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\ciiirei] aide au jeune imprimeur; à le guider daus Paris pour arri\er h lui faire découvrir la cliambrelte qu'il rechercha il. Eu vieux jiarisieu qu'il élait, — car on peut bien se dire parisien, lorsqu'on a habité Paris pendant plus de trente ans — M. Gaspard lui (it parcourir une foule de petites rues qui lui étaient inconnues : hiruc Garanàèrcja rue Servcn- <ioni\ lame Férou.
Ne trouvant rien à leur convenance de ce côté, ils traversèrent la rue deVaugirard et poursuivirent leurs recherches dans le voisinage même de la rue deFleurus. Tout élait inabordable dans la rue dWssas. A viuiil francs par mois, Louis aurait eu, à un ciuquième étage de la rue Dugua)- Trouin, une chambre superbe, avec une fenêtre, comme toutes leis fenêtres, une vue magnifique sur des jardins, une exposition excellente. Mais, il ne fallut pas y songer. Celait encore trop cher pour ses modestes ressources.
378 LE GRAND FREIIH
Ce ne fui que lorsqu'ils eurent vainement parcouru dans tous les sens le quartier du Luxembourg et celui de Notre-Dame-dcs-Cliamps, que M. Gaspard parla, comme pis-aller, de la découverte qu'il avait faite deux jours auparavant, rue des Canettes.
— Dans celte rue, voisine de l'église Sainl-Sulpice, dit-il à son jeune compagnon, j'ai vu quelque chose, vendredi dernier; seulement, c'est bien étroit, bien sombre et je crains que tu n'y sois pas à ton aise. Il est vrai, ajouta-t-il, que j'ai visité ce cabinet par un temps couvert et qu'en temps ordinaire, on doit y voir davantage.
— Peut-on aller le visiter? demanda vivement Louis.
— Mais sans doute ; ce n'est pas loin, et il est inoccupé. . .
— Eli bien, allons-y !
Ils reprirent la rue de Yaugirard, descendirent la rue Bonaparle, traversèrent la place Saint-Sulpice et arrivèrent promptementàla maison que M. Gaspard était allé visiter seul.
C'était dans un immeuble à la vérité très ancien, quelque peu décrépit et dont l'entrée ne paraissait pas moins noire que celle d'un four. L'escalier, dont les degrés de pierre étaient rongés parles allées et venues de cent générations de locataires, ne pouvait guère mieux se comparer qu'càun puits, dont la corde servait de rampe. Mais ce triste aspect ne rebuta pas Louis. Il entra résolument dans la maison, suivi de son auguste compagnon et demanda à la concierge de vouloir bien lui faire visiter le cabinet qui était à louer.
— C'est au septième, mon garçon ; et le prix est de dix francs par mois, dit la portière, qui tenait à renseigner complètement son visiteur, avant de faire l'ascension des sept étages...
— Cela ne fait rien, répondit Louis ; je vous serais obligé de me le montrer.
La concierge prit une clé, sortit de sa loge dont elle referma la porte et se disposa à gravir les degrés de l'escalier. Mais, dès les premiers pas, elle aperçut M. Gaspard, et essayant d'examiner son visage à la faveur d'un rayon venant de la rue :
— Ah! mais, dit-elle, il me semble que vous êtes déjà venu, vous ?
— En effet, madame, c'est moi qui suis venu avant-hier.. . Et je reviens aujourd'hui, pour voir si ce cabinet peut décidément nous convenir et si nous allons trouver moyen de nous entendre...
— Pourquoi donc pas? répartit la concierge ; on s'entend toujours entre vieilles gens comme nous . . .
Au lieu de s'offusquer de la réplique de la bonne femme, M. Gaspard eu( l'idée d'en rire, et montant péniblement derrière la portière, il arriva tout cssouftlé sur le carré du septième étage .
Vu par une belle journée, ce cabinet présentait en effet un tout autre aspect que par un temps nuageux. D'abord, il paraissait plus grand, moins triste ; et, en réalité, il était fort clair. La fenêtre, ou plutôt la lucarne, était large; et, bien qu'il fallût, pour l'ouvrir ou la fermer, se courber sous le toit fuyant de la mansarde, elle semblait suffisamment grande pour aérer convenablement la pièce.
— Eh bien, mais... c'est très bien ! s'écria Louis en pénétrant dans ce réduit !.. . C'est tout ce qu'il faut !...
— Malheureusement, dit M. Gaspai'd en se baissant pour aller donner un peu d'air, il y fait une terrible chaleur ! ...
— Ah ! dame ! avoua naïvement la concierge, droite au milieu du cabinet, vous pensez que pour dix francs par mois, on ne peut pas avoir du confortable!... Mais on peut ouvrir la porte, ça fait des courants d'air.
Au même moment, M. Gaspard tira le châssis de la fenêtre et aperçut deux immenses tours noires, efTrayantes à voir de si près : c'étaient les deux tours de l'église Saint-Sulpice.
Louis voulut aussi s'approcher, pour examiner la vue. A une pareille altitude, elle était fort attrayante. L'œil découvrait, au milieu d'une infinité de toitures et de cheminées, la silhouette lointaine de plusieurs monuments : le dôme du Panthéon, le clocher de l'église Sainte-Geneviève. A gauche, on voyait les tours de Notre-Dame, les flèches de la Sainte-Chapelle, enfin tout un panorama splendide.
Louis Dupont fut ravi.
Quand il eut suffisamment considéré ce spectacle, il revint au milieu du cabinet, pour en examiner les dimensions. Quoique située immédiatement au-dessous du toit, cette chambrette offrait un carré régulier de deux mètres cinquante de large et autant de long, sur deux mètres quinze de haut ; la pente de la mansarde ne commençait que plus loin et faisait encore gagner en profondeur tout fespace de l'eriibrasure, au bout de laquelle se trouvait la fenêtre.
— Mais c'est très bien ! c'est très bien, répéta le jeune imprimeur ; est-ce qu'on peut louer tout de suite ?
380 LE GRAND l-REUE
— Tout de suile, répondil la concierge. Et elle ajouta :
— Est-ce que ce serait pour loi. mon ami ?
— (lui, madame, dit M. Gaspard.
— Comment. In vas habiter seul ici ?
— J'aurai les yeux sur lui, répondit M. Rodolplie d'un air tout paternel.
— Et vous m'avez dit, madame, que ce serait?... reprit .M. Gaspard, eu s'adressant à la concierge.
— Dix francs par mois, cent vingt francs par an.
Louis s'était rapproché pour écouter. La portière lui demanda :
— Tu as donc des meubles, pour garnir ce cabinet ?
— J'en aurai, madame, répondil-il.
— Ah! parce que, mon ami, malgré toute ma bonne volonté, il ne me serait pas possible de te louer, si tu n'avais pas assez de meubles pour répondre du loyer; ou bien alors, il faudrait payer un terme d'avance...
Celte réponse était précisément celle que redoutait .>L Gaspard, quand il parlait à Louis du cabinet avec inquiétude. Si, ce qui était probable, son protégé n'emménageait pas assez de meubles pour répondre du loyer, où trouverait-il l'avance de tout un terme ?
— Enfin, dit-il, en se tournant vers la concierge, nous avons revu ce cabinet en détail ; nous prendrons le temps de la réflexion et nous vous donnerons notre réponse définitive d'ici à quelques jours.
Ils jetèrent un nouveau coup d'œil sur la petite pièce et redescendirent; puis prenant poHmenI congéde la vieille portière, qui ne semblait pas être trop déplaisante, ils quittèrent la rue des Canettes.
Si M. Gaspard avait songé d'avance à l'objection que pouvait faire la concierge, Louis, lui, n'y avait pas pensé. Cette nouvelle complication le déconcerta. Et comment allait-il faire avec ses douze francs ou même avec ses vingt-deux francs, si M"^Adélaïde ne lui réclamait pas le prix de la location de son cabinet, pour payer un terme d'avance ? Chemin faisant, il y réfléchit. M. Gaspard aussi cherchait une combinaison.
Certainement, s'il n'eût écouté que son bon cœur M. Gaspard se serait gêné pour lui avancer la somme nécessaire ou, au besoin, pour la lui abandonner ; mais le brave concierge se trouvait à une époque de 1 année où il n'y avait plus d'étrennes à recevoir, et il avait besoin du peu d'argent qu'il possédait. D'ailleurs, M"* Adélaïde qui tenait les clés
de la commode, n'aui-ait jamais consenti à se dessaisir d'une pareille somme en faveur d'un garçon qu'elle avait positivement pris en grippe; et c'eût été, pour M. Gaspard, s'aliéner sa sœur pour le reste de ses jours, que de détourner secrètement cet argent de son budget.
Cependant, il fallait prendre une décision presque séance tenante. Louis devait, ou acheter des meubles à crédit, ce qui était vraisemblablement impossible, vu sa jeunesse et son manque de garanties, ou apporter la somme de trente francs, en prenant possession du cabinet de la rue des Canettes.
A force de chercher, M. Gaspard trouva une solution. II imagina de de faire demander par Louis à son patron l'avance d'un mois entier. Quand il fit part de son idée au jeune imprimeur, celui-ci répondit catégoriquement :
— M'avancer la paye d'un mois entier ? On ne voudra jamais !
— Peut-être ! fit le concierge, peut-être... Si je te donnais un certificat, attestant que tu es un honnête et digne garçon, que M. Gervais est parti, que tu te trouves seul à Paris, et que tu as besoin de quelques avances pour t' installer ?
— Comment, vous voudriez bien me faire cela?
— Certainement.
— Oh ! monsieur Gaspard ! vous êtes trop bon ; vous êtes pour moi un père, un sauveur !..
Le brave concierge avait pour habitude détenir ses promesses. Dans cette même journée du dimanche, il rédigea avec l'orthographe et dans le style qui lui étaient naturels le certificat demandé et, le lendemain, Louis Dupont emporta cette attestation, en se rendant à son travail. Les formalités ne furent pas longues. Arrivé à l'imprimerie, Louis remit le certificat à son conducteur ; celui-ci en parla au prote ; et comme jusqu'à présent M. Barbier avait été particulièrement satisfait de Louis, il lui lit obtenir immédiatement la somme de quarante-huit francs.
Louis Dupont, ([ui ne s'était jamais vu autant d'argent dans la main, crut rêver quand le banquier, c'est-à-dire le payeur, lui remit celle somme. Il ne voyait pas le moment d'être au soir, pour aller la déposer entre les mains du concieri^e.
— Les voici, monsieur Gaspard, cria-t-il, en rentrant! voici les quarante-huit francs!..
— A la bonne heure ! répondit le concierge ; a-t-on fait des difficultés?
Aucune !.. On a pris mon certificat et tout de suite on m'a fait
monter à la caisse !
Eh bien, maintenant, mon ami, je te garantis que personne ne
pourra plus t'inquiéter et que je vais te loger dajis tes meubles. . .
En effet, M. Gaspard se mit en course dès le lendemain, et résolut de faire les choses, une bonne fois pour toutes. 11 passa sa journée à courir d'un brocanteur à l'autre. Louis lui avait laissé carte blanche; car il n'était pas nécessaire de lui recommander de prendre les intérêts de son jeune protégé. Il acheta donc sous condition les meubles qui lui parurent utiles et s'arrêta à la combinaison suivante qu'il soumit, le soir même, à Louis.
Il avait retenu, pour dix francs, une literie complète: lit de fer, matelas et couvertures. La chaise lui coijtait deux trancs, une petite commode six francs, une table quatre francs.
Louis accepta ce projet d'acquisition, à l'exception toutefois de la table qui lui parut être du superQu, pour le moment du moins. Il pouvait, disait-il, manger sur la commode.
M. Gaspard alla donc retenir le cabinet de la rue des Canettes ; il s'entendit avec le marchand pour que les meubles fussent portés directement à cette adresse ; et le 8 août, au matin, ayant obtenu un jour de congé, Louisquitta définitivement la rue aux Ours, pour aller prendre possession de sa nouvelle chambre.