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Le roi de Prusse, vers la fin du bal, s'entretint une seconde fois avec moi. Il me rappela les représentations que je lui avais faites avant la guerre pour le dissuader d*envoyer des secours à Tempereur; que je lui prédisais alors qu*il en serait mal payé, qu'il le pensait peut-être de même et que Tévénement, pour avoir justifié ma prédiction, n'empêchait pas qu'il ne fût très content d'avoir rempli de sa part tout ce à quoi il était engagé, parce que l'honneur lui avait été et lui serait toujours de préférence en recommandation. Je louai un sentiment si généreux en lui témoignant combien il était beau à. un grand prince d'être inviolable sur sa parole. Ce début de conversation conduisit le roi de Prusse à me dire que ce m'était une preuve de la fidélité avec laquelle il observerait ses promesses quand il en ferait à Sa Majesté, et de môme que lorsqu'il ne lui aurait rien promis, il ne se croi* rait tenu à rien; que je crusse d'ailleurs qu'il connaissait tout le prix du bon allié qu'il avait; que c'était Dieu, et qu'avec un tel secours, il n'imaginait pas qu'il eût quelque chose à craindre, surtout quand il ne demanderait que la justice et que sa conscience ne lui reprocherait rien. Quant aux Ëtats que la Providence lui avait donnés, qu'il en avait trop ou pas assez, que, s'il savait penser beaucoup en certaines rencontres, il en était aussi où il saurait tout sacrifier, et même avec d'autant plus de plaisir qu'il ne lui coûterait rien d'être obligé de vivre n'ayant à manger que deux écus par mois; que, s'il était possible qu'il ne les eût pas, on trouvait de l'eau partout et un peu de pain noir et qu'il s'en contenterait sans peine; qu'une telle façon de penser était d'une grande ressource et prévenait tous les embarras qu'on semble appréhender en ce monde; aussi qu'il se moquait de toute l'Europe ; qu'il n'avait jamais été si satisfait que dans ce moment-ci, et qu'il croyait être enfin parvenu au point qu'il avait toujours ambitionné. Le roi de Prusse, sans me donner le temps de lui répondre, me quitta en prononçant ces dernières paroles;, mais cette fin de conversation fut
pour rien. 11 est bien & désirer qu'il soit tel qiio nous uyons ofEectivemenl lieu d'espérer bien des sentimenls personnels lie ce prince. Mais selon ce qu'on m'a dit, il sera ferme dans celui qu'il a embrassé. Je ne puis m'empécher de regarder comme un problème sa façon de penser sur nos intérêts. Au reste, je n'en puis porter de jugement bien juste, d'autant plus que mes idées ne sont fondées que sur les rapports d'autrui.
J'ai dit à M. de Tliulemeier que j'avais rendu compte à ma cour de la eonvei-sation que j'avais eue avec lui, dans Inquelle il m'avait dit qu'il serait très heureux que quelque chose de plus fort conlnbu&t il resserrer les nœuds de l'amitié qui était entre les deux cours; que cette façon de penser de sa part avait été d'autant plus agréable à la France, qu'elle était absolument dans les mêmes idées, et qu'étant plus instruit qu'un autre des choses qui pouvaient être l'objet de liaisons plus étroites, vous verriei: avec plaisir qu'il vouiai s'ouvrir k moi des moyens qu'il imaginera les plus propres à resserrer les nœuds d'union qu'il savait nous devoir être agréables et dont la maison de Brandebourg s'est toujours trouvée si bien en différents temps. Voici sa réponse : « On sait. Monsieur, à votre cour, combien mes sentiments lui ont toujours été favorables... dans un temps même uîi j'ose dire qu'il y faisait chaud ' ; je ae varie point et je dis comme bon serviteur du roi, mon mailre, que rien n'est plus convenable qu'une alliance entre nos deux cours pour les intérêts du roi, mon maître, et si vous me le permettez, pour votre cour, dans la circonstance présente, oh les Anglais travaillent à gagner l'empereur qu'ils lui font envisager tapies et la Sicile comme son bien usurpé qu'il pourra recouvrer par leur moyen. H est bien faible à la vérité ; mais son nom, dans une alliance, aidé de l'argent d'Angleterre qu'elle saura répandre