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CHAPITRE IV

L ORPHELIiNAT DU MONT-SAINT-MICHEL

Dix-huit mois s'étaient déjà écoulés depuis le départ de Julien pouil'orphelinat du Mont-Saint-.Michel, et pendant ce long intervalle, Louis n'avait pas eu en tète d'autre préoccupation que celle du retour de son frère. Ainsi qu'il arrive toujours en pareil cas, plus il approchait du terme de son attente, plus l'impatience qui le gagnait devenait énervante et tyrannique ; mais il eut assez de raison pour la combattre, et prit le parti d'attendre résolument la date du retour. Cette date était fixée au 29 juillet 1877, puisque JuUen Dupont était né le 29 juillet 1865.

Bien que, dans l'établissement où il se trouvait, Julien fût entouré de tous les soins désirables, il n'était pas moins désireux que son frère aine de revenir à Paris et d'y vivre enfin de cette existence commune, dont Louis parlait tant dans ses lettres. Julien, dans les siennes, n'entretenait son frère que de la réunion définitive ; car, au iMont-Saint- Michel, il avait assez profité des leçons qui lui avaient été données, pour pouvoir écrire, sinon d'une manière correcte, du moins d'une façon intelligible.

La dernière lettre contenait même à ce sujet une indication fort grave. Juhen informait son frère que, lorsque le moment du départ serait venu,

il pourrait parfaitement quitter l'orphelinat, mais qu'il fallait que quelqu'un vînt le chercher ; parce qu'on ne le laisserait pas aller seul à Paris.

Cette décision, prise sans aucun doute par la communauté dans un excellent but, n'en suscitait pas moins à Louis une énorme difticullé. Le voyage de Paris à Pontorson et de Ponlorson au Monl-Sainl-Michel coûtait fort cher pour ses faibles ressources. Il le savait d'autant mieux, qu'au mois de juillet de l'année 1876, il avait voulu prendre ses dispositions pour aller voir son frère, et qu'il avait dû reculer devant le prix des places. Or, si au coût de son propre voyage, on ajoutait encore le montant de celui de Julien, on arrivait à une somme relativement considérable et dont la dépense allait, dans tous les cas, faire une effroyable brèche aux économies du jeune imprimeur.

Certainement, Louis pouvait à la rigueur disposer de l'argent nécessaire ; mais c'était au détriment de ses nouveaux projets ; car il supposait bien que l'arrivée de son frère allait lui occasionner de nouvelles dépenses, et il avait tenu à amasser quelques économies pour p;irer aux éventualités. D'ailleurs, cette question n'était heureusement pas celle qui le préoccupait le plus. Julien n'avait qu'à lui annoncer qu'il était libre et, pour aller le retrouver et le ramener auprès de lui, Louis saurait bien se procurer les fonds indispensables.

Un autre point faisait, depuis quelques temps, le sujet de ses rétlexions. C'était la question de savoir si, à son retour du Mont-Saint- Micliel, Julien pourrait avoir, comme lui, un emploi à l'imprimerie. Il avait beaucoup compté, dans cette circonstance, sur l'appui de M. Gervais. Or, il avait appris par M. Gaspard que sou ancien protecteur s'était retiré de l'institution financière oii il occupait une haute situation et que, vraisemblablement, il se fixerait en province, dans une propriété qu'il possédait dans 'e midi de la France. Ce qui était sûr, quant à présent, c'est qu'il n'état pas revenu à Paris et qu'il avait prié le conc ierge de la rue aa\ Ours d'entrer eu pourparler avec le propriétaire en vue de la sous-location de sou appartement.

Louis restait donc seul, pour solliciter l'admission de son frère à l'imprimtM'ic. Il fa'lait, pensait-il, s'y prendre <'i l'avance, et le moment lui parut venu d'aborder cette question avec les employés de la maison .

lien parla d'aboi'd à son supérieur immédiat, le conducteur delà presse à laquelle il travaillait. Pour sa part, cet ouvrier ne vil aucun inconvénient à prendre sous ses ordres, si ou le lui confiait, le frère de

son recece/ir. A en jii^er par la conduite et l'aclivilé de Louis, pour peu que Julieu lui ressemblât, on ne pourrait que se féliciter de sa part (]o collaboration. Les chefs étaient même las d'avoir, comme employés, de petits drôles plus préoccupés de leurs amusements que des travaux de la maison; et vu la difliculté qu'il y avait à recruter des apprentis sérieux parmi les jeunes garçons de douze à quatorze ans, le concours de Julien deveuait aussi précieux que Tétait celui de Louis.

L'autre appui sur lequel Louis Dupont comptait était celui de AL Barbier. Il lui fut tout acquis d'avance. Dès que le jeune apprenti eût fait part de son désir au prote, celui-ci lui frappa très amicalement sur l'épaule, en lui disant :

— Sois tranquille, mon brave Louis, quand le moment sera venu, nous verrons cela ; et même il n'est pas impossible que je profite de son entrée pour donner suite à certaine combinaison...

— Une combinaison ?. . Vous faites une combinaison? répéta vivement Louis; et est-ce que ?...

— Oui, mon ami, tu n'y perdrais pas, si elle pouvait aboutir... Cette réponse donna lieu à bien des suppositions.

Louis n'eut pas de repos qu'il ne connût, au moins d'une manière approximative, en quoi consistaient les projets que le prote formait à son sujet. M. Barbier lui portait trop d'intérêt pour le laisser se creuser plus longtemps la tête. Il lui dévoila donc sa combiuaison.

A la presse même à laquelle travaillait Louis, un margeur en pied était tombé malade. L'atmosphère de riniprinierielui ayant été reconnue nuisible, ses parents l'avaient retiré pour le soigner chez eux. On disait même que ce jeune employé ne reviendrait plus. Ce n'était là encore qu'un simple bruit ; mais, s'il se coufinnail, \\. Barbier, très satisfait des services de Louis, espérait pouvoir pi-ofiter de cette occasion pour faire passer le margeur en double margeur en pied, et faire nommer son protégé au grade de margeur en double.

De cette manière, une place de receveur devenant libre, il pensait pouvoir la réserver à Julien.

De son côté, Louis y trouvait un immense avantage, en voyant porter son gain de vingt à trente centimes par heure, et en parvenant à faire entrer son frère à l'imprimerie.

En homme avisé et prudent, M. Barbier ne donna pas à son subalterne une affirmation catégorique. Il lui laissa seulement entrevoir cette

combinaison comme n'étant pas d'une exécution impossible. Use borna, j)our le moment, à s'informer de la date probable à laquelle Julien devrait revenir à Paris.

— C'est le vingt-neuf juillet |)rochain que ses douze ans seront accomplis, lui répondit Louis; mais il y a une grande complication pour son retour, ajouta le jeune Dupont avec un certain embarras.

— Et quelle est celte complication ?

— H faut que quelqu'un aille le cherclier... Or, il n'y a personne à Paris que je puisse charger de ce soin. Quand il est parti, c'était tout dilférent ; une dame a bien voulu l'accompagner... Mais à présent, cette ddiue est sans doute loin ; dans tous les cas, je n'oserais pas la charger de celte mission... Et comme M. Gervais n'est plus ici...

— Eh bien, c'est bon, mou ami; nous reparlerons de cela... Tw

comprends bien que tes chefs ne sont pas des gens sans cœur ni entrailles... Ils savent se mettre à la portée des employés... Et s'il le faut quelques jours de congé, je te les ferai obtenir...

— Oh ! monsieur, que je vous en serai reconnaissant.

— Je ne te demande qu'une chose, c'est de continuer à bien Ira- \aillei', pour que je puisse fournir sur ton compte de bonnes notes.

— Soyez tranquille, monsieur, je vais redouljler d'application.

— Seulement, je ne crois pas pouvoir obtenir que tu sois payé pendant ton absence.

— l'^li bien, cela ne fait rien, monsieur; on me retiendra sur ma paye le prix du temps pendant lequel j'aurai manqué...

S'étant pénétré de cette idée que les patrons ont coutume de tenir compte à leurs ouvriers des journées d'absence, Louis redoubla d'ardeur, ne songeant qu'au bonheur de pouvoir faire le voyage du Mont- Saint-Michel et ramener son frère à Paris.

Depuis longtemps, ses occupations lui étaient devenues famihères, comme le devient bientôt un travail de routine. Mais ainsi que doit le faire tout apprenti intelligent, au lieu de se cantonner dans la stricte monotonie de ses attributions, il s'était appliqué à étudier la fdière des emplois, elles différentes fonctions du métier. En somme, cette étude ne lui avait pas demandé grand temps. Se trouvant dans les meilleurs termes avec le proie, il avait eu toute facilité pour passer d'une presse à l'au're, voir procéder aux simples tirages typographiques et aux tirages des gravures, ce qui est beaucoup plus compliqué et nécessite un tour de main bien plu.s délicat.

Ainsi, une des grandes difticultés du tirage, lorsqu'il s'agit de l'impression des gravures^ consiste à appliquer exactement la feuille sur le cylindre, pour que l'image se trouve juste à sa place, ou que, s'il y a des couleurs différentes, une teinte n'empiète par sur l'autre; en un mot, pour que la gravure repaire bien, comme on dit, en termes d'imprimerie.

Louis, qui s'était lait expliquer toutes ces particularités, avait remarqué que, pour assurer le succès de l'impression, le pointeur, préalablement au tirage, perçait à la même place toutes les feuilles de deux petits trous d'aiguille, et que lorsqu'il mettait une feuille sous presse, il fallait, avant qu'elle fût prise par la fourchette, que les deux pointes, à peine visibles, placées sur le cylindre, vinssent passer exactement dans les deux petits ti'ous.

A celle condilion, la réussite était certaine.

Ce travail d'imprimerie intéressait vivement Louis, qui n'avait pas tardé à aimer son métier. Aussi M. Barbier suivait-il avec la plus grande satisfaction les progrès de son protégé, dont il vantait sans cesse le zèle et l'activité:

— Dupont?... disait-il aux employés, c'est un garçon très intelligent, très laborieux; et qui fera son chemin !...

Sa prédiction ne fut pas longue à se réaliser.

Ainsi que le prote l'avait prévu, le jeune margeur malade ne rentra plus. 11 profita donc de cette circonstance pour faire obtenir à son protégé l'avancement dont il lui avait parlé.

Le jour où Louis Dupont prit possession de son nouveau poste, il éprouva une joie qui ne peut se comparer à rien.

A six sous riieure, sa journée lui revenait à trois francs, sa semaine à dix-huit ; son mois à soixante-douze francs!... Rien que de penser à tout cet argent, le jeune margeur perdait la tête.

— Oh ! jVL Baibier, M. Baibier !... vint-il lui dire un jour, comme je vous remercie de m'avoir lait nommer !

— Mon ami, lui répondit le proie, ce n'est pas moi qu'il faut remerciei'; tu ne dois ton avancement qu'à toi-même; quand on est laborieux et assidu comme lu l'es, on monte forcétnent en grade... Maintenant, le mois de juillet approche, je vais m'occuper de te faire obtenir un congé.

— Oh ! monsieur, lui répéta Louis, vous êtes trop bon I . .. Pour un peu, le jeune homme lui aurait sauté au cou.

Avec une recommandation et un a pui comme ceux de M. Barbier, la demande de congé ne souleva guère de dilficullés. D'ailleurs, dès que M Jiniet sut quel était l'employé dont on lui pariait et qu'il connut le motif de son voyage, il répondit :

— Je lui accorde très volontiers le congé dont il a besoin ; moi, d'abord, j'ai pour principe de récom-tenser les bons employés. Combien lui faut-il de temps pour aller chercher son frère'.'*

— Il aurait besoin de deux jours, au moins, dit le prote.

— Qu'il en prenne quatre et nous ramène son frère !... Vous veillerez à ce qu'il n'ait pas de retenue de salaire...

— Oui, monsieur.

— Je souhaiterais, reprit M. Jimel, que tous les employés lui ressemblassent ; l'imprimerie marcherait d'une autre façon.

40i LE GRAND FRERE

Quand M. Barbier vint rapporter la réponse du chef du Personnel à Louis, celui-ci aurait voulu serrer le prote dans ses bras !

— Ah ! que je vous remercie, monsieur ! Ah ! que je suis heureux !... Je vais revoir mon frère, le ramènera Paris!... Et quand pourrai-je partir?

— Quand tu voudras !... On t'accorde quatre jours, si tu veux ; et M. Jimet a recommandé qu'on ne te fît pas subir de retenue de paye... J'imagine que tu dois être content?....

— Trop heureux, M. Barbier ! trop heureux ; car je ne puis remercier mes bienfaiteurs comme ils mériteraient de l'être pour les bontés dont ils me comblent !

— Bien, bien, mon garçon; je vois que je n'ai pas affaire à un ingrat; cela me suffit.

Comme on se trouvait alors à la fin de juin de cette fameuse année 1877, il fut décidé que Louis partirait vers les derniers jours du mois suivant. Dès ce moment, ce ne fut plus seulement une fois par quinzaine qu'il écrivit à JuHen; mais toutes les semaines, et même, en dernier lieu, plus souvent.

Quelques jours avant son départ, il crut séant d'écrire à la Supérieure de l'orphelinat, la sœur Faustine. Un soir, il recueillit bien toutes ses idées et lui fit une lettre respectueuse, dans laquelle il disait que depuis longtemps il était privé de son frère et que son bonheur était grand à la pensée d'aller le chercher bientôt. Il espérait, ajoutait-il, que malgré sa jeunesse relative, il pourrait être autorisé à reprendre Julien, aie ramener à Paris ; et terminait en remerciant la Supérieure des bontés qu'on avait eues pour lui, pendant son séjour au Mont-Saint-Michel.

Deux jours après, Louis reçut de la sœur Faustine une aimable lettre, dans laquelle la religieuse lui disait que, bien qu'il fût contre les règlements de la communauté de remettre un enfant à une personne non majeure^ elle était toute disposée, en raison de la triste situation de famille dans laquelle il se trouvait, à faire une exception en sa faveur. Il n'avait donc qu'à se présenter à l'orphelinat et son frère lui serait remis.

Durant cette semaine, Louis avait eu tant d'occupations qu'il n'avait pu trouver un moment pour aller faire part de sou bonheur à M. Gaspard. 11 avait bien des choses ;i lui apprendre ; d'abord qu'il avait obtenu ses quatre jours de congé; ensuite qu'il n'aurait pas de retenue à subir et enfin que son frère était tenu à sa disposition. 11 reprit donc, dès qu'il le put, le chemin de la rue aux Ours :

I/0HPHI:LINAT du M0NT-SAINT-.MICHI:L 405

— Es-tu toujours coulent, mon ami? lui demanda ](; concierge eu voyant reparaître son protégé.

— Oli ! oui, monsieur!... Je suis enchanté!

— A la bonne heure ! cela fait plaisir, de voir des gens heureux, car je t'assure, mon garçon, qu'ici, la vie n est pas gaie avec ma sœur... Mais il ne s'agit pas de cela... Alors, tu vas partir?

— Oui, monsieur.

— Et quand quittes-tu Paris ?

— Probablement le 20 de ce mois...

— Quel train prendras-tu?

— Je n'en sais rien encore ; il faudra que j'aille à la gare pour savoir les heures...

— Veux-tu un indicateur ?

— Oh ! avec plaisir; si vous en avez un à me prêter...

Le concierge se leva, ouvrit un tiroir de la commode et après avoir bouleversé unmonceau d'objets, sorlitunindicateur tout jauni de vétusté.

— Tiens, mon ami, en voici un... que je te donne... Seulement, je dois te dire qu'il n'est pas récent , je crois qu'il date de 1872 ou 1873 ; enfin tu verras s'il peut te servir...

— Oui, monsieur, merci bien...

— Et ton patron, ne t'a-t-d pas fait de difficultés pour t'acconler Ion congé ?

— Aucune, monsieur ; je demandais deux jours et il m'en a donné quatre...

— Allons, tant mieux! tant mieux!... Il faudra venir nous revoir avant ton départ.

— Soyez tranquille... Comment va M'" Adélaïde ?. . .

— Elle ne va pas bien, mon ami ; elle est allée jusque chez le pharmacien pour chercher une potion qu'on lui a ordonnée...

— Est-ce que c'est grave, ce qu'elle a?

Le concierge ne répondit qu'en secouant la tête d'un air qui semblait dire :

— Hélas ! oui... C'est grave.. .

Il ajouta seulement :

— Ah ! mon cher Louis, la vie n'est pas gaie... Et je te prie de croire que je ne m'amuse pas tous les jours, dans cette misérable loge... Enfin, puisque c'est mon sort, il faul s'y résigner...

406 LE GRAND FHÈHE

Ce soir-là, Louis quitta de bonne heure M. Gaspard ; il s'en retourna peiné de la tristesse qui semblait régner dans l'entourage de son protecteur ; mais entraîné par des préoccupations d'une autre nature, il ne tarda pas à reprendre le fil de ses combinaisons, en vue de son prochain départ.

Quoique de date ancienne, l'indicateur prêté par le concierge lui rendit d'énormes services. Il lui permit d'abord de s'orienter et d'apprécier, grâce à la carte qu'il contenait, la distance du Mont-Saint-Michel. Il lui mit ensuite sous les yeux l'itinéraire qu'il aurait à suivre, les arrêts quil aurait à observer ; car il fallait descendre à Folliguy et y attendre le train de Pontorson.

C'était le soir, au clair rayon de sa lampe, qu'il combinait son voyage, en prenant des notes sur un feuillet. Un soir même, attardé par une difficulté qu'il ne parvenait pas rà trancher, il resta penché sur son indicateur, jusqu'à minud passé. Ah! ma foi, c'est que les préparatifs et les combinaisons d'un voyage ont presque autant de charme que le voyage lui-même.

Pourgagner du temps, il résolut de reculer son départ de trois jours. II le fixa au 4 août, qui était un samedi ; de cette manière, il passerait la nuit en route et n'aurait pas à coucher au Mont-Saint-Michel. Puis il resterait une partie delà journée avec Julien et repartirait le soir même pour Paris, oii il aurait encore deux jours pour lui faire connaître ses habitudes, l'initier à son genre de vie et se reposer de ses fatigues.

Gomme une semaine le séparait encore de la date du 4 août, si impatiemment attendue, Louis s'occupa de tout arranger dans son intérieur, en prévision de l'arrivée prochaine de son frère. Avec une partie de ses économies — déduction faite de l'argent du voyage, — il acheta quelques nouveaux meubles, une seconde chaise ; changea sou lit pour un autre plus grand ; et fit les démarches réglementaires pour retirer de la caisse d'épargne la somme qui lui était nécessaire.

Sans être élégante, sa chambrette finit par avoir un aspect réjouissant. D'abord, la plus stricte propreté y régnait, ainsi que l'ordre le plus minutieux. En mettant chaque chose à sa place, Louis pensait à son frère, en disant :

— Julien trouvera mieux cela ici, ou plutôt là,

Quand le jour du départ arriva, Louis Dupont se rendit à l'imprime-

rie, trépignant de joie. Les camarades le voyaient si content qn'ils ne manquèrent pas de lui dire :

— Eh bien, Dupont... Alors, c'est pour ce soir? Tu dois être content ?

S'il rélait !... On n'avait pas besoin de le lui demander ; il n'y avait qu'à le voir, qu'à l'entendre.

Son conducteur, qui était un homme instruit, ayant beaucoup voyagé, lui donna quelques renseignements sur le Mont-Saint-Michel. 11 lui dit que c'était un immense rocher, émergeant comme une gigautesf[ue pyramide du milieu de la mer, et sur lequel était construite une ancienne abbaye fortifiée qui, à plusieurs reprises, sous Louis XI par exemple, avait servi de prison d'État, il lui recommanda de visiter cet anli{[ue château-for! , la cage de fer où fut enfermé, sous Louis XIV, le cardinal de Relz ; de considérer attentivement les grands murs d'enceinte, la porte massive par laquelle on y accède, avec ses pilastres de pierre, les armoiries qui surmontent l'entrée, les canons pris sur les Anglais.

— Et puis, ajouta-t-il, si tu as besoin d'un jour de plus, tu sais, mon ami, il ne faut pas te gêner ; on ne fuit pas tous les jours un pareil voyage : et je suis bien sûr que M. Barbier, que tu connais particuHèremenf, l'obtiendrait pour toi...

— Oh ! je vous remercie, je ne prendrai que quatre jours, répondit vivement Louis, qui avait déjà peur qu'en son absence on ne donnât sa place à un autre.

Enfin, cette interminable journée du samedi s'écoula. Avant de quitter l'atelier, Louis dit bonjour à M. Barbier, à son conducteur, à ses camarades ; leur serra la main à tous .et courut jusqu'à la rue aux Ours, faire ses adieux à M. Gaspard, ainsi qu'à M"*' Adélaïde.

— Allons, bonjour! bon voyage! mon ami, lui dirent les concierges et tâche de nous ramener Julien en bonne santé I... Nous u'albus plus le reconnaître, tant il doit être grand !

— Dès son arrivée, il viendra vous dir» bonjour !

— C'est cela ! Allons adieu ! mon ami.

— Bonjour, monsieur; bonjour mademoiselle !... A propos, ça vat-il mieux ?...

— Pas fort, mon ami, pas fort...

Avant même d'attendre sa réponse, Louis était déjà loin. Il rentra tout en naare dans sa chambre de la rue des Canettes. .Mais au lieu de

(lîiier chez lui, comme à son liabitiiHe, prcss('? par l'heure du train et la crainte de ne pouvoir tout remettre en place, il décida d'acheter quelque chose en route, afin de prendre son repas en wagon. Du reste, cela serait une occupation pour lui pendant le trajet. H lit donc ses adieux à M""" Lazare, la pria de prévenir M""^ Latour de son absence, courut chez un charcutier et, de là, se rendit précipitamment à la gare Montparnasse.

Bientôt après, l'heure du départ arriva. Il eut la chance de trouver un bon coin dans un compartiment, s'y installa et quitta Paris.

Oh! ce premier coup de sifflet!.. Cette émotion du départ, ce bonheur de se rapprocher de l'endroit où se trouvait son frère et de le ramener!... Il vivrait cent ans qu'il ne l'oublieiait jamais !... Il y a ainsi, dans la vie, des incidents, des circonstances dont on se souvient toujours !,..

Depuis son arrivée à Paris, c'est-à-dire depuis plus de deux ans, il n'avait pas repris le chemin de fer. Cette ligne de Paris à Granville lui était donc complètement inconnue ; mais il ne songeait guère à s'attacher aux charmes de la campagne. D'ailleurs, la nuit ne tarda pas à tomber et couvrit bientôt les champs d'un épais voile de brume.

Le moment venu, il déplia ses papiers, sortit ses petits pains et dîna, en compagnie des autres voyageurs, qui imitèrent son exemple. Ce repas, pris pour ainsi dire en commun, lui rappela le voyage de Rouen, les colères comiques de cette fameuse M"" Beaujolais, de triste mémoire. Cependant, il se sentait tellement heureux, qu'il n'eût pas la faiblesse de lui en vouloir. Il oublia ses mauvais procédés, sa vengeance ; et se renversant dans son coin, il essaya de dormir...

Malgré son désir de prendre un peu de repos, il ne put fermer l'œil. 11 était trop agité et avait trop peur de dépasser la station de Folligny. A la fin, pourtant, bercé parle mouvement monotone du train, il s'assoupit et s'endormit.

Plusieurs fois, dans la nuit, il se réveilla en sursaut, demandant vivement à son voisin :

— Est-ce que nous avons dépassé Folligny ?

— Non, mon ami, pas encore ; nous n'y arriverons qu'à 5 heures 56 du matin .

— 11 n'est donc pas encore cette heure-là?

— Il n'est que 4 heures et demie. . .

— Merci bien, monsieur.

Comme il faisait déjà grand jour, Louis s'imaginait qu'il était beaucoup pkis tard.

Enfin, la station de Folligny arriva ; Louis ramassa ses affaires oi descendit pour attendre le train qui devait l'emmener à Pontorson.

Dans sa somnolence du malin, après la nuit qu'il venait de passer, cet arrêt matinal dans cette gare inconnue lui parut étrange, il se sentait tout engourdi, les yeux gros et bouffis de sommeil.

Cette halte ne fut pas longue, heureusement. A six heures cinq minutes, le train arriva et à huit heures et demie Louis Dupont quittait la gare de Pontorson...

Le jour était éclatant. Un soleil superbe dorait les toitures de la

ville ; el, quoiqu'on fût alors au mois d'août, la chaleur ne paraissait pas trop accablante.

A vrai dire, Louis ne trouvait jusque-là rien d'extraordinaire h son voyage. Cette ville de Pontorson, bien que relativement gaie, ne lui fît pas plus d'impression que ne lui en avait causé, par exemple, le spectacle entrevu à son arrivée à Rouen, du haut du siège de la voiture.

Suivant les indications fort précises de son frère, dont il tenait en main la dernière lettre, il monta dans un petit omnibus stationnant devant la gare, et, quelques minutes plus tard, il roulait sur une route poudreuse, aux cris incessants d'une nuée de gamins, qui couraient nu-pieds, derrière la voiture, en répétant, hors d'haleine :

— Chiou-plaît !.. Chiou-plaît! . . Un sou, s'il vous plaît !.. Un sou, s'il vous plaît !..

Mais, dès que l'omnibus se fut engagé sur la plage, — avant même d'avoir contourné le rocher, — le spectacle se présenta imposant, grandiose, de toute beauté.

Cet immense roc qui, de loin, apparaissait comme une masse brumeuse et sombre, détacha sur un ciel pur ses formes pittoresques, les pierres rongées de la vieille citadelle, les créneaux dentelés du fort, l'échelonnement des maisonneîtes égayant comme à plaisir ces ruines séculaires, ({ue surmontait, avec une mâture d'échafaudages, la fine et riante silhouette de h vieille chapelle gothique.

Dès ce moment, Louis ne tint plus en place. Il trépignait. Il aurait voulu conduire lui-même les chevaux, pour les fouetter à tour de bras et les jeter au tournant de la montée qui conduit à l'entrée même de l'ancien château-fort.

Enfin, la voiture franchit le seuil de la porte et s'arrêta. Les voyageurs mirent tous pied h terre. Louis, ne voyant qu'une direction à prendre, la seule qui s'offrît à lui, la suivit, émerveillé du spectacle qui se déroulait sous les yeux. Du pied de ce rocher fantastique, la vue de cette bâtisse pyramidale, noircie au temps, battue par les tempêtes et souvent baignée parles flots, était véritablement imposante.

Comme tout individu qui aie sentiment du beau, Louis resta quelques instants en contemplation devant ce spectacle, devant cette mer immense, où les rayons d'un soleil ardent venait dorer les vagues. Mais, pressé ({u'il était d'arriver au terme de son voyage, il demanda vite le

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chemin de rorplieliiiat et se trouva bientôt devant la grande porte du bâtiment oij, depuis deux ans, Julien était pour ainsi dire cloîtré.

On se figure avec quelle émotion Louis iJupont tira la poignée de la sonnette rouillée, qui rendit à l'intérieur de l'abbaye un véritable bruit de cloche monacale. 11 attendit, haletant... Comme on tardait à lui répondre !...

La porte ne s'ouvrait jamais...

Soudain elle céda, et Louis se trouva sous une immense voûte grise, à l'extrémité de laquelle on apercevait une sorte de cloison, surmontée d'une croix. Le jeune voyageur n'eut pas plus tôt fait quelques pas, qu'il vit paraître une sœur tourière sur le seuil d'une porte.

— Que désirez-vous? demanda doucement la religieuse.

— Ma sœur, répondit Louis en se découvrant, je viens de Paris pour chercher mon frère, Julien Dupont.

— Julien Dupont? répéla vivement la jeune sœur, sans pourvoir se défendre d'une certaine émotion.

A sa pâleur, au mouvement qu'elle avait vainement cherché à réprimer, en entendant prononcer le nom de Julien Dupont, Louis se troubla. Il s'approcha de la religieuse et lui demanda avec inquiétude :

— Serait-il malade ?

— iXon... non, monsieur ; dit la sœur en lui faisant signe d'entrer... Tenez... Si vous voulez vous asseoir au parloir ; je vais aller prévenir notre mère, la supérieure...

La religieuse eut à peine achevé qu'elle disparut par une porte sombre, laissant son visiteur en proie à la plus cruelle angoisse.

Évidemment, il se passait au sujet de Julien quelque chose d'extraordinaire. Que voulaient dire ce trouble, cet etîarement dont la tourière faisait preuve?

— Oh ! mon Dieu ! murmura Louis, lui serait-il arrivé quelque chose ? Serait-il tombé dans la mer ?

Les quelques minutes qu'il passa seul dans ce grand parloir de l'orphelinat lui semblèrent longues comme des siècles. Son anxiété était extrême. De larges gouttes de sueur commençaient à perler sur son front.

Enfin, après une attente mortelle, une sœur — la sœur Faustine ellemême — parut émue, inquiète. Ses traits étaient altérés. Son altitude révélait un malheur.

412 LE GRAND FHÈHE

— Bonjour, monsieur, dit-elle gravement d'une \oix presque tremblante, eu s'avançant de son jeune visiteur.

— Bonjour, ma sœur, répondit Louis en allant à elle. Je suis Louis Dupont, et je viens de Paris chercher mon frère. . .

Sans donnera la sœur Faustine le temps de lui répondre, il ajouta vivement :

— Serait-il malade ?

— Non, monsieur... Non... lit la religieuse de plus en plus émue; seulement, figurez-vous que...

Louis entrevit tout de suite une catastrophe.

— Seulement ?. .. reprit-il, la mort au cœur.

— Il était là, ce matin encore... On m'affirme qu'il était là... On Ta vu descendre du dortoir. , . Et voilà que lorsqu'on a appelé les enfants pour le déjeuner... On s'est aperçu qu'il avait disparu ...

Le mont Saint-Michel tout entier se serait écroulé aux pieds de Louis, que celui-ci n'eût pas été plus atterré qu'en entendant la réponse de la sœur Faust i ne.

— Julien a disparu ? répéta-t-il.

— Mon Dieu ! ne vous effrayez pas ! reprit la religieuse, fort pâle elle-même... ^^ous le faisons rechercher. . . Peut-être se trouve-t-ildans la maison ! . . Veuillez seulement l'attendre ici. . .

— 3Iais. . . mais, comment a-t-il pu disparaître? dit Louis au comble du désespoir ! Oh !.. il est peut-être tombé dans la mer ! . .

— Espérons que non ! . . Mais de grâce, monsieur, ne vous effrayez pas!.. Je vais donner de nouveaux ordres pour qu'on active les recherches... N'ayez aucune crainte, nous le retrouverons... Je vous affirme que nous le retrouverons. . .

La sœur Faustine prit à peine le temps d'achever et quitta le parloir. Louis y resta sans voix, sans forces, anéanti.

— Julien a disparu ! murmurait-il en lui-même... Et où a-t-il pu aller?. . Ne se seraii-il pas aventuré sur mer? Ne s'est-il pas noyé?. . . Oh !.. . Ce serait affreux ! . . . Ce serait affreux ! . . .

Mille idées, mille conjectures, toutes plus sinistres les unes que les autres, lui traversèrent l'esprit.

— Pourtant, se disait-il, j'ai sa dernière lettre. Il se portait bien, il y a trois jours. . . Et puisque les religieuses l'ont vu encore, ce matin. . .

L'ORPHELINAT DU MONT-SAI XT-MICU i: L 413

Non ! il ne peut èlre mort ; il va revenir. . . Je vais le revoir!. . . xMais où est-il? Qu'est-il devenu ?

Jamais il n'avait été on proie à une angoisse pareille, à Paris même, lorsqu'il n'avait plus vu revenir Julien à la chambrée; car alors il n'y avait pas ce voisinage, ce terrible voisinage de la mer.

En voyant, un quart d'heure plus tard, la sœur Faustine rentrer au parloir sans Julien, Louis faillit se trouver mal. Oh ! cette fois, il était désespéré. On devait lui cacher quelque chose ; peut-être son frère était-il déjfà mort et ne voulait-on pas lui révéler l'effrayante vérité.

Il ny tint plus ; il résolut d'aller le chercher lui-même. Où ? Il ne savait ; mais il voulut absolument sortir, parcourir le village, s'informer, demander partout son frère ! . . Son frère !.. Il voulait son frère !..

Sans donner à la religieuse d'autre explication, il se fit ouvrir la porte et disparut, comme un fou, demandant à chaque personne qu'il rencontrait si on n'avait pas vu passer un jeune garçon d'une douzaine d'années, qui se nommait Juhen Dupont. Mais son frère n'avait pas été vu. C'était à en perdre la tête.

Dans son égarement, il monta jusqu'au pied de l'Église; redescendit, fit le tour du village, ne sachant où il allait, fou, éperdu... Les forces l'abandonnaient de plus en plus. 11 pouvait à peine se soutenir tant il était accablé de douleur.

Cependant, il eut le courage de prendre un parti ; ce fut de retourner du côté de la route qu'il avait suivie pour venir. Peut-être son frère s'était-il échappé, et avait-il gagné la direction de Pontorson. Il sortit donc de la forteresse et gagna la plage. Il allait être récompensé de ses efforts.

En effet, il n'avait pas fait cent pas qu'il aperçut loin, devant lui, la silhouette d'un enfant et reconnut son frère :

— Julien !... Julien !... cria-t-il en courant vers lui, ivre de joie.

— Louis !.. . C'est toi ?. .

— Le voilà !.. . Le voilà!. . . répétait Louis avec transport. Où étaistu donc ? On te cherchait partout?

En même temps, il se précipita sur son frère, le prit dans ses bras et le serra àrétoulîer.

Julien ne pouvait plus parler tant Louis le couvrait de baisers, se reculant pour mieux le voir, puis le pressant de nouveau contre lui.

— Ah ! lit Louis tout essoufflé après cette scène, (u nous a fait joli-

meiil chercher... Mais comment n'étais-hi pas resté à l'orphelinat?

— J"(Hais allé à ta rencontre, pour essayer de te voir plus tôt. ..

— Cher Julien !.. Et on l'a donc laissé sortir?

— Non ; seulement, comme il me tardait de savoir si lu étais arrivé, j'ai profité d'un moment oii la porte était ouverle, pour passer, sans rien dire à personne ; et je suis allé au-devant de toi...

— Tu n'as donc pas vu passer l'omnibus?

— Non.

— J'étais dedans !

— Ah ! si j'avais su...

Louis élail trop heureux de retrouver son frère pour songer à le réprimander au sujet de son esca])ade. Il aima mieux le considérer de nouveau, lui demander s'il ne s'était pas trop ennuyé ; s'il était bien traité; et, tout en écoutant ses réponses, il reprit avec lui le chemin de l'orphelinat :

— Le voici !... Le voici ! Il est retrouvé ! cria-t-il rayonnant, dès son entrée.

A ces cris, plusieurs religieuses accoururent, la sœur Faustine en tète.

— C'est lui !... Oh ! mon Dieu ! mais où éliez-vous donc, mon enfant? demanda vivement la supérieure. Que vous nous avez fait chercher!.,.

Julien, quoique un peu confus de sa fugue, mais rassuré par la présence de son frère, avoua tout. La sœur Faustine allait lui adresser quelques reproches pour l'émotion qu'il avait occasionnée, quand elle comprit que ses observations seraient hors de propos. Julien allait quitter pour toujours l'orphelinat, et ce n'est guère au moment des séparations qu'il faut se montrer sévère. Elle se borna donc à se réjouir qu'on eût retrouvé le jeune orphelin.

Les affaires et les vêtements de Julien étant tous rangés en un ballot, prêt à emporter, Louis n'eut qu'à monter à la lingerie pour le prendre. Ce paquet, qu'en toute autre circonstance il eût sans doute trouvé pesant, lui semblait léger comme un pacjuet de plumes, il le mit sous son bras et descendit remercier la supérieure des bontés qu'elle avait eues pour son frère, pendant son séjour au Mont-Saint-Michel.

La sœur, bien qu'encore sous l'influence de son émotion, se montra aimable. Elle accueillit les remerciements de Louis et donna quehiucs conseils à son jeune frère. Puis, elle embrassa Julien, lui fit ses adieux

cl disparut, pendant que les deux frères, au comble du Ijonheur, quittaient ensemble l'oiphelinat. ..

Réunis î... Enfin ! Ils se trouvaient réunis !... Quelle joie était la leur !...

— Quand partirons-nous ? s'empressa de demander Julien.

— Quand? Mais parle premier train... C'est-à-dire que nous sommes obligés d'atlendre jusqu'à 3 heures 52, afin de trouver la correspondance de Folligny...

— Oh ! il me tarde de retourner à Paris... Alors, tu as une nouvelle chambre?... Elle est gentille?

- Je la trouve charmante... Tu la verras!...

— Et quanti pourrai-je entrer à l'imprimerie ?

— Dès ton retour.

— Je gagnerai quatre sous l'heure?

— Oui. . Et tu verras comme nous avons un aimable contremaître.

— Oh ! quel bonheur ! Allons, dépêchons-nous !...

Julien ne songeait plus qu'au départ ; mais, comme son frère venait de le lui faire remarquer, ils ne pouvaient prendre, à Pontorson, que le train de 3 heures 52. Us en profitèrent pour aller déjeuner ensemble dans un petit restaurant du village, visitèrent les véritables merveilles du Mont-Saint-Michel, les prisons, l'église, le donjon ; puis, à l'heure dite, ils montèrent en voiture, prirent le train convenu et rentrèrent à Paris.

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