‹ Le grand frèreChapitre 68 sur 84 · TROIS PL-VCES POUR « L AMBIGU · texte numérisé non relu

TROIS PL-VCES POUR « L AMBIGU

Depuis cette fâcheuse aventure, Julien — on doit le dire — avait, sinon perdu complètement la confiance de ses chefs, du moins un peu baissé dans leur estime, en ce sens que lui qui, jusqu'alors, était considéré comme un employé exceptionnel, avait été aussitôt placé au même rang que les autres.

M. Barbier, — lui, — sans doute par considération pour Louis, se montrait encore plein de bienveillance, en évitant de revenir sur l'escapade passée ; mais le conducteur Petit, qui avait, dans cette circonstance, subi quelque peu l'influence duprote, gardait une sorte d'animosité contre Julien. Aussi, à plusieurs reprises, avait-il cru de son devoir de l'avertir ouvertement qu'à la prem.ière incartade, il n'aurait plus qu'à faire son paquet .

— Oui, mon garçon, lui disait-il d'un ton bourru ; cette fois-là, il y en aura un de nous deux qui partira... Et je t'assure que ce ne sera pas moi.

De semblables prédictions, formulées avec une telle fermeté, ne laissaient pas que d'inspirer à Louis de vives craintes. Chaque fois que M. Petit parlait à son frère, il redoutait que ce ne fut pour donner à ses menaces un commencement d'exécution. Le malheureux jeune

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homme sentait aussitôt le sang lui affluer au visage, une sueur froide lui inonder le corps ; car d'un moment à l'autre, il pouvait s'attendre à une nouvelle scène; et alors ce serait fini ; Julien serait impitoyablement congédié.

Par une sorte d'anomalie l)izarre, tout en se montrant rigide à l'égard de son jeune receveur, M. Petit faisait preuve au contraire d'une bienveillance marquée à l'égard de Louis. S'il lui parlait, c'était toujours sur un ton affable. Il n'hésitait pas à déclarer qu'il était très satisfait de son travail ; mais il semblait méconnaître complètement les liens étroits de parenté qui unissaient les deux frères. Pour lui, Louis était un employé, Julien eu était un autre ; et il ne se préoccupait nullement de la peine qu'il pouvait causer à l'amé, en brusquant ou même en rudoyant son jeune frère.

Cette situation paraissant à Louis intolérable, il résolut d'y remédier. D'abord, il alla trouver M. Barbier et, lui ayant exposé très nettement son cas, demanda au prote que Julien changeât de presse.

Cette satisfaction lui fut donnée sans aucun retard. M. Barbier, qui avait remarqué avec quelle bonne volonté Julien cherchait à réparer sa faute, à se réhabiliter aux yeux de ses chefs, aurait cru faire acte d'injustice en ne se rendant pas au désir que Louis lui exprimait.

Dès le lendemain, son frère quitta donc la presse n" 20 et fut employé à la presse n° 12.

— Maintenant, conseilla le prote, qu'il continue de bien travailler, qu'il écoute bien tes conseils ! et je t'assure que personne ne pensera plus à son équipée...

— Ah ! tant mieux, M. Barbier ! que vous me faites du bien en me parlant ainsi !

— Mais, mon ami ; tu comprends que je connais les jeunes gens, ou plutôt les enfants ; carton frère n'est encore qu'un enfant. Il ne s'en trouve pas qui n'aient, à un moment donné, quelques petits écarts de conduite. Seulement, je vois avec plaisir que Julien s'est remis de tout cœur au travail... Ainsi, qu'il suive les cours du soir, qu'il complète le plus possible son instruction; et il deviendra un employé qui en vaudra un autre... Sois-en persuadé, mon brave Louis... Du reste, tu sais que j'ai les yeux suj lui. et je ne perdrai pas l'occasion de le faire monter en grade, quand le moment sera venu. . .

.M. Barbier aurait versé du baume sur le cœur de Louis, que celui-ci

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