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LE TRIOMPHE DE M"^ ADÉEATDE

dans les révélations de M""' Beaujolais, M. Gaspard résolut, dès le lendemain malin, d'aller la trouver, afin de savoir à quoi s'en tenir sur le compte des frères Dupont. D'ailleurs, elle les connaissait et pourrait toujours fournir au concierge quelques renseignements intéressants à leur sujet.

Vers huit heures donc, le lendemain, le portier descendit la rue aux Ours et alla jusqu'au magasin de la fruitière. M""' Beaujolais, qui était occupée à bien composer son étalage, eut à peine aperçu M. Gaspard, qu'elle cessa tout travail et s'avança pour lui dire avec ironie :

— Eh bien, j'ai des remerciements à vous adresser.. Vous m'avez envoyé des domestiques!... Ah! par exemple, ils sont jolis, les gens auxquels vous vous intéressez, mes compliments !

— Voyons ! qu'est-ce que c'est donc ! fit le concierge en s'asseyant sur une chaise adossée au comptoir, il paraît que vous les connaissez?

— Si je les connais?... Ah! oui, je les connais et je leur « garde un chien de ma chienne ! » Je vous en réponds.

— Est-il vrai qu'ils vous aient fait des misères ?...

— Gomment ? S'ils m'en ont fait ?. . .

La fruitière vint se camper devant M. Gaspard, les deux mains sur les hanches, et là, recommença le même récit qu'elle avait fait, la veille, à M"" Adélaïde. Mais comme, au début surtout, le concierge semblait donner des signes d'incrédulité, elle accentua davantage encore les torts des deux frères, les aggrava, leur attribuant d'abord toutes les insolences de leur camarade et accumulant contre eux les charges les plus accablantes. Naturellement, à force de l'entendre déblatérer, M. Gaspard finit par attacher un certain prix à ses révélations ; et, tout en faisant la part de l'exagération, il modifia sensiblement son opinion à l'endroit de ses anciens protégés.

— Ils ont eu tort, madame Beaujolais, ils ont eu grand tort, conclut-il à plusieurs reprises, en écoutant son interlocutrice. On ne doit jamais se moquer du monde, surtout quand ce monde est respectable comme vous...

Plus le concierge abondait dans le sens de la fruitière et plus celle-ci mettait d'amertume et de passion dans son récit. A présent, M. Gaspard en était arrivé à se ranger complètement à l'avis de .AP' Beaujolais. Après chaque indignation de sa voisine, il approuvait de la tète en disant :

— Certainement... Certainement ! vons avez rai^^on... Et ma sœur n'a pas eu tort de se montrer sévère.

Quand elle raconta que, seule sur le quai de la gare de Mantes, chargée de paquets, de provisions, d'un énorme panier de volaille, essoufflée, suante, épuisée, elle avait été repoussée par méchanceté, empêchée de rentrer dans le compartiment, juste an moment où le train allait partir, et qu'elle avait été pour ainsi dire projetée comme nn ballot dans le fourgon des bagages, alors M. Gaspard lui-même se sentit vaincu par les raisons de la fruitière et conclut avec elle :

— Eh bien, oui, madame Beaujolais, ils se sont moqués de moi!.. J'avoue qu'ils se sont moqués de moi !..

— Ah! vous me croyez, à présent? s'écriait la méchante femme, vous me croyez?.. Etleurami!.. Il faut que je vous en parle, puisque vous voulez savoir... Eh bien, un garçon, monsieur, quej'aurais peur de rencontrera onze heures du soir dans mon quartier... Oui, M. Gaspard, dans mon quartier !. Ainsi, c'est vous dire !.. Avec cela, chantant, hurlant, faisant les cent coups ! Et ce sont eux, ce sont ces deux beaux garnements que vous m'adressez comme domestiques ?.. Ah ! j'ai trouvé la plaisanterie mauvaise, par exemple!..

— C'est juste ! c'estjuste, répéta le concierge, de plus en plus convaincu; ah î.bien, madame Beaujolais, on peut se tromper...

— Et il paraît que vous avez eu des bontés pour eux? jusqu'à les autoriser à coucher dans votre maison?

— Oue voulez-vous?.. Ils m'intéressaient... Dame ! quand on ne connaît pas les gens... D'abord, j'avais bien admonesté l'aîné d'une joliefaçon, ajouta le concierge en essayant de prendre un air sévère ; mais ensuite, je me suis laissé attendrir...

— Allez! Allez! monsieur Gaspard, conclut la fruitière, ce sont des drôles qui sauront bien se tirer d'affaire ; et il vaut mieux qu'ils soient oh ils sont que chez vous...

— Eh bien, reprit le concierge en se levant, je vous prie dem'excuser devons les avoir euvoyés ; j'avoue que j'ignorais tout ce que vous venez de me dire sur leur compte... Je vous remercie de m'avoir donné ces renseignements.

— Il n'y a pas de quoi, monsieur Gaspard, tout à votre service...

— Merci, merci, madame Beaujolais; allons, bonjour!

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