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CE QUE PEUT GOUTER UNE CIGARETTE

nous remet cl la rue... Tu es jeune, poursuivit tendrement Louis, tu es bien jeune, mon ami, je ne dois pas t'en vouloir, ni te garder rancune ; car il faut espérer que nous trouverons un emploi autre part ; mais que cela te serve de leçon ! . .

— Oh ! sois tranquille, répondit l'enfant.

A l'heure du coucher, Jean qui, en somme, s'intéressait au sort des deux frères, voulut savoir quel avait été le résultat de leur nouvelle démarche auprès de M. Caffm.

— Eh bien? que vous a-t-il dit? demanda-t-il,

— Que nous n'avions plus qu'à partir, répondit Louis.

— 11 ne veut plus du tout vous garder ?

— Plus du tout, du tout î Et il a dit qu'on ne lui en reparle plus ; ou sinon, il allait nous renvoyer tout de suite.

— Ah! fit le garçon d'auberge, je sais bien que si c'était moi qui avais mis le feu, je ne serais plus ici à l'heure qu'il est ; mais c'est égal, je pensais qu'en voyant Julien travailler si bien depuis l'autre jour, il lui aurait pardonné... Tant pis!., tant pis !.. répéta Jean, d'un air attristé.

Louis dormit peu cette nuit là. 11 ne put s'empêcher de songer à l'avenir ; et cet avenir lui faisait peur.

Le lendemain, qui était un dimanche, profilant delaliberté queM.Caffin lui avait accordée, il sortit avec Julien pour se mettre en quête d'un emploi. Tout désorientés, d'abord, dans celte grande ville de Rouen, les deux frères ne surent de quel côté se diriger et marchèrent droit devant eux. En allant toujours, ils aboutirent àlarue Jeanne d'Arc. Us la descendirent et se trouvèrent sur le quai, près du cours Boieldieu.

Il était environ neuf heures. Les cafés s'ouvraient, tandis que les garçons, une serviette nouée autour du cou, saupoudraient de sable le devant des terrasses.

Bien que la plupart des magasins fussent fermés, la ville, malgré l'heure matinale, présentait une physionomie fort animée. Les voitures passaient pleines de monde. De nombreux promeneurs circulaient. Parmi eux on remarquait des paysans endimanchés, avec des chapeaux de soie, de grands cols empesés et de longues blouses bleues ayant eucore le brillant du neuf. Evidemment, il devait se passer à Rouen quelque chose d'extraordinaire ; car les deux frères Dupont étaient déjà sortis plusieurs fois, le dimanche, et jamais ils n'avaient vu autant de monde dans les rues.

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Après avoir longé la Seine et être remonlés parla rue qui abouti! à la cathédrale, ils se décidèrent à demander ce que signifiait celte animation matinale.

— Eh bien ! répondit un passant, c'est le monde qui arrive pour Y Exposition agricole.

Après cette indication, Louis et Julien ne furent pas plus avancés qu'auparavant, ni l'un ni l'autre ne se doutant de ce que pouvait être une Exposition agricole. Ils renoncèrent ponrlant à questionner davantage le passant auquel ils s'étaient adressés, et, inclinant sur la gauche, sans positivement se rendre compte de la direction qu'ils prenaient, ils s'acheminèrent à petits pas vers la gare.

A mesure qu'ils avançaient, la foule leur paraissait augmenter. Aux abords du chemin de fer, elle devint compacte. Ils assistaient sans doute à l'arrivée d'un train. Les voyayeurs, qui se hâtaient de quitter l'embarcadère, portaient des paniers de provisions, des enfants sur les bras. Les dames avaient des toilettes voyantes, des chapeaux à rubans bleus, à rubans rouges. Les hommes étaient presque tous en redingote noire. Enfin chacun semblait venir à une fête.

Au lieu de se mêler à la foule, les deux frères Dupont se tinrent à l'écart, adossés contre un mur, regardant cette cohue d'un œil indifférent et ne songeant qu'au moyen de se créer au plus tôt de nouvelles ressources. On le voit, tout se tournait contre eux. Ce jour là, les magasins restaient fermés, tout le monde était à la promenade. Personne ne voudrait les écouter. Oii qu'ils eussent l'idée d'aller, ils trouveraient certainement porte close...

Cependant, malgré leur apparente distraction, ils remarquèrent dans cette nuée de personnes plusieurs jeunes garçons qui s'élançaient au-devant des voyageurs et semblaient leur adresser quelques mots. Les uns passaient sans faire attention à eux ; d'autres au contraire les écoutaient et, après un instant d'hésitation, leur donnaient à porterie paquet qu'ils tenaient à la main.

Apercevant, à peu de distance, un de ces jeunes commissionnaires qui, depuis un moment, se livrait sans succès à ce manège, Julien s'avança vers lui et lui demanda :

— Qu'est-ce que c'est donc que tout ce mon de ?

— Eh bien, répondit l'autre avec un air pédant, ce sont les voyageurs qui arrivent par le train de plaisir.

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