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CHAPITRE II

La rue était devenue plus déserte et plus noire. A peine apercevait-on, de loin en loin, la pâle clarté d'un réverbère. Les dernières boutiques, restées ouvertes, se fermaient. A moins de se résigner à coucher à la belle étoile, les deux frères devaient se hâter de trouver un asile.

Louis le comprit, et, quoique fort découragé par l'accueil de la logeuse et l'absence du mystérieux personnage auquel Pied-léger l'avait adressé, il s'éloigna lentement, accompagné de Julien qui mordait à belles dents sur son morceau de pain.

Ils poursuivirent ainsi leur marche errante à travers ce sombre et triste quartier Saint-Martin. Tout le monde semblait être couché ; car personne ne passait. Cependant un murmure confus, semblable au mugissement d'une mer lointaine, trahissait une animation étrange. Quelques femmes, attardées sans doute, stationnaient en causant, à l'angle des rues.

Machinalement, les deux orphelins tournèrent à droite dans une sorte de ruelle toute noire, d'aspect lugubre. C'était la rue de La Reynie. Elle paraissait si étroite, si morne, qu'ils hésitèrent à s'y engager; enfui ils y entrèrent et la longèrent en regardant de côté et d'autre. Ils ne

virent pas une lumière, pas une porte restée ouverte. Tout était clos ; tout était sombre. Ils tressaillirct.

Personne ne pourrait donc leur offrir un asile pour cette première nuit?

Louis s'avançait le premier, comme en éclaireur, prêt à défendre son jeune frère à la moindre alerte. La route était si déserte qu'on pouvait s'attendre à tout,

Quand ils arrivèrent à l'extrémité de cette voie, ils retrouvèrent de la lumière, du mouvement, de la vie. Ils venaient d'aboutir à la rue Saint- Martin, fort animée, celle-là ! et où les magasins étaient encore ouverts. Les voitures, les personnes y circulaient comme en plein jour. Les allées et venues des passants étaient même si fréquentes que ceux-ci se heurtaient sur le trottoir, trop étroit pour le nombre des promeneurs.

Là, ils se sentirent plus rassurés ; mais les magasins leur parurent trop somptueux. Ils n'osèrent pas y entrer pour dema'nder une chambre ou un cabinet, craignant qu'on ne leur prît trop cher. Nulle part, ils n'apercevaient d'asile de nuit. En les engageant à en chercher un, pour y aller coucher, la logeuse de la rue Quincampoix les avait donc trompés?

Enfin, après avoir marché pendant longtemps encore, ils se décidèrent à entrer dans une autre rue voisine qui, malgré son peu de largeur, paraissait assez animée. C'était la rue Maubuée. De petites portes, donnant sur les longs corridors, étaient encore ouvertes. Au-dessus de chacune d'elles une sorte de lanterne plate aux verres dépolis jetait une lueur blafarde, grâce à laquelle ils remarquèrent, à l'entrée, des clairesvoies semblables à celle du garni de la rue Ouincampoix.

— Ce sont des hôtels, sans doute, pensa Louis. Essayons d'aller voir si l'on voudrait nous y recevoir.

A deux ou trois reprises différentes, ils montèrent. Mais chaque fois, ils se heurtèrent contre le même refus du logeur, qui leur demandait :

— Avez-vous de l'argent pour payer votre chambre ?

— C'est deux francs, un cabinet... Pouvez-vous me les donner?

— Non, monsieur : nous n'avons que trente et un sous !

— Eh bien alors, je ne peux pas vous recevoir. Allez-vous-en ailleurs. Exténués de fatigue, brisés parle découragement, et brûlés en môme

temps par une soif ardente, car ils avaient avalé leur morceau de pain

avec une avidité rare, ils no pouvaient presque plus avancer. Vingt fois, l'idée leur vint de s'assoupir contre une borne, sur un trottoir et de s'y endormir. Oh ! pourquoi fallait-il que Pied-léger leur eût donné le conseil de faire le voyage? Pourquoi l'avaient-ils écouté? A présent, sans asile, sans ressources, sans pain, ils allaient certainement mourir...

Cependant, ils voulurent chercher encore. Ils continuèrent donc de longer cette rue et finii'cnt par découvrir un autre petit établissement, dont l'entrée, quoique à peu près semblable à celle de Ihôtel de la rue Quincampoix, était d'apparence beaucoup plus mesquine. Xe sachant pas lire, ils ne purent pas interpréter les signes qui étaient peints en noir sur les faces de la lanterne placée à l'entrée de la maison. On y avait inscrit ces mots:

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