes le langage qu'il serait bon à tenir pour cela lors de l'audience : le général Grumbkow, en convenant de la nécessité qu'il y avait de saisir cet instant, n'y mit d'autre restriction sinon que cela serait superflu, à moins que je ne fusse assuré des intentions du roi à faire plaisir au roi de Prusse ; ne fût-ce que pour en persuader ce ministre, je crus cette démarche inévitable. Après avoir donc informé le roi de Prusse de tout ce dont vous m'aviez chargé : « Votre Majesté, lui dis-je, me permet-elle de lui parler non comme ministre mais en qualité de son respectueux serviteur, et comme étant depuis assez longtemps à Berlin pour connaître les suites de certaines choses. Je sais, Sire, que depuis les bruits des préliminaires, vous nous avez fort blâmés ; je n'en ai rien marqué à ma cour par respect pour la personne de Votre Majesté ; le mal est qu'on Ta écrit en Hollande, en Danemark, en Suède, et cela m'est revenu de ces différents endroits. Qu'en pourrait-il arriver? Les ennemis de Votre Majesté et les nôtres chercheront à en faire usage pour aigrir les esprits et pour diminuer la volonté réelle que le roi a dû seconder en tout ce qui sera possible les intérêts de Votre Majesté. Qu'Elle veuille donc bien ne leur pas fournir des armes et empêcher l'effet de leur malice ». Le roi de Prusse me témoigna être fort touché de ce que je lui disais et de ce que j'avais fait, qu'il était vrai que sa vivacité l'avait emporté tant qu'il n'avait point été instruit, mais qu'aujourd'hui qu'il l'était, j'aurais lieu d'être content. A la suite de cette assurance, et avant de passer dans la chambre où tout le monde attendait, le roi de Prusse m'ordonna de rester à dîner avec lui.
Pendant le repas, il était extrêmement gai, et, s'entretenant
chère, U me demanda s'il D*y avait pas nioyen
i truffes de France et des fromages de Sa^senage,
ort et de Brie : je lui dis que l'éloigneoient en ren-
ose difficile, d'autant plus que les postes des lellreK
.gne ne se chargeaient d'aucun ballot, ne la ren-
:ept:ndant pas impossible, et que je chercherais t pro-
iiter ae la première expédition d'un courrier pour avoir ce
qu'il désirait; il me remercia de façon à me faire croire que
cela lui ferait grand plaisir. Vous jugerez s'il convien-
se en cette i ine aLleution, en attendant > le dessein de faire au roi bkow pense qu'il est néce»- 1 traitant pareille matière
drait que le roi fît serait peu t-6 Ire marque le présent que Sa Maje i de Prusse et sur lequel M. de u saire d'attendre encore un peu.
avec ce ministre, j'aurais craini avoir mauvaise grâce à ne lui point renouveler l'assurance la reconnaissance du roi. J'ai d'ailleurs trop lieu de me louer de ses procédés pour mle pas ménager et il m'en a donné une preuve par la joie qu'il a eue que tout se soiL passé sagement de la part de son maître. La retenue de M. de Grumbkow fut de même; il ne voulut pas s'expliquer, mais il me dit qu'en réglant cnsomliln Ii^quel sorait le plus convenable ou de la tapisserie (lu di' \\-i»'-r l'iirii-liif iîi> diamiirtls, il me ferait connaître en qii{>L l'I Mir ([Uni il sniiliaitcrail s'iHre rendu susceptible des HCitccs ,lr. Sa Maj<..l.-.
Le nu'>[no jour di^ iiinii audience, ju nie rendis chez. M. de lluri'k pour If ri'TiicrciiT île lu'iivoir fuit savoir les intentions du roi, si>n niailre ; ce mrna^îi'nu'nl extérieur était concerté avec k' gi'MiTuI lirunilikiiw i.'n vue de inollre cclui-lù de plus en plus dans son lor). M. dp Itorck mit sur le tapis l'affaire de Bergb cl de Julirrs. ,1e lui rép'indî.s de manière aie contenter dans ini sens, sans cependant lui en Iropdire; ses sentiments el l'indéci'iice de ses propos sur li's préliminaires no me permetlnient pas d'i'spércr dp le voir agir ainsi qu'il fit, et m'assurer i]uc son niailrc serait tout à noire disposition, si
nous voulions bien mettre fin à ses différends avec la cour palatine.
La réception que m'avait faite le roi de Prusse ne pouvant que me déterminer à paraître dans les occasions publiques où se trouve ce prince, j allai le lundi à la parade; ma surprise ne fut pas médiocre en voyant sa Majesté prussienne m'aborder aussitôt et me reprocher de sortir de chez moi par un si mauvais temps. Je répliquai que rien ne pouvait me retenir dès qu'il s'agissait de lui faire ma cour. « Je suis bien persuadé de votre attachement, me répondit-il; aussi me fais-je un vrai plaisir à présent de vous voir souvent avec moi; vous serez le maître de venir à Potsdam et à la chasse quand bon vous semblera, et ce que je vous dis est d'autant plus sincère que j'ai toujours eu pour votre personne beaucoup d'estime. » Je ne pouvais que l'entretenir de l'empressement que j'aurais toute ma vie de le convaincre de mon profond respect. Je m'en acquittai du mieux que je pus. Le roi de Prusse ne s'est point contenté de cela, il m'a fait réitérer la même chose par M. de Grumbkow; ce ministre m'a communiqué à ce sujet une réflexion à laquelle je n'ai pu qu'applaudir, tant je l'ai trouvée fondée. « Mon maître, m'at-il dit, est toujours extrême dans ce qu'il fait, et il ne sait pas toujours ce qu'il aurait à faire de mieux ; avant tout ceci, il aurait dû s'entendre avec la France et prendre des mesures vigoureuses. Il s'est éloigné de vous. Présentement qu'il pourrait n'être pas satisfait sur la forme qu'ont prise les affaires de Pologne relativement à lui, il se rapproche de vous et je ne réponds pas que cela n'aille si loin que vous n'en soyez à la fin fatigué. Prenez-le pour tel qu'il est et tâchez pourtant s'il est possible de faire quelque chose en sa faveur, ne fût-ce que par rapport à vous. »
Ces différentes circonstances me font assez prévoir ce qui va arriver et le but qu'on se propose. En tant que ministre du roi, on me témoignera tous les égards imaginables dans l'espérance et en vue de se rendre Sa Majesté propice : on
il débuta par me demander des nouvelles du poème de la Pucelle. Je lui fis connaître à ce sujet l'empressement qu'on aurait de le satisfaire, dès qu'il aurait été possible d'avoir cet ouvrage. « Je suis extrêmement touché, me dit-il, de cette attention obligeante de votre cour... Je souhaiterais fort d'ailleurs ne point attendre que l'ouvrage fût fini; ce serait quelques lambeaux ou quelques fragments que je désirerais avoir en cet instant, et si vous vouliez prendre la peine de mander directement à Voltaire que c'est pour moi et que je n'en ferais aucun usage, je suis persuadé qu'il déférerait à ma curiosité. » Je répondis au prince royal que je ne négligerais rien de ce qui serait praticable, autant que cela pouvait se concilier avec l'envie que ma cour avait... de le prévenir en cette rencontre, ainsi que dans toutes les occasions qui s'en présenteront. Comme il y a tout lieu de croire qu'il reviendra encore à la charge, vous voudrez bien me prescrire la façon dont je dois en user.
Le comte de Grumbkow s'étant, sur ces entrefaites, approché de Son Altesse Royale, je rompis la glace au sujet de cette tristesse qu'on avait remarquée en Elle depuis quelque temps. Nous pressâmes de manière ce jeune prince qu'après m'avoir témoigné le gré infini qu'il me savait de la part que je prenais à sa situation, il nous avoua que cela avait été occasionné par des discours désobligeants que le roi, son père, avait tenus sur son compte. M. de Grumbkow et moi avons en effet découvert qu'il y avait eu quelque altercation; mais heureusement les choses se sont raccommodées avant le départ du roi de Prusse, qui partit avant-hier pour Potsdam
(Dépêche du 10 mars 1736, t. 101).
Je ne puis trop louer la façon de penser soutenue du prince royal; tous ces jours-ci, il m'a fait la grâce de s'entretenir
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souvent témoin de Tinstabilité d'humeur du roi de Prusse que je me serais fait une peine en bien des rencontres de vous informer des différentes impressions qu'elle fait sur lui, si je n'avais regardé comme un devoir indispensable de vous en instruire. J'aurais volontiers pensé de même sur les démonstrations de ressentiment de ce prince ; et effectivement pour les avoir éprouvées plus qu'un autre peut-être, j'ai pu mieux connaître combien peu elles sont à craindre.
Ce n'est pas que l'on ne dût revenir de cette opinion si Ton s'en rapportait trop légèrement à ce qui m'est revenu de l'effet qu'a produit sur l'esprit du roi de Prusse et de ses ministres la démarche des ministres des quatre puissances, et même à ce que m'ont dit sur cela MM. Thulemeier et Grumbkow; selon eux et de la manière que pense leur maître, cette démarche, par la partialité qui en est inséparable, ne doit être d'aucun poids ; c'est le cas où ce prince doit risquer des provinces pour désabuser le public de l'idée désavantageuse que l'on a de la fermeté du roi de Prusse. Les moyens pour y réussir sont pour lui d'autant plus faciles que l'ordre qui règne dans ses troupes et dans ses affaires ainsi que l'autorité absolue qu'il a dans ses États le mettent en état de tout émouvoir d'un seul mot, tandis que les opérations deviendraient nécessairement lentes de la part des quatre puissances, vu l'éloignement qui les sépare et la nécessité d'expédier des courriers avant de pouvoir s'entendre et se concerter sur ce qu'il y aurait à faire. On se repaît ici de ces chimères en s'autorisant même par de prétendus exemples. Pourquoi, allôguet-on, le vicomte de Turenne battait-il toujours avec trente mille hommes un ennemi qui en avait plus de quatre-vingt mille? C'est que, d'un côté, tout se faisant parla volonté d'un seul, on savait saisir à propos les circonstances, et que, de l'autre, il fallait obéir à un si grand nombre de princes différents que le temps nécessaire pour s'assurer de leur dernière résolution faisait perdre celui qui était le plus précieux. On infère de là qu'on peut agir avec succès à moins que la
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l'empereur sortaient de chez M. le maréchal de Borck lorsque j'y arrivai.
Je m'aperçus d'abord que le vin avait fait sur lui son effet. Les propos qu'il me tint et la façon si remplie d'amitié dont il me parla, achevèrent de m'en persuader. Il me témoigna, en commençant, être très fâché de m'avoir donné la peine de passer chez lui. Je lui répondis que c'était plutôt à moi à le remercier du soin qu'il avait pris de me faire savoir les intentions du roi, son maître. « C'est aussi, reprit-il, pour vous communiquer sa réponse, que nous vous avons prié de venir ici. Souhaitez-vous, ajouta-t-il, que je vous en fasse lecture. » Je lui marquai que je lui en serais fort obligé ; après Tavoir lue, il me la remit
Cela fait, « le roi, mon maître, me dit-il, a été peiné de la possession qu'on établit en faveur du prince de Salzbach^ Croyez-moi, il n'est point de l'intérêt du roi très chrétien, d'opprimer nos droits ni ceux d'aucun autre. — Aussi, Monsieur, lui répondis-je, pouvez-vous être fortement assuré que Sa Majesté se conduira toujours sur des principes d'équité et de justice. — Hé bien donc, reprit-il, que la France qui a formé le concert et qui est la grosse cloche dans cette affaire, veuille nous donner des marques de son amitié. — Pour connaître, lui répliquai-je, si le premier point est fondé, il faudrait savoir ce qui a précédé le concert, et je n'en suis point instruit; mais, à présent qu'il est établi, il me parait bien difficile que l'un puisse faire plus que l'autre. — Enfin, me dit-il, nous voulons espérer que le roi n'a point oublié tout ce que notre maitre a fait pour lui. » Cet objet, je l'avoue, me parut présenté d'une façon bien générale, et pour y donner les justes bornes qu'il devait avoir, je répondis à M. le maréchal de Borck que Sa Majesté conservait un tendre souvenir des attentions que le roi de Prusse lui avait marquées en la personne du roi Stanislas de Pologne. « Daignez donc, ajouta-