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AYEZ-VOUS DES «RETOURS/) A VENDRE

cilait (le la bonne inspiration qu'il avait eue. Il les comblait de joie. .Julien riait tout seul et Louis échangeait avec son camarade des regards qui traduisaient son enchantement.

Dans leur jubilation, les jeunes voyageurs oubliaient d'absorber leur consommation,

— Buvez donc! leur dit Pied-léger.

Certainement, ils boiraient, ils feraient tout ce qu'on voudrait, dans l'état de folle surexcitation où ils se trouvaient. Mais est-ce qu'ils pouvaient penser à autre chose qu'à leur voyage? Cette idée seule les absorbait. Oh! comme ils auraient voulu avoir plus d'assurance et plus d'instruction, pour mieux remercier ce généreux étranger, lui exprimer toute leur reconnaissance, lui dire l'inlluence que ce don, si peu important en apparence, allait avoir sur leur avenir, sur leur vie entière!... Tous leurs sentiments, toutes leurs impressions, ils les résumèrent dans ce seul mot, et s'adressant encore à cet aimable consommateur, ils lui dirent :

— Oh! merci... merci, monsieur!...

Après avoir avalé leur bière, qui leur parut prodigieusement amère et forte, Louis et Julien sortirent du café à la suite de leur ami. Troublés comme ils l'étaient, ils ne s'occupèrent même pas de savoir si la dépense avait été payée.

— Eh bien, mes amis, reprit Pied-léger, dès qu'ils se retrouvèrent dans la rue, vous pouvez dire que vous avez de la chance !

— Ça sera mon billet, à moi, déclara Julien; toi, tu n'auras qu'à en acheter un avec notre argent, n'est-ce pas, Louis ?

— Le tien ou le mien, peu importe! répondit son frère.

— Oh! nous allons partir pour Paris!... Nous allons i)artir pour Paris!... s'écriait le jeune Dupont, eu sautant de bonheur.

— Enfin, vous voilà contents, et je le suis aussi, poursuivit Pied-léger; mais il est onze heures passées, je dois aller déjeuner avec un ami, je vous quitte... A présent, tâchez de trouver un second « retour » à acheter; puis attendez-moi à la gare, à trois heures et demie ou quatre heures moins un quart au plus tard et nous partirons ensemble... Allons, à ce soir, et bonne chance !

— A ce soir, répondirent les deux frères.

Sans perdre de temps, après le départ de leur camarade, Louis et Julien se dirigèrent vers le chemin de fer.

148 LE GRAND FllEUE

-Maiiitenaut qu'ils possédaient déjà un billet, ils se sentaient plus de conliance et d'audace pour eu chercher un autre. Sur tant de personnes, qui se rendraient à la gare, il était inadmissible qu'ils n'eussent pas la chance d'en rencontrer une disposée à leur céder un « retour ». (^e fut, du moins, avec cette conviction qu'ils commencèrent leurs démarches.

Pour le moment, la gare étant fort peu animée, les deux frères attendirent. Bien qu'cà jeun depuis la veille, ils ne songèrent pas à rentrera 1 auberge, dans la crainte de laisser échapper une occasion favorable. Us circulèrent donc de long en large dans la salle des pas perdus, guettant avec impatience l'iu-rivée des voyageurs.

Pendant plus d'une heure, ils n'en virent pas. A midi et quart, un départ pour le Havre attira quelques personnes. Louis et Julien, pensant le moment venu, s'avancèrent au-devant d'elles et leur dirent :

— Pardon, monsieur..., pardon, madame, n'auriez-vous pas un retour à vendre?

Cette question, qu'ils renouvelèrent auprès de chaque voyageur, paraissait si étrange, que plusieurs d'entre eux ne la comprirent même pas. D'autres, par simple curiosité, leur demandèrent s'ils cherchaient un billet pour la direction du Havre ou pour celle de Paris. D'autres eniin, en se moquant d'eux, feur disaient :

— Tenez, mes amis, adressez-vous à ce monsieur que vous voyez derrière ce guichet...

Et ils leur montraient le distributeur de billets.

A la moindre alerte, les deux frères se sentaient émus, anxieux de savoir s'ils finiraient par réussir; car jusqu'alors ils n'avaient cessé de se heurter contre une réponse négative.

La demie de midi sonna; puis une heure. Quelques rares voyageurs arrivaient. A chaque passant, Louis ou Julien demandait invariablement :

— ?s'auriez-vous pas un retour à vendre?

— Un retour! Et pour où? Pour le Havre?

— Pour Paris!...

— x\ou, mon ami...

Une inquiétude commençait aies gagner. Comment allaient-ils faire, si, avant une heure ou deux, personne ne consentait à leur vendre un retour'^. Valait-il mieux essay(;r encore de porter des paquets, pour recueillir quelques sous de plus, ou persister à chercher un l)illet à prix

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