‹ Le grand frèreChapitre 54 sur 84 · i LK Cil AND FRÈin · texte numérisé non relu

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ferions revenir, et il entrerait avec toi à Timprimerie. . . Gela te convient-il ?

Où se trouve cet t'iablissement? demanda Louis, avant de répondre à la question de M. Gervais.

AU!... fit celui-ci après une courte hésitation... 11 est évident que

ce n'est pas tout près... C'est au mont Saint-Michel...

— Est-ce bien loin ?

— Dans le département delà Manche...

Louis réfléchit un moment^ puis répondit :

— Oh! non, monsieur, non... j'aime mieux ne pas me séparer de mon frère... Il m'est arrivé une fois déjà de le laisser partir de son côté. . . 11 s'est perdu et j'ai été trop malheureux. . .

— Mais, mon ami, d'abord il ne s'en ira pas seul, puisqueje le confiera, à une dame de nos amies, qui veut bien s'en charger; et ensuite, il ne court pas le risque de se perdre, puisqu'il sera dans un établissement bien o:ardé, où tu pourras lui écrire, peut-être même aller le voir...

— Non, monsieur, non, répéta Louis en persistant dans son refus. . . Il ne me reste plus que lui. . . Il est toute ma famille. . . Ce ne serait pas vivre que vivre loin de lui. . J" aurais trop peur qu'il ne lui arrivât quelque chose. . . Je ne dormirais pas ; oh ! monsieur, je vous en supplie, ne nous forcez pas à nous séparer... Nous sommes déjà assez affligés de n'avoir plus nos parents, ajouta l'infortuné garçon qui sentait les larmeslui monter aux yeux ; — au moins, restons tous les deux, restons ensemble ! . . .

M. Gervais n'osait plus insister devant des raisons si touchantes. Pourtant, il ajouta avec douceur, en attirant Louis à lui.

— Cependant, écoute, mon ami... Voyons, raisonnons... Ce que tu me dis là me prouve que tu es un garçon de cœur, que tu aimes ton jeune frère et c'est bien naturel; mais il faut envisager les choses à leur véritable point de vue. . . En admettant, ce qui est déjà fort douteux, que vous puissiez vivre tous les deux avec quarante francs par mois, que fera ton frère, dans la journée, pendant que tu seras à ton travafl ?

Louis hésita un instant, puis répondit :

— Ce qu'il fera, monsieur? Il ira à l'école... El le soir, il reviendra.

— A quefle heure?

— A quatre heures .

— Et toi, à quefle heure finiras-tu ta journée ?

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— A sept heures.

— Bien ; et tu veux, chaque jour, laisser ton frère seul, pendant deux heures, le matin, pendant trois heures, le soir ?. . . Et dans la journée, quand il n'aura pour tout protecteur que toi qui, naturellement, ne te monlreraspas sévère à son égard, tu crois qu'il ne lui arrivera pas de manquer la classe?. . . Tu crois qu'il se gênera pour aller courir avec l'un, avec l'autre?... 11 deviendra un petit polisson... Il grossira le nombre de ces jeunes aventuriers qui courent Paris jour et nuit, et qui finissent par se faire mettre en prison. . . Et alors que diras-tu, quand tu reconnaîtras que ton frère en sera arrivé là par ta faute ? parce qu'au lieu d'écouter M. Gervais qui te conseillait de l'envoyer au Mont-Saint-Michel, tu auras préféré le conserver auprès de toi . . . Voyons, réponds-moi, mon ami ! . ..

Louis resta confondu .

— Tu vois donc poursuivit xM. Gervais, que mon conseil est bon... Toi, lu vas entrer en place... bientôt, probablement. Ton frère serait bien soigné dans un orphelinat qui d'abord est merveilleusement situé, oti il se porterait admirablement, où il continuerait son instruction... Et puis, à douze ans, c'est-à-dire dans une vingtaine de mois à peine, tu serais libre de le faire revenir. .. Je t'y aiderais même, au besoin !... Eh bien, mon ami, qu'en dis-tu ?

— Je dis, monsieur, je dis, fit Louis en sortant son mouchoir pour s'essuyer les yeux, que cela me fait de la peine de me séparer de mon frère ; mais que vous avez raison . . .

— A la bonne heure, reprit M. Gervais très ému lui-même de la vaillante résignation de son jeune protégé ; il faut avoir du courage, mon ami ... Ce que je te dis là, c'est dans Ion intérêt ; tu es assez grand pour le comprendre. . . Toi, tout seul, avec ton salaire, tu vivras très modestement, il est vrai; mais enfin tu pourras vivre. . . Le soir, il te sera facile de suivre les cours d'une mairie. . . Tu deviendras de la sorte ui bon et honnête ouvrier, intelligent, laborieux. . . Allons, mon ami, dans la vie, il faut avoir du courage. . .

— J'en aurai, monsieur, répondit Louis en se faisant violence pour ne pas pleurer. Et quand partirait mon frère ?

— Ah ! . . . bientôt ! . . . Cette damo qui s'olfre à l'accompagner s'en va samedi . . .

— Mais qui paierait le voyage ?

— Oh ! pour cela, nous nous arrangerions ; ne t'en inquiète pas.

— Eh bien, monsieur, j'accepte, reprit Louis avec soumission. Je vais en parlera mon frère et le décider à accepter aussi. . .

— C'est cela, mon ami. Four lui donner un peu de force et décourage, tu le prieras de descendre. . . Et tu descendras avec lui. . . Je vous ferai servir un bon déjeuner. . .

— Merci, monsieur. . .

Louis sortit du cabinet de M. Gervais et monta tristement retrouver son frère, pour lui faire part de la décision qui venait d'être prise.

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