L\ VISITE MEDICALE
Le parti de Louis avait (>té bientôt pris.
Puisque M. Gaspard devait se charger de siirveillei- Julien, eu son absence, le dernier obstacle disparaissait. Malj^n-é l'avis de M. Barbier, qui lui conseillait de bien n';fl;''cbir et de voir s'd n'élait pas plus sage de laisser les choses suivre leur cours naUirel, l'aîné des frères Dupont n'hésita plus. Il avait jusqu'alors giiidé et soutenu son frère, il voulait terminer l'œuvre en l'exonérant du service militaire. Ce dernier sacrifice une fois accompli, sa mission lui paraîtrait eii quelque sorte achevée; car à l'époque de son retour, Julien serait pour tout de bon un homme; il aurait atteint et dépas'sé sa majoi- té ; il serait à la veille de se marier; et lui, sou IVère, aurait celte satisfaction de l'avoir
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préservé des dangers de la vie, de l'avoir mis en garde contre les écueils ; en un mot, de l'avoir fait ce qu'il serait.
En présence d'une détermiiialion aussi nettement arrêtée, M. Barbier lui-même finit par rester muet. D'ailleurs, ce qu'il avait pu dire à Louis, pour ébranler sa résolution, n'avait d'autre but que d'appeler davantage son altcnlion sur la gravité de l'engagement qu'il allait contracter, sur l'étendue et la durée du sacrifice qu'il continuait à vouloir accomplir. A part cela, le prote affectionnait trop son prolégé pour lui causer la moindre peine, pour contrecarrer ses vues en quoi que ce fîit. C'était même à l'intérêt qu'il lui portait et à son affection pour lui, qu'il fallait attribuer l'insistance avec laquelle il chercbait aie dissuader de son projet. Mais du moment oîi Louis, après avoir pesé tous les conseils, persistait dans son intention, M. Barbier s'inclina.
— Eh bien, pars, mon cher ami, lui dit-il, engage-loi ; seulement, je ne peux pas m'empêcher dete dire Iranchement que je regrette ta décision.
— Et pourquoi, Monsieur Barbier, pourquoi la regretlez-vous ?
A cette question, le prote ne répondit que par un signe évasif, comme si, de son côté, il avait en vue une autre combinaison qu'il ne voulait pas faire connaître.
— Vous m'avez bien promis de me reprendre, à mou retour du service ?
— Mon cher Louis, là n'est pas la question ; c'est une chose décidée ; à moins, bien entendu, que la maison ne change de directeur, ne passe dans les mains d'un autre ; mais encore, ajouta xM. Barbier, je crois pouvoir t'affirmer que, de toutes façons, tu rentrerais à l'imprimerie.
Rassuré par cette promesse, Louis prit ses premières dispositions et se mit eu mesure de se procurer les pièces nécessaires, qui lui furent indiquées au bureau militaire de sa mairie, à savoir : une nouvelle expédition de son acte de naissance, un extrait de son casier judiciaire, un certificat de domicile ei le consentement de ses parents.
De cette dernière pièce il ne fut pas question, par la raison toute simple que Louis vivait dans un isolement absolu, n'ayant plus ni père, ni mère, ni parent qui pût fournir le consentement demandé. 11 fit donc venir les autres pièces, auxquelles il joignit l'acte de décès de ses parents, alla se faire déhvrer un certificat de domicile et attendit ainsi le moment du départ.