N TRAIN DE PLAISIR
(loaime on vient d'en juger, dans leur prt'cipilalion. les (rois amis n'avaient pas eu le temps de choisir leurs places. C'était à peine si. au dernier moment, ils avaient pu se frajer un passage à travers la foule et sauter en wagon.
Leur arrivée y fut accueillie par une suite de longues récriminations.
— Oh! non ! non !... cria-t-on d'abord. C'est complet I
— Il n'y a plus qu'une place, voyons, vous n'allez pas monter tous les dois?., surtout avec des paquets?
— Nous allons nous plaindre au chef de garel...
134 LE GRAND FRKIJE
En présence Je ces protestations, Louis et Julien étaient restés tout interdits, à l'entrée du wagon; mais Pied-Léger, qui savait à quoi s'en tenir sur ces sortes de plaintes, avait hissé ses camarades, les avait poussés dans le compartiment et s'y était glissé derrière eux. Puis, l'employé avait fermé la portière, comme on sait, et le train s'était mis en marche, ce qui rendait inutiles toutes les réclamations des voyageurs. A présent, force leur était d'accepter la situation telle qu'elle se présentait.
Cette bravade les exaspéra tous ; elle rendit furieuse surtout une grosse dame du fond, occupant, avec une foule de paquets, le coin de droite.
— C'est inconcevable ! cria-t-elle! Ce n'est pas une raison parce qu'on est dans un train déplaisir, pour se laisser écraser de la sorte! Je vous demande un peu comme cela va être drôle, d'aller ainsi jusqu'à Paiis !... Douze dans un compartiment oii l'on ne doit être que dix !...
— Le fait est, dit à son tour sa voisine de face, qui fut obligée de déplacer son panier de provisions, pour laisser asseoir l'un des nouveaux venus, le fait est que nous allons être joliment serrés !
— Ali ! ne m'en parlez pas! grommela la grosse dame du coin. Et, s'adressant à Louis et à Julien:
— Vous savez, mes petits, leur dit-elle, si le train n'était pas en marche, vous ne resteriez pas longtemps ici...
Elle se retourna aussitôt vers sa voisine de gauche, pour ajouter :
— Enfin, n'est-ce pas ridicule? Ma robe va être fripée... Si vous croyez que c'est amusant !,.. Une robe que je mets pour la première fois...
Heureusement pour les enfants, le train filait ; et ils étaient sûrs qu'on ne les ferait pas redescendre.
Des trois camarades, celui qui paraissait le moins ému, c'était Piedléger, qui sans hésitation et avec une impassibilité parfaite, avait pris auprès delà dame du coin de gauche, la place du panier de provisions. Mais à travers cet échange de cris, de protestations, d'interpellations de toutes sortes, Louis et Julien étaient restés debout, au milieu du compartiment bourré de monde et de choses.
Ils conservaient depuis un moment cette attitude embarrassante et il est même à supposer, vu les di -positions delà plupart des voyageurs, qu'ils l'auraient conservée longtemps, lorsqu'un brave paysan, assis dans un autre coin, à l'entrée du wagon, dit à Julien, en l'attirant à lui :