‹ Le grand frèreChapitre 11 sur 84 · LA SUCCESSION DU PÈRE DUPONT · texte numérisé non relu

LA SUCCESSION DU PÈRE DUPONT

Comme on le pense, cette mort, survenue si inopinément, moditia bien les plans de 31°"° Aubert. Quand elle eut suffisamment donné cours <î sa douleur, et qu'elle eut assez pleuré son beau-frère, qui n'avait jamais eu autant de qualités que depuis son départ de ce monde, la fermière se préoccupa un peu de ce qui allait arriver.

La situation était bien nette. Dupont laissait deux orphelins. D'après la loi, c'étaient eux qui devaient hériter de leur père. Sans doute, la succession à recueillir ne semblait pas être bien considérable, puisque la chaumière qu'habitait le père Dupont ne lui appartenait pas ; mais il

58 LH C.llAND FRERE

possédait toujours une terre; et. après tout, ce champ était encore d'un revenu apju-éciable, puisqu'il lui rapportait à peu près de (puoi vivre. Cet héritage valait donc la peine qu'on s'en occupât.

Bien entendu, dans tout ceci, tante Gervaise n'agissait, — elle le disait du moins, — que dans l'intérêt de ses neveux. Ce n'était pas qu'elle tînt personnellement au lopin de terre laissé par son beau-frère. Mais enfin, on lui avait bien expliqué, paraît-il, que, par suite de la mort du père Dupont, elle deviendrait vraisemblablement, en sa qualité de plus proche parente, tutrice légale des enfants; et, à ce titre, elle avait à cœur de faire respecter leurs droits.

Un jour donc, comme celte idée de succession lui trottait sans cesse par la tête, elle alla trouver Lamothe, Tinstituteur, qui devait en connaître plus qu'elle sur toutes ces questions d'héritage, et chercha à faire préciser quelles pouvaient être ses espérances.

— Mon Dieu, ma bonne M*"® Aubert, répondit l'instituteur, je ne suis pas un homme de loi, moi ; je ne sais que ce que je vois ou entends dire dans le pays. Mais j'ai eu, comme tout le monde, connaissance de ce qui est arrivé à la mort du pèreMoreau, vous savez, l'ancien charron?... Et, Moreau laissait, comme Dupont, une belle-sœur et deux orphelins...

— Qu'est'il donc arrivé, au juste? demanda la fermière.

— 11 est arrivé que la tante a été nommée tutrice, c'est-à-dire qu'elle avait à prendre la direction des intérêts de ses neveux ; et qu'elle pouvait jouir, jusqu'à leur majorité, des revenus de leurs biens.

— Ah ! bon I fit tante Gervaise, visiblement satisfaite.

— Et puis, on a nommé un subrogé tuteur. . .

— Vous dites?

— Un subrogé tuteur... C'est un drôle de nom ; mais ça se dit ainsi... C'est un monsieur qui, de son côté, doit surveiller les intérêts des enfants...

— Comme si ça n'était pas assez de la tutrice ! répliqua M°* Aubert en secouant la tête...

— Enfin, c'est la loi qui lèvent, fit l'instituteur.

— Eh bien, Lamothe, je désirerais savoir, à j^résenl, si c'est moi qui hériterai... Moi, pour les enfants... puisque je suis maintenant comme qui dirait leur homme cl affaires.

— Oui, M"® Aubert ; c'est vous qui hériterez... de tout... La fermière ne put réprimer un mouvement de satisfaction.

Page 1