‹ Le grand frèreChapitre 79 sur 84 · LA FIN COURONNE L'ŒUVRE · texte numérisé non relu

LA FIN COURONNE L'ŒUVRE

— Eh bien, mon brave Gaspard, lui dit bientôt le prote, en commençant à descendre la rue Madame, vous devez savoir que ma fille ahire, Hélène, est arrivée à l'âge où l'on se marie.

— Oui, M. Barbier, oui... répondit M. Gaspard qui faisait effort en lui-même pour contenir sa joie...

— Vous savez mieux que personne quelle est mon affection pour

Louis...

— Je sais, M. Barbier, je sais que vous le considérez déjà non seulement comme un ami, mais comme un fils et... peut-être même comme...

comme...

Dans son désir d'arriver au but, ce brave M. Gaspard allait trop vite. Mais le proie mit cette vivacité sur le compte de la belle humeur que paraissait avoi- ce jour-là M. Bodolphe et poursuivit :

— Eh bien, depuis son entrée à l'imprimerie, c'est-à-dire depuis une dizaine d'années ; depuis que Louis m'a été tout particulièrement recommandé, je n'ai pas cessé de l'étudier... C'est un garçon qui possède les qualités les plus précieuses que l'on puisse rencontrer chez un jeune

homme...

— Je le connais... je le connais, répéta M. Gaspard en approuvant de

la tête

Oui', n'est-ce pas, vous le connaissez?. . . Vous savez mieux que personne quelle a été sa lutte dans la vie ; quels ont été ses malheurs, son courage, sa bonne conduite ; quel est son amourdu travail; eh bien, nous serions heureux, ma femme et moi, sicecher Louis que nous avons depuis longtemps considéré comme notre fils, consentait à le devenutout à fait, en épousant ma fille. . .

— Ah! monsieur Barbier, si vous saviez quelle joie!... quel bonheur

vous me causez !... .

— Je n'en doute pas, mon brave ami, je n'en doute pas ; mais 1 essentiel pour le moment serait de savoir si, de son côté, Louis serait disposé à se marier. . . si enfin ma fille lui plaît. . .

— M"' Hélène? lui plaire?... Mais à qui ne plairail-elle pas?... Ah ! comme il va être heureux !..

— Comment ? il y songeait donc ?

— Bien certainement non, monsieur Barbier, il ne devait pas y songer... Seulement, est-ce qu'on peut s'empècber de trouver M"Mlélène charmante ?. .. Je dis l'une.. . autant dire les deux !.. . Et regardez donc

comme cela se trouve !... insinua le brave M. Rodolphe avec une bonhomie si plaisante que le prote ne put s'empêcher de sourjre... Vous avez deux (illes et ils sont deux frères!.. Ah!., [monsieur Barbier !.. Ah ! tenez, tout vieux que je suis, quand je vois ainsi de braves cœurs faire le bonheur des autres, eh bien, je sens... je sens que...

M. Gaspard ne put achever ; et passant d'une humeur joyeuse à un attendrissement touchant, il sortit son mouchoir et essuya une larme qui roulait sur sa joue. Pour arrêter son émotion, M. Barbier lui prit la main affectueusement et lui dit :

— Allons, allons, ne vous attendrissez pas, mon brave ami... J'ai pensé seulement que vous, mieux que personne, vous pouviez tenter la première démarche et connaître les véritables intentions de Louis...

— Vous pouvez compter sur moi, monsieur Barbier; pas plus tard que ce soir, je vais lui en parler et vous savez. . . je puis déjà vous donner la réponse. ..

— Tant mieux ! tant mieux, dit le prote ; et croyez 'bien que si ce mariage comble ses vœux ; de notre côté, nous en sommes bien heureux, ma femme et moi... Je ne vous dis rien d Hélène... Vous concevez que nous n'avons rien fait sans la consulter et c'est parce qu'elle aussi se sent de l'inclination pour Louis que cette union ferait notre bonheur à tous...

Comme les deux amis venaient, ea causant, d'arriver au seuil du restaurant, ils allèrent choisir un table libre et sans courir le risque d'avoir à retracter leurs souhaits, au dessert, ils portèrent ensemble une santé aux deux jeunes fiancés...

Pendant le reste delà journée, M. Gaspard n'eut plus satêteàlui, tant il était heureux de l'entretien qu'il venait d'avoir avec M. Barbier. Il allait, circulait, descendait du magasin des papiers à l'imprimerie, regardait si Louis était à son poste et savourait tout seul par avance le plaisir qu'il allait lui causer. Il lui semblait que cette journée ne finirait jamais.

On juge donc quelle fut sa joie, quand quelques heures plus tard, il se trouva assis à table, en tête en tête avec son jeune ami. II paraissait de si belle humeur que Louis demanda :

— Enfin, monsieur Gaspard, vous êtes donc bien content. . . que vous riez tout seul?. . Est-ce que c'est le petit déjeuner de ce matin ?. . Car il faut me raconter cela. . . Alors, vous êtes allé faire un fin repas ?. ..

Ah ! par exemple, je serais bien en peine de dire ce qn'on m'a lail

manger.. .

— Comment?. . Mais alors ?...

— Il s'agissait bien de cela !

— Et de quoi s'agissait-il donc?

— De M"^ Hélène ! . .. répondit triomphalement iM. Gaspard, mcapable de garder son secrel phis longtemps...

De M"^ Hélène? répéta Louis, qni pouvait croire un moment qu on se moquait delui . Et à quel propos, M . Gaspard, s'agissail-il de M^ Hé-

lène?..

— A propos de loi î . . .

Cette fois, Louis fui cloué sur sa chaise ; sa fourchette, qu'il p Mêlait à la bouche, retomba dans son assiette, et il balbutia:

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— A pro ... à propos de moi ?. .

— Oui, mon ami, de loi. . . M'" Hélène te plnit-elle?

Louis, complètement ahuri, ne put môme plus répondre. Que signilail celte plaisanterie ?... Quel était ce mystère ?

— Allons, reprit -M. Rodolphe e)i rejetant sa serviette et en se levant de lable pour aller serrer Louis dans ses bras, pourquoi, mon cher ami, ne pas dire la vérité tout de suite?.. Je sais que M"° Hélène le plaît.. . M. Barbier l'aime comme son (ils et il t'accorde la main de sahlle...

— La main de sa fille ?.. la main de M'"" Hélène ?.. Et ce n'est pas une plaisanterie ?.. C'est vrai ?. . C'est bien vrai ?. .

— Aussi vrai que je t'embrasse et que je t'alTeclionne... répondit M. Gaspard.

— Oh! mais... mais alors c'est le rêve! la folie !... Mais je cours chez M. Barbier !... Comment ? et c'était pour cela qu'il vous invitait à déjeuner?

— Oui, mon ami, pour cela...

— Oh ! je n'ai plus faim.. . Mon chapeau !.. . Une voiture !. . . Voulez-vous m'accompagner?...

— Très volontiers, mon ami.. . Et je t'assure qu'il sera aussi heureux que toi. .. et M""' Barbier aussi... El M'" Hélène aussi.

En trois enjambées, Louis fut au bas de l'escalier, M. Gaspard, qui ne pouvait pas cependant se rompre le cou pour témoigner sa joie à son jeune compagnon, fut obligé de descendre les marches plus posément. Quand il arriva sur le trottoir, une voiture l'attendait dans la rue. Les deux amis y montèrent et, vingt minutes plus lard, ils se trouvèrent devant la porte de M. Barbier.

La première personne que Louis rencontra dans l'antichambre fut M"'' Barbier. Sans la prévenir, sans même lui adresser une parole, il alla la serrer dans ses bras avec une expression qui valait les plus tendres démonstrations verbales.

— Ah!... ma chère, belle-maman, lui dit-il, dès qu'il se fut un peu calmé ; que je suis heureux !... Que vous êtes bonne !. ..

— Allons !... viens!... viens au salon !... Mon cher Louis... M. Barbier s'y trouve... Venez, M. Gaspard. . .

M"' Barbier les précéda dans la pièce et à peine Louis se Irouva-t-il en présence de son contre maître que la scène de l'antichambre se renouvela ; mais celte fois, elle eut d'autres témoins. Au bruit de l'arrivée

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